Introduction à l’improvisation théâtrale

Fév 5, 2022 | Société | 0 commentaires

Temps de lecture : 4 minutes

L’improvisation théâtrale est presque aussi vieille que le théâtre lui-même ! Et pourtant, malgré un âge aussi avancé, ce n’est que récemment que l’improvisation théâtrale a trouvé sa propre voix : présentation d’un art qui intéresse de plus en plus les entreprises !

L’improvisation au sein du théâtre

Le théâtre a toujours utilisé l’improvisation, que ce soit pour des exercices d’échauffements, de travail de l’acteur ou pour des parties de pièce : la commedia dell’arte permettait, par exemple, à des comédiens d’improviser leurs textes en connaissant le point de départ et d’arrivée des scènes. Le théâtre de l’opprimé d’Augusto Boal utilise également l’improvisation comme un outil : celui de l’écriture plateau. Les acteurs, non professionnels dans le cas du théâtre de l’opprimé, improvisent une scène sur un sujet prévu à l’avance concernant une oppression qu’ils subissent avant de la jouer de nouveau devant un public, le tout encadré par un maître de cérémonie qui amène le dialogue avec le public sur ce qu’il vient de voir. Boal y voyait un outil politique afin de faire prendre conscience aux spectateurs des oppressions vécues par les minorités. Cette forme de théâtre a donné naissance au théâtre forum, aujourd’hui utilisé en France auprès des scolaires afin d’aborder des sujets délicats (inégalités, sexualité…) ; l’interaction y est primordiale pour impliquer les spectateurs dans la réflexion.

La naissance de l’improvisation théâtrale anglophone

L’improvisation théâtrale au sens moderne du terme, et celui que nous allons aborder ici, trouve sa source principalement dans trois pays : les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. Viola Spiolin, Del Close et Keith Johnstone sont les grands noms de l’improvisation anglophone, chacun ayant travaillé sur l’improvisation théâtrale comme un art à part entière et non plus comme un outil d’écriture. Leur philosophie était de concevoir l’improvisation théâtrale comme un art de l’imprévu : ne pas chercher à être le meilleur à vouloir tout maîtriser, mais au contraire chercher à créer des liens sur scène avec les autres improvisateurs… Les spectacles d’improvisation court-circuitent le processus de création en liant directement l’écriture, la mise en scène et le jeu en un seul endroit.

De nombreuses stars hollywoodiennes (Steve Carell, Bill Murray, Jason Mantzoukas …) sont issues de la scène de l’improvisation théâtrale et continuent même à la pratiquer ; on a pu ainsi voir, sur Netflix, le show Middleditch & Schwartz, dans lequel deux comédiens proposent un spectacle de quarante minutes totalement improvisé à partir de suggestions du public.

L’improvisation théâtrale francophone

Qu’en est-il de l’improvisation théâtrale francophone ? Elle trouve son origine dès les années 60/70 à Montréal notamment grâce à trois troupes : le Grand Cirque Ordinaire, le théâtre Euh ! et le Théâtre expérimental de Montréal, qui proposent des sessions de spectacles improvisés, laissés au bon soin de créateurs et metteurs en scène.

La forme la plus connue d’improvisation théâtrale, qui perdure encore aujourd’hui dans les pays francophones (mais qui est totalement absente des pays anglophones) est le match d’improvisation, pratique toute droite sortie des esprits de Yvon Leduc et de Robert Gravel. Le spectacle prend la forme d’un match où deux équipes s’affrontent au sein d’une patinoire (sans la glace) sous la houlette d’un arbitre intransigeant qui mène la danse en proposant thèmes et contraintes pour des improvisations de courtes durées. Gravel et Leduc y voyaient un moyen de rendre accessible cette partie du théâtre, autrefois connue des quelques initiés : en reprenant les codes du hockey sur glace, sport très populaire dans la région du Québec, l’improvisation devenait populaire et devenait ainsi accessible.

Aujourd’hui, l’improvisation francophone se nourrit de plus en plus de l’expérience des improvisateurs anglophones et les troupes, équipes et compagnies s’intéressent à des formats moins balisés que le match, plus narratifs ou plus organiques. Des spectacles professionnels d’improvisation se jouent également régulièrement à travers tous les pays francophones.

La philosophie générale de l’improvisation

L’improvisation théâtrale se fonde sur un principe simple : l’improvisateur est à la fois scénariste, metteur en scène et acteur. Il assure les trois rôles à la fois en direct ; par conséquent, il ne peut avoir de retour critique sur ses idées. Cependant, il est rarement seul à construire et les improvisations se font généralement à plusieurs, où chacun vient apporter sa pierre à l’édifice. Ces différents aspects présentent un intérêt pour les entreprises et pour la vie en société, nous les aborderons dans de futurs articles.

Il existe plusieurs écoles d’improvisation mais la grande majorité partage une philosophie commune : faire paraître l’autre encore plus grand qu’il ne l’est. Il n’y a pas véritablement d’autres règles excepté celles pour bien être vu en entendu sur scène.  il n’existe pas à proprement parler de règles pour faire de l’improvisation théâtrale. Patti Stiles, dans Improvise Freely, détaille d’ailleurs dans les premiers chapitres la nécessité de ne pas poser de règles autre que celles nécessaires pour bien jouer sur scène afin de ne pas brimer l’énergie créative des improvisateurs et improvisatrices.

#MeToo et le milieu de l’improvisation

Cependant, elle dénonce plus loin que cette philosophie ne doit pas servir à légitimer les abus. Ce chapitre fait écho à plusieurs scandales d’agressions sexuelles dans le milieu de l’improvisation québécoise et qui ont vu la naissance du collectif Rudesse. Ce collectif a pour but est de proposer un cadre pour les troupes et compagnies afin d’instaurer un environnement sain sans aucune discrimination ni violence de tout ordre. En France, le compte Instagram Paye Ton Impro nous montre que ces violences existent aussi de ce côté-là de l’Atlantique et que nous devons agir en conséquence.

L’improvisation militante

L’improvisation théâtrale, comme le théâtre, peut se faire militante ; cependant elle traîne encore son image de spectacle fun, sans prise de tête. Des émissions comme Vendredi, tout est permis, renvoient cette image au public. L’émergence des différents formats de spectacle permet de découvrir des scènes improvisées plus émouvantes, plus approfondies, et des troupes s’en sont emparés pour proposer de l’improvisation militante : c’est le cas de la troupe belgo-néerlandaise Rainbow Warriors ainsi que la troupe lyonnaise Corpus Bang Bang. Les deux troupes proposent de jouer avec les étiquettes et les clichés, afin de proposer des spectacles décomplexés loin des représentations caricaturales des minorités sexuelles. 

Sébastien Chambres, improvisateur français, aborde à travers ses stages la question des représentations dans les spectacles : la différence fait la richesse de ce qui se passe sur scène lors d’un spectacle d’improvisation. Son travail autour du sujet est reconnu dans le milieu francophone de l’improvisation en Europe.


Enfin, dans les pays anglophones, on peut trouver des initiatives comme la Black Improv Alliance qui met en avant les spectacles d’improvisateurs uniquement noirs et qui pose la question de la représentativité sur scène lors des spectacles d’improvisation.

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