Pourquoi la monétisation dans le milieu associatif dérange autant (4/5)

Temps de lecture : 2 minutes

Si la monétisation dans le milieu associatif existe, elle n’est pas toujours assumée clairement, à cause des polémiques qu’elle suscite. Pourtant, la dissimuler ne fait qu’accroître les maux qu’on lui attribue, plus ou moins justement. Nous verrons ici quels sont ces aspects problématiques tant décriés.

En effet, la présence d’argent dans une structure accompagne le risque de confusion entre intérêts individuels et l’intérêt du collectif appartenant à la structure. Il s’agit de bien délimiter l’usage des fonds et les pratiques d’une structure, car c’est ce qui détermine si le contexte est propice aux abus ou non (et non le principe de monétisation en lui-même).

  • Manque d’indépendance

Quelle que soit l’origine des fonds dont on dispose, soit ils ne sont pas accordés sans condition (subventions institutionnelles), soit on dépend de son audience ou de sa communauté, ou encore de la fiabilité de son modèle économique.

Car si la monétisation permet des projets de plus grande envergure avec plus d’impact social (et c’est d’ailleurs justement pour cela qu’elle est nécessaire !), elle entraîne également un contrôle plus ou moins direct, des comptes à rendre sur ses activités, mais surtout des responsabilités !

Dans l’inconscient collectif, il peut y avoir un paradoxe entre être dans une logique d’abondance (et chercher à multiplier les sources de revenus) et vouloir plus de justice sociale, avec une meilleure répartition des richesses, ce qui peut créer des situations de dilemme.

Or, ceci est une fausse croyance ; en effet, vouloir produire des richesses et de la valeur ajoutée, n’implique pas nécessairement une forme de domination, si on fait usage de pratiques en adéquation avec les valeurs que l’on prône.

  • Blocages idéologiques

Ces blocages viennent justement de ces fausses croyances, qui empêchent de passer à l’action et créent des situations de souffrance. C’est pourquoi il est important de les dépasser.

En effet, plus de justice sociale, plus d’équité, ce n’est pas culpabiliser une partie de la société pour en sauver une autre plus fragile, sinon on est simplement dans le paternalisme, et on rejette la faute sur des causes extérieures pour ne pas avoir à agir.  C’est mettre face à leurs responsabilités les institutions et parties prenantes jouant un rôle dans les inégalités sociales pour les pousser à agir.

  • Diabolisation de l’argent

…Alors que l’argent est un moyen, et non une fin. C’est principalement son usage qui détermine le niveau de vertu de l’action finale, et non son existence. Là encore, accuser l’argent de tous les maux, c’est déresponsabiliser les personnes qui décident des transactions, et trouver des excuses pour ne pas produire de richesses.

La diabolisation de l’argent est aussi une cause du syndrome de l’imposteur qui empêche et bloque toute tentative de progrès et d’avancement du combat politique et associatif.

Les solutions à ces problèmes résident dans une plus grande transparence et traçabilité des flux monétaires. Or, ceci requiert de dépasser certains blocages idéologiques et la diabolisation de l’argent pour le bien et la survie des structures associatives.

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Pourquoi des femmes non-blanches ont du mal à se retrouver dans l’idéologie féministe (2/5)

Temps de lecture : 3 minutes

En se limitant à un regard condescendant, on pourrait parler ici d’aliénation. Or, la réalité est bien plus nuancée et complexe. Et lorsqu’on étudie les raisons profondes de cette réticence, on comprend vite qu’elles sont valables. Explications.

Parce que les recours pour lutter contre les violences sexistes sont bien souvent des mesures répressives et carcérales, qui ne règlent pas le problème sur le long terme, et ont même tendance à le compliquer. Sans oublier que ces répressions ciblent en priorité et principalement les hommes non-blancs.

Or, lorsqu’on est une femme non-blanche, non seulement se ranger du côté du féminisme blanc ne fait pas forcément avancer sa condition, car les intérêts divergent, mais en plus cette lutte peut se faire au détriment du combat antiraciste comme le démontre la citation extraite de l’ouvrage d’Houria Bouteldja « Les Blancs, les Juifs et Nous », quand elle relaye le témoignage d’une femme noire victime de viol par un homme noir, qui dit : « je n’ai jamais porté plainte parce que je voulais vous protéger. Je ne pouvais pas supporter de voir un autre homme noir en prison. »

  • Craintes de diluer la lutte antiraciste

Parce que la condition des femmes non-blanches est spécifique, elle ne peut s’affranchir d’une lutte antiraciste radicale, ou du moins d’une lecture intersectionnelle de leur condition.

En effet, s’il existe indéniablement des injonctions à délaisser les luttes de femmes dans les espaces antiracistes, beaucoup de femmes choisissent de leur propre chef de reléguer au second plan ce combat, pour des raisons diverses et variées.

Par exemple, pour Fatiha, militante accompagnant de jeunes hommes africains sans-papiers, « le féminisme ne concorde ni avec mes valeurs, ni mon éducation » [ndlr]. « On ne cesse de dénoncer un système patriarcal, pourtant, rien ne garantit qu’un système matriarcal serait meilleur. J’aurais le sentiment de trahir mon père et mon grand-père en les remettant en cause, eux qui ont tant œuvré pour l’épanouissement des femmes dans ma famille. Je considère d’ailleurs que les personnes les plus opprimées en France sont les jeunes hommes africains, tant ils vivent de plein fouet la violence du racisme structurel (violences policières, discriminations à l’embauche, au logement, disparitions), alors qu’il existe un système de protection sociale en France qui bénéficie aux femmes. J’ai d’ailleurs le sentiment que les violences faites aux femmes viennent plus d’un manque de sororité ou de l’absence d’un père que des hommes eux-mêmes même si je ne dois probablement pas avoir toutes les données sur cette question.» Elle ajoute que pour elle, « le féminisme fait plus de mal aux hommes non-blancs qu’il ne fait du bien aux femmes. Cette idéologie a construit une figure de mâle dominant de toutes pièces, sans prendre en compte le vécu des hommes non-blancs, alors qu’ils sont souvent victimes d’accusations mensongères pour des faits de violences sexistes, sur des bases racistes. Certaines femmes qui occupent des fonctions de pouvoir dans les institutions défendent des valeurs dans lesquelles je ne me reconnais pas, comme le fait d’élever des enfants sans homme, et ce sont souvent ces mêmes femmes que l’on retrouve à la tête des mouvements féministes. »

  • Multiplication des « call-out » dans le milieu intersectionnel qui mettent toutes les femmes dans une position vulnérable

Les dénonciations publiques, lorsqu’elles ne sont pas accompagnées de preuves solides profitent rarement aux victimes de violences sexistes. Elles exposent toutes les femmes qui y participent, à du harcèlement, des pressions telles que des plaintes pour diffamation, et ce même lorsque les faits sont avérés.

Dans ce contexte, il est donc naturel que des femmes aient du mal à se retrouver dans un féminisme qui ne les expose plus qu’il ne les protège.

  • Se ranger du côté du patriarcat pour se protéger du racisme

Comme l’explique Manon Garcia dans « On ne naît pas soumise, on le devient », si on prend la notion de soumission des femmes comme la domination patriarcale mais du point de vue des femmes, se plier à certains diktats patriarcaux peut faire partie d’une stratégie de réponse au patriarcat.

En contexte raciste, protéger les hommes de sa communauté du racisme peut également être une stratégie pour se protéger au passage, même si elle peut être discutable dans les cas des violences sexistes intra-communautaires.

Dans un contexte patriarcal et raciste structurellement, la construction d’une sororité pérenne est extrêmement complexe ; en effet, d’après tout ce qui précède, donner l’injonction aux femmes non-blanches d’être féministe n’est pas envisageable, et la charge mentale de toutes celles qui se revendiquent non-blanches est de plus en plus lourde à porter.

Comme le dit Liza, co-fondatrice du collectif féministe décolonial Nta Rajel ?, il faut une troisième voie autre que la récupération raciste ou les injonctions au sacrifice sur la question des hommes non-blancs.

C’est pourquoi des militants antiracistes s’intéressent désormais aux masculinités non-blanches sous l’angle du genre et de la race, et préfèrent parler de « luttes de femmes » (ou womanism) comme alternative au féminisme, encore trop influencé par la blanchité selon eux même lorsqu’il est intersectionnel ou décolonial, car il ne convient pas aux femmes qui souhaitent conserver leur mode de vie indigène.

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« Cancel culture » et « call-out » : la solution miracle pour préserver les victimes de violences et harcèlement ? (1/5)

Temps de lecture : 4 minutes

Disons-le tout de suite…NON. En tout cas, pas sur le long terme.

Or, comment faire lorsque les agresseurs, harceleurs, prédateurs et pointeurs polluent toutes les strates de la société, et qu’il n’y a quasiment aucune structure fiable pour s’en préserver ?

L’auto-organisation est donc indispensable. Pourtant, il y a des limites à ne pas franchir pour ne pas tomber dans une forme de « radicalisme rigide » (pour reprendre le terme de Jean-Michel Knutsen, community organizer et éditeur du site www.organisez-vous.org ), mais aussi pour préserver la sécurité de la victime à court, moyen et long terme.

  • Qu’est-ce que la « cancel culture » et le « call-out » ?

« Cancel » (qui signifie « annuler » ou « supprimer » en anglais) une personne influente ou perçue comme telle, c’est la boycotter, la mettre à l’écart et lui donner l’injonction de quitter sa position de leader parce qu’elle est accusée de tenir des paroles ou des agissements en contradiction manifeste avec ses valeurs affichées, ou tout simplement incompatibles avec la vie en groupe (propos racistes, misogynes, agressions, violences, parfois crimes). On parle de « cancel culture » lorsque ce mode opératoire est généralisé et systématique dans des structures ou systèmes au sein de la société.

« Call-out » son agresseur, c’est le dénoncer publiquement dans les médias ou les réseaux sociaux, sans forcément qu’il n’y ait de procédure judiciaire.

Si ces deux procédés existent, c’est pour compenser des blocages, des dysfonctionnements et des manquements structurels de la part de l’institution judiciaire, dans un contexte où ces violences restent trop souvent tues, impunies et mal combattues collectivement par les pouvoirs publics. En effet, nous sommes forcés de constater que « cancel » et/ou « call-out » une personne puissante, c’est envoyer un message fort ; celui de dire que la honte et la peur ne doivent plus se trouver du côté des victimes. Or, le message ne fait pas tout. Encore faut-il qu’il soit suivi d’effets concrets sur le terrain.

Ainsi, leur existence doit alerter sur une situation sociale plus que tendue, mais également être questionnée, puisque ces méthodes comportent également des risques et des limites et que ce sont des armes puissantes qui peuvent vite se retourner contre les victimes lorsqu’elles sont mal utilisées.

  • Les limites de la « cancel culture »

De plus en plus de militants de terrain trouvent que  dénoncer la cancel culture, c’est surtout une « tendance », mais qu’il serait plus sérieux de présenter des excuses auprès des personnes dont on a soi-même participé à l’isolement, lorsque c’est le cas. Ceci est une dérive présente parfois dans les milieux intersectionnels, qui ont malheureusement encore trop tendance à individualiser des combats d’ordre collectif. D’ailleurs, ce qu’on appelle « cancel culture » découle directement d’une frange du militantisme déconnectée des réalités du terrain, qui pense que pour faire avancer des luttes, il faut « déconstruire » tout le monde un par un. On peut même aller plus loin et penser que ce terme de « cancel culture » est trop réducteur pour la complexité de la problématique et inadapté au terrain, et préférer parler de logiques de culpabilisation, d’exclusion, de harcèlement, parfois sur des bases superficielles voire mensongères. En effet, la dénonciation de façade de la « cancel culture » est un symptôme direct de la numérisation du militantisme, où les logiques d’influence et de compétition passent avant l’avancement des combats sur le terrain.

Enfin, les personnes pratiquant sérieusement l’accompagnement des victimes de violences sexistes sur le terrain, savent d’expérience que la réalité est loin d’être manichéenne. On ne peut pas toujours jeter son bourreau sous le bus, pour des raisons affectives, ou matérielles. Assimiler ceci à de l’aliénation pour des raisons de performance radicale peut empêcher un suivi efficace des victimes de violences, et c’est pour cette raison précise que le call-out ne doit être utilisé qu’en dernier recours.

Ces faits démontrent parfaitement que la « cancel culture » appliquée à notre échelle, peut créer plus de problèmes qu’elle n’en règle, et ne profite pas toujours aux victimes de violences.

  • Les risques et dangers du « call-out » pour la victime présumée

Le risque le plus évident, c’est d’être attaqué en justice pour diffamation, et ce, même lorsqu’on dit la vérité. Attaquer une victime présumée pour diffamation, comme brandir la présomption d’innocence comme bouclier, est une technique bien connue des agresseurs pour se protéger…car elle est en effet très efficace !

L’autre risque, encore plus sournois, c’est que la victime se retrouve isolée et calomniée, et c’est d’autant plus le cas lorsqu’elle se trouve elle-même dans une situation précaire, ou avec une santé mentale fragile. Il n’est pas rare que les victimes reçoivent des injonctions, des pressions, voire des menaces, pour se taire. Ainsi, une victime exposée publiquement, est aussi une victime exposée à la vindicte populaire. Elle se retrouve donc propulsée parfois à son insu sur le devant de la scène, et souvent soumise à un processus insidieux où elle se retrouve elle-même culpabilisée de salir une personne présumée innocente, et victime de harcèlement, en plus d’avoir subi les agissements de son agresseur.

  • Il faut gagner en puissance perçue et en reconnaissance pour être en mesure de protéger et renforcer des victimes de violences

Parce que nous sommes tous manipulés à une certaine échelle par la preuve sociale, une victime de violence sera difficilement soutenue si elle est exposée seule, ou si les personnes autour d’elles sont perçues comme peu puissantes. Or le travail nécessaire à un renforcement et à une reconstruction se fait en dehors des projecteurs des télévisions et des buzz sur les médias sociaux.

En effet, un travail de thérapie est souvent nécessaire, et une procédure judiciaire en bonne et due forme peut éventuellement faire partie de la reconstruction. Ces méthodes demandent beaucoup de temps, de moyens et d’énergie. Parfois il y a plus urgent à régler, comme la question du logement, de la sécurité de la victime, ou de ses ressources financières.

La dénonciation demande au préalable un minimum de reconstruction du côté de la victime présumée, et surtout de la stratégie. L’urgence est donc de créer, de renforcer et d’entretenir des liens solides autour des victimes. Il est donc de la responsabilité collective de leurs complices de servir de « bouclier » pour préserver leur sécurité.

Cependant, les sentences ad aeternam et les attaques ad hominem ne doivent jamais faire partie des pratiques préconisées, à la seule condition que les victimes soient entièrement inclues dans le processus de décision sur le sort des agresseurs.

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Pourquoi il faut arrêter de réclamer du soutien via des messages groupés

Temps de lecture : 7 minutesLa tentation de cliquer sur « transférer » est grande, tellement ceci permet d’économiser quelques secondes de nos vies aux rythmes effrénés. Pourtant, j’ai souvent constaté que cette méthode est complètement improductive. Explications.

  • Ce type de messages empêche de créer du lien

Car il est difficile de faire preuve de sincérité sans vérifier au préalable si notre demande est recevable, et si, éventuellement ce soutien peut lui apporter. En effet, en envoyant un message groupé, on fait des injonctions, mais on ne formule pas une demande. On ne prend pas non plus le temps de s’intéresser réellement à l’autre (ne serait-ce que pour prendre de ses nouvelles) pour poser les bases d’un lien qui permettrait un soutien mutuel et constant.

  • Il y a peu de chances pour que le besoin réel de l’émetteur soit bien compris

Lorsqu’on ne se donne pas l’occasion de s’intéresser et de comprendre les besoins de son interlocuteur en « balançant » ce type de messages complètement impersonnel, on prend le risque de ne pas être compris à son tour. Encore une fois, il faut chercher à connaître les besoins de l’autre, en se donnant les moyens et l’opportunité de l’écouter, pour lui donner l’occasion d’accueillir et de comprendre les nôtres.

  • Le format du message groupé entrave la formulation d’une demande claire

Et oui ! Il est essentiel d’exprimer son besoin clairement et d’identifier le sentiment qui en découle pour formuler une demande claire (comme préconisé dans les principes de la communication non-violente). Un message transféré et non personnalisé ne permet pas de dérouler ce processus.

  • Réclamer des partages publics est contre-productif

Souvent, on envoie ce type de messages pour réclamer des partages publics, de manière plus ou moins implicite. En effet, si un partage public engage la e-réputation de son relais, elle ne garantit en aucun cas un engagement durable vis-à-vis de vous, de votre travail ou de votre contenu. C’est donc un risque à prendre pour la personne à qui on réclame ce partage, mais vous n’avez pas la certitude que ce risque engendrera un bénéfice.

De plus, si le nombre d’abonnés, de partages publics et de réactions est encore trop souvent perçu comme un indicateur d’influence et de pouvoir, ce n’est pas ainsi qu’on provoque des investissements et collaborations durables, ou même un taux de conversion satisfaisant.

  • Les leaders qui réussissent à obtenir du soutien régulièrement travaillent de manière invisible 80% du temps

Parce qu’iels sont familier.e.s avec le principe de Pareto ; c’est-à-dire qu’iels sont conscient.e.s que seulement 20% de leur travail donnera 80% des résultats positifs. Inversement, 80% des efforts fournis seront infructueux. Être à l’aise avec ce principe requiert énormément de patience et d’humilité ; et ces deux qualités sont essentielles pour obtenir une coopération à la fois active et durable.

En effet, la véritable puissance, c’est quand on n’a plus besoin de réclamer du soutien, et paradoxalement, elle s’obtient en construisant du lien, en allant vers les autres et en étant authentique ; tout ce que les injonctions au partage/soutien à travers des messages groupés ne permet pas.

Parmi les exemples de montée en puissance, il y a celui de Rania, administratrice de la page Facebook « Les p’tits plats palestiniens de Rania » et propriétaire du concept store Ardi : « Au départ, mes premiers clients ont été des associations où j’ai milité activement. Ensuite, ma page a sensibilisé un public non militant, curieux de découvrir la culture et la gastronomie palestiniennes ; ce qui est un de mes objectifs. C’est à partir de là que j’ai eu envie de créer Ardi. Je suis seule sur ce projet, pour avoir le contrôle à 100%, mais j’avais quand même besoin d’aide. Pour monter le plan de financement, j’ai été encouragée par mes proches et ma communauté. Mais pour que la campagne aboutisse, un simple partage sur les réseaux sociaux n’a pas été suffisant. J’ai participé à beaucoup de salons autour de l’entreprenariat, où j’ai rencontré énormément de professionnels inspirants qui m’ont guidée. J’ai dû sensibiliser 3 cercles ; celui de mes proches, celui des proches de mes proches, et enfin celui de ma communauté digitale. Avant de partager ma cagnotte publiquement, j’ai créé un groupe secret sur Facebook avec 50 à 80 personnes, 3 mois avant le lancement officiel. Je leur ai demandé de ne partager le lien uniquement via Whatsapp. J’ai ainsi récolté les premiers 4000€. Ne pas partager une cagnotte vide m’a permis de gagner en crédibilité et en confiance auprès de ma communauté. En effet, il s’agit ici de biais psychologique. J’ai toujours privilégié les messageries type Whatsapp, pour ne pas avoir à « spammer » les gens sur Messenger. Je n’ai pas eu besoin de contacter de gros influenceurs, même si certains d’entre eux m’ont soutenue publiquement, car ma communauté a relayé naturellement mon appel. Ma cagnotte a résonné jusqu’à Konbini et TV5 Monde. Je pense que la réussite de ma campagne de financement vient de l’entretien de liens de confiance avec mes proches et ma communauté, et du fait que j’essaie de faire preuve d’un maximum de transparence et d’authenticité dans mes relations. Ce sont des choses qui viennent avec le temps, et les rencontres IRL, que le virtuel ne peut remplacer. »

Il y a aussi celui de Liza, co-fondatrice du collectif décolonial de féministes nord-africaines Nta Rajel ? et influenceuse très active sur Twitter. « A la base on ne comptait pas monter de collectif, on parlait entre femmes nord-africaines sur Discord, puis on a lancé le #NtaRajel. Pour éviter la récupération raciste et sexiste de notre parole par certains hommes blancs, on a créé un compte officiel. C’est ensuite qu’on a décidé de fonder le collectif. Et la construction a été complexe. On ne le réalise pas vu de l’extérieur, mais il a fallu un an pour constituer un groupe stable autour de valeurs communes. Il y a eu beaucoup de désaccords, et de difficultés à cause de la charge mentale que représente le travail de monter un collectif. Beaucoup ont quitté le navire. On s’est retrouvées avec une toute petite équipe. A 6-7, on a été en mesure de mieux structurer notre vision et nos principes, notamment grâce à des réunions et des espaces d’échanges où on a su prioriser notre temps, notre énergie, et recruter les bénévoles en adéquation avec notre façon de fonctionner. Pour optimiser le succès de nos premiers événements, on a réfléchi en fonction des besoins urgents des femmes nord-africaines, et non en fonction de l’actualité ou des polémiques qui buzzent. C’est pourquoi nous avons choisi de travailler en non-mixité. On a priorisé les thématiques qui permettent aux femmes nord-africaines de se penser : la réconciliation avec l’idée de féminisme, reconstruire l’image de nos aïeules, les sujets tabous, et le patriarcat nord-africain. Aujourd’hui, nous avons encore beaucoup de travail : notre ligne politique est toujours en réflexion, même si nous nous basons sur une pensée radicale et révolutionnaire. Il y a encore par exemple la question des hommes maghrébins ; nous souhaitons trouver une troisième voie, autre que la récupération raciste ou les injonctions au sacrifice. »

Dans le cadre de sa campagne pour les municipales 2020, Yassin Lamaoui, candidat dans une ville en Essonne (91), chez qui on a pu observer une évolution positive de l’engagement de sa communauté en ligne, explique ceci : « Hors campagne électorale, il ne faut pas trop abuser des réseaux sociaux. En réalité, peu de choses se jouent dessus, ou même au conseil municipal lorsque l’on est dans l’opposition. Ce n’est donc pas là que j’estime devoir concentrer l’essentiel de mon énergie. On agit essentiellement en privé ; lorsqu’on connait des gens dans la précarité, on les aide, et lorsqu’on est témoin d’une injustice, on agit sans le montrer. On crée de la confiance, en utilisant le community organizing. C’est ainsi qu’on se fait connaître, et qu’on peut mobiliser, voire créer de l’engagement. »

Quant à Sarah Zouak, co-fondatrice de Lallab, association féministe et antiraciste lancée officiellement en mai 2016, c’est grâce à la réalisation de la série documentaire le Women SenseTour in Muslim Countries  que la communauté de Lallab est née. Le but de ces documentaires était de se réapproprier la narration et de valoriser des rôles modèles de femmes musulmanes, étant donné le manque de représentation positive de ces dernières. Elle commence à construire Lallab fin 2015, après un travail d’écriture et de documentation quotidien. Sarah est donc partie de zéro, si ce n’est de sa propre expérience du racisme et du sexisme en tant que femme musulmane vivant en France et de la création d’une petite équipe très soudée de femmes. La série documentaire a été un formidable outil pour rencontrer et fédérer les membres de la communauté de Lallab ; en effet, environ 25 000 personnes ont assisté aux projections du Women SenseTour in Muslim Countries  en France et en Europe, après avoir parcouru 1 ville différente en 40 jours. « Quand on me demande d’où sort notre communauté, j’explique à chaque fois qu’on est allé littéralement la chercher », explique Sarah. « Bien sûr que notre communication est très travaillée, mais l’essentiel du travail réside dans l’entretien du lien à travers plusieurs types d’événements (projection-débats, festival Lallabday, groupes de paroles, ateliers de formation, et nous ne communiquons pas forcément sur tout. » L’origine du succès de Lallab ne se limite pas à la notion de sororité, puisqu’elle part également de la volonté  de créer une organisation avec une approche à la fois antiraciste et féministe, en mettant les femmes musulmanes au cœur du projet de Lallab, et en travaillant sur leur identité, leurs revendications, mais aussi sur le projet de société, la valeur ajoutée au collectif pour un changement de paradigme dans le système politique français de lutte contre les discriminations. La première étape fut de construire une communauté de solidarité, en partie grâce à l’inspiration du récit d’autres femmes. Ensuite, Lallab a construit également une communauté d’expression et de savoir pour rendre visibles les vécus des femmes musulmanes et révolutionner les récits et narrations, via les portraits sur le magazine en ligne (qui rassemble plus de 30000 lecteurs par mois), mais aussi via des relais locaux sur le terrain (environ 500 partenariats avec des mairies, écoles, universités et associations). Le discours médiatique, en privilégiant la parole des femmes musulmanes arrive en dernier lieu. « L’objectif final de ce travail, c’est bien sûr la construction d’une communauté de pouvoir au niveau politique, pour que les femmes musulmanes puissent exercer librement leurs droits. Notre engagement s’inscrit dans la continuité d’un long héritage de luttes antiracistes et intersectionnelles. »

(Lallab est actuellement en pleine campagne d’adhésion pour financer un programme de formation, pour les soutenir et y participer, cliquer ici)

Finalement, on ne peut réclamer du soutien qu’en faisant preuve d’authenticité et en se préoccupant de manière sincère des personnes à qui l’on formule cette requête. En d’autres termes, il faut accepter de donner avant de demander à recevoir, et ceci, tout en étant prêt.e à accepter que la réciprocité ne soit pas systématiquement au rendez-vous. Dans tous les témoignages relatés ici, il y a une constante : celle de commencer par un cercle proche, puis de fédérer et de renforcer les liens autour de valeurs communes, avant d’élargir à une communauté plus large.

Pourquoi les grosses structures sont plus visibles que les autres

Temps de lecture : 2 minutesOn déplore souvent la distribution inégale des ressources, jusque dans notre tissu associatif, où là où certaines associations captent toute l’attention, d’autres meurent dans l’ignorance la plus totale. Pourtant, ce phénomène ne sort pas de nulle part, et est loin d’être insurmontable.

 

  • La preuve sociale fait que nous sommes naturellement attirés par ce qui est le plus visible

Nous supposons donc que plus une structure est visible, plus elle est influente et puissante, et donc efficace. Or, ce n’est pas forcément le cas.

…Et nous donnent l’illusion que les nombreuses interactions virtuelles se traduisent par des actions pertinentes sur le terrain. Si les réseaux sociaux représentent un outil intéressant pour produire des connaissances, communiquer, nouer des liens, et s’informer, la majorité du travail ne se fait pas sur cet espace.

  • Il y a des secteurs et des marchés plus porteurs que d’autres, car considérés plus « glamour » que d’autres

Soit parce qu’il y a une demande à la fois forte et urgente, soit parce que la friction à l’engagement est minime. Lorsqu’une structure répond efficacement à un besoin douloureux, urgent et reconnu, elle mérite pleinement son influence. Les structures qui peinent à se distinguer des autres ont souvent du mal à identifier le besoin de leur cible, et travaillent également sur une demande moins forte. Par exemple, l’aide aux plus précaires, l’accompagnement à la scolarité et à entrepreneuriat, la production de savoir (écriture, réalisation, recherche académique) sont des besoins importants et urgents, mais ne sont pas toujours perçus comme tels (sauf pour l’aide aux personnes pauvres) parce qu’ils demandent un engagement réciproque de la part de leur cible ; il faut lire, acheter, contribuer pour que ces actions aboutissent et aient un impact significatif. Ces secteurs nécessitent donc un travail de communication plus conséquent.

 

             S’il est de notre responsabilité individuelle et collective de donner force et visibilité aux structures qui nous semblent d’utilité publique, il ne faut pas non plus négliger le travail de communication qui permet de concilier perception et besoins des bénéficiaires d’une association.

Luttes contre le racisme structurel dans la police : comment dépasser les victoires symboliques (2/2)

Temps de lecture : < 1 minuteIl y a eu des condamnations et des réactions du pouvoir exécutif. Pour autant, ce n’est pas suffisant, puisque la police a encore le pouvoir de tuer. Si nous progressons vers la justice, nous n’en sommes pas encore au stade de l’égalité et de la dignité face aux forces policières.  Comment faire pour avancer plus loin ? Voici quelques pistes de solution.

  • Développer notre puissance

Se renforcer ne passe pas uniquement par la construction d’une élite (plus ou moins autonome) et/ou l’intégration des lieux de pouvoir. Il faut également transmettre et partager ses savoirs et savoir-faire, et donner de la force en priorité à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Les moyens à notre portée sont multiples ; nous pouvons donc choisir ceux qui donnent les meilleurs résultats (engagement associatif, politique, investissements et dons humanitaires, production académique, entreprenariat social, art, etc…)

  • Assurer un minimum de coordination sur le long terme

Les avancées d’aujourd’hui sont partiellement dues à un concours de circonstances, plus ou moins heureux. Seulement, nous ne pourrons pas compter sur des paramètres beaucoup trop aléatoires à chaque fois. Se coordonner ne signifie pas soutenir toutes les initiatives inconditionnellement ; c’est déjà respecter la diversité militante, en acceptant les divergences d’opinion et d’intérêt, et en valorisant la sincérité de l’engagement.

  • Créer des liens de solidarité durables

Si l’essentiel du travail se fait en dehors des structures, il ne faut pas négliger l’impact des relais internes capables de construire des ponts.

Finalement, pour déplacer la norme du racisme et enfin inverser le rapport de forces, nous devons d’abord augmenter notre pouvoir avant de percevoir une diminution de ce qui nous opprime.

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Pourquoi la lutte contre le racisme policier progresse enfin (1/2)

Temps de lecture : 2 minutesÀ la suite des révoltes provoquées aux Etats-Unis et France par le meurtre de George Floyd, l’enquête sur la mort d’Adama Traoré va enfin dans le sens des revendications de justice et de vérité de la famille victime. Avant ceci, Amal Bentounsi avait déjà réussi à faire condamner officiellement le policier Damien Saboudjan qui a tué son frère en lui tirant dans le dos. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur décide de sanctionner des policiers dont le racisme a été étalé au grand jour.

Pourtant, cette lutte ne date pas d’hier, et jusqu’à aujourd’hui, les institutions faisaient la sourde oreille. Il est donc légitime de s’interroger sur ce qui a fini par les mobiliser. Voici quelques éléments de réponse.

 

  • La lutte contre le racisme policier est un besoin D.U.R (Douloureux-Urgent-Reconnu)

Douloureux, car ce racisme brise de nombreuses vies et de nombreuses familles. Urgent, car pour nous, la charge raciale qui nourrit la peur de mourir après avoir croisé la police est constante. Reconnu, parce que des générations entières de militants travaillent de manière continue pour dénoncer ce racisme systémique.

  • L’organisation et la coordination efficaces finissent toujours par payer

Ce ne sont pas les manifestations seules qui ont provoqué une réaction du pouvoir. Ni les révoltes. Ni la parole de quelques célébrités. C’est la coordination simultanée des acteurs dans la rue, dans les médias, dans la sphère associative et des relais institutionnels qui a permis ce progrès, et rien d’autre. La segmentation des actions isolées coûte plus qu’elle ne rapporte ; c’est pourquoi il est important de les fusionner et de ne saboter aucune initiative.

  • Un contexte de crise sanitaire et économique qui accentue le besoin de revendication sociale

La crise du COVID-19, a précarisé de nombreux ménages, notamment à cause du confinement. Cette fragilité a permis une prise de conscience collective sur le caractère éphémère de la vie humaine, et donc sur la nécessité de vivre l’instant présent, de ne pas attendre les lendemains pour passer à l’action et se mobiliser.

Finalement, on peut constater que l’inefficacité des performances antiracistes symboliques a été démasquée. Pour autant, le combat est loin d’être achevé. En effet, nous ne pouvons et ne devons pas compter sur les opportunités des prochains crimes pour le faire avancer encore plus loin. Ce qu’il faut, en plus de rendre hommage aux avancées déjà accomplies, c’est continuer à œuvrer pour faire en sorte que ce soit la police qui craigne les représailles du racisme ; car pour l’instant, nous en sommes encore à avoir peur de croiser la police.

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Comprendre les algorithmes des réseaux sociaux pour lâcher prise sur ses notifications

Temps de lecture : < 1 minuteL’attente constante des notifications pour répondre à un besoin d’interaction ou de validation, conduit vers des comportements addictifs, du stress, voire de la dépression. Comment faire pour sortir de ce cercle vicieux ?

  • Votre fil d’actualité est saturé

Il n’y a pas assez de place sur votre fil d’actualité pour pouvoir voir toutes les publications de vos abonnements ; ainsi, l’algorithme n’affiche que le contenu qu’il juge pertinent pour vous.

  • On ne voit sur son fil que les profils avec lesquels on interagit le plus

C’est pourquoi ce qui apparaît comme pertinent pour l’algorithme, c’est ce à quoi vous réagissez le plus. Par exemple, Facebook priorise les publications de vos amis les plus proches (plutôt que les pages d’entreprise) et celles que vous commentez le plus souvent (plutôt que les réactions).

  • Si vos publications passent inaperçues, c’est parce qu’elles n’atterrissent pas dans le fil d’actualité des personnes ciblées

De cette manière, les personnes qui commentent peu vos posts, n’y réagissent que ponctuellement, ne verront pas vos publications dans leur fil d’actualité, et ce, même si elles sont susceptibles de leur plaire ! Ce n’est donc pas par snobisme que l’on ignore vos posts, mais bien par non-connaissance de leur existence.

  • N’utiliser la sponsorisation qu’avec parcimonie

Lorsque la visibilité de vos publications est nécessaire pour votre projet, on peut être tenté d’utiliser la monétisation afin de propulser ses posts dans les fils d’actualité de celles et ceux que l’on cible. Cette stratégie peut fonctionner ponctuellement, mais il ne faut pas en abuser à cause de la fatigue publicitaire.

Pour assouvir son besoin d’interaction, il ne faut pas avoir peur de formuler sa demande clairement en déroulant les principes OSBD (Observer, Sentiment, Besoin, Demande) de la CNV (Communication Non Violente). Ceci permet de gagner en confiance et estime de soi.

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Pourquoi les modèles économiques les plus rentables ne reposent pas sur le buzz

Temps de lecture : 2 minutes

La rentabilité d’un modèle économique correspond au ratio du bénéfice généré sur l’investissement de départ. Or, on croit beaucoup trop souvent (à tort) que les indicateurs d’influence, de pouvoir et de rentabilité sont ceux les plus ostentatoires. Seulement, les structures, qu’elles soient à but lucratif ou non, les plus pérennes, ne sont pas forcément celles qui font le plus de bruit médiatique. Explications.

  • Le buzz est un paramètre aléatoire sur lequel on a en réalité, peu de marges de manœuvres

Notamment parce qu’il est bien souvent imprévisible. Et que chercher à vouloir recréer les conditions d’un buzz de manière répétée est non seulement épuisant, mais peut aussi nuire à la qualité de son contenu ou de sa prestation.

  • C’est l’entretien du lien avec son public ou sa cible qui permet de créer de l’engagement, de l’investissement, un meilleur taux de transformation

Ce n’est pas parce qu’il y a buzz, qu’il y a investissement, engagement, ou achat derrière. Seuls le niveau de confiance et la qualité du lien permettent une relation de travail durable et fructueuse.

  • On est moins épuisé lorsqu’on lâche prise sur la recherche de buzz, et donc mieux organisé dans son travail

Ne pas s’acharner à poursuivre un objectif inatteignable, c’est préserver son temps et son énergie sur des actions donnant des résultats avec une visibilité à court terme, et ce, de manière durable et régulière.

  • La réussite et l’efficacité de sa structure ne dépendent pas de la taille de l’audience

Avoir un large public avec peu d’interactions fructueuses est moins payant que d’avoir une audience moindre, mais très investie dans votre travail. Pour la simple raison qu’il est beaucoup plus facile de répondre efficacement aux besoins d’une cible réduite, que de chercher à satisfaire un maximum de personnes.

  • Les signes extérieurs d’influence sont souvent artificiels et servent surtout comme biais de manipulation, voire de domination

Les paramètres comme le nombre de likes et de followers manquent de précision : il peut s’agir de bot, de faux comptes, mais aussi de likes achetés avec le SEM (référencement artificiel à partir de publications sponsorisées). Cependant, ces indicateurs peuvent attirer de nouveaux prospects, abonnés ou clients à cause du biais de manipulation « plus de likes = plus d’influence ».

Finalement, là où de nombreux influenceurs sont en burn-out et arrivent à saturation, les business les plus discrets tirent leur épingle du jeu avec des performances plus qu’honorables, et fonctionnent sur le long terme.

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Les raisons pour lesquelles l’engagement peut nous rendre malheureux

Temps de lecture : 3 minutes 

Dans n’importe quel espace militant, le constat est unanime : il existe un mal-être, une souffrance générale de plus en plus perceptible. Pourquoi, et surtout, comment on en arrive là ?

Voici une liste (non-exhaustive) de pistes de réflexion :

 

  • Organisations du travail pathogènes

L’absence de procédures claires de travail, d’outils de gestion de projet, voire de vision précise, conduit à une organisation instable et stressante pouvant mener à des burn-out à cause d’une surcharge de travail.

  • Impunité des agresseurs et des personnes violentes

Cette impunité entretient la violence de l’écosystème, et exclut de facto les victimes, peu importe leur apport au sein des structures militantes ; puisque ce ne sont pas les compétences qui sont préservées, mais bien les leviers d’image (à tort).

Cette inertie empêche également la protection des lanceurs d’alertes, malgré la loi Sapin 2 qui oblige pourtant toutes les organisations à disposer d’un système de recueil des alertes en interne.

  • Manque de réflexion politique et économique dans la gouvernance des structures associatives

On oublie souvent de se poser la question du niveau de prise en compte de la parole des personnes concernées (notamment en termes de temps consacré), de leur niveau d’investissement et de responsabilité dans une structure qui s’adresse à elles. On néglige également la question du financement de l’association, et à quel moment on choisit de professionnaliser une partie ou la totalité de ses activités.

Eviter ces questions pourtant primordiales, c’est s’exposer à une mauvaise articulation entre travail salarié et bénévolat (risques de travail dissimulé), un manque de moyens financiers et/ou d’indépendance financière pour fonctionner correctement, des indicateurs de performance inadéquats par rapport aux objectifs des structures associatives, et à une logique de réponses à des appels d’offres et de prestations de services qui ne permettent pas d’être propriétaire de son calendrier.

 

  • Absence d’une charte éthique claire

Si des règles peuvent se mettre en place de manière informelle, il n’est pas dit qu’elles soient cohérentes avec la vision d’une structure. D’où l’intérêt de les définir clairement le plus tôt possible.

Il existe également une culture du sacrifice très présente dans le milieu associatif, où faire passer le bien de la structure avant celui des personnes qui la composent est hautement valorisé, bien que dangereux et improductif.

  • Mauvaise gestion des conflits

Sous prétexte de débat, on légitime la violence de réels conflits, en laissant libre cours à tout type de violences, notamment dans la manière de communiquer.

  • Ruptures douloureuses

Dans un environnement ultra-conflictuel, les liens ne peuvent être préserver et mènent vers des ruptures coûteuses socialement parlant, en plus des projets avortés.

  • Manque de remise en question des comportements toxiques

Lorsqu’il n’y a pas de relation de confiance installée, on préfère laisser des comportements toxiques se développer par crainte de rupture. C’est malheureusement ainsi que les situations conflictuelles s’enveniment :  c’est pourquoi il faut remettre en question les comportements, en les détachant des personnes qui en sont responsables (ils ne sont heureusement pas irréversibles).

  • Energie concentrée sur ce qui ne dépend pas de nous

Réclamer ce qu’on n’a pas aux autres, sans entretenir ce qu’on a déjà pour avancer est une stratégie vouée à l’échec. En effet, parce qu’on n’a aucun pouvoir direct sur les décisions institutionnelles, demander qu’elles changent, sans agir à son niveau, empêche de percevoir les progrès que l’on fait, et finit par décourager l’ensemble des efforts fournis.

  • Manque de renouvellement des modes d’action

Il y a beaucoup de réflexes militants qu’on ne questionne plus, même lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous :  ces répétitions finissent par épuiser les forces d’engagement sur le long terme.

  • Concentration des pouvoirs et de la charge mentale sur une poignée de personnes

Outre les risques liés aux abus et au culte de la personnalité, ceci empêche à la fois la distribution du pouvoir et l’émergence de nouveaux leaders capables d’augmenter la force collective.

  • Critiques non constructives

Lorsque les critiques sont émises uniquement pour se soulager en rabaissant autrui, et non dans le but d’une réussite collective, elles peuvent être perçues comme violentes par celleux qui les reçoivent et entraver toute construction de lien et/ou de projet commun.

  • Marché militant segmenté mais non ciblé

Aujourd’hui, notre environnement militant fonctionne comme un marché où tout le monde se dispute les parts, mais où personne (ou presque) ne se pose la question des besoins du public qu’on cible. Cette logique hyperconcurrentielle empêche toute construction de pouvoir collectif durable, en plus de ne pas répondre aux problématiques communes.

  • Invasion de la vie militante dans la vie privée

Que des liens d’ordre privé se créent dans un environnement militant n’est pas un problème. Mais que des militants se mêlent de la vie privée d’autrui, ou que la vie militante ne laisse plus de place à une vie privée peut s’avérer destructeur. Le développement collectif ne doit jamais être prétexte pour des sacrifices individuels ; lutter pour une justice sociale en laissant des individus sur le bas-côté n’a aucun sens.

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