La santé mentale doit-elle être une priorité dans le milieu militant? (5/5)

Temps de lecture : 2 minutes

Sans être fataliste, le constat de la souffrance en milieu engagé et militant se généralise. Pourtant, il existe encore des blocages et des réticences à faire de cette question précise une urgence. Nous allons voir ici pourquoi.

Parce que les structures militantes qui bénéficient de plus grandes marges de manœuvres (moyens financiers, visibilité, notoriété…) sont aussi celles tenues par des militant.e.s se trouvant dans une situation sociale la plus confortable.

Travailler sur la santé mentale des militant.e.s les plus vulnérables, c’est donner l’opportunité que ces dernier.e.s se renforcent et bousculent la dynamique actuelle : les structures les plus influentes devront ainsi céder une part plus importante à celles et ceux qu’on n’entend pas, quand bien même ils et elles seraient légitimes.

  • Peur de diluer son combat

Une meilleure santé mentale passe forcément par un travail sur la perception de son vécu ; à savoir lâcher prise sur son environnement extérieur pour se concentrer sur les actions qu’on peut contrôler au quotidien. Ceci permet d’avoir plus de visibilité à court terme sur l’avancement de ses projets (et donc de ses combats !), et surtout de passer à l’action plus facilement.

Seulement, lâcher prise sur des revendications est difficile, surtout lorsqu’on a l’impression de les abandonner, voire de les trahir. Pourtant, il ne s’agit que de mettre au second plan son objectif ultime, pour se concentrer sur des urgences.

Dans une structure politique, ou une association avec un agenda politique, on peut également estimer que ce n’est pas à la structure de traiter de question de santé mentale, là où chez les professionnels de la santé mentale, les enjeux sociaux et politiques sont trop souvent des angles morts.

Pourtant, il n’est pas impossible de faire le lien entre les deux, que ce soit pour apporter un accompagnement et un soutien durant son engagement, ou pour prendre en compte le contexte social d’une personne en souffrance psychologique. En effet, lorsqu’on constate que l’engagement a un impact négatif sur la santé mentale des militant.e.s, ou que les conséquences d’une mauvaise santé mentale aggravent les problématiques de précarité et de discriminations, il devient difficile d’ignorer le problème.

  • Blocages idéologiques

On a tendance à considérer la santé mentale comme une problématique secondaire, et la thérapie comme un outil de privilégié. Or, ce sont de grossières erreurs.

En effet, non seulement la santé mentale est fortement liée à la santé physique, mais en plus les outils de thérapie font aussi partie de ce qui permet aux personnes dominantes d’être à des positions stratégiques de pouvoir. Refuser de faire usage de ces outils pour des raisons purement dogmatiques, c’est laisser ces armes à ses « adversaires ».

Le processus pour améliorer sa santé mentale nécessite à la fois de lâcher prise et de prendre ses responsabilités. Ce qui implique de ne pas laisser ses peurs de perdre de vue ses objectifs ou de perdre en pouvoir/influence guider ses choix d’action, et d’accepter que nous n’avons pas de pouvoir direct sur les décisions institutionnelles.

Témoignage abstention : « Ne pas voter c’est pour moi, en soi, un devoir citoyen »

Temps de lecture : 3 minutesShenaz, 26 ans, personnel navigant en cabine

« Je suis PNC, expatriée depuis un an, après avoir étudié et travaillé dans le secteur touristique pendant plusieurs années à Paris

Je me suis expatriée parce que l’ambiance générale du pays me pesait. Une actualité défavorable aux français d’origine étrangère

Aussi par ambition. J’avais envie de changer de carrière mais, -sans surprise-,  le secteur où je bosse ne recrute pas en France. Donc la seule solution pour réaliser mon rêve d’enfant, c’était l’expatriation.

Au début je n’envisageais pas de quitter la France, je voulais exercer ce métier dans mon pays … Mais la lourdeur des procédures m’avait découragée. Il faut d’abord passer par une formation de deux mois extrêmement chère et qui ne garantit absolument pas de décrocher ce job.

J’ai un BTS en vente et production touristique. Les études se sont bien passées, c’était de l’alternance donc j’ai beaucoup appris et ça a étoffé mon CV, ça lui a donné de la valeur.

Mais la formation était à mon sens de mauvaise qualité, déséquilibrée entre la théorie et la pratique et pas en phase avec les réalités du terrain.

Qui en 2016 réserve encore ses vacances dans une agence de voyage ? Pas d’accent mis sur l’e-tourisme, bref décevant.

J’ai été agent de réservation dans un hôtel du groupe Accor durant cette alternance.

La dernière fois que j’ai voté, c’était pour les présidentielles 2012. Seulement le 1e tour.

Je ne vote plus, car pour moi, la politique telle qu’on nous la propose, c’est la désillusion.

Aucun candidat valable à mes yeux, pas d’alternative sérieuse. L’extrême gauche est démago et déphasée, la droite pour moi c’est inenvisageable et la gauche mainstream … Est justement trop mainstream

On n’a plus des mecs d’envergure comme avant. Chirac, Mitterrand, tout ça… C’était peut-être des magouilleurs mais ils défendaient une vraie posture. Y a plus d’hommes de cette envergure.

Le vote blanc pourquoi ? Pour dire « je ne suis pas contente » ? Je n’y crois pas.

Quand on parle on ne nous écoute pas. Et quand on ne parle pas on ne nous écoute pas non plus.

Le vote blanc ne pèse pas assez

Ne pas voter c’est pour moi, en soi, un devoir citoyen

Ça peut paraître de mauvaise foi mais ça montre qu’on en a ras-le-bol

Et qu’on est en colère

Car je suis en colère

Car oui je rejette ce système. C’est extrême, mais je le rejette

Ma famille et moi-même avons tout donné pour ce pays … Qui continue à nous traiter comme des citoyens de seconde zone

Donc moi-même je me sentirais hypocrite si je participais à la vie politique de ce pays.

Pour que je retourne voter, il faudrait une révolte populaire. Et un candidat atypique qui ne se contentera pas de dire ce qu’on veut entendre.

Pas quelqu’un de «  l’establishment » … Quelqu’un qui par un travail sur le terrain social aura prouvé qu’il peut sauver ce pays

Je pense que Podemos, c’est exactement ce qui nous manque en France

Des gens qui mettent le doigt sur ce qui gangrène nos économies et nos vies depuis des années

Les listes d’union citoyenne vont dans le bon sens, c’est ce qu’il faut, réinvestir le pouvoir par le peuple

Pourquoi demander à des mecs qui n’ont jamais travaillé de leur vie de nous sortir du chômage ?

Mon sentiment sur les partis politiques français, c’est que les problèmes de société sont bien expliqués … Mais dès qu’on touche au volet économique … C’est du bis repetita

Quant aux partis comme le NPA, ils m’ont toujours laissée sceptique, les leaders sont de bonne volonté mais je suis sceptique quant au réalisme de leur programme.

Lorsque j’entends qu’ils soutiennent des luttes, parfois je soupçonne de l’opportunisme … Ils soutiennent des luttes mais est-ce tant pour les soutenir que pour faire chier le pouvoir en place ?

Oui, l’extrême gauche, c’est devenu une joke pour beaucoup de journalistes. Mais pourquoi on en est arrivé là aussi ?

Je me rappelle de cette candidate voilée estampillée « communiste  »

Juste pour prouver qu’on aime les musulmans … Mais pas de matière derrière

Il y a parfois un fond d’islamophobie dans la gauche française, au moins la droite l’assume.

Par exemple, certaines personnes estampillées d’extrême gauche  tiennent parfois des propos féministes terriblement condescendants à l’égard des femmes musulmanes voilées ou pas. Pratiquantes ou pas.

Je suis chrétienne levantine, mais malgré moi je me sens touchée par l’islamophobie car mon nom me condamne fatalement

Je me suis déjà engagée dans des associations … A l’étranger à vrai dire, dans la lutte féministe et de défense des minorités ethniques.

Ma mère fait partie de la minorité assyrienne de Turquie donc j’avais milité longtemps en cette faveur.

Les associations assyriennes en Europe sont surtout en Suède et en Norvège

J’avais déjà collé des tracts pour « Osez le féminisme », en tant que sympathisante. Mais aujourd’hui, la position d’OLF sur le voile me gave.

Y a encore cette condescendance à l’égard des « franco-musulmanes ». Cette association est coupée de la réalité. J’ai été un peu gavée par son discours officiel durant les attentats de Charlie hebdo.

Cette condescendance … C’est insupportable. J’ai par contre aimé leur communication autour du harcèlement dans les transports en commun. »

 

Témoignage abstention : « Aller voter alors qu’aucun candidat ne me convient c’est augmenter la participation au scrutin alors que je considère qu’il n’est pas légitime »

Temps de lecture : 2 minutesJulien, 35 ans, docteur en science politique

« Je suis docteur en science politique, j’enseigne à l’Université et j’écris pour divers sites internet et journaux. J’écris aussi des livres et des articles universitaires.

J’en suis arrivé là parce que j’ai des capacités d’écriture et que comme je suis engagé politiquement, je mets ces capacités au profit de mes engagements.

J’ai grandi dans une famille dans laquelle on parlait politique et dans laquelle on était plutôt engagé à gauche, donc quand j’ai été « confronté » à mes premières mobilisations (1995 notamment), j’y ai presque « naturellement » participé. Et au fur et à mesure je me suis rendu compte que ça ne servait à rien de s’engager si on ne le faisait pas dans un cadre organisé. Donc j’ai rejoint le cadre duquel je me sentais le plus proche politiquement, les Jeunesses Communistes Révolutionnaires.

 

Je vote quand il y a des listes ou des candidats dans lesquels je me reconnais, même si je peux parfois avoir des nuances.

Par exemple, quand il y a des listes ou des candidats qui défendent des propositions politiques avec lesquelles je suis d’accord, ET qui n’envisagent pas de se compromettre dans les institutions de la 5ème république et/ou avec les partis institutionnels.

Je ne vote pas blanc parce que le vote blanc n’est pas considéré comme un vote à part entière, déjà, et parce qu’aller voter alors qu’aucun candidat ne me convient c’est augmenter la participation au scrutin alors que je considère qu’il n’est pas légitime.

On ne peut pas avoir de « Podemos » en France, car Podemos n’a pu se développer que parce qu’il y a eu de fortes mobilisations sociales dans l’État espagnol (mouvement des indignés, mareas, etc.), qui ont logiquement posé la question d’une représentation politique nouvelle, en phase avec ces mobilisations et issue de ces mobilisations qui ne se reconnaissaient pas dans le système bipartisan. En France, rien de tout ça actuellement donc prétendre construire un Podemos c’est faire les choses à l’envers. On ne construit pas des nouveaux partis par en haut, ils s’imposent d’eux-mêmes sous la pression du bas.

 

Les listes citoyennes, c’est un signe que de plus en plus de gens ne se reconnaissent pas dans les partis politiques institutionnels sans pour autant renoncer à les contester sur le champ électoral. Donc c’est tant mieux. Mais cela ne pourra aller plus loin et être vraiment utile que si ces listes sont totalement indépendantes des partis institutionnels et refusent tout marchandage avec eux, et si, ce qui est lié, elles ne cèdent pas à « l’illusion institutionnelle », en pensant que les choses pourraient réellement changer sans s’en prendre aux véritables centres de pouvoir, qu’ils soient politiques ou

Si je suis prêt à discuter avec celles et ceux qui, électeurs ou électrices, considèrent que l’abstention n’est pas une solution face à la montée du FN, tous ceux qui, dans le paysage médiatique et politique, sont dans le registre de la culpabilisation, m’agacent profondément, et je suis poli. A fortiori quand ce sont les mêmes qui, en raison de leur rhétorique et de leur politique, contribuent largement à favoriser les idées du FN et à le normaliser dans le champ politique. Je n’ai aucune leçon à recevoir de ceux qui se réveillent à chaque élection pour donner des leçons de citoyenneté à tout le monde alors que le reste de l’année, leur attitude et leurs actes convainquent de plus en plus de gens de s’abstenir ou de voter FN. »

 

 

Témoignage abstention : « Même avec un vote électronique, je n’irai pas cliquer. Je ne veux pas voter pour des promesses, mais pour des actions. »

Temps de lecture : 2 minutesSonia, Professeur d’anglais et français langue étrangère, 38 ans

« J’avais entamé des études de cinéma, médias et communication. Puis j’ai appris sur le tas le métier de professeur à l’étranger et j’ai tout de suite adoré. Au lycée, j’étais une élève rebelle, j’avais peu de difficultés, mais je ne supportais pas le cadre strict de l’école. Même aujourd’hui en tant que professeur, je le trouve trop rigide.

Je suis quelqu’un de très créatif, j’ai besoin d’être sur tous les plans, c’est pourquoi j’ai beaucoup de projets (écriture, médias, réalisation).

La dernière fois que j’ai voté, c’était au premier tour des présidentielles en 2012, c’était pour Bayrou, pour ses positions sur la Palestine et parce qu’il me semblait être le candidat le plus « moral » de cette élection. Au 2ème tour, je me suis abstenue car il était impensable de voter Sarkozy ou Hollande pour moi.

Je ne vais jamais voter blanc, car ces bulletins ne sont pas pris en compte et je ne vois pas l’intérêt de me déplacer pour ça.

Faut vraiment refaire toutes les institutions, rien ne va. Je le vois en tant que prof. Par exemple, lorsque j’enseignais en Jordanie, je me sentais vraiment impliquée dans la réussite de l’élève, alors qu’en France on va juste me demander d’être assidue, mais pas de m’intéresser à mes élèves.

J’ai l’impression d’avoir régressé en tant que prof tellement l’école est ghettoïsée. Je n’ai toujours pas Internet dans ma classe, je suis mal payée en tant que contractuelle (et souvent en retard), on me restreint même sur le nombre de feutres que j’utilise ! On se sent vraiment abandonné par l’Etat dans le 93. Ma fille qui est au collège a perdu le niveau d’anglais qu’elle avait lorsqu’on vivait à l’étranger. J’ai aussi l’impression d’avoir perdu mon niveau de vie, et de mon « standing » en revenant en France.  Je ne me reconnais plus dans la France dans laquelle j’ai grandi. J’ai peur pour l’avenir de mes enfants, je pense qu’ils ne pourront pas grandir en paix. Trop d’injustices, et je pense que ça n’ira pas en s’améliorant. En plus, on a complètement perdu notre crédibilité à l’international.

J’irai voter le jour où il y aura un candidat vraiment représentatif du peuple, où nous, les bi-nationaux, ne seront plus considérés comme des citoyens de seconde zone. J’aimerais que mon pays soit plus ouvert, qu’il accepte l’Autre comme une richesse, et non comme un parasite. Je ne supporte la division qu’on nous inflige afin de camoufler les vrais problèmes. Il nous faut un super-héros.

Pour moi, ceux qui rejettent la faute sur les abstentionnistes sont tout simplement des connards. C’est trop facile de nous culpabiliser sans une once d’empathie, quand on a sa place au chaud.

Même avec un vote électronique, je n’irai pas cliquer. Je ne veux pas voter pour des promesses, mais pour des actions. J’ai envie de dire à nos politiques : « fais d’abord, et après je vote pour toi ».  Le problème, c’est qu’ils n’osent plus agir. J’en ai marre qu’il n’y ait jamais de référendum sur les questions importantes, et de subir leurs interventions télévisées pour justifier leurs bêtises. Je ne veux pas les voir à la télé, mais qu’on me demande mon avis.

En tant que militante, je suis conscientisée, mais malheureusement, le citoyen lambda, souvent mal informé, est lobotomisé par ces interventions stériles. J’ai beaucoup milité, dans des événements, structures et collectifs divers. »

 

 

 

Témoignage abstention : « Au fur et à mesure des campagnes, je me suis rendu compte que les gens votaient souvent « à l’aveugle » sans connaître vraiment les candidats et leur programme. C’est pour ça que le vote est inutile aujourd’hui. »

Temps de lecture : 4 minutesFranck, Comédien

« J’ai eu mon bac S mais ça ne me plaisait pas trop. Je me suis orienté vers la fac de lettres avec le projet de devenir prof d’université, mais je trouvais que c’était beaucoup d’efforts pour un métier qui m’attirait moyennement (8 ans d’études + CAPES + agrégation). Alors j’ai décidé de me consacrer pleinement à ma passion qui est le théâtre et de devenir humoriste.

Politiquement, j’ai été longtemps en faveur de l’idéologie dominante, qui est celle du libéralisme exacerbé, surtout durant mes études en Angleterre. Aujourd’hui, je donnerais des claques à la personne que j’étais il y a 15 ans et je comprends les anarchistes qui bloquaient la fac contre la loi LRU. A l’époque, je légitimais que cette loi était votée par des élus. En même temps, ils respectaient leur programme alors qu’aujourd’hui ils s’assoient sur leur programme, surtout Hollande. Le pire, c’est qu’ils font la morale aux autres sans balayer devant leur porte.

Je me suis déjà engagé au sein de ma fac afin de défendre mon UFR (Unité de Formation et de Recherche), c’était mes débuts au niveau de l’engagement. Cette expérience ne fut pas très probante, mais elle a quand même permis de limiter la casse au niveau des intérêts des étudiants.

Puis en 2007, je me suis encarté au Modem car je trouvais le discours de Bayrou raisonnable, progressiste et pragmatique. Il proposait selon moi une alternative crédible, d’ailleurs son score a été plutôt bon en 2007. Puis j’ai réalisé malheureusement qu’il faisait beaucoup trop de compromis. Au départ, il y avait plein d’utopistes et encore peu de professionnels de la politique (pas comme à l’UMP ou au PS). Or, ceux qui tiennent les rênes du Modem sont des professionnels de la politique. Ce qui m’a définitivement dégoûté, c’est quand j’ai entendu une candidate de mon parti dire que le programme servait juste à être élu et qu’après, on pouvait s’asseoir dessus. Puis, il y a aussi eu tous les trucs délirants qui se sont déroulés sous mes yeux. Comme des candidats négociant leurs places avec des adversaires politiques, ou des candidats parachutés d’autres partis. Il y avait aussi des gens qui se taisaient et avalaient des couleuvres parce que leur travail dépendait des adversaires. Il fallait toujours magouiller pour monter des listes. On a même eu une tête de liste qui insultait et harcelait les autres candidats via des commentaires de blogs de campagne. Les autres adhérents l’ont quand même couverte à cause du siège qu’elle occupait au conseil régional. C’est dommage car on était une liste indépendante. J’ai compris que sans ce fonctionnement non-éthique, on n’aurait jamais pu se présenter, j’en suis donc venu à la conclusion que le système politique actuel ne rendait éligibles que les « pourris ».  Même s’il y a quelques exceptions parmi les élus, elles sont trop rares. J’ai essayé de faire le ménage mais je n’ai pas réussi, donc je suis parti.

Au fur et à mesure des campagnes, je me suis rendu compte que les gens votaient souvent « à l’aveugle » sans connaître vraiment les candidats et leur programme. C’est pour ça que le vote est inutile aujourd’hui.

Je ne vote plus au second tour, ce serait choisir entre la peste et le choléra sauf en 2012 où j’ai voté par défaut pour Hollande et contre la campagne immonde et islamophobe de Sarkozy. Je ne blâme pas les gens qui votent FN, je préfère leur expliquer que ce n’est pas mieux que les autres partis. Aujourd’hui ils ont beaucoup d’élus dans l’opposition dans les conseils régionaux, ce qui est pire que s’ils avaient gagné une ou deux régions, car ils n’auront pas l’occasion de mettre les mains dans le cambouis et n’auront pas donc la possibilité de prouver leur incompétence au peuple.

Je serais capable de voter pour un candidat qui fait moins de 1% juste pour troller, Cheminade par exemple. Je n’exclus pas l’hypothèse de me présenter moi-même, en mode Coluche, pour que les gens rigolent, que ça serve de catharsis et que tout le monde réalise que les élections sont une mascarade.

Je ne vois pas d’issue à ce problème. Il y a trop de verrous dans le système, l’éducation est tellement démantelée que le peuple n’a presque plus les moyens de s’en affranchir ou même de le critiquer. Je pense que même si on va dans le mur, le peuple ne s’en rendra pas compte car il se laisse dominer intellectuellement.

C’est pour ça que peu de gens contestent l’état d’urgence. Ils ont beau se faire exploiter par une oligarchie, ils laissent faire au nom de la peur. Ils n’ont pas le courage de résister et préfèrent se reposer sur les élus.

Ce qui pourrait marcher, ce serait la citoyenneté acquise au « mérite » où seuls ceux qui ont les prérequis nécessaires en termes d’éducation pourraient participer à la vie politique, ou alors des élus tirés au sort parmi une population répondant à des critères exigeants.

Je pense que le changement ne se fera pas par les urnes, et que les progressions de partis comme Podemos ou Ciudadanos en Espagne ne donneront rien, on l’a vu avec l’exemple de Syriza en Grèce, où Tsipras n’a pas eu le courage d’aller jusqu’au bout. Je pense qu’on ne peut rien changer si on n’est pas capable de se remettre soi-même en question.

Aujourd’hui, la seule chose que je parviens à faire c’est d’injecter des messages politiques dans mon travail de comédien, mais franchement, je ne sais pas si c’est vraiment utile. »

 

Témoignage abstention :  « Avec le mépris de toutes ces institutions, c’est donc logique pour moi de ne pas voter, les lois ne nous protègent pas. »

Temps de lecture : 4 minutesAnastasia, 43 ans, mère de 3 enfants, coordinatrice sociale en recherche d’emploi

« Je venais du milieu blanc et bourgeois de l’agglomération lyonnaise avant d’arriver dans une cité de St-Denis dans les années 1980. J’ai pris une grosse claque, car la cité, c’est une micro-organisation qui coexiste avec le reste de la société. Il a fallu que je m’y intègre.

En primaire, j’étais une bonne élève, puis au collège, je suis devenue ce qu’on appelle une « décrocheuse ». J’avais donc peu de perspectives d’avenir. On m’a laissé le choix entre un CAP coiffure/esthétique, vente ou compta. Mes parents ont accepté les instructions des professeurs et de la conseillère d’éducation car ils faisaient confiance à l’institution de l’Education Nationale. Je me suis donc retrouvée en CAP comptabilité et administration. Mon père rêvait de me voir travailler dans un bureau, lui qui a été maçon durant toute sa carrière. J’ai obtenu mon CAP au bout de 4 ans. Je pensais que je ne l’obtiendrais pas le jour des résultats, alors je m’étais inscrite dans une formation pour faire de la photo, moi qui avais toujours été attirée par l’art. Je voyais l’école surtout comme un endroit de liberté où je pouvais rencontrer mes amis, pas comme une institution permettant de construire mon avenir. Même si j’ai aujourd’hui le sentiment que l’école de la République m’a abandonnée, j’ai quand même rencontré une prof de français en CAP qui m’a redonné confiance en moi. Au départ, on se détestait, mais elle m’a inscrite à mon insu à un concours de poésie en lisant mes textes. J’ai été finaliste et j’ai fini 3ème au concours. J’ai gagné un livre de Verlaine, et c’est comme ça que j’ai commencé à adorer la lecture. Je suis quelqu’un qui fonctionne à l’affectif, j’ai besoin qu’on me fasse confiance pour faire des efforts.

Après mon CAP, j’ai obtenu un stage à la MJC de St-Denis, car je n’avais pas envie d’aller en entreprise. J’ai fait partie du staff et j’ai bossé sur de super projets comme l’accompagnement de jeunes artistes durant les Francofolies.

J’ai décidé de reprendre les études pour passer un BEP. J’ai eu des conflits familiaux, j’étais donc à la rue, mais le lycée m’a beaucoup aidée car je m’étais assagie. L’économie et le droit m’intéressaient. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai cherché du travail. J’ai cumulé les missions d’intérim. Le monde du travail m’a dégoûtée. Trop de malhonnêteté. Trop de harcèlement.

Mon premier CDI, c’était dans le secteur de la logistique. J’ai pu évoluer, mon travail me plaisait même s’il était difficile. J’ai fini par démissionner à cause du harcèlement et je me suis retrouvée sans emploi. J’en ai profité pour me consacrer à mes enfants.

Ensuite, j’ai travaillé dans la vente, j’ai pu passer une validation de compétences et j’ai repris les études en bac pro logistique avant de donner naissance à mon 3ème enfant.

Grâce à ce diplôme, j’ai pu travailler en tant que secrétaire comptable. Mon employeur se permettait de m’humilier, tout en refusant de me licencier. Grâce à la CGT et à un avocat bénévole, j’ai obtenu gain de cause.

En 2010, j’ai trouvé un travail dans une association d’aide à domicile. J’y ai travaillé pendant 4 ans, puis on a été racheté par une entreprise qui se moquait de l’humain et ne cherchait qu’à faire du chiffre. Je suis partie car ça ne me convenait pas. J’ai fait un burnout et mon employeur m’a envoyé un avertissement alors que j’étais en arrêt maladie. On m’avait demandé de faire de la RH alors que je ne suis pas qualifiée pour cette tâche, j’ai donc refusé.

Depuis je suis en recherche d’emploi et je m’investis dans plusieurs associations. Cet engagement est logique pour moi, car je me sens méprisée par les institutions.

Ma fille est voilée, on la harcèle constamment pour sa tenue. Au lycée, où j’ai dû intervenir plusieurs fois. Elle a même envisagé d’arrêter ses études à cause de ça. Je me suis sentie humiliée le jour où une orthodontiste a refusé de la soigné parce qu’elle voulait garder son voile. J’ai voulu faire appel au CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France) mais elle n’a pas la force pour une procédure judiciaire. J’ai donc changé de médecin. Pourtant, ma fille est de bonne volonté. Elle a même déjà accepté de retirer son voile pour un stage, car ses collègues et ses responsables se sont montrés bienveillants envers elle.

Au Pôle Emploi, je cherche une formation pour orienter ma carrière vers l’associatif. A chaque fois que je m’y rends, on m’ignore, on refuse de me donner les infos et les documents nécessaires, tout en me méprisant. Je suis consciente que ce mépris n’est que la conséquence du manque de moyens pour faire leur travail correctement. En attendant, c’est moi qui paie les pots cassés. J’ai quand même la chance d’avoir l’énergie et les contacts nécessaires pour pouvoir me défendre, mais tout le monde n’est pas dans mon cas.

Avec le mépris de toutes ces institutions, c’est donc logique pour moi de ne pas voter, les lois ne nous protègent pas. Le vote blanc est inutile, car l’acte de voter n’est plus synonyme de liberté, mais d’arnaque dans ce contexte. On n’est plus respectés, écoutés ou même entendus. On n’est plus, tout court. A croire qu’on n’existe pas. La carte d’électeur, c’est le trou noir. J’ai voté jusqu’aux européennes de 2014, puis la victoire du FN à ces élections m’a définitivement écœurée des élections.

Le seul moyen de me conduire jusqu’aux urnes aujourd’hui serait de me payer. Je suis dégoûtée par tous ceux qui récupèrent nos luttes pour leurs intérêts politiques. Ils mendient des voix auprès de militants associatifs comme moi, puis après nous conseillent d’aller demander des subventions aux fondations des entreprises.

Bien sûr, j’adhère à une partie du discours d’un parti comme le NPA. Mais le problème lorsqu’on vote pour des candidats qui ont de réelles convictions, ils se font vite pourrir. Je serais prête à voter pour des organisations citoyennes du style « Podemos » en Espagne, et travailler avec des candidats qui me ressemblent. Je ne rejette pas les « élites » du système, à condition qu’ils aient une réelle volonté de servir les autres, et pas leurs intérêts.

Aujourd’hui aucune loi n’est respectée, mais elle est instrumentalisée par ceux qui détiennent le pouvoir. 10500 lois, 12700 décrets, 7400 traités et 17400 textes communautaires. Pourtant, on n’arrive pas à s’en sortir. Il y a aussi des lois qui datent du régime de Vichy et personne n’a pris le temps de les abroger. »

 

Pourquoi il faut arrêter de réclamer du soutien via des messages groupés

Temps de lecture : 7 minutesLa tentation de cliquer sur « transférer » est grande, tellement ceci permet d’économiser quelques secondes de nos vies aux rythmes effrénés. Pourtant, j’ai souvent constaté que cette méthode est complètement improductive. Explications.

  • Ce type de messages empêche de créer du lien

Car il est difficile de faire preuve de sincérité sans vérifier au préalable si notre demande est recevable, et si, éventuellement ce soutien peut lui apporter. En effet, en envoyant un message groupé, on fait des injonctions, mais on ne formule pas une demande. On ne prend pas non plus le temps de s’intéresser réellement à l’autre (ne serait-ce que pour prendre de ses nouvelles) pour poser les bases d’un lien qui permettrait un soutien mutuel et constant.

  • Il y a peu de chances pour que le besoin réel de l’émetteur soit bien compris

Lorsqu’on ne se donne pas l’occasion de s’intéresser et de comprendre les besoins de son interlocuteur en « balançant » ce type de messages complètement impersonnel, on prend le risque de ne pas être compris à son tour. Encore une fois, il faut chercher à connaître les besoins de l’autre, en se donnant les moyens et l’opportunité de l’écouter, pour lui donner l’occasion d’accueillir et de comprendre les nôtres.

  • Le format du message groupé entrave la formulation d’une demande claire

Et oui ! Il est essentiel d’exprimer son besoin clairement et d’identifier le sentiment qui en découle pour formuler une demande claire (comme préconisé dans les principes de la communication non-violente). Un message transféré et non personnalisé ne permet pas de dérouler ce processus.

  • Réclamer des partages publics est contre-productif

Souvent, on envoie ce type de messages pour réclamer des partages publics, de manière plus ou moins implicite. En effet, si un partage public engage la e-réputation de son relais, elle ne garantit en aucun cas un engagement durable vis-à-vis de vous, de votre travail ou de votre contenu. C’est donc un risque à prendre pour la personne à qui on réclame ce partage, mais vous n’avez pas la certitude que ce risque engendrera un bénéfice.

De plus, si le nombre d’abonnés, de partages publics et de réactions est encore trop souvent perçu comme un indicateur d’influence et de pouvoir, ce n’est pas ainsi qu’on provoque des investissements et collaborations durables, ou même un taux de conversion satisfaisant.

  • Les leaders qui réussissent à obtenir du soutien régulièrement travaillent de manière invisible 80% du temps

Parce qu’iels sont familier.e.s avec le principe de Pareto ; c’est-à-dire qu’iels sont conscient.e.s que seulement 20% de leur travail donnera 80% des résultats positifs. Inversement, 80% des efforts fournis seront infructueux. Être à l’aise avec ce principe requiert énormément de patience et d’humilité ; et ces deux qualités sont essentielles pour obtenir une coopération à la fois active et durable.

En effet, la véritable puissance, c’est quand on n’a plus besoin de réclamer du soutien, et paradoxalement, elle s’obtient en construisant du lien, en allant vers les autres et en étant authentique ; tout ce que les injonctions au partage/soutien à travers des messages groupés ne permet pas.

Parmi les exemples de montée en puissance, il y a celui de Rania, administratrice de la page Facebook « Les p’tits plats palestiniens de Rania » et propriétaire du concept store Ardi : « Au départ, mes premiers clients ont été des associations où j’ai milité activement. Ensuite, ma page a sensibilisé un public non militant, curieux de découvrir la culture et la gastronomie palestiniennes ; ce qui est un de mes objectifs. C’est à partir de là que j’ai eu envie de créer Ardi. Je suis seule sur ce projet, pour avoir le contrôle à 100%, mais j’avais quand même besoin d’aide. Pour monter le plan de financement, j’ai été encouragée par mes proches et ma communauté. Mais pour que la campagne aboutisse, un simple partage sur les réseaux sociaux n’a pas été suffisant. J’ai participé à beaucoup de salons autour de l’entreprenariat, où j’ai rencontré énormément de professionnels inspirants qui m’ont guidée. J’ai dû sensibiliser 3 cercles ; celui de mes proches, celui des proches de mes proches, et enfin celui de ma communauté digitale. Avant de partager ma cagnotte publiquement, j’ai créé un groupe secret sur Facebook avec 50 à 80 personnes, 3 mois avant le lancement officiel. Je leur ai demandé de ne partager le lien uniquement via Whatsapp. J’ai ainsi récolté les premiers 4000€. Ne pas partager une cagnotte vide m’a permis de gagner en crédibilité et en confiance auprès de ma communauté. En effet, il s’agit ici de biais psychologique. J’ai toujours privilégié les messageries type Whatsapp, pour ne pas avoir à « spammer » les gens sur Messenger. Je n’ai pas eu besoin de contacter de gros influenceurs, même si certains d’entre eux m’ont soutenue publiquement, car ma communauté a relayé naturellement mon appel. Ma cagnotte a résonné jusqu’à Konbini et TV5 Monde. Je pense que la réussite de ma campagne de financement vient de l’entretien de liens de confiance avec mes proches et ma communauté, et du fait que j’essaie de faire preuve d’un maximum de transparence et d’authenticité dans mes relations. Ce sont des choses qui viennent avec le temps, et les rencontres IRL, que le virtuel ne peut remplacer. »

Il y a aussi celui de Liza, co-fondatrice du collectif décolonial de féministes nord-africaines Nta Rajel ? et influenceuse très active sur Twitter. « A la base on ne comptait pas monter de collectif, on parlait entre femmes nord-africaines sur Discord, puis on a lancé le #NtaRajel. Pour éviter la récupération raciste et sexiste de notre parole par certains hommes blancs, on a créé un compte officiel. C’est ensuite qu’on a décidé de fonder le collectif. Et la construction a été complexe. On ne le réalise pas vu de l’extérieur, mais il a fallu un an pour constituer un groupe stable autour de valeurs communes. Il y a eu beaucoup de désaccords, et de difficultés à cause de la charge mentale que représente le travail de monter un collectif. Beaucoup ont quitté le navire. On s’est retrouvées avec une toute petite équipe. A 6-7, on a été en mesure de mieux structurer notre vision et nos principes, notamment grâce à des réunions et des espaces d’échanges où on a su prioriser notre temps, notre énergie, et recruter les bénévoles en adéquation avec notre façon de fonctionner. Pour optimiser le succès de nos premiers événements, on a réfléchi en fonction des besoins urgents des femmes nord-africaines, et non en fonction de l’actualité ou des polémiques qui buzzent. C’est pourquoi nous avons choisi de travailler en non-mixité. On a priorisé les thématiques qui permettent aux femmes nord-africaines de se penser : la réconciliation avec l’idée de féminisme, reconstruire l’image de nos aïeules, les sujets tabous, et le patriarcat nord-africain. Aujourd’hui, nous avons encore beaucoup de travail : notre ligne politique est toujours en réflexion, même si nous nous basons sur une pensée radicale et révolutionnaire. Il y a encore par exemple la question des hommes maghrébins ; nous souhaitons trouver une troisième voie, autre que la récupération raciste ou les injonctions au sacrifice. »

Dans le cadre de sa campagne pour les municipales 2020, Yassin Lamaoui, candidat dans une ville en Essonne (91), chez qui on a pu observer une évolution positive de l’engagement de sa communauté en ligne, explique ceci : « Hors campagne électorale, il ne faut pas trop abuser des réseaux sociaux. En réalité, peu de choses se jouent dessus, ou même au conseil municipal lorsque l’on est dans l’opposition. Ce n’est donc pas là que j’estime devoir concentrer l’essentiel de mon énergie. On agit essentiellement en privé ; lorsqu’on connait des gens dans la précarité, on les aide, et lorsqu’on est témoin d’une injustice, on agit sans le montrer. On crée de la confiance, en utilisant le community organizing. C’est ainsi qu’on se fait connaître, et qu’on peut mobiliser, voire créer de l’engagement. »

Quant à Sarah Zouak, co-fondatrice de Lallab, association féministe et antiraciste lancée officiellement en mai 2016, c’est grâce à la réalisation de la série documentaire le Women SenseTour in Muslim Countries  que la communauté de Lallab est née. Le but de ces documentaires était de se réapproprier la narration et de valoriser des rôles modèles de femmes musulmanes, étant donné le manque de représentation positive de ces dernières. Elle commence à construire Lallab fin 2015, après un travail d’écriture et de documentation quotidien. Sarah est donc partie de zéro, si ce n’est de sa propre expérience du racisme et du sexisme en tant que femme musulmane vivant en France et de la création d’une petite équipe très soudée de femmes. La série documentaire a été un formidable outil pour rencontrer et fédérer les membres de la communauté de Lallab ; en effet, environ 25 000 personnes ont assisté aux projections du Women SenseTour in Muslim Countries  en France et en Europe, après avoir parcouru 1 ville différente en 40 jours. « Quand on me demande d’où sort notre communauté, j’explique à chaque fois qu’on est allé littéralement la chercher », explique Sarah. « Bien sûr que notre communication est très travaillée, mais l’essentiel du travail réside dans l’entretien du lien à travers plusieurs types d’événements (projection-débats, festival Lallabday, groupes de paroles, ateliers de formation, et nous ne communiquons pas forcément sur tout. » L’origine du succès de Lallab ne se limite pas à la notion de sororité, puisqu’elle part également de la volonté  de créer une organisation avec une approche à la fois antiraciste et féministe, en mettant les femmes musulmanes au cœur du projet de Lallab, et en travaillant sur leur identité, leurs revendications, mais aussi sur le projet de société, la valeur ajoutée au collectif pour un changement de paradigme dans le système politique français de lutte contre les discriminations. La première étape fut de construire une communauté de solidarité, en partie grâce à l’inspiration du récit d’autres femmes. Ensuite, Lallab a construit également une communauté d’expression et de savoir pour rendre visibles les vécus des femmes musulmanes et révolutionner les récits et narrations, via les portraits sur le magazine en ligne (qui rassemble plus de 30000 lecteurs par mois), mais aussi via des relais locaux sur le terrain (environ 500 partenariats avec des mairies, écoles, universités et associations). Le discours médiatique, en privilégiant la parole des femmes musulmanes arrive en dernier lieu. « L’objectif final de ce travail, c’est bien sûr la construction d’une communauté de pouvoir au niveau politique, pour que les femmes musulmanes puissent exercer librement leurs droits. Notre engagement s’inscrit dans la continuité d’un long héritage de luttes antiracistes et intersectionnelles. »

(Lallab est actuellement en pleine campagne d’adhésion pour financer un programme de formation, pour les soutenir et y participer, cliquer ici)

Finalement, on ne peut réclamer du soutien qu’en faisant preuve d’authenticité et en se préoccupant de manière sincère des personnes à qui l’on formule cette requête. En d’autres termes, il faut accepter de donner avant de demander à recevoir, et ceci, tout en étant prêt.e à accepter que la réciprocité ne soit pas systématiquement au rendez-vous. Dans tous les témoignages relatés ici, il y a une constante : celle de commencer par un cercle proche, puis de fédérer et de renforcer les liens autour de valeurs communes, avant d’élargir à une communauté plus large.

Pourquoi les grosses structures sont plus visibles que les autres

Temps de lecture : 2 minutesOn déplore souvent la distribution inégale des ressources, jusque dans notre tissu associatif, où là où certaines associations captent toute l’attention, d’autres meurent dans l’ignorance la plus totale. Pourtant, ce phénomène ne sort pas de nulle part, et est loin d’être insurmontable.

 

  • La preuve sociale fait que nous sommes naturellement attirés par ce qui est le plus visible

Nous supposons donc que plus une structure est visible, plus elle est influente et puissante, et donc efficace. Or, ce n’est pas forcément le cas.

…Et nous donnent l’illusion que les nombreuses interactions virtuelles se traduisent par des actions pertinentes sur le terrain. Si les réseaux sociaux représentent un outil intéressant pour produire des connaissances, communiquer, nouer des liens, et s’informer, la majorité du travail ne se fait pas sur cet espace.

  • Il y a des secteurs et des marchés plus porteurs que d’autres, car considérés plus « glamour » que d’autres

Soit parce qu’il y a une demande à la fois forte et urgente, soit parce que la friction à l’engagement est minime. Lorsqu’une structure répond efficacement à un besoin douloureux, urgent et reconnu, elle mérite pleinement son influence. Les structures qui peinent à se distinguer des autres ont souvent du mal à identifier le besoin de leur cible, et travaillent également sur une demande moins forte. Par exemple, l’aide aux plus précaires, l’accompagnement à la scolarité et à entrepreneuriat, la production de savoir (écriture, réalisation, recherche académique) sont des besoins importants et urgents, mais ne sont pas toujours perçus comme tels (sauf pour l’aide aux personnes pauvres) parce qu’ils demandent un engagement réciproque de la part de leur cible ; il faut lire, acheter, contribuer pour que ces actions aboutissent et aient un impact significatif. Ces secteurs nécessitent donc un travail de communication plus conséquent.

 

             S’il est de notre responsabilité individuelle et collective de donner force et visibilité aux structures qui nous semblent d’utilité publique, il ne faut pas non plus négliger le travail de communication qui permet de concilier perception et besoins des bénéficiaires d’une association.

Luttes contre le racisme structurel dans la police : comment dépasser les victoires symboliques (2/2)

Temps de lecture : < 1 minuteIl y a eu des condamnations et des réactions du pouvoir exécutif. Pour autant, ce n’est pas suffisant, puisque la police a encore le pouvoir de tuer. Si nous progressons vers la justice, nous n’en sommes pas encore au stade de l’égalité et de la dignité face aux forces policières.  Comment faire pour avancer plus loin ? Voici quelques pistes de solution.

  • Développer notre puissance

Se renforcer ne passe pas uniquement par la construction d’une élite (plus ou moins autonome) et/ou l’intégration des lieux de pouvoir. Il faut également transmettre et partager ses savoirs et savoir-faire, et donner de la force en priorité à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Les moyens à notre portée sont multiples ; nous pouvons donc choisir ceux qui donnent les meilleurs résultats (engagement associatif, politique, investissements et dons humanitaires, production académique, entreprenariat social, art, etc…)

  • Assurer un minimum de coordination sur le long terme

Les avancées d’aujourd’hui sont partiellement dues à un concours de circonstances, plus ou moins heureux. Seulement, nous ne pourrons pas compter sur des paramètres beaucoup trop aléatoires à chaque fois. Se coordonner ne signifie pas soutenir toutes les initiatives inconditionnellement ; c’est déjà respecter la diversité militante, en acceptant les divergences d’opinion et d’intérêt, et en valorisant la sincérité de l’engagement.

  • Créer des liens de solidarité durables

Si l’essentiel du travail se fait en dehors des structures, il ne faut pas négliger l’impact des relais internes capables de construire des ponts.

Finalement, pour déplacer la norme du racisme et enfin inverser le rapport de forces, nous devons d’abord augmenter notre pouvoir avant de percevoir une diminution de ce qui nous opprime.

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Pourquoi la lutte contre le racisme policier progresse enfin (1/2)

Temps de lecture : 2 minutesÀ la suite des révoltes provoquées aux Etats-Unis et France par le meurtre de George Floyd, l’enquête sur la mort d’Adama Traoré va enfin dans le sens des revendications de justice et de vérité de la famille victime. Avant ceci, Amal Bentounsi avait déjà réussi à faire condamner officiellement le policier Damien Saboudjan qui a tué son frère en lui tirant dans le dos. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur décide de sanctionner des policiers dont le racisme a été étalé au grand jour.

Pourtant, cette lutte ne date pas d’hier, et jusqu’à aujourd’hui, les institutions faisaient la sourde oreille. Il est donc légitime de s’interroger sur ce qui a fini par les mobiliser. Voici quelques éléments de réponse.

 

  • La lutte contre le racisme policier est un besoin D.U.R (Douloureux-Urgent-Reconnu)

Douloureux, car ce racisme brise de nombreuses vies et de nombreuses familles. Urgent, car pour nous, la charge raciale qui nourrit la peur de mourir après avoir croisé la police est constante. Reconnu, parce que des générations entières de militants travaillent de manière continue pour dénoncer ce racisme systémique.

  • L’organisation et la coordination efficaces finissent toujours par payer

Ce ne sont pas les manifestations seules qui ont provoqué une réaction du pouvoir. Ni les révoltes. Ni la parole de quelques célébrités. C’est la coordination simultanée des acteurs dans la rue, dans les médias, dans la sphère associative et des relais institutionnels qui a permis ce progrès, et rien d’autre. La segmentation des actions isolées coûte plus qu’elle ne rapporte ; c’est pourquoi il est important de les fusionner et de ne saboter aucune initiative.

  • Un contexte de crise sanitaire et économique qui accentue le besoin de revendication sociale

La crise du COVID-19, a précarisé de nombreux ménages, notamment à cause du confinement. Cette fragilité a permis une prise de conscience collective sur le caractère éphémère de la vie humaine, et donc sur la nécessité de vivre l’instant présent, de ne pas attendre les lendemains pour passer à l’action et se mobiliser.

Finalement, on peut constater que l’inefficacité des performances antiracistes symboliques a été démasquée. Pour autant, le combat est loin d’être achevé. En effet, nous ne pouvons et ne devons pas compter sur les opportunités des prochains crimes pour le faire avancer encore plus loin. Ce qu’il faut, en plus de rendre hommage aux avancées déjà accomplies, c’est continuer à œuvrer pour faire en sorte que ce soit la police qui craigne les représailles du racisme ; car pour l’instant, nous en sommes encore à avoir peur de croiser la police.

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