Pourquoi la méthode Kanban n’est pas adaptée aux structures militantes (en 3 points)

La méthode Kanban s’inscrit dans une démarche d’optimisation des procédures, en se basant sur la réduction des coûts, des stocks, des délais sans que la qualité ne soit impactée. Cette manière de travailler a été pensée pour et par des industries, et semble attractive en théorie. Tellement que beaucoup de structures militantes tentent de la mettre en application en interne.

Seulement, c’est une stratégie vouée à l’échec, et voici pourquoi :

  • Une structure associative et/ou politique requiert un processus sur le long terme et la charge de travail est relativement constante et prévisible

Ce qui signifie qu’il est absurde de vouloir réduire les stocks d’actions militantes à déployer ou les délais : ceci risquerait même d’impacter négativement la qualité du travail.

  • Le « juste-à-temps » n’est donc pas adapté à ce type d’enjeux

Le travail militant n’étant pas à but lucratif de court terme mais social sur le long terme, ce n’est pas en réduisant les coûts qu’on obtient des résultats, c’est justement en investissant des moyens et de l’énergie en quantité suffisante que l’on réussit.

  • Les organisations du travail de type Kanban génèrent de la souffrance

Car elles font reposer une charge mentale lourde sur les personnes qui les subissent : dans le milieu militant, elles poussent à la surconsommation des ressources bénévoles, et nous connaissons les conséquences en termes de conflits et de rupture de liens dans ces circonstances.

 

Finalement, nous devons admettre collectivement qu’on ne peut pas tout obtenir tout de suite lorsque nous cherchons à améliorer le monde qui nous entoure. Vouloir mettre en place ce genre de méthodes de travail est donc un objectif qu’il faut oublier.

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Pourquoi certains candidats aux municipales cherchent à « végétaliser » les quartiers populaires ?

“Végétaliser les milieux urbains”, c’est devenu l’argument tendance, à l’ère où les populations occidentales privilégiées souffrent “d’éco-anxiété” et où le  marketing vert prospère. Ainsi, les mesures proposées vont du simple potager collectif au remplacement des gares parisiennes pour y mettre des parcs. Ces idées peuvent donner envie, et même partir de très bonnes intentions. Seulement, elles sont bien souvent problématiques, et voici pourquoi.

  • Parler d’environnement pour dépolitiser la question de l’écologie

En effet, se limiter à des enjeux environnementaux et des solutions purement technologiques, c’est éviter de questionner les modèles économiques qui entraînent pollution et surconsommation des ressources de la planète. Ce procédé permet également de contourner la dimension impérialiste (existant également au niveau de la consommation dite “éthique”) du pillage de ces mêmes ressources.

 

  • Poursuivre la gentrification des centres-villes de banlieue ou de Province et de Paris intra-muros et accroître ainsi la fracture sociale

Par exemple, vouloir déplacer la gare de l’Est à Noisy-le-Sec pour la remplacer par un parc pose plusieurs problèmes sociaux bien que cette mesure permettrait une meilleure qualité de vie pour les habitants de ce quartier ; supprimer cette gare parisienne, c’est enclaver encore plus les banlieues Est de l’Ile-de-France desservies par les transiliens (elles le sont suffisamment), mais aussi repousser les habitants de Noisy-le-Sec encore plus loin, puisque l’agrandissement d’une gare provoque automatiquement une augmentation des loyers et du prix au mètre carré aux alentours. Ce mécanisme s’appelle la gentrification, et exclut automatiquement de l’amélioration des services publics et des infrastructures les populations les plus précaires.

Ainsi, l’argument de la réduction de la pollution pour défendre ce type de mesures n’est pas totalement fondé.

  • Le paradigme colonial sous couvert de sécurité

Il existe une autre mesure qui cache des motifs peu avouables : c’est la volonté de lutter contre le “bétonnage” en protestant contre les projets de construction de logements sociaux, quand les autres projets immobiliers passent sans problème. Lorsqu’on gratte le vernis (la préservation de la faune et la flore), on comprend que ce qui effraie derrière les logements sociaux, c’est le risque de délinquance, de saturation des services publics et baisse de valeur sur le patrimoine immobilier. Parce que les quartiers populaires sont automatiquement associés aux populations non-blanches (sur-représentées chez les pauvres), à l’insécurité et aux incivilités. A côté, il n’y a pas de revendication autour de services publics et infrastructures plus efficientes, ou de moyens favorisant la consommation raisonnées des ressources naturelles : ce n’est donc pas l’écologie qui motive ce combat, mais bien le racisme et l’imaginaire colonial vis-à-vis des habitant.e.s de quartiers populaires.

Finalement, lorsqu’on creuse jusqu’aux origines de cette envie de « végétaliser » les quartiers populaires (où les urgences sont ailleurs), on réalise que non seulement il n’y a pas de sincère volonté d’envisager politiquement le changement climatique, mais en plus il y a une suspicion relevant du racisme et/ou du mépris de classe envers les habitant.e.s de ces quartiers. Un exemple hautement symbolique de ce racisme sous couvert d’écologie, fut l’expulsion du camp de Roms du Samaritain, car il se trouvait sur l’itinéraire des chefs d’Etat se rendant à la COP21. En effet, vouloir végétaliser ces territoires avant de vouloir régler les problématiques urgentes, c’est considérer implicitement qu’ils sont trop “animalisés”. Outre ce sous-entendu déshumanisant, on entretient l’ensauvagement réel ou supposé de ces populations lorsqu’on ne travaille pas pour de meilleures conditions de vie et on ne progresse pas sur la question écologique sans politique de long terme (meilleur accès à la consommation raisonnée, encadrement des loyers pour une réelle mixité sociale sans accroître le phénomène de gentrification, transports en commun gratuits et plus efficients pour dissuader l’usage de la voiture, promotion du télétravail etc…)

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Reconnaître les procédés utilisés pour masquer les liens de subordination, les violences et les dominations

Si les dominations sont si difficiles à combattre dans notre société, c’est parce qu’elles passent inaperçues la plupart du temps. Le meilleur moyen de limiter leur impact négatif est donc d’apprendre à les identifier, dans un premier temps, puis à les matérialiser, comme les liens de subordination apparaissant dans un contrat de travail garantissant un minimum de protection sociale. Voici les indicateurs à observer pour apprendre à démasquer les situations où il y a abus.

  • Utilisation d’un champ lexical spécifique et de figures de styles dans le langage permettant d’atténuer ou de minimiser les situations de domination

Comme la méthode qui consiste à vous faire croire que vous êtes un « auto-entrepreneur » ou votre « propre patron » alors que votre charge de travail est aussi permanente que celle d’un salarié, et que les conditions sont les mêmes ; ce qui ressemble fortement à du travail dissimulé. De la même manière, lorsqu’on parle de « mettre en place un partenariat » pour parler de recrutement, il s’agit, là encore, d’une entourloupe. On peut également vous parler de « chiffre d’affaires » alors que c’est du salaire. Il y a aussi l’astuce où on déguise les injonctions en suggestions.

tableau cash

(Note interne de Deliveroo datant de 2016 rendue publique par Cash Investigation le 23 septembre 2019)

  • Utilisation de techniques de manipulation mentale

Lorsqu’on joue sur vos émotions, qu’on vous propose des solutions miracles pour des problèmes complexes, qu’on cherche à vous divertir ou à vous infantiliser, ou encore à vous maintenir dans l’ignorance, vous êtes probablement victimes de manipulation. Il est intéressant d’apprendre à identifier ces techniques afin de s’en préserver.

 

  • Difficultés pour obtenir une traçabilité des échanges (utilisation de messages vocaux ou des appels téléphoniques pour éviter de laisser des traces écrites)

Méfiance également s’il n’y a aucune trace écrite de vos échanges avec les personnes pour qui vous travaillez. C’est une méthode pour vous empêcher de collecter des preuves recevables par un tribunal en cas de litige, sachant que des messages vocaux sont rarement conservés et qu’on n’a pas forcément le réflexe d’enregistrer des appels.

  • Manque de transparence et rétention d’information

La rétention d’information peut rentrer dans les caractéristiques d’une situation de harcèlement, et le manque de transparence dans une structure peut rapidement mener vers des pratiques managériales problématiques, vectrices de dysfonctionnements systémiques.

  • Inaccessibilité des recours juridiques

Ceci s’inscrit dans le procédé de manipulation qui consiste à vous maintenir dans l’ignorance et dans l’impuissance : on vous prive de vos droits en les rendant inaccessibles, afin de vous empêcher de reconnaître les liens de subordination.

La connaissance de ces procédés ne permet pas à elle seule d’éradiquer l’ensemble des situations de domination, or, elles permettent de déployer les moyens nécessaires pour atteindre cet objectif. Ces moyens ne peuvent se limiter aux recours individuels ; il est impératif de construire des liens solides permettant l’émergence d’un rapport de forces afin que ces situations évoluent favorablement.

Pourquoi il faut déployer des outils de gestion de projet dans les structures associatives

Que l’on soit bénévole, prestataire ou salarié dans une association, la gestion de projet se fait souvent de manière informelle parce que bien souvent, les relations de travail sont structurées par des amitiés, de l’affection ou des affinités idéologiques ou personnelles.

Or, une gestion non structurée pose plusieurs problèmes.

  • Les tâches et les rôles de chacun.e doivent être clairement définis

…Et il y a un minimum de règles à respecter. En premier lieu, il faut être en mesure de prévoir assez précisément la charge de travail afin de pouvoir prévoir la force de travail nécessaire et de quantifier les moyens requis. Ensuite, la base pour définir des jalons, c’est de déterminer les tâches critiques, c’est-à-dire celles qui empêchent l’avancement du projet tant qu’elles ne sont pas effectuées ; elles sont à la fois prioritaires et primordiales.

  • Il est impératif d’éviter les situations de conflits et de violence

A noter qu’il n’est pas correct de compter uniquement sur la bonne volonté de bénévoles, surtout lorsque l’on a des délais à respecter : on n’est pas en droit d’exiger une disponibilité constante, une grosse dose de charge mentale ou une qualité professionnelle de la part d’un bénévole puisqu’il n’y a ni contrat de prestation, ni contrat de travail, et encore moins lien de subordination (sinon il s’agit de travail dissimulé, et c’est illégal). Jouer sur des rapports affectifs pour exercer une emprise sur des militants est vecteur de violences.

L’accumulation de tâches imprévues, les changements brutaux et incessants, la surexposition aux écrans sont des éléments qui peuvent être sources de stress, d’angoisses et de fatigue. Les tâches et les rôles non clairement définis laissent libre cours aux personnes malveillantes qui chercheraient à profiter d’une mise en compétition des militants associatifs. Tous ces éléments conduisent également à des situations de harcèlement qui peuvent découler de conflits (critiques injustifiées, messages humiliants ou stressants répétés, dénigrement, délais et objectifs inatteignables, surcharge de travail…). A noter que les situations de harcèlement font souffrir et annulent les forces nécessaires à l’engagement, et les conflits brisent les liens de solidarité.

  • La quantité et la qualité de la bienveillance au sein d’une structure dépendent directement de son organisation de travail

Ce n’est plus un secret depuis bien longtemps : les structures où il y a de la souffrance ont des politiques managériales dégueulasses, et réciproquement, les pratiques managériales de mauvaise qualité provoquent inévitablement des maladies professionnelles.

C’est donc bel et bien sur l’organisation concrète et opérationnelle qu’il faut agir pour éviter de nuire à l’ambiance de travail, car si les affinités idéologiques et personnelles permettent de créer des liens forts, c’est l’entretien et la qualité de la relation qui permettent de concrétiser ces liens sur des projets aboutis.

Lorsque l’on vise des pratiques militantes bienveillantes, les actes ne valent pas uniquement par leurs intentions. Il est donc indispensable de penser toutes les décisions de manière politique, afin de rester cohérent avec les valeurs affichées de l’organisation. Parmi ces décisions, celles concernant les pratiques managériales (gestion des ressources humaines, gestion financière, organisation du travail) sont centrales, notamment celles à propos de la gestion de projet, puisqu’elles ont un impact direct sur la qualité des liens de solidarité et de confiance au sein d’une organisation.

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Des moyens pour faire aboutir une grève (2/2)

Les grèves qui échouent ne viennent pas uniquement du traitement médiatique catastrophique des mouvements sociaux et du manque (réel ou supposé) de mobilisation.

En effet, toute mobilisation sociale demande un minimum de méthode et d’organisation pour mener vers une victoire. Voici quelques éléments à étudier.

  • Réfléchir en amont à un mode d’action pour qu’il soit le mieux adapté au contexte

…l’objectif étant de déstabiliser les intérêts de la structure que l’on vise, afin d’instaurer un rapport de forces rendant une négociation possible.

  • Définir des revendications claires

…Pour éviter toute forme de récupération et de dépolitisation des demandes émises. Il ne faut pas laisser de marge de manœuvre possible pour des aménagements qui contourneraient ou s’éloigneraient trop des revendications de base.

 

  • Choisir les revendications à partir d’une réflexion politique radicale

Il est essentiel de réfléchir à un questionnement politique et social radical afin d’être en mesure de revendiquer des changements structurels.

  • Trouver des moyens pour rendre la grève la plus inclusive possible (caisses de grève, happenings)

Pour qu’une grève soit suivie massivement, il est primordial que des aménagements soient mis en place, afin d’inclure tous les travailleurs. On peut mettre en place des caisses de grève, pour que tout le monde puisse participer, même symboliquement, ou encore des actions de désobéissance civile en faisant participer les personnes ne pouvant pas faire grève.

  • Refuser de condamner publiquement les autres acteurs du mouvement social dont les modes d’action sont en rupture avec les vôtres

Les modalités d’action dans un mouvement social sont aussi diverses que chaque acteur qui le compose ; c’est d’autant plus vrai lorsque le mouvement est largement suivi.

Souvent, pour décentrer le débat autour des revendications, l’injonction est faite aux personnes les moins radicales de condamner les pratiques des autres participants au mouvement social. S’il est naturel que chacun et chacune s’oriente vers les modes de luttes qui lui conviennent le plus, il est plutôt inopportun de valider une division artificielle, surtout auprès de personnes qui n’ont pas intérêt à ce que la grève aboutisse. La solution ici serait de refuser cette condamnation en rappelant la volonté d’unité du mouvement, et en recentrant le débat sur les raisons du mouvement social. Nous ne devons en aucun cas aller dans le sens de celles et ceux qui souhaitent diviser le mouvement.

  • Ne jamais attendre des échéances institutionnelles pour agir (projet de loi, décisions des cadres supérieurs, mais au contraire réfléchir aux dysfonctionnements structurels pour les dénoncer etc)

En effet, les institutions auront moins tendance à imposer une perte de droits sociaux, si en face elles ressentent une résistance puissante (comme l’explique très bien Anasse Kazib dans cette émission du QG) construite à partir d’une vigilance constante.

Si les grèves permettent de déconstruire des structures, ceci ne signifie pas que les mouvements sociaux dans leur ensemble doivent être déstructurés en interne, bien au contraire, il est essentiel de définir une stratégie efficace pour que des victoires en découlent.

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Pourquoi les grèves aboutissent de moins en moins : tirer les leçons des précédentes défaites (1/2)

Si de nombreuses grèves ont mené vers des victoires sociales et politiques, aujourd’hui, elles les garantissent de moins en moins, malgré la détermination des grévistes et des soutiens influents. En effet, le contexte de répression des mouvements sociaux et de dépolitisation de la société civile n’aide pas. Cependant, il y a également d’autres paramètres à prendre en compte pour expliquer ces échecs.

  • La grève est devenue un réflexe

Elle est souvent décidée en réaction (ce qui est déjà, en soi, problématique) à une décision hiérarchique ou à un projet de réforme d’ordre économique, quand bien même ce ne serait pas le mode d’action le plus adapté.

  • Les revendications ne sont pas toujours claires

Bien que généralement les volontés de « dialogue social » soient de pures arnaques, il arrive que les rares opportunités de négociation soient entièrement bloquées car il n’y a tout simplement pas de revendications explicites, malgré les préavis déposés régulièrement.

C’est pourquoi il est important d’être précis dans ses demandes lorsque l’on entreprend un mouvement social, surtout lorsqu’il est régulier. En effet le mécontentement général qui produit un climat social de mauvaise qualité a souvent pour origine une organisation du travail malsaine ; il est essentiel d’en identifier précisément les causes.

  • Il y a des injonctions à la solidarité envers les grévistes sans garantie de solidarité réciproque

Généralement, les personnes grévistes ont un poste durable, sont syndiquées, donc protégées (pas toujours, attention) contrairement aux intérimaires et prestataires de service précaires, qui sont rarement en mesure d’exercer ce droit sans risquer leur renouvellement ou une éventuelle proposition d’emploi stable.

Bien que les grévistes revendiquent toujours une amélioration des conditions de travail des plus précaires, les intérêts des personnes ayant un emploi stable ne convergent pas forcément avec ceux des travailleurs plus vulnérables. En effet, seuls les premiers et premières concernées sont en mesure de définir les termes de leurs luttes, pour que de potentiels alliés les reprennent, les diffusent pour les amplifier et servent éventuellement de « boucliers protecteurs ».

Or, on constate fréquemment que l’agenda des plus précaires n’est jamais celui considéré comme prioritaire, malgré le fait que c’est la généralisation et l’existence même de la précarité qui tirent les conditions de travail de tous et toutes vers le bas.  C’est donc bel et bien une partie du salariat qui impose ses modalités de lutte à une autre plus fragile, sans qu’il n’y ait de garantie de victoire, ou de lutte pour généraliser la sécurité [relative] de l’emploi dont ils bénéficient

  • Il y a un déficit en termes de pensée politique sur une société alternative

Puisque les grèves sont décidées en réaction à un calendrier politique externe à celui des travailleurs lorsqu’elles sont ponctuelles, ou pas déployées à bon escient lorsqu’elles sont régulières, il ne reste ni temps ni énergie pour que les acteurs et actrices du mouvement réfléchissent à des solutions alternatives et concrètes à la société actuelle.

En effet, une grève à elle seule ne suffit pas pour des changements radicaux et structurels ; encore faut-il avoir pensé en amont à comment les déployer.

  • La grève manque parfois de radicalité dans certaines situations

Une grève peut mettre du temps avant de faire perdre de l’argent à l’entreprise ou à l’Etat, et affaiblit les grévistes à court terme (et à long terme en cas de défaite).  Il faut ajouter à ce problème, le contexte de précarité généralisée qui rend la rupture de grève encore plus aisée pour l’Etat et les grands patrons.

Enfin, il arrive de plus en plus fréquemment que certains acteurs tirent profit des grèves, et s’enrichissent…sur le dos et au détriment du mouvement social, ce qui rend finalement l’action contre-productive.

Une piste de solution, serait de trouver des alternatives à la grève, en la dépassant par un mouvement plus large de désobéissance civile.

 

Il ne s’agit pas de jeter d’abandonner totalement la grève comme mode d’action, mais bien de le faire évoluer pour qu’une grève soit plus inclusive, moins risquée pour les grévistes, et surtout plus efficace.

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Pourquoi le projet de réforme des retraites pose [vraiment] problème

Le projet de réforme des retraites qui a provoqué un mouvement de grève interprofessionnelle depuis plus d’un mois n’est pas qu’une affaire de perte de droits sociaux ou de conflits d’intérêt. Ce qu’il y a de plus gênant, c’est le projet de société derrière et l’absence d’action sur ce qui est à l’origine de la question du financement des pensions de retraite. Explications.

  • Aucune politique pour favoriser des emplois stables et rémunérés décemment qui permettraient de financer un système par répartition

En effet, un système par répartition est financé majoritairement par des cotisations salariales, et en partie par les taxes et impôts comme la CSG. Compte tenu de la démographie décroissante, et du vieillissement de la population, ce système est mis en péril, puisqu’il n’y a plus assez d’actifs, ni un niveau suffisant de cotisations pour continuer à financer ce système.

Cependant, il est possible de préserver ce système en élargissant la part des taxes et impôts (ce qui requiert de chercher l’argent où il se trouve, et donc de lutter efficacement contre la fraude fiscale) ou en augmentant les salaires suffisamment pour que la part de cotisations soit suffisante (ce qui demande une réelle politique pour l’emploi stable). Dans tous les cas, un questionnement radical est nécessaire afin de solutionner ce problème à partir de son origine. Baisser les cotisations salariales afin d’augmenter le salaire net et favoriser l’épargne bancaire n’est pas une solution viable sur le long terme, et imposer implicitement le développement de systèmes alternatifs peu régulés non plus.

  • Vers un système par capitalisation peu fiable et beaucoup trop fragile pour garantir des pensions dignes

Une baisse de niveau des pensions et un allongement de durée de cotisation va encourager les salariés qui peuvent se le permettre (une minorité donc) à investir dans des marchés dont le cours varie souvent en fonction de facteurs externes, qu’ils s’agissent de fonds de pensions spécifiques ou de marché immobilier.

En effet, outre le fait que ces marchés ne sont accessibles qu’aux plus hauts salaires, ils sont aussi très instables. Par exemple, les fonds de pension financiers reposent sur une spéculation demandant des investissements parfois très risqués, et le marché immobilier dépend d’un contexte mouvant (environnement, cote des quartiers, infrastructures etc…).

Résultat, non seulement un système par capitalisation est encore trop peu accessible aux actifs les plus vulnérables, mais en plus, les personnes susceptibles d’y investir n’ont aucune garantie de récupérer une pension correcte lors de leur départ à la retraite.

 

  • Une recherche de « flexi-sécurité » sans notion de sécurité

Pour les raisons évoquées précédemment, ce projet de réforme provoque de nombreuses incertitudes pour les actifs. Finalement, le seul moyen pour garantir des revenus sera de travailler coûte que coûte et le plus tard possible…même si on n’y est plus apte. L’objectif ici pour les porteurs de cette réforme, c’est de disposer d’un maximum de force de travail, sous le prétexte fallacieux de la flexibilité.

Pourtant, le critère de flexibilité permettant un taux de compétitivité correct selon le WEF, ne repose pas sur l’épuisement de la force de travail, mais plutôt sur sa capacité à s’adapter au contexte d’une entreprise. Cette capacité ne peut se développer que si elle est préservée….et en état de fonctionner.

Ainsi, vouloir promouvoir une « flexi-sécurité » en tendant au maximum les actifs, sans offrir de garanties ou d’alternatives crédibles comme c’est le cas avec ce projet de réforme est incohérent.

 

Il ne s’agit pas uniquement de réagir face à un projet destructeur de droits sociaux, mais bien de repenser fondamentalement et politiquement les modèles économiques régissant notre société. Appliquer des modèles théoriques et purement idéologiques ne suffira pas ; il est impératif de prendre en compte le contexte de la nouvelle norme de travail que représente entrepreneuriat et celui des nouvelles technologies d’information et de communication.

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Du bon usage des médias sociaux : 5 conseils (2/2)

On reproche beaucoup de maux aux médias sociaux : peu de contenu à valeur ajoutée, beaucoup de répétitions, course au like et au buzz contre-productive, chronophages, peuplés d’imbéciles ou encore sources d’angoisse et de stress. Pourtant, c’est un outil de communication formidable permettant de créer du lien social et de reprendre le contrôle sur l’information….à condition de s’en servir correctement.

  • Toujours préférer du contenu que l’on produit soi-même, ou alors apporter une valeur ajoutée à du contenu existant

Il est toujours appréciable de proposer une production originale ou de commenter un contenu déjà existant afin de l’enrichir et d’éviter les doublons inutiles.

  • S’abonner à des comptes qui produisent de l’information de qualité, et masquer les autres

L’idéal serait de ne pas se contenter des gros comptes d’influenceurs ou de médias classiques, mais de consommer des médias alternatifs indépendants (Bastamag, Streetpress etc mais aussi des blogs comme celui de Joao ou celui de Valérie CG) pour avoir des informations complètes, ainsi que de ne pas se contenter d’une seule ligne éditoriale ou d’un seul type de contenu (sachant que chaque type de média comporte ses limites).

Pour éviter la « pollution » des réseaux sociaux faite à partir de fake news, titres racoleurs ou liens stériles, vous pouvez retirer les comptes qui en partagent trop souvent de vos listes ou vous désabonner. Si vous souhaitez éviter cette solution, vous avez la possibilité de masquer les comptes vous posant problème.

Enfin, pour que votre fil d’actualité vous présente en priorité les contenus que vous préférez, il est judicieux d’interagir et de réagir régulièrement aux publications qui vous intéressent. Vous pouvez aussi cocher l’option « voir en premier » sur vos pages Facebook favorites.

  • Echanger en privé et concrétiser par des rencontres IRL autour d’événements et d’engagement associatif

Ces échanges sont essentiels pour renforcer les luttes sur le long terme, car ils permettent de créer de la confiance, de la solidarité et de l’engagement ! C’est en effet le moyen le plus efficace de mettre en place un « bouche-à-oreille numérique ».

Il y a cependant des règles à respecter : inutile d’encombrer les boîtes de réception de vos contacts avec du contenu non susceptibles de les intéresser, surtout vous ne les connaissez que très peu. Le ciblage est très important : il est une preuve d’empathie à l’égard de vos contacts, et vous permet de devancer les attentes de votre audience.

Il est également important de préciser ses attentes (retour, avis, commentaire, partage) ainsi que de donner des informations nécessaires à la compréhension de son message pour que l’échange soit fructueux.

  • Veiller à la pertinence de ses productions lors d’interactions publiques

Il est également possible de cibler son audience publiquement, via les tags et les identifications. Là encore, mieux vaut s’assurer avant que vos contacts concernés soient d’accord avec le fait d’être mêlés à vos publications. D’où l’intérêt de construire en amont des liens en privé et de bien connaitre son audience.

Il faut aussi éviter de partager son contenu dans des lieux inadaptés, comme dans des commentaires hors sujet avec la publication de base, ou dans des groupes dédiés à des thèmes précis qui n’ont rien à voir avec votre production.

  • Savoir repérer les cas de cyberharcèlement

Le risque de cyberharcèlement constitue l’inconvénient majeur des réseaux sociaux. Il faut absolument en prendre conscience, car à la clé, le danger c’est de rompre des liens et de déshumaniser les autres.

Ainsi, il est évident qu’insultes, rumeurs malveillantes, critiques personnelles et injustifiées, flood permanent, sont des pratiques à bannir absolument.

 

Finalement, la puissance des médias sociaux ne se trouve pas dans la recherche de buzz (comme ce qui est trop souvent fait) mais bien dans la capacité à créer et construire des liens, chose essentielle dans l’engagement politique et associatif.          

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Pourquoi le nombre de likes et de partages publics sur les réseaux est en réalité insignifiant (1/2)

On a souvent tendance à croire qu’un grand nombre de followers, de likes, de vues ou de partages publics sur les réseaux sociaux permet de créer un rapport de forces au niveau de l’opinion grâce à la visibilité qui en découle.

Or, non seulement la notoriété n’est pas synonyme d’influence, mais en plus elle peut renforcer un « statu quo » si elle n’est pas utilisée à bon escient. Nous verrons ici pourquoi.

  • La visibilité n’entraîne pas automatiquement un engagement sur son contenu, des interactions pertinentes ou une création de lien qualitatif

Outre la part de « haters » ou de curieux qui n’interagissent jamais pouvant se retrouver abonnés à votre compte par hasard, les personnes actives peuvent l’être pour diverses raisons.

On peut partager votre contenu pour le critiquer violemment, on peut venir commenter en vous dénigrant ou en vous insultant, ou alors une personne peut partager votre contenu en se l’appropriant et en détournant votre message d’origine, pour la simple raison que dès lors que votre contenu est public, il ne vous appartient plus vraiment.

Pour être certain.e que votre message ne sera pas détourné, il faut qu’il y ait un intérêt réciproque entre vous et votre communauté d’abonnés, et donc accepter que ces liens sont rares et difficiles à construire.

Les personnes qui vous soutiennent virtuellement ne pourront pas toujours vous soutenir concrètement ; soit parce qu’elles sont loin géographiquement, soit parce qu’elles n’en ont pas les moyens, soit parce qu’elles ne sont pas directement concernées par ce que vous proposez.

A noter qu’une personne de votre communauté peut être touchée ponctuellement par votre travail, mais ceci ne signifie pas qu’elle vous soutiendra régulièrement.

  • Les réseaux sociaux qui génèrent le plus d’adhésion et d’engagement sont ceux où les partages ne se font qu’en cercle restreint car les liens de confiance sont plus solides

Comme Instagram, réseau très populaire chez les plus jeunes générations, et qui n’autorise que les partages restreints en messages privés et en stories. Il y a également de plus en plus de personnes qui se politisent sur ce réseau, plus intuitif et plus serein car construit sur le partage d’images.

En effet, si le nombre de partages en messages privés ou en stories est a priori plus restreint (car il demande plus de manipulation), le partage en privé garantit un intérêt supérieur ou une véritable adhésion au contenu. Pour la simple raison qu’il existe plus souvent un lien de confiance entre la personne qui partage et celle qui reçoit le message, et qu’a priori les personnes interagissant en privé se connaissent un minimum, et sont donc renseignées sur les intérêts mutuels de leurs interlocuteurs. Ainsi, un contenu partagé en privé suscitant un réel engagement a plus de chance d’être repartagé derrière qu’un simple partage public dont on ignore la portée réelle.

 

Si la visibilité suscite l’intérêt des médias classiques et des annonceurs publicitaires, elle ne suffit pas pour créer une tendance dans l’opinion. Par exemple, l’influenceuse mode et beauté bien connue Kim Kardashian West ne s’est pas fait connaître uniquement sur son nombre d’abonnés ; c’est bien parce que de nombreuses femmes ont copié son style qu’il s’est propagé comme une nouvelle norme physique et vestimentaire. Par ailleurs, puisque la notoriété est un paramètre beaucoup trop aléatoire pour que l’on puisse avoir la main dessus, il est risqué de capitaliser dessus, d’autant plus si ce devient une fin plutôt qu’un moyen ; en effet, une visibilité érigée comme objectif est facilement récupérable, et peut être utilisée pour maintenir un ordre social au lieu de créer une nouvelle dynamique au niveau de l’opinion.

 

Pourquoi la logique de monopole dans le milieu militant est totalement absurde

Dans le milieu associatif, nous avons tous déjà fait le constat que les rapports de pouvoirs sont extrêmement tendus ; et plus une structure gagne en visibilité et en influence, plus ces tensions s’intensifient. Finalement, le combat pour obtenir plus de notoriété devient une fin, et non plus un moyen pour atteindre ses objectifs, mais pour exister au détriment des autres initiatives.

Pourtant cette logique nuit gravement à l’aboutissement de la lutte. Nous détaillerons ici les problèmes soulevés par ces méthodes de travail.

 

  • La charge de travail est bien trop importante pour reposer sur une seule structure ou une poignée d’individus

Et le travail, ce n’est pas ce qui manque !  Dans un contexte où les services publics sont saturés, abandonnés, et malheureusement parfois inefficaces, voire dangereux, à cause du manque de moyens, mais aussi du sexisme, de la LGBTQI-phobie et du racisme, le travail associatif sert de palliatif aux manquements des institutions classiques.

Accompagnement scolaire, assistance juridique ou médicale aux victimes de viols, de violences policières ou crimes racistes, accompagnement de personnes en situation de handicap, éducation populaire sur les questions de racisme, sexisme, géopolitique, médias…Partout, nous avons besoin de tous les acteurs de la société civile pour survivre d’abord, résister ensuite.

  • La surcharge de travail crée un climat favorable à des pratiques militantes violentes

Pour au moins deux raisons : mettre toutes les responsabilités sur les épaules d’une personne ou d’une structure, c’est à la fois lui donner trop de pouvoir dont elle est susceptible d’abuser, et la mettre en situation de vulnérabilité, car exposée aux rivalités intestines, au harcèlement, et aux calomnies. En effet, nous avons toutes et un tous un ou une militante dans notre entourage, qui a déjà été exposée à ce type de violences dans le cadre de son engagement, souvent bénévole.

Si la surcharge de travail ou les fortes responsabilités ne sont ni une excuse pour cautionner les violences ni une condition nécessaire pour qu’elles se produisent, on est forcé de constater que ce contexte permet de concentrer et de tendre les rapports de pouvoir.

  • La violence génère des conflits (en plus de la souffrance occasionnée) brisant les liens de solidarité

Lorsqu’il y a acte de violence, il y a automatiquement une prise de parti, que ce soit pour l’agresseur ou la victime. A noter que la « neutralité » n’existe pas dans ces cas de figure : ne pas prendre parti profite à l’agresseur, voire le protège.

En général, on se range plus facilement du côté de la personne qui a le plus d’influence, le plus de pouvoir ; ce sont donc souvent les agresseurs qui se trouvent du bon côté du rapport de forces. Dès lors que la victime parle, les clans se forment, avec d’un côté les rares personnes soutenant les victimes, de l’autre celles se rangeant du côté du plus fort pour préserver des intérêts. La victime se retrouve donc isolée du reste des militants, exclue de facto des structures où son agression a eu lieu, et où la place de son agresseur a été soigneusement préservée.

Ainsi, non seulement on se prive d’une partie des forces militantes, mais en plus on coupe des liens sociaux, et on interrompt des projets, parce que les divers « clans » sont dans l’incapacité totale de travailler ensemble.

 

  • Dans l’activisme, la cannibalisation des structures associatives et/ou politiques ne permet pas de meilleurs résultats

Si dans le monde des grandes entreprises, les fusions-acquisitions, OPA (Offres Publiques d’Achat) et les plans sociaux les accompagnant trop souvent, permettent d’obtenir de beaux résultats financiers, dans les organisations politiques et associatives, ces stratégies ne fonctionnent pas.  Pour la simple raison qu’ici, les enjeux et les objectifs ne sont pas les mêmes.

En effet, il ne s’agit pas de faire de l’argent et de s’enrichir, mais bien de prendre le pouvoir pour faire avancer un agenda politique, et défendre les intérêts des personnes les plus vulnérables. Dans ce contexte, il est préférable que les structures se multiplient, se coordonnent, et surtout, se soutiennent dans la mesure du possible.

  • La violence couplée aux stratégies de cannibalisation finit par détruire les organisations et broyer des personnes dans leurs parcours de vie

Pire encore, les stratégies de cannibalisation de certaines structures pour obtenir le monopole, finissent par en détruire d’autres, avec comme dommage collatéral, les personnes victimes de violence, broyées au passage dans leur parcours de vie.

Parce qu’il faut bien comprendre que non seulement la violence accompagne obligatoirement ces logiques de monopole, mais qu’en plus elle est entretenue par ces pratiques.

 

Finalement, les logiques de monopole ne servent aucune lutte, voire nous mènent tout droit vers la défaite. Il s’agit alors de choix politiques ; soit on préfère concentrer le pouvoir et les responsabilités pour préserver les intérêts d’une poignée d’individus, soit on élargit et on fait en sorte que tout le monde ait accès à l’engagement et aux luttes pour la dignité.

                D’où l’importance de garder en tête qu’une organisation cherchant à vous dissuader de créer la vôtre sous prétexte que ce serait de la « concurrence » qui nuirait à la lutte, ou que vous chercheriez à « diviser », cherche en réalité souvent à conserver son monopole. En effet, vous accuser de « casser l’unité » tout en étouffant la moindre tentative de faire émerger une diversité d’opinions ou de modes d’action, ce n’est en fait qu’une forme de chantage, permettant de concentrer toute l’attention sur soi. Ce n’est pas en étouffant l’altérité idéologique qu’on renforce les luttes, mais bien en la respectant et en construisant des liens qualitatifs enrichissant toutes les formes d’action.

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