Non, la prise de poids n’est pas automatique durant le confinement, et voici pourquoi (3/3)

Temps de lecture : 3 minutes

 

L’annonce du confinement a fait resurgir les réflexes sexistes et grossophobes de partout. Conserver ses muscles, maigrir, ou du moins, ne pas prendre de poids, est devenu presque plus important que de ne pas attraper le COVID-19. En plus d’être anxiogènes et blessants, ces messages sont souvent faux. Explications.

  • Avoir envie de manger lorsqu’on est stressé.e est naturel

Le stress est un facteur de prise de poids. Si satisfaire une envie de manger permet de diminuer ce stress, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. « L’alimentation émotionnelle est un phénomène naturel », précise Elyane, coach en alimentation intuitive. Elle ajoute que « le « souci » c’est quand ce phénomène nous fait souffrir, en général quand les quantités et la fréquence augmentent trop. Mais même dans ce cas, il ne sert à rien de parler de « problème » ou d’une chose « négative ».  C’est un fait, il vaut mieux l’accepter, l’accueillir et travailler dessus. Rejeter ce comportement ou le qualifier de « négatif » ne fait que renforcer notre culpabilité, ça ne nous aide pas à travailler dessus : la culpabilité ne fonctionne pas. »

  • On ne mange pas forcément plus durant le confinement si on est à l’écoute de ses sensations corporelles

Et c’est logique : si on a moins besoin d’énergie, on n’aura pas envie de vider son frigo et ses placards. Les crises de boulimie sont possibles, mais elles ont une origine psychologique, et c’est sur cet aspect qu’il faut travailler. A ce propos, Elyane nous informe que « le besoin de réconfort peut nous faire manger un peu plus, c’est OK. Là encore, si la fréquence et les quantités sont très grandes, ça n’est surement pas la faute du confinement, mais d’un souci avec la nourriture plus profond qui date bien d’avant le confinement. Le confinement est l’occasion de prendre conscience de ce problème, pour pouvoir travailler dessus par la suite. En quelque sorte, le confinement est une opportunité d’en apprendre plus sur nous-même. »

  • On a toujours besoin de se nourrir, même au repos

Même en restant allongé.e toute la journée, la faim peut se faire sentir. Et c’est normal, le corps continue à fonctionner même au repos. Il est possible d’avoir moins envie de manger lorsqu’on se dépense moins, c’est normal, et c’est pourquoi il faut être à l’écoute de ses besoins en priorité. Voici l’explication que donne Elyane : « Le corps fait un tas de trucs sans qu’on s’en rende compte. Même si nous on se repose, lui il ne se repose jamais, y compris pendant la nuit. L’exemple le plus marquant, c’est celui de la digestion, qui est ce qui consomme le plus d’énergie. »

  • La prise de poids a souvent pour origine la peur (consciente ou non) de manquer de nourriture

Lorsqu’on se prive de nourriture alors qu’on a envie ou besoin de manger, le corps se met en mode « pénurie » : non seulement il stocke la moindre prise alimentaire, mais en plus il se vengera en réclamant plus (trop) de nourriture. Quand on manque effectivement, cette peur est cohérente. Mais lorsqu’on se prive de manière volontaire, on actionne également ce mécanisme. Elyane confirme ce phénomène en évoquant les études scientifiques sur la perte de poids. « De nombreuses études montrent que la prise de poids est associée à la restriction. Parce que la restriction nous éloigne de nos signaux : on finit par manger plus que notre faim

Et aussi la restriction crée de la nourriture émotionnelle : on ne mange pas par faim, mais pour fuir nos émotions. »

Finalement, en se faisant confiance, il n’y a pas de raison pour que son corps change radicalement. Si, malgré tout ceci arrive, il convient d’accepter ce changement, car il s’agit de circonstances exceptionnelles, où la priorité est de se protéger et de protéger les autres de la contamination. C’est ainsi qu’on est en mesure de se recentrer sur ce qui compte vraiment, loin des considérations futiles qui nous font souffrir car elles pèsent lourd sur notre charge mentale. En effet, la situation de confinement peut générer du stress, c’est contre ce stress qu’il faut lutter, et non contre les conséquences du confinement.

Pour prendre conseil auprès d’Elyane et son équipe, c’est par ici. Vous pouvez également suivre ses réflexions sur l’alimentation intuitive comme thérapie, et sur la grossophobie structurelle de la société sur YouTube et Instagram.  

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Développement personnel : savoir faire le tri entre levier de progrès social et manipulation

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Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies d’information et de communication (TIC), il y a une prolifération de « coachs » en tout genre (fitness, nutrition, psychologie etc…) se réclamant du « développement personnel » [terme problématique en soi si on vise une forme de progrès social puisqu’il évoque une approche individualiste].

Cependant, parmi une horde de gourous peu crédibles, voire dangereux, il existe des créateurs de contenu à haute valeur ajoutée, avec un potentiel impact social positif. Voici quelques indicateurs à évaluer pour reconnaître ces derniers.

  • Utilisation d’éléments de langage flous

Prudence lorsqu’on parle de « sortir de sa zone de confort », « prendre des risques » ou de « sortir de ses croyances limitantes », surtout si ces expressions ne sont pas clairement illustrées par des exemples concrets : il y a une nuance entre oser faire certaines choses utiles à son épanouissement, et se mettre en danger.

  • Évacuation totale ou presque des questions sociales et politiques

Un coach qui ne prend pas en compte les inégalités de genre, la question raciale ou votre situation économique ne pourra jamais vous conseiller efficacement, car il négligera une partie importante du contexte social dans lequel vous évoluez. Par exemple, vous inciter au « miracle morning » (pratique qui consiste à se réveiller beaucoup plus tôt le matin pour faire plus d’activités en une journée) alors que vous souffrez de n’importe quelle maladie chronique, ou que votre corps réclame du sommeil est une approche validiste. Les contenus visant la mise en place d’une routine peuvent générer de l’anxiété, voire des TOC (troubles obsessionnels compulsifs), à cause de l’augmentation de la charge mentale que vous pouvez vous infliger suite à la consommation de ce type de productions. Pareil pour les injonctions au « healthy lifestyle » (style de vie sain), qui peuvent perturber votre relation avec la nourriture, voire provoquer des troubles du comportement alimentaire (TCA).

  • Présence d’un discours culpabilisant

Les injonctions du type « quand on veut on peut » ou la variante « il faut se faire violence pour obtenir des résultats » peuvent vous pousser à des comportements addictifs dangereux pour votre santé physique et mentale.

  • Présentation des solutions proposées comme des alternatives à la spiritualité ou à la médecine classique

Un coach responsable est dans l’obligation morale de vous conseiller un avis médical et/ou de vous écouter en priorité lorsqu’il vous prodigue un conseil. Leurs prestations d’accompagnement peuvent éventuellement servir de complément à un traitement médical ou une introspection personnelle, mais jamais de substitut.

  • Présence d’un discours complotiste

Il y a danger également lorsque le discours tenu à propos des institutions classiques fait écho à des théories complotistes…souvent fausses.

  • Confusion entre retour d’expérience personnelle et vérité générale établie scientifiquement

Un coach honnête se doit de distinguer son retour d’expérience et une vérité scientifique, sauf s’il est en mesure d’appuyer son témoignage à partir de faits rigoureusement démontrés.

  • Promesse de miracle à partir de solutions « clé-en-main » et simplistes pour résoudre un problème complexe

Le rôle d’un coach est de vous accompagner dans une démarche que vous entreprenez individuellement, et non de répondre à votre place à vos questions ; ceux qui vous promettent des solutions « magiques » risquent de vous mettre en danger.

 

Finalement, les outils utilisés dans ce qu’on appelle le « développement personnel » (qui est en réalité un accompagnement complémentaire médical ou psychologique) peuvent contribuer à une empreinte sociale positive, à la seule condition d’être dans une démarche de travail politique et social de fond, sur le long terme, avec une vision à l’échelle collective.

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Du dilemme entre justice et posture militante

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La politique n’a rien de pur. Nous finissons tous par le réaliser tout au long de la durée de notre engagement. Même si beaucoup aiment se voiler la face et se raconter des histoires en se prenant pour des justiciers. Parfois, nous devons choisir entre nos convictions et la recherche de la vérité. Et souvent, nous sommes amenés à nous salir les mains….Toujours pour la bonne cause.

  • Certaines postures sont indispensables à la construction d’un rapport de forces…

Elles deviennent donc prioritaires et indispensables à préserver : pour lutter contre les violences sexuelles par exemple. Dans ce cas précis, un contexte hors institutions où la charge de la preuve est inversée est prioritaire, devant la recherche de vérité.

  • D’autres, sont en revanche, un moyen pour conserver des privilèges

Comme la posture qui consiste à organiser son impunité lorsqu’on est coupable d’agression pour exercer une emprise sur l’ensemble de la communauté militante, entretenir une logique de monopole pour capter toute l’attention et toute l’énergie militante (par conséquent, empêcher ou étouffer toute forme d’initiative), ou encore exiger que tout conflit se règle en interne, ce qui développe une certaine omerta.

  • Ces postures ne peuvent servir de prétexte à l’abandon de toute forme de justice

Dans tous les cas, il faudra, tôt ou tard, faire le travail d’investigation qui mènera à la vérité pour prendre des décisions.

Il convient d’étudier l’origine de chaque posture avant de porter un jugement sur elles, et de comprendre que tous les intérêts n’ont pas forcément vocation à converger. Mais il est également important de se baser sur des principes éthiques et une ligne de conduite transparente sur les pratiques militantes, afin de garantir une certaine traçabilité.

3 astuces pour limiter la récupération raciste ou sexiste

Temps de lecture : < 1 minute

Nous sommes toutes et tous confronté.e.s à des désaccords, voire de gros conflits entre membres d’un même groupe social, qui subit pourtant les mêmes oppressions. Ces désaccords peuvent être facilement récupérés et instrumentalisés politiquement contre nos intérêts collectifs, si on manque de vigilance.

S’il est hors de question d’étouffer nos divergences sous prétexte d’unité, il est cependant possible de mettre en place des techniques d’autodéfense simples afin de refuser fermement toute tentative d’instrumentalisation raciste ou sexiste. En voici 3 :

 

  • « Casse-toi » : refuser l’ingérence dans les débats internes

Il est impératif de refuser fermement ce type d’alliance qui offre un boulevard à des personnes dominantes potentiellement tentées de distribuer les bons et les mauvais points aux personnes dominées. Manquer de fermeté à ce sujet, c’est laisser une ouverture, même très fine, pour autoriser cette mise en concurrence raciste ou sexiste.

  • « Je ne suis pas un bébé phoque à sauver » : s’émanciper du paternalisme

La deuxième étape après avoir refusé l’ingérence, c’est de se construire en-dehors du regard dominant. Nous n’avons en effet pas besoin d’une bouée de sauvetage ou de servir de caution « bonne conscience », mais d’alliances stratégiques.

  • « Laisse-moi tranquille » : signifier à son interlocuteur.ice qu’il ne doit pas nous solliciter à nouveau avec cet agenda

Enfin, il faut dissuader de manière permanente toute sollicitation pour de la récupération, sans avoir à s’auto-censurer. Le mieux est de fermer la porte à toute proposition allant dans ce sens, et ce, sans hésiter.

 

Avant d’être en mesure de pouvoir faire preuve de fermeté à ce type de requêtes, il est nécessaire de se renforcer, de se construire, afin de gagner en confiance, et ne plus ressentir le besoin de se justifier ou de se plaindre.

 

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