« Cancel culture » et « call-out » : la solution miracle pour préserver les victimes de violences et harcèlement ? (1/5)

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Disons-le tout de suite…NON. En tout cas, pas sur le long terme.

Or, comment faire lorsque les agresseurs, harceleurs, prédateurs et pointeurs polluent toutes les strates de la société, et qu’il n’y a quasiment aucune structure fiable pour s’en préserver ?

L’auto-organisation est donc indispensable. Pourtant, il y a des limites à ne pas franchir pour ne pas tomber dans une forme de « radicalisme rigide » (pour reprendre le terme de Jean-Michel Knutsen, community organizer et éditeur du site www.organisez-vous.org ), mais aussi pour préserver la sécurité de la victime à court, moyen et long terme.

  • Qu’est-ce que la « cancel culture » et le « call-out » ?

« Cancel » (qui signifie « annuler » ou « supprimer » en anglais) une personne influente ou perçue comme telle, c’est la boycotter, la mettre à l’écart et lui donner l’injonction de quitter sa position de leader parce qu’elle est accusée de tenir des paroles ou des agissements en contradiction manifeste avec ses valeurs affichées, ou tout simplement incompatibles avec la vie en groupe (propos racistes, misogynes, agressions, violences, parfois crimes). On parle de « cancel culture » lorsque ce mode opératoire est généralisé et systématique dans des structures ou systèmes au sein de la société.

« Call-out » son agresseur, c’est le dénoncer publiquement dans les médias ou les réseaux sociaux, sans forcément qu’il n’y ait de procédure judiciaire.

Si ces deux procédés existent, c’est pour compenser des blocages, des dysfonctionnements et des manquements structurels de la part de l’institution judiciaire, dans un contexte où ces violences restent trop souvent tues, impunies et mal combattues collectivement par les pouvoirs publics. En effet, nous sommes forcés de constater que « cancel » et/ou « call-out » une personne puissante, c’est envoyer un message fort ; celui de dire que la honte et la peur ne doivent plus se trouver du côté des victimes. Or, le message ne fait pas tout. Encore faut-il qu’il soit suivi d’effets concrets sur le terrain.

Ainsi, leur existence doit alerter sur une situation sociale plus que tendue, mais également être questionnée, puisque ces méthodes comportent également des risques et des limites et que ce sont des armes puissantes qui peuvent vite se retourner contre les victimes lorsqu’elles sont mal utilisées.

  • Les limites de la « cancel culture »

De plus en plus de militants de terrain trouvent que  dénoncer la cancel culture, c’est surtout une « tendance », mais qu’il serait plus sérieux de présenter des excuses auprès des personnes dont on a soi-même participé à l’isolement, lorsque c’est le cas. Ceci est une dérive présente parfois dans les milieux intersectionnels, qui ont malheureusement encore trop tendance à individualiser des combats d’ordre collectif. D’ailleurs, ce qu’on appelle « cancel culture » découle directement d’une frange du militantisme déconnectée des réalités du terrain, qui pense que pour faire avancer des luttes, il faut « déconstruire » tout le monde un par un. On peut même aller plus loin et penser que ce terme de « cancel culture » est trop réducteur pour la complexité de la problématique et inadapté au terrain, et préférer parler de logiques de culpabilisation, d’exclusion, de harcèlement, parfois sur des bases superficielles voire mensongères. En effet, la dénonciation de façade de la « cancel culture » est un symptôme direct de la numérisation du militantisme, où les logiques d’influence et de compétition passent avant l’avancement des combats sur le terrain.

Enfin, les personnes pratiquant sérieusement l’accompagnement des victimes de violences sexistes sur le terrain, savent d’expérience que la réalité est loin d’être manichéenne. On ne peut pas toujours jeter son bourreau sous le bus, pour des raisons affectives, ou matérielles. Assimiler ceci à de l’aliénation pour des raisons de performance radicale peut empêcher un suivi efficace des victimes de violences, et c’est pour cette raison précise que le call-out ne doit être utilisé qu’en dernier recours.

Ces faits démontrent parfaitement que la « cancel culture » appliquée à notre échelle, peut créer plus de problèmes qu’elle n’en règle, et ne profite pas toujours aux victimes de violences.

  • Les risques et dangers du « call-out » pour la victime présumée

Le risque le plus évident, c’est d’être attaqué en justice pour diffamation, et ce, même lorsqu’on dit la vérité. Attaquer une victime présumée pour diffamation, comme brandir la présomption d’innocence comme bouclier, est une technique bien connue des agresseurs pour se protéger…car elle est en effet très efficace !

L’autre risque, encore plus sournois, c’est que la victime se retrouve isolée et calomniée, et c’est d’autant plus le cas lorsqu’elle se trouve elle-même dans une situation précaire, ou avec une santé mentale fragile. Il n’est pas rare que les victimes reçoivent des injonctions, des pressions, voire des menaces, pour se taire. Ainsi, une victime exposée publiquement, est aussi une victime exposée à la vindicte populaire. Elle se retrouve donc propulsée parfois à son insu sur le devant de la scène, et souvent soumise à un processus insidieux où elle se retrouve elle-même culpabilisée de salir une personne présumée innocente, et victime de harcèlement, en plus d’avoir subi les agissements de son agresseur.

  • Il faut gagner en puissance perçue et en reconnaissance pour être en mesure de protéger et renforcer des victimes de violences

Parce que nous sommes tous manipulés à une certaine échelle par la preuve sociale, une victime de violence sera difficilement soutenue si elle est exposée seule, ou si les personnes autour d’elles sont perçues comme peu puissantes. Or le travail nécessaire à un renforcement et à une reconstruction se fait en dehors des projecteurs des télévisions et des buzz sur les médias sociaux.

En effet, un travail de thérapie est souvent nécessaire, et une procédure judiciaire en bonne et due forme peut éventuellement faire partie de la reconstruction. Ces méthodes demandent beaucoup de temps, de moyens et d’énergie. Parfois il y a plus urgent à régler, comme la question du logement, de la sécurité de la victime, ou de ses ressources financières.

La dénonciation demande au préalable un minimum de reconstruction du côté de la victime présumée, et surtout de la stratégie. L’urgence est donc de créer, de renforcer et d’entretenir des liens solides autour des victimes. Il est donc de la responsabilité collective de leurs complices de servir de « bouclier » pour préserver leur sécurité.

Cependant, les sentences ad aeternam et les attaques ad hominem ne doivent jamais faire partie des pratiques préconisées, à la seule condition que les victimes soient entièrement inclues dans le processus de décision sur le sort des agresseurs.

Témoignage abstention : « Aller voter alors qu’aucun candidat ne me convient c’est augmenter la participation au scrutin alors que je considère qu’il n’est pas légitime »

Temps de lecture : 2 minutesJulien, 35 ans, docteur en science politique

« Je suis docteur en science politique, j’enseigne à l’Université et j’écris pour divers sites internet et journaux. J’écris aussi des livres et des articles universitaires.

J’en suis arrivé là parce que j’ai des capacités d’écriture et que comme je suis engagé politiquement, je mets ces capacités au profit de mes engagements.

J’ai grandi dans une famille dans laquelle on parlait politique et dans laquelle on était plutôt engagé à gauche, donc quand j’ai été « confronté » à mes premières mobilisations (1995 notamment), j’y ai presque « naturellement » participé. Et au fur et à mesure je me suis rendu compte que ça ne servait à rien de s’engager si on ne le faisait pas dans un cadre organisé. Donc j’ai rejoint le cadre duquel je me sentais le plus proche politiquement, les Jeunesses Communistes Révolutionnaires.

 

Je vote quand il y a des listes ou des candidats dans lesquels je me reconnais, même si je peux parfois avoir des nuances.

Par exemple, quand il y a des listes ou des candidats qui défendent des propositions politiques avec lesquelles je suis d’accord, ET qui n’envisagent pas de se compromettre dans les institutions de la 5ème république et/ou avec les partis institutionnels.

Je ne vote pas blanc parce que le vote blanc n’est pas considéré comme un vote à part entière, déjà, et parce qu’aller voter alors qu’aucun candidat ne me convient c’est augmenter la participation au scrutin alors que je considère qu’il n’est pas légitime.

On ne peut pas avoir de « Podemos » en France, car Podemos n’a pu se développer que parce qu’il y a eu de fortes mobilisations sociales dans l’État espagnol (mouvement des indignés, mareas, etc.), qui ont logiquement posé la question d’une représentation politique nouvelle, en phase avec ces mobilisations et issue de ces mobilisations qui ne se reconnaissaient pas dans le système bipartisan. En France, rien de tout ça actuellement donc prétendre construire un Podemos c’est faire les choses à l’envers. On ne construit pas des nouveaux partis par en haut, ils s’imposent d’eux-mêmes sous la pression du bas.

 

Les listes citoyennes, c’est un signe que de plus en plus de gens ne se reconnaissent pas dans les partis politiques institutionnels sans pour autant renoncer à les contester sur le champ électoral. Donc c’est tant mieux. Mais cela ne pourra aller plus loin et être vraiment utile que si ces listes sont totalement indépendantes des partis institutionnels et refusent tout marchandage avec eux, et si, ce qui est lié, elles ne cèdent pas à « l’illusion institutionnelle », en pensant que les choses pourraient réellement changer sans s’en prendre aux véritables centres de pouvoir, qu’ils soient politiques ou

Si je suis prêt à discuter avec celles et ceux qui, électeurs ou électrices, considèrent que l’abstention n’est pas une solution face à la montée du FN, tous ceux qui, dans le paysage médiatique et politique, sont dans le registre de la culpabilisation, m’agacent profondément, et je suis poli. A fortiori quand ce sont les mêmes qui, en raison de leur rhétorique et de leur politique, contribuent largement à favoriser les idées du FN et à le normaliser dans le champ politique. Je n’ai aucune leçon à recevoir de ceux qui se réveillent à chaque élection pour donner des leçons de citoyenneté à tout le monde alors que le reste de l’année, leur attitude et leurs actes convainquent de plus en plus de gens de s’abstenir ou de voter FN. »

 

 

Témoignage abstention : « J’ai arrêté de voter depuis les européennes en 2014. C’est douloureux pour moi, car j’avais une haute estime de la politique avant, de par ma culture et mon éducation, où j’ai baigné dans le militantisme. »

Temps de lecture : 3 minutesNadjib, 37 ans, Reporter télévision

 

« Je suis reporter depuis maintenant 11 ans, spécialisé en géopolitique et en culture. Avant d’exercer ce métier, j’enseignais dans des classes Relais (jeunes en décrochage scolaire) l’initiation au reportage et le contrôle de l’image. J’intervenais sur ces sujets suite à des cas de happyslapping parmi les élèves de ma classe qui n’étaient clairement pas conscients de la gravité de leurs actes.

Mon travail a été repéré par une réalisatrice qui m’a formé au montage et à la vidéo. Puis, j’ai rencontré une journaliste qui m’a formé à son métier durant 3 ans et qui m’a ouvert son réseau, car elle a trouvé que le métier de journaliste était fait pour moi.

J’ai toujours aimé voyager, et je suis passionné d’actualité internationale, car je considère que dans un monde globalisé, les vraies décisions politiques se prennent au niveau international.

Mon école, c’est celle du voyage et du théâtre. Au lycée, je passais mon temps à organiser des manifestations et à remettre en question le système scolaire, qui pour moi est inadapté au monde actuel. J’ai donc eu la chance d’évoluer dans un milieu favorisé, ce qui m’a permis de m’émanciper par le voyage car j’ai une image négative de l’école. Ces voyages m’ont permis d’avoir une carrière internationale.

J’ai arrêté de voter depuis les européennes en 2014. C’est douloureux pour moi, car j’avais une haute estime de la politique avant, de par ma culture et mon éducation, où j’ai baigné dans le militantisme.

Dans le cadre de mon métier, j’ai eu l’occasion de couvrir la campagne présidentielle en 2007 entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, puis d’enquêter sur le PS. J’ai été complètement écœuré.

Pour moi, le système politique français fonctionne comme une mafia. A croire qu’on n’est pas sorti de la monarchie, puisque les élites de notre « démocratie » se comportent comme des seigneurs. Le pire, c’est leur discours qui vise à culpabiliser l’électorat sans jamais remettre les élus en question.

Dans les partis politiques, ils acceptent les « acteurs de la diversité » comme on appelle pudiquement les « racisés », mais uniquement comme public de meeting ou colleurs d’affiches. Plus on monte dans la hiérarchie, plus c’est « blanc » et plus c’est « mâle ».

Je ne suis pas devenu abstentionniste du jour au lendemain, c’est un acte complètement réfléchi. Aujourd’hui, on ne peut plus renverser le système de l’intérieur en intégrant un parti politique, car les acteurs de terrain, même lorsqu’ils arrivent aux affaires, ne peuvent garder leur liberté de ton et servir ainsi de lanceurs d’alerte.

L’exemple du référendum de la constitution européenne est une preuve flagrante du mépris des représentants politiques envers le peuple. On a mobilisé les gens pour les inciter à s’exprimer et à voter. Le peuple a voté non, mais le texte a été voté à l’Assemblée Nationale contre la volonté du peuple.

Si l’abstention augmente autant, c’est loin d’être par désintérêt des questions politiques, bien au contraire, c’est parce qu’ils sont conscients que l’Etat ne peut rien pour eux.

Je préfère mille fois qu’un homme politique m’avoue son impuissance en soutenant les initiatives citoyennes plutôt qu’il me mente en me vendant du rêve.

Le seul moyen pour que je retourne voter, c’est que le vote blanc soit réellement reconnu. Je pense que si nos élus refusent de mettre en place cette mesure, c’est pour éviter de remettre en question leurs actions politiques. Pourtant, leur rôle, c’est d’être à notre service, et pas l’inverse.

A force d’avoir transformé la politique en métier, le système n’est même plus enrayé, il est carrément en train d’imploser, et de s’autodétruire. Et comme les politiques sont des personnages complètement hors-sol, ils ne peuvent prendre que des mesures cosmétiques.

A force, les gens sont fatigués de se faire envoyer dans le mur. Les plus démunis sont clairvoyants et souvent très politisés, et contrairement à ce que l’on peut croire, ils sont loin d’être dans le discours du « tous pourris ». Souvent, ils tentent de monter des petits partis, mais ils sont bien conscients que les petits partis n’ont pas de poids.

Les journalistes qui se permettent de culpabiliser les abstentionnistes dans leurs chroniques et de surfer sur toutes sortes de peurs, se transforment en communicants de ce système politique défaillant, et sont aussi responsables de ces dysfonctionnements.

La France n’est pas un épiphénomène ; ailleurs, c’est pareil. Quand on joue sur les peurs et les bas instincts des gens, ce sont toujours les pires extrémistes qui raflent la mise. On a rompu le « pacte républicain » à partir du moment où on a commencé à ethniciser les débats et à normaliser la division entre les citoyens.

A titre personnel, je m’engage sur le terrain dans des projets associatifs concernant le lien social, l’éducation, l’émancipation économique. Par exemple, la recherche de stages pour les jeunes étudiants et les mouvements tels que les ZAD ou Colibris (économie alternative). »

 

Témoignage abstention. « Ce qui peut me faire revenir vers les urnes, ce sont les listes citoyennes, comme celle montée pour les régionales en Ile-de-France. Des candidats qui viennent du terrain, qui ne jouent pas sur le buzz. »

Temps de lecture : 3 minutesImane, assistante sociale, 31 ans

« Je suis assistante sociale à l’hôpital. Je suis chargée de la protection de l’enfance et de l’accès aux soins pour les plus démunis : réfugiés, personnes âgées avec peu de ressources, victimes d’attentats…

J’ai eu mon bac facilement, mais je ne savais pas quoi faire. J’ai fait donc une année de fac d’histoire pour prendre le temps de réfléchir à mon orientation. Je savais que je voulais faire quelque chose d’utile. J’ai pensé à une carrière dans le domaine du droit ou du journalisme. On m’a proposé de passé le concours pour être assistante sociale, et je l’ai eu du premier coup. J’exerce ce métier depuis 10 ans maintenant. Le métier est passionnant mais difficile psychologiquement, c’est pourquoi je me fais muter tous les 5 ans. En effet, je me sens souvent impuissante lorsque je me vois refuser des dispositifs à des gens parce qu’ils ne rentrent pas dans la bonne case alors que je suis convaincue qu’on pourrait aider plus. Le pire, c’est que souvent dans les cas que je prends en charge, la détresse médicale s’ajoute à la détresse sociale.

Je n’ai jamais milité pour des associations ou des partis politiques. J’aide ponctuellement quand je le peux, mais mon engagement est déjà très présent au niveau de mon travail qui me prend beaucoup d’énergie. Je trouve que dans ces organisations, il y a aussi beaucoup de communication mais peu de fédérations ou d’actions concrètes, voire de la concurrence malsaine.

En 2012, j’ai voté Hollande aux 2  tours. C’était la seule alternative crédible pour combler le manque de moyens publics de façon pragmatique, je croyais encore au « vote utile ».

Finalement, la seule mesure de son programme qui a été appliquée a été le mariage pour tous. Je ne suis pas contre, mais c’est une mesure symbolique qui ne règle pas forcément la question de l’homophobie sur le fond et en plus ne concerne qu’une minorité de citoyens.

Depuis, j’ai arrêté de voter. Les campagnes ne portaient pas sur nos problèmes mais sur le conflit avec les adversaires politiques. Je préfère m’abstenir plutôt que de voter blanc, car on parle plus des abstentionnistes que des votes blancs. J’espère qu’un jour les grands médias se poseront les bonnes questions. En attendant, je m’informe via les médias alternatifs que l’on trouve sur les réseaux sociaux.

Ce qui peut me faire revenir vers les urnes, ce sont les listes citoyennes, comme celle montée pour les régionales en Ile-de-France. Des candidats qui viennent du terrain, qui ne jouent pas sur le buzz. J’ai d’ailleurs voté pour eux au premier tour des régionales. Ils n’ont fait que 0,23 % mais pour une fois, j’ai eu le sentiment de voter en adéquation avec mes convictions. Je me suis évidemment abstenue au second tour.

Pour moi, la politique est avant tout une affaire de conviction. Je trouve tellement triste qu’il y ait des gens qui marchent dans le piège du clientélisme électoral, et qui votent pour que leur dossier de logement se trouve en haut de la pile et pas pour un programme.

Je ne marche plus dans le chantage qui consiste à faire « barrage au FN » parce que pour moi la gauche aujourd’hui fait le jeu du FN en appliquant une partie de son programme avec la déchéance de nationalité par exemple. Le haut score du FN n’est pas dû à leurs adhérents, mais bien à tous ceux qui ont préparé le terrain pour qu’il atteigne ce niveau.

Je trouve le système électoral complètement injuste. Aujourd’hui, les petites listes n’ont pas les mêmes moyens financiers que les grand partis et ça se voit dans les bureaux de vote, où il n’y a pas assez de bulletins de vote car l’impression est très chère et qu’il faut faire 5% minimum pour être remboursé de ses frais de campagne. Peut-être que le vote électronique serait une bonne solution pour limiter l’abstention et permettre à toutes les listes d’avoir les mêmes chances de remporter un scrutin. Ce qui doit aussi changer selon moi, ce sont les grands médias qui doivent renouer avec leur mission d’informer le peuple sur les différentes alternatives durant les élections, et non servir de contre-pouvoir comme c’est le cas aujourd’hui. »

 

Témoignage abstention : « Je trouve aberrant qu’une minorité de personnes (encartées) choisissent des candidats approuvés par 400000 personnes grand maximum. Comment 400000 personnes peuvent décider pour 60 millions dans une démocratie ? »

Temps de lecture : 3 minutes« J’ai jamais voté. Sauf une fois, quand le candidat a acheté ma voix. C’est simple, je rejette totalement un système qui n’a fait que me mépriser depuis mon plus jeune âge.

Mon parcours scolaire fut chaotique. J’ai fini en BEP Vente Action Marchande parce que ma conseillère d’orientation du collège a estimé que je ne réussirais ni en filière générale, ni en filière électronique. Je n’ai pas réussi à aller jusqu’au bac professionnel car tous les lycées m’avaient refusé. Je me suis donc inscrit au Pôle Emploi. J’ai demandé à ma conseillère des formations dans le domaine de l’informatique. J’ai dû la harceler, limite lui forcer la main, pour qu’elle daigne m’inscrire dans une formation de 750 heures qui se concluait par un stage d’un mois. J’ai été refusé dans une école qui m’avait donné de faux espoirs jusqu’à la dernière minute parce que je n’avais pas le bac. A cause de cela, j’ai manqué une opportunité de formation diplômante. Cet échec a créé un conflit familial qui m’a forcé à vivre dans la rue pendant 1 an. Un jour j’ai eu des soucis avec la police, et j’ai dû me résoudre à retourner chez ma famille. J’ai réussi à trouver une autre formation de plus de 800 heures en alternance. J’ai été embauché à la suite de cette alternance. J’ai passé mes certifications tout seul en étudiant dans des livres que je m’achetais. Je suis devenu administrateur de cette manière. Tout le reste de mon parcours professionnel, je ne le dois qu’à mon culot. Pour monter en grade, je démissionnais de mon poste pour postuler à un poste plus exigeant. Cette stratégie risquée s’est avérée payante, car je refuse d’attendre qu’on veuille bien m’octroyer une promotion. Aujourd’hui, je vais sur mes 29 ans, je suis cadre moyen, consultant en SI sur des projets internationaux et je vis plutôt confortablement.

Si je ne vote pas, c’est parce que je fais partie du peuple, mais je ne me sens nullement représenté par les élus. Pour que j’aille voter, et que ma voix compte, il faudrait une 6ème République avec une refonte du système électoral et une meilleure répartition du pouvoir. Il faudrait une réelle prise en compte du vote blanc, avec une élimination de tous les candidats en cas de plus de 50% de votes blancs.

Je trouve aberrant qu’une minorité de personnes (encartées)  choisissent des candidats approuvés par 400000 personnes grand maximum. Comment 400000 personnes peuvent décider pour 60 millions dans une démocratie ?

Le plus triste, c’est que je pense que la mobilisation des citoyens ne peut être efficace car le système est totalement verrouillé. J’ai l’impression d’être une minorité parmi une majorité ostracisée, parce que je ne m’en sors pas si mal alors que je suis méprisé par les institutions.

Alors le seul moyen que j’ai trouvé pour m’exprimer, c’est de ne pas participer à ce que j’estime être une mascarade. Je connais des élus en poste, qui étaient déjà là avant que je naisse, parce que pour eux, la politique, c’est une carrière. Personne ne devrait faire carrière en politique, la politique, c’est servir le peuple, pas se servir soi-même. On dirait que la politique est une blanchisseuse, tellement les élus se succèdent, se ressemblent et….se recyclent. C’est un cercle vicieux. Le pire, c’est que pour que ce système prospère, les politiques n’hésitent plus à abuser du populisme. Il y a 80 ans, c’étaient les Juifs, aujourd’hui ce sont les musulmans (entre autres) qu’on pointe comme boucs émissaires. A croire qu’ils ne tirent jamais de leçons des erreurs passées.

On n’est pas en démocratie, on est en « monarchie élective ». Et pour en sortir, on va devoir faire une révolution.

 

Témoignage abstention : « J’ai remarqué qu’aujourd’hui, le délai entre les promesses annoncées et les promesses non tenues se raccourcissait de plus en plus. A croire qu’ils n’ont même plus honte. »

Temps de lecture : 3 minutesMathieu, entrepreneur et indépendant, 28 ans

« En 2007, j’étais responsable informatique dans une société de gestion de patrimoine à Lyon. Ce métier me plaisait, on faisait des choses vraiment sympas. J’ai été licencié économiquement parce que la société a rencontré des problèmes financiers.  Ensuite, j’ai été community manager à et formateur client Paris pendant 2 ans. Puis je suis parti bosser à Monaco, en tant que cadre responsable stratégie numérique. J’ai arrêté au bout d’un an parce que j’étais frustré, car je ne pouvais pas prendre autant d’initiatives que ce que je voulais.

C’est à partir de ce moment-là que j’ai décidé de devenir entrepreneur. J’ai vu ce que c’était de ne partir de rien, de lancer un produit innovant dans un pays comme la France, sans support politique et/ou financier. J’ai tout pris dans la figure, j’ai été confronté à la réalité du terrain. Mon produit est innovant, mais dans le secteur agroalimentaire, le marché est très complexe et les procédés de distribution sont obsolètes. Mon projet est en suspens pour le moment. Je continue à rencontrer des gens afin de reprendre la production car je ne pouvais plus le faire moi-même. Aucun homme politique et aucune banque ne m’ont soutenu. Aujourd’hui quand on est un petit entrepreneur, les politiques s’en foutent, et quand on va voir les banques, ils fuient dès qu’on parle de créer des emplois, car c’est trop cher et pas assez rentable pour eux.

Aujourd’hui, j’ai repris mon activité de consultant en communication de façon indépendante.

Je ne vote plus, car j’ai été trop souvent déçu par les gens pour qui j’ai voté, que ce soit pour des scrutins locaux ou nationaux. J’ai remarqué qu’aujourd’hui, le délai entre les promesses annoncées et les promesses non tenues se raccourcissait de plus en plus. A croire qu’ils n’ont même plus honte. A chaque frasque des politiques, ça buzze sur le net pendant quelques jours, puis ça passe aux oubliettes.

J’aimerais bien voter blanc, mais ce n’est pas reconnu. Les petits partis ne peuvent pas exister s’ils ne sont pas rattachés aux gros, c’est comme pour l’entreprenariat. Si on ne se reconnait pas dans un gros parti, on ne vaut rien, on n’existe pas. J’ai l’impression qu’on n’est pas dans une démocratie complète.

Aujourd’hui on a des outils de communication hyper puissants, on ne devrait plus avoir à passer par des représentants politiques, on devrait pouvoir voter pour des idées, et non pour des personnes.

Surtout qu’aujourd’hui, les politiques ne font rien, laissent les problèmes s’accumuler, et jouent les vierges effarouchées quand ça explose, surtout sur les questions de délinquance et de terrorisme. Le pire, c’est qu’ils ne semblent pas se poser les bonnes questions. Leur réponse, c’est de déshumaniser encore plus la société, ce qui fait que tous les extrémistes se réveillent.

Les initiatives comme Podemos, je les encourage, mais j’attends de voir leurs actions avant de m’enthousiasmer. En France, on ne peut pas avoir ça, parce que les petits partis sont subordonnés aux gros.

L’autre problème, c’est que la classe politique n’est pas représentative et complètement illégitime. Du coup, dès que le peuple gagne, c’est parce qu’il lutte dans la violence, comme pour le CPE en 2006.

Pour moi, les éditorialistes qui accusent les abstentionnistes de la montée du FN sont des aspirateurs à clics. Un journaliste qui essaie de culpabiliser une partie de la population, ce n’est plus un journaliste, mais quelqu’un qui cherche à imposer son avis et insulte plus ou moins directement. Et s’ils font ça, c’est parce que ça fait du clic sur le web.

J’aimerais pouvoir m’engager, mais le concept de « parti politique » ne devrait pas être un simple groupe de personnes, mais une fédération autour d’idées. J’ai déjà essayé de m’engager au sein de conseils de quartier, mais l’ambiance « réseau » ne me plaisait pas.

J’irai voter le jour où le vote blanc sera réellement considéré. »

Témoignage abstention : « Même avec un vote électronique, je n’irai pas cliquer. Je ne veux pas voter pour des promesses, mais pour des actions. »

Temps de lecture : 2 minutesSonia, Professeur d’anglais et français langue étrangère, 38 ans

« J’avais entamé des études de cinéma, médias et communication. Puis j’ai appris sur le tas le métier de professeur à l’étranger et j’ai tout de suite adoré. Au lycée, j’étais une élève rebelle, j’avais peu de difficultés, mais je ne supportais pas le cadre strict de l’école. Même aujourd’hui en tant que professeur, je le trouve trop rigide.

Je suis quelqu’un de très créatif, j’ai besoin d’être sur tous les plans, c’est pourquoi j’ai beaucoup de projets (écriture, médias, réalisation).

La dernière fois que j’ai voté, c’était au premier tour des présidentielles en 2012, c’était pour Bayrou, pour ses positions sur la Palestine et parce qu’il me semblait être le candidat le plus « moral » de cette élection. Au 2ème tour, je me suis abstenue car il était impensable de voter Sarkozy ou Hollande pour moi.

Je ne vais jamais voter blanc, car ces bulletins ne sont pas pris en compte et je ne vois pas l’intérêt de me déplacer pour ça.

Faut vraiment refaire toutes les institutions, rien ne va. Je le vois en tant que prof. Par exemple, lorsque j’enseignais en Jordanie, je me sentais vraiment impliquée dans la réussite de l’élève, alors qu’en France on va juste me demander d’être assidue, mais pas de m’intéresser à mes élèves.

J’ai l’impression d’avoir régressé en tant que prof tellement l’école est ghettoïsée. Je n’ai toujours pas Internet dans ma classe, je suis mal payée en tant que contractuelle (et souvent en retard), on me restreint même sur le nombre de feutres que j’utilise ! On se sent vraiment abandonné par l’Etat dans le 93. Ma fille qui est au collège a perdu le niveau d’anglais qu’elle avait lorsqu’on vivait à l’étranger. J’ai aussi l’impression d’avoir perdu mon niveau de vie, et de mon « standing » en revenant en France.  Je ne me reconnais plus dans la France dans laquelle j’ai grandi. J’ai peur pour l’avenir de mes enfants, je pense qu’ils ne pourront pas grandir en paix. Trop d’injustices, et je pense que ça n’ira pas en s’améliorant. En plus, on a complètement perdu notre crédibilité à l’international.

J’irai voter le jour où il y aura un candidat vraiment représentatif du peuple, où nous, les bi-nationaux, ne seront plus considérés comme des citoyens de seconde zone. J’aimerais que mon pays soit plus ouvert, qu’il accepte l’Autre comme une richesse, et non comme un parasite. Je ne supporte la division qu’on nous inflige afin de camoufler les vrais problèmes. Il nous faut un super-héros.

Pour moi, ceux qui rejettent la faute sur les abstentionnistes sont tout simplement des connards. C’est trop facile de nous culpabiliser sans une once d’empathie, quand on a sa place au chaud.

Même avec un vote électronique, je n’irai pas cliquer. Je ne veux pas voter pour des promesses, mais pour des actions. J’ai envie de dire à nos politiques : « fais d’abord, et après je vote pour toi ».  Le problème, c’est qu’ils n’osent plus agir. J’en ai marre qu’il n’y ait jamais de référendum sur les questions importantes, et de subir leurs interventions télévisées pour justifier leurs bêtises. Je ne veux pas les voir à la télé, mais qu’on me demande mon avis.

En tant que militante, je suis conscientisée, mais malheureusement, le citoyen lambda, souvent mal informé, est lobotomisé par ces interventions stériles. J’ai beaucoup milité, dans des événements, structures et collectifs divers. »

 

 

 

Témoignage abstention : « Si je ne vote pas, c’est parce qu’au-delà du fait que j’estime sincèrement qu’une espèce dite intelligente n’a pas spécialement besoin de dirigeants, je trouve le système électoral un peu trop hypocrite à mon goût pour jouer le jeu. »

Temps de lecture : 3 minutesHéloïm, 26 ans, écrivain

 

« J’ai 26 ans, je suis un jeune écrivain non rémunéré (la recherche d’éditeur est un long chemin), je vis pépère dans mon petit appart payé par le RSA et un coup de main familial occasionnel. Je suis devenu écrivain un peu par hasard. Je m’ennuyais un jour de pluie, et après avoir écrit 200 pages, je me suis dit que c’était une occupation pas plus con qu’une autre. J’écris des romans dans le genre fantastique et science-fiction et j’envisage de les traduire en anglais car il y a peu d’éditeurs français pour ce genre littéraire. Si on devait résumer mon parcours scolaire en un mot, ce serait « chaotique ».  J’étais en terminale scientifique quand j’ai décidé en plein milieu de l’année scolaire d’arrêter pour voyager un peu. Puis j’ai passé un DAEU en littéraire (Diplôme d’Accès aux Etudes Universitaires). J’ai fait un peu de fac de lettres, mais ça m’a vite gonflé.

Au niveau de mon engagement, je participe à la vie de mon quartier qui est particulièrement calme, ce n’est donc pas très enrichissant. J’estime que l’engagement politique passe surtout par le dialogue et l’entraide.

Si je ne vote pas, c’est parce qu’au-delà du fait que j’estime sincèrement qu’une espèce dite intelligente n’a pas spécialement besoin de dirigeants, je trouve le système électoral un peu trop hypocrite à mon goût pour jouer le jeu.

Entre la non prise en compte des votes blancs qui sont pourtant la base d’un mouvement démocratique (entendre, si le peuple demande à ce qu’on lui foute la paix, on l’écoute et on part) et le fait qu’il n’y a que trois quatre groupes de faux ennemis qui tournent en boucle dans les médias pendant les « élections » , je ne vois franchement pas où se trouve l’utilité d’un bulletin de vote.

Je pourrais m’attarder sur le fait que, au final, peu importe qui dirige officiellement seul ceux qui ont du pognon s’en sortent gagnant dans un système capitaliste, mais j’ai 39 de fièvre et la perspective d’une migraine de plus ne m’incite pas à me lancer sur la stupidité de notre modèle économique.

Ce système est complètement malade. Au niveau des conditions et droit de travail, dès qu’on l’ouvre un peu trop, ça réagit mal dans les chaumières. L’objectif des entreprises aujourd’hui, c’est le pognon pas le progrès. Le pire c’est que cette mentalité se retrouve même dans les endroits où l’objectif n’est pas de faire de l’argent, comme dans les médias par exemple. Dernièrement, ils ont tous fait la pub du dernier Star Wars au lieu de couvrir la loi de transparence fiscale qui aurait dû être votée à l’Assemblée. Et c’est purement volontaire, le public de Star Wars n’ayant absolument pas besoin que l’on fasse de pub pour faire la queue. C’est une forme de censure moderne que les gens semblent accepter beaucoup trop facilement. Puis avec l’état d’urgence, c’est un peu le far west en ce moment. Je suis tout à fait d’accord pour dire que c’est une honte, mais j’ai le sentiment que la grande majorité se satisfait de se croire protégée par les forces de l’ordre. Tant que ça ne concerne que nos voisins on n’a pas le réflexe d’observer ce qu’il se passe vraiment. Ils [les membres du gouvernement] vont pouvoir dégager tous leurs opposants (qu’ils soient dangereux pour eux ou juste amusants) et ils le feront au son des applaudissements. Ça me déprime mais tant que la majorité suivra le mouvement docilement, à part leur dire qu’ils finiront par le regretter tout en leur citant mille exemples, je ne vois pas trop quoi faire. »

 

Témoignage abstention : « Au fur et à mesure des campagnes, je me suis rendu compte que les gens votaient souvent « à l’aveugle » sans connaître vraiment les candidats et leur programme. C’est pour ça que le vote est inutile aujourd’hui. »

Temps de lecture : 4 minutesFranck, Comédien

« J’ai eu mon bac S mais ça ne me plaisait pas trop. Je me suis orienté vers la fac de lettres avec le projet de devenir prof d’université, mais je trouvais que c’était beaucoup d’efforts pour un métier qui m’attirait moyennement (8 ans d’études + CAPES + agrégation). Alors j’ai décidé de me consacrer pleinement à ma passion qui est le théâtre et de devenir humoriste.

Politiquement, j’ai été longtemps en faveur de l’idéologie dominante, qui est celle du libéralisme exacerbé, surtout durant mes études en Angleterre. Aujourd’hui, je donnerais des claques à la personne que j’étais il y a 15 ans et je comprends les anarchistes qui bloquaient la fac contre la loi LRU. A l’époque, je légitimais que cette loi était votée par des élus. En même temps, ils respectaient leur programme alors qu’aujourd’hui ils s’assoient sur leur programme, surtout Hollande. Le pire, c’est qu’ils font la morale aux autres sans balayer devant leur porte.

Je me suis déjà engagé au sein de ma fac afin de défendre mon UFR (Unité de Formation et de Recherche), c’était mes débuts au niveau de l’engagement. Cette expérience ne fut pas très probante, mais elle a quand même permis de limiter la casse au niveau des intérêts des étudiants.

Puis en 2007, je me suis encarté au Modem car je trouvais le discours de Bayrou raisonnable, progressiste et pragmatique. Il proposait selon moi une alternative crédible, d’ailleurs son score a été plutôt bon en 2007. Puis j’ai réalisé malheureusement qu’il faisait beaucoup trop de compromis. Au départ, il y avait plein d’utopistes et encore peu de professionnels de la politique (pas comme à l’UMP ou au PS). Or, ceux qui tiennent les rênes du Modem sont des professionnels de la politique. Ce qui m’a définitivement dégoûté, c’est quand j’ai entendu une candidate de mon parti dire que le programme servait juste à être élu et qu’après, on pouvait s’asseoir dessus. Puis, il y a aussi eu tous les trucs délirants qui se sont déroulés sous mes yeux. Comme des candidats négociant leurs places avec des adversaires politiques, ou des candidats parachutés d’autres partis. Il y avait aussi des gens qui se taisaient et avalaient des couleuvres parce que leur travail dépendait des adversaires. Il fallait toujours magouiller pour monter des listes. On a même eu une tête de liste qui insultait et harcelait les autres candidats via des commentaires de blogs de campagne. Les autres adhérents l’ont quand même couverte à cause du siège qu’elle occupait au conseil régional. C’est dommage car on était une liste indépendante. J’ai compris que sans ce fonctionnement non-éthique, on n’aurait jamais pu se présenter, j’en suis donc venu à la conclusion que le système politique actuel ne rendait éligibles que les « pourris ».  Même s’il y a quelques exceptions parmi les élus, elles sont trop rares. J’ai essayé de faire le ménage mais je n’ai pas réussi, donc je suis parti.

Au fur et à mesure des campagnes, je me suis rendu compte que les gens votaient souvent « à l’aveugle » sans connaître vraiment les candidats et leur programme. C’est pour ça que le vote est inutile aujourd’hui.

Je ne vote plus au second tour, ce serait choisir entre la peste et le choléra sauf en 2012 où j’ai voté par défaut pour Hollande et contre la campagne immonde et islamophobe de Sarkozy. Je ne blâme pas les gens qui votent FN, je préfère leur expliquer que ce n’est pas mieux que les autres partis. Aujourd’hui ils ont beaucoup d’élus dans l’opposition dans les conseils régionaux, ce qui est pire que s’ils avaient gagné une ou deux régions, car ils n’auront pas l’occasion de mettre les mains dans le cambouis et n’auront pas donc la possibilité de prouver leur incompétence au peuple.

Je serais capable de voter pour un candidat qui fait moins de 1% juste pour troller, Cheminade par exemple. Je n’exclus pas l’hypothèse de me présenter moi-même, en mode Coluche, pour que les gens rigolent, que ça serve de catharsis et que tout le monde réalise que les élections sont une mascarade.

Je ne vois pas d’issue à ce problème. Il y a trop de verrous dans le système, l’éducation est tellement démantelée que le peuple n’a presque plus les moyens de s’en affranchir ou même de le critiquer. Je pense que même si on va dans le mur, le peuple ne s’en rendra pas compte car il se laisse dominer intellectuellement.

C’est pour ça que peu de gens contestent l’état d’urgence. Ils ont beau se faire exploiter par une oligarchie, ils laissent faire au nom de la peur. Ils n’ont pas le courage de résister et préfèrent se reposer sur les élus.

Ce qui pourrait marcher, ce serait la citoyenneté acquise au « mérite » où seuls ceux qui ont les prérequis nécessaires en termes d’éducation pourraient participer à la vie politique, ou alors des élus tirés au sort parmi une population répondant à des critères exigeants.

Je pense que le changement ne se fera pas par les urnes, et que les progressions de partis comme Podemos ou Ciudadanos en Espagne ne donneront rien, on l’a vu avec l’exemple de Syriza en Grèce, où Tsipras n’a pas eu le courage d’aller jusqu’au bout. Je pense qu’on ne peut rien changer si on n’est pas capable de se remettre soi-même en question.

Aujourd’hui, la seule chose que je parviens à faire c’est d’injecter des messages politiques dans mon travail de comédien, mais franchement, je ne sais pas si c’est vraiment utile. »

 

Témoignage abstention :  « Avec le mépris de toutes ces institutions, c’est donc logique pour moi de ne pas voter, les lois ne nous protègent pas. »

Temps de lecture : 4 minutesAnastasia, 43 ans, mère de 3 enfants, coordinatrice sociale en recherche d’emploi

« Je venais du milieu blanc et bourgeois de l’agglomération lyonnaise avant d’arriver dans une cité de St-Denis dans les années 1980. J’ai pris une grosse claque, car la cité, c’est une micro-organisation qui coexiste avec le reste de la société. Il a fallu que je m’y intègre.

En primaire, j’étais une bonne élève, puis au collège, je suis devenue ce qu’on appelle une « décrocheuse ». J’avais donc peu de perspectives d’avenir. On m’a laissé le choix entre un CAP coiffure/esthétique, vente ou compta. Mes parents ont accepté les instructions des professeurs et de la conseillère d’éducation car ils faisaient confiance à l’institution de l’Education Nationale. Je me suis donc retrouvée en CAP comptabilité et administration. Mon père rêvait de me voir travailler dans un bureau, lui qui a été maçon durant toute sa carrière. J’ai obtenu mon CAP au bout de 4 ans. Je pensais que je ne l’obtiendrais pas le jour des résultats, alors je m’étais inscrite dans une formation pour faire de la photo, moi qui avais toujours été attirée par l’art. Je voyais l’école surtout comme un endroit de liberté où je pouvais rencontrer mes amis, pas comme une institution permettant de construire mon avenir. Même si j’ai aujourd’hui le sentiment que l’école de la République m’a abandonnée, j’ai quand même rencontré une prof de français en CAP qui m’a redonné confiance en moi. Au départ, on se détestait, mais elle m’a inscrite à mon insu à un concours de poésie en lisant mes textes. J’ai été finaliste et j’ai fini 3ème au concours. J’ai gagné un livre de Verlaine, et c’est comme ça que j’ai commencé à adorer la lecture. Je suis quelqu’un qui fonctionne à l’affectif, j’ai besoin qu’on me fasse confiance pour faire des efforts.

Après mon CAP, j’ai obtenu un stage à la MJC de St-Denis, car je n’avais pas envie d’aller en entreprise. J’ai fait partie du staff et j’ai bossé sur de super projets comme l’accompagnement de jeunes artistes durant les Francofolies.

J’ai décidé de reprendre les études pour passer un BEP. J’ai eu des conflits familiaux, j’étais donc à la rue, mais le lycée m’a beaucoup aidée car je m’étais assagie. L’économie et le droit m’intéressaient. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai cherché du travail. J’ai cumulé les missions d’intérim. Le monde du travail m’a dégoûtée. Trop de malhonnêteté. Trop de harcèlement.

Mon premier CDI, c’était dans le secteur de la logistique. J’ai pu évoluer, mon travail me plaisait même s’il était difficile. J’ai fini par démissionner à cause du harcèlement et je me suis retrouvée sans emploi. J’en ai profité pour me consacrer à mes enfants.

Ensuite, j’ai travaillé dans la vente, j’ai pu passer une validation de compétences et j’ai repris les études en bac pro logistique avant de donner naissance à mon 3ème enfant.

Grâce à ce diplôme, j’ai pu travailler en tant que secrétaire comptable. Mon employeur se permettait de m’humilier, tout en refusant de me licencier. Grâce à la CGT et à un avocat bénévole, j’ai obtenu gain de cause.

En 2010, j’ai trouvé un travail dans une association d’aide à domicile. J’y ai travaillé pendant 4 ans, puis on a été racheté par une entreprise qui se moquait de l’humain et ne cherchait qu’à faire du chiffre. Je suis partie car ça ne me convenait pas. J’ai fait un burnout et mon employeur m’a envoyé un avertissement alors que j’étais en arrêt maladie. On m’avait demandé de faire de la RH alors que je ne suis pas qualifiée pour cette tâche, j’ai donc refusé.

Depuis je suis en recherche d’emploi et je m’investis dans plusieurs associations. Cet engagement est logique pour moi, car je me sens méprisée par les institutions.

Ma fille est voilée, on la harcèle constamment pour sa tenue. Au lycée, où j’ai dû intervenir plusieurs fois. Elle a même envisagé d’arrêter ses études à cause de ça. Je me suis sentie humiliée le jour où une orthodontiste a refusé de la soigné parce qu’elle voulait garder son voile. J’ai voulu faire appel au CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France) mais elle n’a pas la force pour une procédure judiciaire. J’ai donc changé de médecin. Pourtant, ma fille est de bonne volonté. Elle a même déjà accepté de retirer son voile pour un stage, car ses collègues et ses responsables se sont montrés bienveillants envers elle.

Au Pôle Emploi, je cherche une formation pour orienter ma carrière vers l’associatif. A chaque fois que je m’y rends, on m’ignore, on refuse de me donner les infos et les documents nécessaires, tout en me méprisant. Je suis consciente que ce mépris n’est que la conséquence du manque de moyens pour faire leur travail correctement. En attendant, c’est moi qui paie les pots cassés. J’ai quand même la chance d’avoir l’énergie et les contacts nécessaires pour pouvoir me défendre, mais tout le monde n’est pas dans mon cas.

Avec le mépris de toutes ces institutions, c’est donc logique pour moi de ne pas voter, les lois ne nous protègent pas. Le vote blanc est inutile, car l’acte de voter n’est plus synonyme de liberté, mais d’arnaque dans ce contexte. On n’est plus respectés, écoutés ou même entendus. On n’est plus, tout court. A croire qu’on n’existe pas. La carte d’électeur, c’est le trou noir. J’ai voté jusqu’aux européennes de 2014, puis la victoire du FN à ces élections m’a définitivement écœurée des élections.

Le seul moyen de me conduire jusqu’aux urnes aujourd’hui serait de me payer. Je suis dégoûtée par tous ceux qui récupèrent nos luttes pour leurs intérêts politiques. Ils mendient des voix auprès de militants associatifs comme moi, puis après nous conseillent d’aller demander des subventions aux fondations des entreprises.

Bien sûr, j’adhère à une partie du discours d’un parti comme le NPA. Mais le problème lorsqu’on vote pour des candidats qui ont de réelles convictions, ils se font vite pourrir. Je serais prête à voter pour des organisations citoyennes du style « Podemos » en Espagne, et travailler avec des candidats qui me ressemblent. Je ne rejette pas les « élites » du système, à condition qu’ils aient une réelle volonté de servir les autres, et pas leurs intérêts.

Aujourd’hui aucune loi n’est respectée, mais elle est instrumentalisée par ceux qui détiennent le pouvoir. 10500 lois, 12700 décrets, 7400 traités et 17400 textes communautaires. Pourtant, on n’arrive pas à s’en sortir. Il y a aussi des lois qui datent du régime de Vichy et personne n’a pris le temps de les abroger. »