Comprendre les algorithmes des réseaux sociaux pour lâcher prise sur ses notifications

Temps de lecture : < 1 minute

L’attente constante des notifications pour répondre à un besoin d’interaction ou de validation, conduit vers des comportements addictifs, du stress, voire de la dépression. Comment faire pour sortir de ce cercle vicieux ?

  • Votre fil d’actualité est saturé

Il n’y a pas assez de place sur votre fil d’actualité pour pouvoir voir toutes les publications de vos abonnements ; ainsi, l’algorithme n’affiche que le contenu qu’il juge pertinent pour vous.

  • On ne voit sur son fil que les profils avec lesquels on interagit le plus

C’est pourquoi ce qui apparaît comme pertinent pour l’algorithme, c’est ce à quoi vous réagissez le plus. Par exemple, Facebook priorise les publications de vos amis les plus proches (plutôt que les pages d’entreprise) et celles que vous commentez le plus souvent (plutôt que les réactions).

  • Si vos publications passent inaperçues, c’est parce qu’elles n’atterrissent pas dans le fil d’actualité des personnes ciblées

De cette manière, les personnes qui commentent peu vos posts, n’y réagissent que ponctuellement, ne verront pas vos publications dans leur fil d’actualité, et ce, même si elles sont susceptibles de leur plaire ! Ce n’est donc pas par snobisme que l’on ignore vos posts, mais bien par non-connaissance de leur existence.

  • N’utiliser la sponsorisation qu’avec parcimonie

Lorsque la visibilité de vos publications est nécessaire pour votre projet, on peut être tenté d’utiliser la monétisation afin de propulser ses posts dans les fils d’actualité de celles et ceux que l’on cible. Cette stratégie peut fonctionner ponctuellement, mais il ne faut pas en abuser à cause de la fatigue publicitaire.

Pour assouvir son besoin d’interaction, il ne faut pas avoir peur de formuler sa demande clairement en déroulant les principes OSBD (Observer, Sentiment, Besoin, Demande) de la CNV (Communication Non Violente). Ceci permet de gagner en confiance et estime de soi.

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Des usages [abusifs] du storytelling

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Le storytelling est un procédé marketing (d’ailleurs souvent utilisé dans la publicité) puissant ; en effet, il permet de captiver son audience à partir de sa sensibilité et de ses besoins, dans le but d’obtenir de sa part du soutien, une adhésion, un engagement, de l’investissement ou même un achat. C’est d’ailleurs la meilleure méthode à exécuter si c’est ce qu’on cherche.

Or, le storytelling comporte des limites, notamment dans les cas qui vont suivre.

  • Ce n’est pas un outil d’analyse

….Parce que c’est un outil de vente ! Et c’est pour cette raison qu’il a été créé. Et pour vendre, il ne faut pas chercher à analyser, ni à trouver la vérité, mais à persuader.

Ainsi, si le storytelling est intéressant lorsqu’on cherche à mobiliser autour d’une idée et/ou d’un produit, il ne l’est pas lorsqu’on cherche à valider, vérifier, confirmer des faits ou un phénomène. C’est pourquoi une juxtaposition de témoignages racontant des histoires personnelles ne fait pas office de preuve factuelle, même si cela permet de donner vie à des idées, et de fédérer autour d’elles.

  • Il peut empêcher la réflexion politique

Vouloir mobiliser en persuadant sans informer correctement des faits en amont ne fonctionne pas sur le long terme : en effet, pour garantir une adhésion réelle, il faut convaincre.

Ceci passe par du débat, des interactions, l’acceptation des divergences de chacun.e avant de pouvoir atteindre une vision collective (et ceci prend du temps !) ; ce que le storytelling ne permet pas, parce que justement, il vise à limiter toute discussion pour obtenir une adhésion le plus rapidement possible.

  • Il peut entretenir et développer un culte de la personnalité lorsqu’il est utilisé pour mettre en avant des individus

Si la valorisation de parcours individuels inspirants peut créer une énergie d’excellente qualité, cette mise en lumière peut créer des biais de manipulation et de domination dont on se passerait bien en contexte militant. En effet, en donnant de la force à une poignée de personnes, on prend le risque de confier du pouvoir (pas forcément utilisé à bon escient), tout en le retirant à d’autres, qu’on le veuille ou non.

C’est pourquoi il faut donner de l’importance aux personnes partageant les mêmes valeurs que soi, d’une part, mais aussi s’assurer que cette force soit redistribuée équitablement, d’autre part.

En somme, le storytelling peut être un outil puissant lorsqu’on cherche à promouvoir une action (de préférence collective) qu’il ne faut pas hésiter à utiliser quand c’est nécessaire. Cependant, cet usage ne doit pas faire l’économie d’un travail de politisation, d’analyse factuelle, et de conscientisation dans le souci d’une éducation populaire, si on veut qu’il soit efficace de manière authentique.

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Non, la prise de poids n’est pas automatique durant le confinement, et voici pourquoi (3/3)

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L’annonce du confinement a fait resurgir les réflexes sexistes et grossophobes de partout. Conserver ses muscles, maigrir, ou du moins, ne pas prendre de poids, est devenu presque plus important que de ne pas attraper le COVID-19. En plus d’être anxiogènes et blessants, ces messages sont souvent faux. Explications.

  • Avoir envie de manger lorsqu’on est stressé.e est naturel

Le stress est un facteur de prise de poids. Si satisfaire une envie de manger permet de diminuer ce stress, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. « L’alimentation émotionnelle est un phénomène naturel », précise Elyane, coach en alimentation intuitive. Elle ajoute que « le « souci » c’est quand ce phénomène nous fait souffrir, en général quand les quantités et la fréquence augmentent trop. Mais même dans ce cas, il ne sert à rien de parler de « problème » ou d’une chose « négative ».  C’est un fait, il vaut mieux l’accepter, l’accueillir et travailler dessus. Rejeter ce comportement ou le qualifier de « négatif » ne fait que renforcer notre culpabilité, ça ne nous aide pas à travailler dessus : la culpabilité ne fonctionne pas. »

  • On ne mange pas forcément plus durant le confinement si on est à l’écoute de ses sensations corporelles

Et c’est logique : si on a moins besoin d’énergie, on n’aura pas envie de vider son frigo et ses placards. Les crises de boulimie sont possibles, mais elles ont une origine psychologique, et c’est sur cet aspect qu’il faut travailler. A ce propos, Elyane nous informe que « le besoin de réconfort peut nous faire manger un peu plus, c’est OK. Là encore, si la fréquence et les quantités sont très grandes, ça n’est surement pas la faute du confinement, mais d’un souci avec la nourriture plus profond qui date bien d’avant le confinement. Le confinement est l’occasion de prendre conscience de ce problème, pour pouvoir travailler dessus par la suite. En quelque sorte, le confinement est une opportunité d’en apprendre plus sur nous-même. »

  • On a toujours besoin de se nourrir, même au repos

Même en restant allongé.e toute la journée, la faim peut se faire sentir. Et c’est normal, le corps continue à fonctionner même au repos. Il est possible d’avoir moins envie de manger lorsqu’on se dépense moins, c’est normal, et c’est pourquoi il faut être à l’écoute de ses besoins en priorité. Voici l’explication que donne Elyane : « Le corps fait un tas de trucs sans qu’on s’en rende compte. Même si nous on se repose, lui il ne se repose jamais, y compris pendant la nuit. L’exemple le plus marquant, c’est celui de la digestion, qui est ce qui consomme le plus d’énergie. »

  • La prise de poids a souvent pour origine la peur (consciente ou non) de manquer de nourriture

Lorsqu’on se prive de nourriture alors qu’on a envie ou besoin de manger, le corps se met en mode « pénurie » : non seulement il stocke la moindre prise alimentaire, mais en plus il se vengera en réclamant plus (trop) de nourriture. Quand on manque effectivement, cette peur est cohérente. Mais lorsqu’on se prive de manière volontaire, on actionne également ce mécanisme. Elyane confirme ce phénomène en évoquant les études scientifiques sur la perte de poids. « De nombreuses études montrent que la prise de poids est associée à la restriction. Parce que la restriction nous éloigne de nos signaux : on finit par manger plus que notre faim

Et aussi la restriction crée de la nourriture émotionnelle : on ne mange pas par faim, mais pour fuir nos émotions. »

Finalement, en se faisant confiance, il n’y a pas de raison pour que son corps change radicalement. Si, malgré tout ceci arrive, il convient d’accepter ce changement, car il s’agit de circonstances exceptionnelles, où la priorité est de se protéger et de protéger les autres de la contamination. C’est ainsi qu’on est en mesure de se recentrer sur ce qui compte vraiment, loin des considérations futiles qui nous font souffrir car elles pèsent lourd sur notre charge mentale. En effet, la situation de confinement peut générer du stress, c’est contre ce stress qu’il faut lutter, et non contre les conséquences du confinement.

Pour prendre conseil auprès d’Elyane et son équipe, c’est par ici. Vous pouvez également suivre ses réflexions sur l’alimentation intuitive comme thérapie, et sur la grossophobie structurelle de la société sur YouTube et Instagram.  

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Faut-il arrêter de privilégier les procédures aux résultats ? (1/3)

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En temps normal, la fiabilité d’un résultat (scientifique ou autre) dépend fortement de la rigueur avec laquelle une procédure est appliquée. Or, que faire et quoi penser, lorsque l’urgence nous empêche de mettre en œuvre toutes les étapes d’une procédure, ou que cette dernière, trop rigide, peut nous empêcher d’avancer ?

Prenons l’exemple de l’usage de la chloroquine comme traitement antiviral dans la pandémie du COVID-19. A ce jour, aucune étude aboutie ne prouve son efficacité. Pourtant, de nombreux médecins sur le terrain ont déjà établi un protocole de soins autour de cette molécule partout dans le monde. Faut-il les en blâmer, ou au contraire les féliciter ?

Pour répondre à ces questions, nous allons discuter ici de la pertinence des procédures selon le contexte, et montrer pourquoi dans tous les cas, la priorité, c’est la préservation de l’intégrité physique et morale des personnes.

  • Les procédures sont souvent une garantie de qualité des résultats….

…Lorsqu’elles sont exécutées en conditions normales ! Et c’est parce qu’elles ne sont pas forcément toutes conçues pour gérer l’imprévu qu’elles ne marchent pas à tous les coups. Si, dans l’idéal, le meilleur moyen de prévoir l’imprévisible, est de prévoir un maximum de choses, ce n’est malheureusement pas toujours possible.

Alors, à moins que les procédures ne prennent en compte toutes les éventualités, il faut parfois les modifier ou les accélérer lorsqu’il y a urgence.

  • Elles peuvent servir d’outils d’exclusion et de discrimination

Il faut aussi prendre en compte le fait que les procédures peuvent être utilisées pour exclure, voire discriminer n’importe quelle personne tentée de les remettre en question.

L’exemple le plus parlant ce sont les procédures pour délivrer des titres et des diplômes dans les écoles et les universités les plus prestigieuses et les plus reconnues. Ces titres peuvent être utilisés comme biais de manipulation, comme l’explique Robert Cialdini dans son ouvrage « Influence et Manipulation ». En effet, les titres peuvent être utilisés pour intimider toute personne qui n’en possèderait pas d’équivalent, afin de la discréditer, ou de la dissuader d’agir. C’est donc pour cette raison que des jeunes à haut potentiel se retrouvent en échec scolaire ; on confond leur inaptitude à un système avec un manque de compétences ou de connaissances.

  • L’urgence n’est jamais un prétexte valable pour mettre en danger des vies humaines

Cependant, même dans l’urgence, trop négliger les procédures (qui restent une référence et un filet de sécurité, quoiqu’on en pense) peut s’avérer dangereux. On n’a pas le droit de mettre en danger des vies, sous prétexte qu’une procédure serait trop longue et complexe.

On peut tout de même la modifier en l’adaptant au contexte d’urgence ; mais toujours en respectant un minimum de précautions.

 

Pour conclure, ce qu’il faut questionner avant tout, c’est la façon dont sont construites les procédures, et pas forcément leur existence. En effet, les procédures permettent de rassurer. Mais pour qu’elles soient valables dans n’importe quel contexte (social), il est important de les tester dans toutes les circonstances (et de vérifier qu’elles y sont adaptées) avant de les privilégier en tout temps. Si ce n’est pas le cas, il faut avoir l’humilité de les remettre en cause, surtout lorsqu’elles excluent de manière injuste, ou ne donnent pas les résultats espérés parce que trop lentes ou inadaptées, en temps de crise, par exemple.

Pour revenir à la crise sanitaire actuelle, il y a assez de recul sur l’usage de la chloroquine dans d’autres circonstances, mais aucun sur la dose préconisée pour baisser la charge virale du COVID-19. Les patients qui en ont reçu se sentent mieux, mais nous ne savons pas à quel prix, et nous ne savons pas encore si ces résultats apparemment prometteurs seront confirmés sur du plus long terme. La question d’administrer ce traitement ne doit revenir donc qu’aux médecins seuls, et à ce jour, elle est plus d’ordre éthique, que de rigueur scientifique ; faut-il administrer ce traitement sans visibilité sur les effets secondaires, ou prendre le risque de perdre encore plus de patients (qui varie entre 1 et 3%, ce qui est faible en taux de pourcentage, mais conséquent en nombre de vies humaines à l’échelle d’un pays) ?

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Développement personnel : savoir faire le tri entre levier de progrès social et manipulation

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Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies d’information et de communication (TIC), il y a une prolifération de « coachs » en tout genre (fitness, nutrition, psychologie etc…) se réclamant du « développement personnel » [terme problématique en soi si on vise une forme de progrès social puisqu’il évoque une approche individualiste].

Cependant, parmi une horde de gourous peu crédibles, voire dangereux, il existe des créateurs de contenu à haute valeur ajoutée, avec un potentiel impact social positif. Voici quelques indicateurs à évaluer pour reconnaître ces derniers.

  • Utilisation d’éléments de langage flous

Prudence lorsqu’on parle de « sortir de sa zone de confort », « prendre des risques » ou de « sortir de ses croyances limitantes », surtout si ces expressions ne sont pas clairement illustrées par des exemples concrets : il y a une nuance entre oser faire certaines choses utiles à son épanouissement, et se mettre en danger.

  • Évacuation totale ou presque des questions sociales et politiques

Un coach qui ne prend pas en compte les inégalités de genre, la question raciale ou votre situation économique ne pourra jamais vous conseiller efficacement, car il négligera une partie importante du contexte social dans lequel vous évoluez. Par exemple, vous inciter au « miracle morning » (pratique qui consiste à se réveiller beaucoup plus tôt le matin pour faire plus d’activités en une journée) alors que vous souffrez de n’importe quelle maladie chronique, ou que votre corps réclame du sommeil est une approche validiste. Les contenus visant la mise en place d’une routine peuvent générer de l’anxiété, voire des TOC (troubles obsessionnels compulsifs), à cause de l’augmentation de la charge mentale que vous pouvez vous infliger suite à la consommation de ce type de productions. Pareil pour les injonctions au « healthy lifestyle » (style de vie sain), qui peuvent perturber votre relation avec la nourriture, voire provoquer des troubles du comportement alimentaire (TCA).

  • Présence d’un discours culpabilisant

Les injonctions du type « quand on veut on peut » ou la variante « il faut se faire violence pour obtenir des résultats » peuvent vous pousser à des comportements addictifs dangereux pour votre santé physique et mentale.

  • Présentation des solutions proposées comme des alternatives à la spiritualité ou à la médecine classique

Un coach responsable est dans l’obligation morale de vous conseiller un avis médical et/ou de vous écouter en priorité lorsqu’il vous prodigue un conseil. Leurs prestations d’accompagnement peuvent éventuellement servir de complément à un traitement médical ou une introspection personnelle, mais jamais de substitut.

  • Présence d’un discours complotiste

Il y a danger également lorsque le discours tenu à propos des institutions classiques fait écho à des théories complotistes…souvent fausses.

  • Confusion entre retour d’expérience personnelle et vérité générale établie scientifiquement

Un coach honnête se doit de distinguer son retour d’expérience et une vérité scientifique, sauf s’il est en mesure d’appuyer son témoignage à partir de faits rigoureusement démontrés.

  • Promesse de miracle à partir de solutions « clé-en-main » et simplistes pour résoudre un problème complexe

Le rôle d’un coach est de vous accompagner dans une démarche que vous entreprenez individuellement, et non de répondre à votre place à vos questions ; ceux qui vous promettent des solutions « magiques » risquent de vous mettre en danger.

 

Finalement, les outils utilisés dans ce qu’on appelle le « développement personnel » (qui est en réalité un accompagnement complémentaire médical ou psychologique) peuvent contribuer à une empreinte sociale positive, à la seule condition d’être dans une démarche de travail politique et social de fond, sur le long terme, avec une vision à l’échelle collective.

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3 astuces pour limiter la récupération raciste ou sexiste

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Nous sommes toutes et tous confronté.e.s à des désaccords, voire de gros conflits entre membres d’un même groupe social, qui subit pourtant les mêmes oppressions. Ces désaccords peuvent être facilement récupérés et instrumentalisés politiquement contre nos intérêts collectifs, si on manque de vigilance.

S’il est hors de question d’étouffer nos divergences sous prétexte d’unité, il est cependant possible de mettre en place des techniques d’autodéfense simples afin de refuser fermement toute tentative d’instrumentalisation raciste ou sexiste. En voici 3 :

 

  • « Casse-toi » : refuser l’ingérence dans les débats internes

Il est impératif de refuser fermement ce type d’alliance qui offre un boulevard à des personnes dominantes potentiellement tentées de distribuer les bons et les mauvais points aux personnes dominées. Manquer de fermeté à ce sujet, c’est laisser une ouverture, même très fine, pour autoriser cette mise en concurrence raciste ou sexiste.

  • « Je ne suis pas un bébé phoque à sauver » : s’émanciper du paternalisme

La deuxième étape après avoir refusé l’ingérence, c’est de se construire en-dehors du regard dominant. Nous n’avons en effet pas besoin d’une bouée de sauvetage ou de servir de caution « bonne conscience », mais d’alliances stratégiques.

  • « Laisse-moi tranquille » : signifier à son interlocuteur.ice qu’il ne doit pas nous solliciter à nouveau avec cet agenda

Enfin, il faut dissuader de manière permanente toute sollicitation pour de la récupération, sans avoir à s’auto-censurer. Le mieux est de fermer la porte à toute proposition allant dans ce sens, et ce, sans hésiter.

 

Avant d’être en mesure de pouvoir faire preuve de fermeté à ce type de requêtes, il est nécessaire de se renforcer, de se construire, afin de gagner en confiance, et ne plus ressentir le besoin de se justifier ou de se plaindre.

 

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Pourquoi il faut arrêter d’évoquer la « vie privée » d’une victime de suicide au travail

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Lors du suicide de Christine Renon 3 semaines après la dernière rentrée scolaire, le réflexe pour l’institution a été d’évoquer des éléments de sa vie privée (probablement pour se déresponsabiliser), malgré le fait que les suicides à l’Education Nationale sont nombreux et que la défunte directrice d’école a évoqué clairement ses conditions de travail dans la lettre qu’elle a laissé avant de se donner la mort.

Plus généralement, évoquer des difficultés personnelles lorsqu’il y a un suicide sur le lieu de travail est un non-sens, et voici pourquoi.

  • Parce qu’on minimise les causes de ces suicides dont les origines se trouvent principalement liées à une organisation pathogène du travail

…Alors que le lien entre organisation du travail et risques psycho-sociaux (RPS) est clairement établi, de manière quantitative et qualitative.

  • Parce qu’ainsi on diminue la part de responsabilité des personnes qui prennent ces décisions en termes de pratiques managériales

…Alors qu’une enquête est automatiquement déclenchée par un suicide, surtout lorsqu’il est commis sur le lieu de travail de la victime et que la responsabilité civile de l’employeur peut éventuellement être engagée.

  • Parce qu’on dépolitise la question du suicide au travail en la pensant comme un fait divers isolé alors qu’il s’agit d’un fait social

En effet, traiter le cas d’une victime de suicide au travail de manière individuelle en le mettant sur le compte de sa vie privée, c’est nier le fait que la souffrance au travail est une question d’ordre structurel.

  • Parce que la dégradation de la vie privée vient très souvent de mauvaises conditions de travail et d’une baisse de la qualité de vie au travail

Là encore, le lien entre déséquilibre vie privée/vie professionnelle et souffrance au travail a clairement été établi.

  • Parce que le suicide et les tentatives de suicide sont les symptômes les plus mortels de la maladie qu’on appelle dépression

En effet, 70% des personnes suicidées souffraient de dépression, qui est une maladie mentale potentiellement mortelle. Il est donc impossible d’imputer un suicide uniquement à des événements émanant uniquement de la vie privée d’une personne victime.

Finalement, la « vie privée » n’est pas un paramètre suffisant ou même cohérent pour expliquer un suicide au travail. D’une part parce que la vie privée ne représente qu’une partie minime des raisons d’un suicide, et d’autre part, parce que cette vie privée n’est pas du tout indépendante d’un contexte social, économique et politique.

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Pourquoi rien de ce qu’on dit, voit ou fait, n’est neutre

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On a souvent tendance à confondre objectivité, recherche de vérité et neutralité. Seulement peut-on considérer que ces trois notions soient similaires ? Et surtout, quels sont les enjeux de ce qu’on appelle « neutralité » ?

 

  • La « neutralité » sert d’alibi aux personnes cherchant à éviter une prise de position dans les situations de conflits d’intérêts

Les conflits d’intérêts étant définis par toute situation d’interférence entre intérêts publics et intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction, lorsqu’on ne prend pas position clairement dessus, sous prétexte de « neutralité », on laisse en réalité ces situations se développer et proliférer.

  • Chercher à créer un équilibre artificiel empêche souvent d’atteindre la vérité recherchée

Déjà parce que l’énergie déployée à créer un contexte en apparence équilibré, c’est de l’énergie qu’on n’utilise pas pour chercher et trouver la vérité. Ensuite, parce que c’est faire fi du contexte des faits, qui est un indicateur assez fiable permettant de déterminer ce qui est réel, plausible ou non.

La volonté de « neutralité » n’est donc ni une fin si on vise le réalisme, ni un moyen fiable pour vérifier des informations.

  • Ce qu’on appelle « neutralité » offre en réalité un terrain favorable aux idéologies dominantes, elle n’est donc jamais gage de vérité

Ce qu’on veut dire lorsqu’on parle de neutralité, c’est plutôt le fait de ne pas intervenir, de ne pas agir, lorsqu’il y a une situation de conflits, en ignorant tout contexte ou tout rapport de forces.

Ainsi, cette inaction profite forcément au camp dominant, puisqu’en valorisant une certaine neutralité, on réduit à néant toute forme de résistance ou contre-pouvoir face au pouvoir majoritaire, ce qui pose un problème d’équité en termes de représentation lorsqu’on a la volonté de servir une forme de démocratie (qu’elle soit directe ou non).

 

Finalement, la notion de neutralité n’existe pas vraiment, puisqu’aucune situation n’est vraiment « neutre ». Il convient donc de ne jamais poser ce concept en objectif à atteindre lorsque l’on cherche à exposer, analyser et démontrer des faits.

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Pourquoi le nombre de likes et de partages publics sur les réseaux est en réalité insignifiant (1/2)

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On a souvent tendance à croire qu’un grand nombre de followers, de likes, de vues ou de partages publics sur les réseaux sociaux permet de créer un rapport de forces au niveau de l’opinion grâce à la visibilité qui en découle.

Or, non seulement la notoriété n’est pas synonyme d’influence, mais en plus elle peut renforcer un « statu quo » si elle n’est pas utilisée à bon escient. Nous verrons ici pourquoi.

  • La visibilité n’entraîne pas automatiquement un engagement sur son contenu, des interactions pertinentes ou une création de lien qualitatif

Outre la part de « haters » ou de curieux qui n’interagissent jamais pouvant se retrouver abonnés à votre compte par hasard, les personnes actives peuvent l’être pour diverses raisons.

On peut partager votre contenu pour le critiquer violemment, on peut venir commenter en vous dénigrant ou en vous insultant, ou alors une personne peut partager votre contenu en se l’appropriant et en détournant votre message d’origine, pour la simple raison que dès lors que votre contenu est public, il ne vous appartient plus vraiment.

Pour être certain.e que votre message ne sera pas détourné, il faut qu’il y ait un intérêt réciproque entre vous et votre communauté d’abonnés, et donc accepter que ces liens sont rares et difficiles à construire.

Les personnes qui vous soutiennent virtuellement ne pourront pas toujours vous soutenir concrètement ; soit parce qu’elles sont loin géographiquement, soit parce qu’elles n’en ont pas les moyens, soit parce qu’elles ne sont pas directement concernées par ce que vous proposez.

A noter qu’une personne de votre communauté peut être touchée ponctuellement par votre travail, mais ceci ne signifie pas qu’elle vous soutiendra régulièrement.

  • Les réseaux sociaux qui génèrent le plus d’adhésion et d’engagement sont ceux où les partages ne se font qu’en cercle restreint car les liens de confiance sont plus solides

Comme Instagram, réseau très populaire chez les plus jeunes générations, et qui n’autorise que les partages restreints en messages privés et en stories. Il y a également de plus en plus de personnes qui se politisent sur ce réseau, plus intuitif et plus serein car construit sur le partage d’images.

En effet, si le nombre de partages en messages privés ou en stories est a priori plus restreint (car il demande plus de manipulation), le partage en privé garantit un intérêt supérieur ou une véritable adhésion au contenu. Pour la simple raison qu’il existe plus souvent un lien de confiance entre la personne qui partage et celle qui reçoit le message, et qu’a priori les personnes interagissant en privé se connaissent un minimum, et sont donc renseignées sur les intérêts mutuels de leurs interlocuteurs. Ainsi, un contenu partagé en privé suscitant un réel engagement a plus de chance d’être repartagé derrière qu’un simple partage public dont on ignore la portée réelle.

 

Si la visibilité suscite l’intérêt des médias classiques et des annonceurs publicitaires, elle ne suffit pas pour créer une tendance dans l’opinion. Par exemple, l’influenceuse mode et beauté bien connue Kim Kardashian West ne s’est pas fait connaître uniquement sur son nombre d’abonnés ; c’est bien parce que de nombreuses femmes ont copié son style qu’il s’est propagé comme une nouvelle norme physique et vestimentaire. Par ailleurs, puisque la notoriété est un paramètre beaucoup trop aléatoire pour que l’on puisse avoir la main dessus, il est risqué de capitaliser dessus, d’autant plus si ce devient une fin plutôt qu’un moyen ; en effet, une visibilité érigée comme objectif est facilement récupérable, et peut être utilisée pour maintenir un ordre social au lieu de créer une nouvelle dynamique au niveau de l’opinion.

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Quel sens donner aux « violences » des manifestants ? (3/4)

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« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

D’après cette citation de Dom Helder, les violences que les médias mainstream attribuent à des « casseurs » devraient être considérées comme de la « violence révolutionnaire ». Nous verrons ici comment interpréter et caractériser ces actions.

  • La violence des manifestants est une réponse à la violence institutionnelle

Il s’agit en effet d’une forme d’expression de la colère suite à la violence du chômage, de la pauvreté, du racisme ou de n’importe quelle forme de violence de l’Etat. On retrouve ces violences autant dans les mouvements sociaux que dans les révoltes urbaines dans les quartiers populaires.

  • Elle est exclusivement dirigée vers des biens matériels et des symboles de l’Etat ou du capitalisme

L’objectif de cette violence n’est jamais de porter directement atteinte à la vie humaine. C’est pourquoi les objets ciblés par ces actions sont précis : distributeurs de billets, vitrines de grands magasins, voitures de police…Il s’agit d’attaquer des symboles pour à la fois exprimer une colère légitime et dénoncer la violence institutionnelle.

  • Elle est entretenue par des dispositifs de maintien de l’ordre dangereux

La présence policière massive lors de manifestation est très souvent perçue comme de la provocation et déclenche presque automatiquement des affrontements. Les techniques de « nassage » par exemple ont également tendance à accentuer la colère des manifestants, surtout lorsqu’elles se soldent par un usage massif gaz lacrymogènes.

  • Elle est instrumentalisée par les médias afin de diviser ou de discréditer le mouvement social ou les revendications des manifestants

Lorsque les médias principaux parlent de ces violences, c’est soit pour ne pas parler des revendications du mouvement social, soit pour donner l’injonction à des acteurs du mouvement social de « condamner les violences ».

Dans les 2 cas il s’agit de décentrer le débat sur des questions de modes d’action, pour ne pas parler du fond, et finalement, discréditer les revendications. A noter que les violences policières commises sur les manifestants, sont a contrario, minimisées.

 

  • C’est le mode d’expression le plus radical du mouvement social

Les mouvements sociaux sont parfois lancés par des syndicats, des partis ou d’autres institutions officielles qui se retrouvent en opposition politique avec le pouvoir en place.  Or, cette frange institutionnelle n’est pas représentative du mouvement social ; en effet, il n’est pas rare que les cortèges autonomes prennent le plus de place dans les manifestations intersyndicales et que des personnes ne se réclamant d’aucune structure rejoignent les mouvements sociaux.

La violence devient donc un mode d’expression radical se démarquant des modalités d’action des autres structures de l’opposition, dans le sens où il met en lumière l’origine de la colère de l’ensemble du mouvement social.

 

Il ne faut jamais tomber dans le piège de la condamnation de cette violence, d’une part parce qu’elle n’est pas à l’origine du problème, d’autre part parce qu’elle est instrumentalisée à des fins qui ne sont pas dans nos intérêts.

Si personne n’est obligé d’adhérer à ce mode d’action puisqu’il demeure ponctuel et ne permet pas forcément une construction sur le long terme, il permet néanmoins d’obliger les médias et politiciens à observer le mouvement social. Il convient donc d’en analyser les origines, pour mieux les étudier, les comprendre et y répondre.

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