Que faire de nos monstres [indigènes] ?

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Ici les monstres ne sont pas [seulement] des traîtres [à leur race]. Ce sont des êtres humains qui, à trop vouloir s’inclure dans une société qui les rejette en bloc, ont perdu leur dignité au passage. Comme le précise Houria Bouteldja dans « Les Blancs, les Juifs et nous », nous sommes fêlés. Parce que nous bénéficions du passé-présent colonial français, tout en continuant à en souffrir à travers le racisme structurel.

Une fêlure peut se camoufler dans un premier temps, le temps de prendre du recul. Puis, elle peut nous embellir, ou nous briser, selon le destin qu’on lui offre : soit on l’assume au grand jour, soit on la méprise. Celles et ceux que l’on désigne grossièrement comme « soumis » au champ politique blanc se laissent souvent détruire par leur propre honte. La question ici est donc de savoir si cette rupture est irréversible, et si on peut encore récupérer, réparer et enfin sauver celles et ceux d’entre nous se laissant tenter par la voie de l’aliénation.

  • Nous devons prendre en compte la réalité de la charge raciale et de ses conséquences

Et donc que l’aliénation à laquelle nous sommes constamment exposés en découle directement.

  • Nous devons oublier l’utopie de la décolonisation/déconstruction des indigènes sociaux

Car elle est à la fois coûteuse en énergie, et génératrice de nouveaux problèmes (situations de harcèlement notamment), donc improductive.

  • Nous devons ouvrir la porte de la rédemption

Parce que « dévier politiquement » n’est ni une fatalité, ni une situation permanente et irréversible, il faut être en mesure de pardonner les manquements à la solidarité, sans pour autant trop investir de confiance. Ces erreurs de parcours, font partie intégrante d’un processus de politisation, et représentent également un des aspects du visage du racisme structurel ; il faut donc s’attendre à les croiser.

  • Eviter le piège de la récupération raciste de bas étage

Considérer un.e indigène monstrueux comme un.e Arabe ou un.e Noire « de service », c’est accepter de nous renvoyer et nous réduire à notre propre race. C’est également nous essentialiser, et nous donner l’injonction de prêter allégeance à la cause antiraciste.

Seulement, ce n’est pas à nous de déconstruire les indigènes sociaux de leur aliénation raciste (ce processus individuel relève de la liberté de chacun.e) car nous luttons contre une idéologie, pas contre les personnes qui y sont coincées.

  • Garder en tête que ces monstres sont les outils d’un pouvoir raciste, et non les têtes pensantes

Les indigènes sociaux ne sont pas en mesure d’être les instigateurs d’un pouvoir raciste à l’encontre de leurs intérêts, ils n’ont que 2 choix possibles ; s’y soumettre ou y résister.

  • Personne n’est à l’abri de glisser vers le rôle du monstre en cas de difficulté

Se plier à une idéologie raciste, et adopter des stratégies dites intégrationnistes ne relève que très rarement d’un choix libre et éclairé ; il s’agit en réalité bien souvent de réflexes de survie.

Finalement, ce n’est qu’en renforçant les liens de solidarité entre indigènes sociaux de manière durable, dans le but de construire des alternatives aux systèmes racistes que l’on peut se prévenir de la création de nouveaux monstres. Nous devons donc rejeter l’indignité de leurs comportements toxiques car nous en payons collectivement le prix aujourd’hui, mais aussi refuser fermement les attaques racistes à leur égard, parce que là aussi, c’est le collectif qui est visé.

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Les raisons pour lesquelles l’engagement peut nous rendre malheureux

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Dans n’importe quel espace militant, le constat est unanime : il existe un mal-être, une souffrance générale de plus en plus perceptible. Pourquoi, et surtout, comment on en arrive là ?

Voici une liste (non-exhaustive) de pistes de réflexion :

 

  • Organisations du travail pathogènes

L’absence de procédures claires de travail, d’outils de gestion de projet, voire de vision précise, conduit à une organisation instable et stressante pouvant mener à des burn-out à cause d’une surcharge de travail.

  • Impunité des agresseurs et des personnes violentes

Cette impunité entretient la violence de l’écosystème, et exclut de facto les victimes, peu importe leur apport au sein des structures militantes ; puisque ce ne sont pas les compétences qui sont préservées, mais bien les leviers d’image (à tort).

Cette inertie empêche également la protection des lanceurs d’alertes, malgré la loi Sapin 2 qui oblige pourtant toutes les organisations à disposer d’un système de recueil des alertes en interne.

  • Manque de réflexion politique et économique dans la gouvernance des structures associatives

On oublie souvent de se poser la question du niveau de prise en compte de la parole des personnes concernées (notamment en termes de temps consacré), de leur niveau d’investissement et de responsabilité dans une structure qui s’adresse à elles. On néglige également la question du financement de l’association, et à quel moment on choisit de professionnaliser une partie ou la totalité de ses activités.

Eviter ces questions pourtant primordiales, c’est s’exposer à une mauvaise articulation entre travail salarié et bénévolat (risques de travail dissimulé), un manque de moyens financiers et/ou d’indépendance financière pour fonctionner correctement, des indicateurs de performance inadéquats par rapport aux objectifs des structures associatives, et à une logique de réponses à des appels d’offres et de prestations de services qui ne permettent pas d’être propriétaire de son calendrier.

 

  • Absence d’une charte éthique claire

Si des règles peuvent se mettre en place de manière informelle, il n’est pas dit qu’elles soient cohérentes avec la vision d’une structure. D’où l’intérêt de les définir clairement le plus tôt possible.

Il existe également une culture du sacrifice très présente dans le milieu associatif, où faire passer le bien de la structure avant celui des personnes qui la composent est hautement valorisé, bien que dangereux et improductif.

  • Mauvaise gestion des conflits

Sous prétexte de débat, on légitime la violence de réels conflits, en laissant libre cours à tout type de violences, notamment dans la manière de communiquer.

  • Ruptures douloureuses

Dans un environnement ultra-conflictuel, les liens ne peuvent être préserver et mènent vers des ruptures coûteuses socialement parlant, en plus des projets avortés.

  • Manque de remise en question des comportements toxiques

Lorsqu’il n’y a pas de relation de confiance installée, on préfère laisser des comportements toxiques se développer par crainte de rupture. C’est malheureusement ainsi que les situations conflictuelles s’enveniment :  c’est pourquoi il faut remettre en question les comportements, en les détachant des personnes qui en sont responsables (ils ne sont heureusement pas irréversibles).

  • Energie concentrée sur ce qui ne dépend pas de nous

Réclamer ce qu’on n’a pas aux autres, sans entretenir ce qu’on a déjà pour avancer est une stratégie vouée à l’échec. En effet, parce qu’on n’a aucun pouvoir direct sur les décisions institutionnelles, demander qu’elles changent, sans agir à son niveau, empêche de percevoir les progrès que l’on fait, et finit par décourager l’ensemble des efforts fournis.

  • Manque de renouvellement des modes d’action

Il y a beaucoup de réflexes militants qu’on ne questionne plus, même lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous :  ces répétitions finissent par épuiser les forces d’engagement sur le long terme.

  • Concentration des pouvoirs et de la charge mentale sur une poignée de personnes

Outre les risques liés aux abus et au culte de la personnalité, ceci empêche à la fois la distribution du pouvoir et l’émergence de nouveaux leaders capables d’augmenter la force collective.

  • Critiques non constructives

Lorsque les critiques sont émises uniquement pour se soulager en rabaissant autrui, et non dans le but d’une réussite collective, elles peuvent être perçues comme violentes par celleux qui les reçoivent et entraver toute construction de lien et/ou de projet commun.

  • Marché militant segmenté mais non ciblé

Aujourd’hui, notre environnement militant fonctionne comme un marché où tout le monde se dispute les parts, mais où personne (ou presque) ne se pose la question des besoins du public qu’on cible. Cette logique hyperconcurrentielle empêche toute construction de pouvoir collectif durable, en plus de ne pas répondre aux problématiques communes.

  • Invasion de la vie militante dans la vie privée

Que des liens d’ordre privé se créent dans un environnement militant n’est pas un problème. Mais que des militants se mêlent de la vie privée d’autrui, ou que la vie militante ne laisse plus de place à une vie privée peut s’avérer destructeur. Le développement collectif ne doit jamais être prétexte pour des sacrifices individuels ; lutter pour une justice sociale en laissant des individus sur le bas-côté n’a aucun sens.

Des usages [abusifs] du storytelling

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Le storytelling est un procédé marketing (d’ailleurs souvent utilisé dans la publicité) puissant ; en effet, il permet de captiver son audience à partir de sa sensibilité et de ses besoins, dans le but d’obtenir de sa part du soutien, une adhésion, un engagement, de l’investissement ou même un achat. C’est d’ailleurs la meilleure méthode à exécuter si c’est ce qu’on cherche.

Or, le storytelling comporte des limites, notamment dans les cas qui vont suivre.

  • Ce n’est pas un outil d’analyse

….Parce que c’est un outil de vente ! Et c’est pour cette raison qu’il a été créé. Et pour vendre, il ne faut pas chercher à analyser, ni à trouver la vérité, mais à persuader.

Ainsi, si le storytelling est intéressant lorsqu’on cherche à mobiliser autour d’une idée et/ou d’un produit, il ne l’est pas lorsqu’on cherche à valider, vérifier, confirmer des faits ou un phénomène. C’est pourquoi une juxtaposition de témoignages racontant des histoires personnelles ne fait pas office de preuve factuelle, même si cela permet de donner vie à des idées, et de fédérer autour d’elles.

  • Il peut empêcher la réflexion politique

Vouloir mobiliser en persuadant sans informer correctement des faits en amont ne fonctionne pas sur le long terme : en effet, pour garantir une adhésion réelle, il faut convaincre.

Ceci passe par du débat, des interactions, l’acceptation des divergences de chacun.e avant de pouvoir atteindre une vision collective (et ceci prend du temps !) ; ce que le storytelling ne permet pas, parce que justement, il vise à limiter toute discussion pour obtenir une adhésion le plus rapidement possible.

  • Il peut entretenir et développer un culte de la personnalité lorsqu’il est utilisé pour mettre en avant des individus

Si la valorisation de parcours individuels inspirants peut créer une énergie d’excellente qualité, cette mise en lumière peut créer des biais de manipulation et de domination dont on se passerait bien en contexte militant. En effet, en donnant de la force à une poignée de personnes, on prend le risque de confier du pouvoir (pas forcément utilisé à bon escient), tout en le retirant à d’autres, qu’on le veuille ou non.

C’est pourquoi il faut donner de l’importance aux personnes partageant les mêmes valeurs que soi, d’une part, mais aussi s’assurer que cette force soit redistribuée équitablement, d’autre part.

En somme, le storytelling peut être un outil puissant lorsqu’on cherche à promouvoir une action (de préférence collective) qu’il ne faut pas hésiter à utiliser quand c’est nécessaire. Cependant, cet usage ne doit pas faire l’économie d’un travail de politisation, d’analyse factuelle, et de conscientisation dans le souci d’une éducation populaire, si on veut qu’il soit efficace de manière authentique.

 

Pourquoi nos responsables politiques n’en sont pas

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La crise sanitaire que nous traversons en ce moment a révélé les preuves d’irresponsabilité, de manque d’exemplarité, d’inconscience et de déconnexion totale des personnes se trouvant au pouvoir. Ceci est déplorable à plusieurs niveaux, notamment parce que c’est la population qui va en payer les conséquences économiques et sociales au prix fort. Si, bien sûr, la pression de telles responsabilités est difficile à assumer, il convient de réfléchir aux causes et aux origines de tels comportements.

  • Ils sont dans le déni et inconscients du biais de normalité qui les conditionnent

Parce que la déconnexion du fait de leur fonction et de leur pouvoir leur fait perdre conscience vis-à-vis de la réalité, et rend la peur du ridicule plus déterminante que la peur du danger imminent dans leurs actions. C’est pour cette raison précise que l’action politique est souvent plus tournée vers la communication que vers la prise de décision pragmatique pour l’intérêt général.

  • Ils n’assument ni leurs actes ni leurs erreurs

Car c’est impossible de le faire lorsqu’on est beaucoup trop déconnecté de la réalité. Il n’est d’ailleurs pas rare en effet que nos responsables politiques soient convaincus de la viabilité de leurs choix. La peur du ridicule, mais aussi celle de la perte de pouvoir, les empêchent également d’admettre leurs erreurs ; car le sentiment de vulnérabilité suscité par cet aveu serait perçu comme une perte de crédibilité, et une détérioration de leur image.

  • Ils utilisent leur temps pour se décharger de leurs responsabilités au lieu de l’utiliser pour trouver des solutions

Là où prendre leurs responsabilités en devenant conscients du biais de normalité, et en agissant dans ce sens pour tirer des leçons positives de leurs erreurs, leur réflexe est souvent de se décharger en culpabilisant collectivement la société pour leurs propres choix et décisions. Il s’agit ici de comportements toxiques qui rendent impossible toute tentative de construction saine de lien entre les responsables politiques et le reste de la société.

Dans ce contexte, utiliser son énergie pour déverser sa colère inaudible sur nos dirigeants relève du gaspillage et sera forcément stérile et non constructif. En effet, il est essentiel de sortir de ce cercle vicieux de comportements toxiques en commençant par ne pas les reproduire pour prendre du recul et poser des limites. Ensuite, on pourra être dans une démarche d’organisation collective en faisant passer nos priorités et nos urgences avant toute échéance institutionnelle.

Dépasser la solution du boycott pour mieux résister

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Boycotter est devenu un réflexe lorsqu’on cherche à consommer de manière plus éthique. Pourtant, s’il est cohérent car il permet de diminuer la dissonance cognitive de chaque militant.e souhaitant agir en adéquation avec les valeurs qu’iel défend (les appels au boycott sont d’ailleurs de bonnes sources d’information pour de l’éducation populaire), ce comportement conserve tout de même des limites. Nous verrons ici lesquelles.

  • Boycotter, ce n’est pas toujours possible

Soit parce qu’il n’y a pas d’alternative, soit parce que les rares présentes sont inconnues ou inaccessibles. A noter que le comportement de boycott requiert une charge mentale supplémentaire et la disponibilité nécessaire pour l’accueillir.

  • Le mépris de classe à l’égard de celles et ceux qui ne peuvent pas toujours boycotter

En effet, demander à des classes populaires de se restreindre au nom du boycott, c’est ignorer la puissance du marketing et de son influence sur le cerveau, et donc le comportement du consommateur. Il est extrêmement complexe de s’émanciper de ces procédés, même lorsqu’on a conscience de leur existence, puisqu’ils agissent le plus souvent sur notre subconscient.

De plus, c’est la restriction cognitive (très présente chez les plus précaires ayant peur de manquer) qui génère la consommation déraisonnée ; parler de consommation éthique ou de boycott dans ces cas de figure est donc inadapté.

  • La police militante transforme le boycott en élitisme et crée des situations de harcèlement contre-révolutionnaires

Le fait de pouvoir choisir de manière éclairée ce que l’on consomme, de se passer de certains produits (parce qu’on a des alternatives ou qu’on a les moyens de lâcher prise) relève donc du privilège social. Le boycott devient ainsi de plus en plus inaccessible, faute de pouvoir le démocratiser.

En effet, en le réservant à une élite, non seulement c’est inefficace et contre-productif, mais en plus, on crée une pression, des mécanismes de domination, pouvant créer des situations de harcèlement sans même s’en rendre compte.

  • Favoriser les initiatives positives, créatives et entrepreneuriales peut s’avérer encore plus puissant que le boycott à lui-seul

Enfin, le meilleur moyen de tendre vers des habitudes de consommation plus saines, c’est de proposer de réelles alternatives ! Par exemple, pour la question palestinienne (en plus du boycott des produits et institutions israéliennes), soutenir l’économie palestinienne et valoriser la culture palestinienne (gastronomie, traditions, danse, cinéma, littérature, poésie…) est une étape fondamentale pour mieux résister.

Même si le boycott a déjà obtenu des victoires, il n’est pas une fin en soi, mais un moyen, parfois beaucoup trop complexe à mettre en place. A noter également, que le boycott culturel, institutionnel et médiatique est bien plus puissant que celui mis en place au niveau individuel du consommateur lambda. Sans oublier que le meilleur moyen de tendre vers un boycott, c’est de proposer des alternatives crédibles et accessibles avant de faire des injonctions, tout en restant bienveillant.e avec celles et ceux qui boycottent de manière imparfaite.

Le pantouflage, véritable raison du manque de représentativité des responsables politiques

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Le pantouflage désigne le phénomène des hauts fonctionnaires qui terminent leur carrière dans des entreprises privées. En effet, aujourd’hui, les élus craignent plus ceux qui financent leurs campagnes électorales que le résultat des urnes. Pourquoi ?

  • Leur ambition principale n’est pas de représenter le peuple

Outre l’attrait pour les fonctions avec du pouvoir, l’accès à ces positions est de moins en moins motivé par le désir de transmettre la volonté du peuple, mais par celui de défendre une idéologie dominante, voire leurs intérêts personnels.

  • Leurs décisions ne servent pas l’intérêt général, mais des intérêts privés

En effet, les décisions prises durant leurs mandats ne servent pas toujours l’intérêt général, contrairement à ce qui est affiché. La récente réforme des retraites par exemple, a été imposée par 49-3 (malgré le fait que la majorité parlementaire corresponde à la majorité présidentielle), contre l’opinion populaire, et même s’il a été prouvé que cette réforme ne permettait pas de faire des économies au niveau du budget de l’Etat ; en effet, les seuls gagnants ici seront les fonds de pension privés. La question a d’ailleurs été posée lorsque des représentants de Blackrock ont été reçus à l’Elysée.

  • L’accès au pouvoir représente une étape pour atteindre leur objectif réel

La défense d’intérêts privés lors d’un mandat dans la fonction publique n’est pas forcément illégale, et peut s’avérer juteuse lorsqu’une fin de carrière est négociée au profit du fonctionnaire concerné. On est donc en droit de se demander quels sont ces objectifs quand les élus et représentants ne font rien pour satisfaire celles et ceux qui les ont mis au pouvoir.

Dénoncer le pantouflage est essentiel : c’est pourquoi il faut mettre en place des procédures de protection pour les lanceurs d’alertes. Or, c’est loin d’être suffisant. Si on veut donner des responsabilités uniquement à des personnes motivées par l’intérêt général et la qualité du service public, c’est sur les moyens d’accès au pouvoir qu’il faut agir de façon durable.

 

5 techniques pour écourter un débat stérile

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Les débats sans fin nous épuisent, et gaspillent notre énergie qui pourrait être utilisée dans des projets et occupations plus constructifs. Voici 5 astuces efficaces pour y mettre fin sans générer de conflit.

  • Laisser le dernier mot

Parce qu’on a en réalité aucune obligation de répondre.

  • Dire que la question nécessite une réflexion plus approfondie qui ne peut être développée dans le cadre d’un débat

Et éventuellement diriger vers du contenu plus détaillé pour ne pas avoir à débattre.

  • Dire « OK ».

C’est la technique la plus simple, et la moins fatigante.

  • Désactiver les notifications, filtrer ou mettre sur mute (voire mode avion) si on est trop épuisé.e pour répondre

Nécessaire pour éviter la fatigue numérique.

  • Eviter de répondre immédiatement pour prendre du recul

C’est la meilleure façon de débattre de manière sereine. Dérouler le processus de communication non-violente peut aussi aider.

Distinguer les leaders des petits chefs (en 11 points)

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Le terme de leadership est aujourd’hui souvent galvaudé, car réduit à du storytelling de succès économiques. Seulement, l’émergence de leaders est naturelle dans n’importe quel groupe social, surtout lorsque la structure du groupe tend vers l’horizontalité des liens sociaux.

D’où l’intérêt de savoir distinguer les leaders des impostures autoritaires.

  • Un leader a conscience de son pouvoir/influence/privilège, un petit chef cherche constamment à le prouver ou le valider
  • Un leader cherche à construire du lien social et des relations solides basées sur le respect mutuel et la confiance, un petit chef se nourrit de la discorde
  • Un leader est à l’écoute et capable de remise en question en cas de conflit, un petit chef se met en colère systématiquement
  • Un leader encourage, un petit chef sanctionne
  • Un leader participe, un petit chef se décharge de ses responsabilités
  • Un leader tire des leçons en cas d’échec pour apprendre de ses erreurs, un petit chef rejette la faute sur les autres et sur des causes externes
  • Un leader cherche à renforcer les membres de son équipe pour augmenter sa puissance collective, un petit chef cherche à accaparer le pouvoir et à rabaisser les autres pour briller
  • Un leader cherche à inspirer d’autres leaders potentiels, un petit chef cherche à susciter l’envie et la jalousie
  • Un leader s’inspire des autres, un petit chef jalouse, envie et se compare à eux
  • Un leader crée de la valeur, un petit chef reproduit des modèles et procédures, même lorsque ceci ne donne pas de résultats efficaces.
  • Un leader émerge souvent après avoir prouvé sa légitimité, un petit chef est plutôt nommé

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Elle est cependant à nuancer ; les manquements des personnes que l’on pourrait considérer comme des « petits chefs » viennent bien souvent de leur histoire personnelle. D’où l’intérêt de savoir faire preuve de bienveillance à chaque fois que c’est possible.

Pour lutter contre ce fléau, il faut évaluer deux pistes ; d’abord trouver des stratégies d’auto-défense pour survivre à ces agissements, comme le suggère Robert Sutton dans « Objectif Zéro Sale Con », puis apprendre à formuler ses demandes pour espérer une remise en question des personnes concernées.

Ce que la crise sanitaire (et le confinement l’accompagnant) révèle de nous et de notre société

Temps de lecture : 4 minutes

La pandémie désormais mondiale de COVID-19 exacerbe toutes les réalités sociales de manière plus ou moins surprenante. Voici une liste (non-exhaustive) de faits vérifiés par les conséquences de cette crise.

  • Notre système économique est à bout de souffle

Car c’est à la fois ce système qui a créé cette pandémie comme les autres (conséquence de la consommation d’animaux sauvages ou élevés de manière industrielle), et ce même système qui nous empêche de sortir de cette crise sanitaire (conséquence d’un manque de moyens couplé à une mauvaise gestion du service public de la santé).

  • Les métiers les moins valorisés financièrement sont aussi ceux les plus indispensables à notre vie quotidienne

Les personnels soignants, les salariés des fournisseurs d’énergie et de télécommunication, les chauffeurs routiers, les livreurs, les salariés de la grande distribution, les agents d’entretien nous permettent d’assouvir les besoins les plus vitaux, ceux qui sont à la base de la pyramide de Maslow. Pourtant, ce sont aussi les métiers les plus précaires, et les moins rémunérés.          Ensuite, les services de sécurité, d’information, d’éducation et de transport sont également indispensables : ils peuvent être mieux rémunérés, mais la norme reste la précarité et la paupérisation.

Enfin, tous les métiers de représentation, et ceux qui permettent l’enrichissement d’une minorité de personnes ou l’optimisation financière peuvent rapporter gros, même si la finalité n’est pas explicite.

  • Le confinement cumulé à la crise sanitaire révèle toutes les disparités sociales, sans exception

En partant des personnes qui peuvent se permettre de rester confinées, par rapport à celles contraintes de prendre des risques de contamination au service des premières et celles qui n’ont même pas les moyens de l’être, jusqu’à celles qui sont confinées dans des manoirs ou appartements vastes et luxueux, contrairement à celles obligées de squatter dans des logements exigus, voire insalubres.

En passant par les personnes confinées avec d’autres dangereuses, comme les femmes victimes de violence conjugale ou les enfants victimes de maltraitance familiale.

A cela s’ajoute le reste des discriminations ; face à une pénurie de tests, de masques, et de lits dans les hôpitaux, il n’est pas difficile de deviner quelles vies seront préservées (les plus jeunes), et lesquelles seront  sacrifiées (les moins jeunes et…les moins désirables). Dans un climat anxiogène où une présence policière accrue est inévitable, le risque d’augmentation des abus policiers n’est aussi pas négligeable.

  • Le confinement expose également au grand jour les comportements toxiques des gens

Les situations d’urgence où se mêlent angoisse et instinct de survie permettent de mettre à nu les réelles intentions, et les réflexes de chacun et de chacune. Personne n’est à l’abri de se rendre coupable de comportements toxiques. En effet, ces comportements peuvent être également de bons indicateurs sur ses propres besoins, ceux des autres, et sur les ressentis qui en découlent.

  • Les querelles entre militants semblent désormais lointaines et absurdes

Parce que le risque sanitaire face à l’infiniment petit qui nous expose inévitablement et de manière universelle malgré les inégalités sociales permet de nous concentrer sur le consensus à propos du constat des injustices. Les différences de stratégies couplées à un mauvais entretien du lien social entre militants semblent alors plus faciles à surmonter.

  • Les liens sociaux virtuels s’avèrent aussi précieux que les autres

Parce qu’en période de confinement, ils peuvent être les seuls existant pour les personnes isolées, mais également un moyen de préserver la vie de ses proches les plus fragiles, lorsqu’on évite d’être confinés sous le même toit.

On réalise alors que ces liens peuvent tout autant détruire, blesser, que réconforter. Et que le cyberharcèlement n’est pas un mythe, comme la solidarité existe bel et bien via les médias sociaux.

  • Il est possible de réduire notre empreinte carbone très rapidement

Et on a pu le constater en seulement quelques jours….Preuve que la course effrénée à l’activité que nous menons est directement responsable du réchauffement climatique et de la destruction des ressources naturelles.

  • Notre temps est une ressource bien plus précieuse que n’importe quel patrimoine économique

…Et c’est bien pour cette raison précise que les patrons achètent cette ressource en embauchant des salariés ! Lorsque nous nous retrouvons au chômage (qu’il soit partiel, complet ou technique), nous pouvons perdre de l’argent, mais nous récupérons notre temps. Notre avenir et notre condition ne dépend donc pas uniquement du montant sur notre compte bancaire ou des déterminisme sociaux, mais aussi de la façon dont nous choisissons de gérer notre ressource-temps.

  • Le confinement peut être une torture pour les personnes souffrant déjà de troubles mentaux (et elles sont plus nombreuses qu’on ne veut le croire)

Pour certaines personnes, les interactions sociales réelles et le contact extérieur sont indispensables à leur bien-être mental, mais aussi physique. C’est pour cette raison que si le confinement en France est aujourd’hui plus que nécessaire, et que la responsabilité est aussi individuelle que collective dans son bon déroulement, il est également important de faire preuve de bienveillance envers les personnes supportant mal le climat anxiogène généré par cette mesure.

  • D’autres façons de travailler sont possibles, au-delà de tout culte de la performance

Hier, on estimait que le télétravail n’était possible que pour certaines professions (sous des prétextes souvent validistes), aujourd’hui on essaie de le généraliser un maximum, faute de mieux. Là encore, le télétravail, bien que comportant des limites, permet aux travailleurs d’avoir une plus grande marge de manœuvre sur leur gestion du temps, et donne ainsi la possibilité de réfléchir à des fins plus qualitatives que quantitatives dans le monde de l’entreprise.

  • Tous les rites et codes d’apparence semblent aujourd’hui futiles

Se rendre à un bureau à des heures fixes quelle que soit la quantité de travail à effectuer, atteindre des cadences invraisemblables, se saluer par des bises ou des poignées de main, porter des vêtements inconfortables, remplir des standards physiques improbables, évaluer la qualité d’un travail sur sa forme et non sur le fond, multiplier les réunions interminables…Tout ceci semble bien inutile quand les enjeux prioritaires sont de survivre,  de se protéger mutuellement, et de sauver ainsi la vie et l’économie de son pays.

 

  • La solution de confinement n’était pas la seule pour gérer cette crise

En contrôlant efficacement les personnes provenant de foyers infectés, et en les confinant par précaution, le temps d’avoir du recul sur ce virus, on aurait pu éviter beaucoup de contaminations. En adoptant des règles de civisme, tout en testant un maximum de personnes, on aurait également pu éviter un confinement maximal, comme ceci a été le cas en Corée du Sud.

Finalement, le confinement, c’est déjà le quotidien des personnes oubliées habituellement. Le COVID-19 nous donne une claque collective : pas seulement parce qu’il remet en question entièrement nos comportements et modes de vie (individuels et collectifs), mais aussi parce qu’il nous plonge violemment et brusquement dans la réalité de celles et ceux oubliés par tous ; les personnes n’ayant pas les moyens de sortir de leur dimension de travailleur-consommateur, et toutes celles assignées à résidence par leur condition physique et/ou mentale. Cependant, cette période de confinement nous laisse une opportunité précieuse : celle de reprendre le contrôle de notre temps et de nos vies, pour agir dans la durée.

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Pourquoi l’injonction au salariat est une entourloupe (1/3)

Temps de lecture : 2 minutes

A cause de la généralisation de l’intérim et des contrats précaires, le CDI est perçu à juste titre comme la perle rare qu’il faudrait poursuivre à tout prix.

Seulement, la stabilité financière qu’offrent ces contrats a un prix non négligeable : le lien de subordination et le manque d’autonomie qui souvent l’accompagne.

Ainsi, il n’est pas toujours judicieux de courir après ces contrats si on ne sait pas dans quoi on s’engage.

  • L’offre de salariat se raréfie à cause de la transition économique

Parce qu’aujourd’hui le travail s’automatise et « s’ubérise », le travail salarié est de moins en moins adapté, voire plus du tout pertinent dans ce contexte : c’est d’ailleurs pour ces raisons que désormais la norme de recrutement n’est plus celle du CDI.

Nous sommes donc souvent contraints à la précarité, faute d’alternative crédible, et poursuivre l’opportunité d’un travail salarié stable devient de plus en plus complexe.

  • Les conditions du travail salarié se dégradent

Ainsi, avec la baisse de travailleurs salariés, la charge de travail s’intensifie et repose sur ceux qui le sont encore. En effet, comme l’offre de travail salarié se raréfie, le rapport de forces est de plus en plus tendu au niveau du climat social au sein des entreprises, ce qui détériore fortement l’environnement de travail.

  • Le salariat peut être une forme de contrôle social visant à bloquer les initiatives innovantes

Parce que le lien de subordination conditionnant le travail salarié entrave l’autonomie de manière plus ou moins importante, les travailleurs les plus créatifs peuvent se retrouver limités au niveau de leur épanouissement, dès lors que leurs idées dépassent le cadre du système de valeurs instauré dans une entreprise.

 

Si aujourd’hui le salariat ressemble de moins en moins à une option de sécurité, l’option de l’entreprenariat n’est pas forcément plus rassurante. En effet, aujourd’hui il existe une nouvelle forme de prolétariat, appelée aussi « précariat », proliférant en partie à cause du statut d’auto-entrepreneur : statut dont les employeurs abusent pour faire l’économie de cotisations sociales dues pour tout travail salarié. L’injonction à l’entreprenariat, surtout dans ce contexte incertain, est donc loin d’être meilleure que celle au salariat. La seule issue pour sortir à la fois de la précarité et du lien de subordination, serait de favoriser un entreprenariat comprenant une intelligence du marché, avec une réelle valeur ajoutée, et une prise en compte de l’empreinte sociale.

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