Pourquoi il faut arrêter de réclamer du soutien via des messages groupés

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La tentation de cliquer sur « transférer » est grande, tellement ceci permet d’économiser quelques secondes de nos vies aux rythmes effrénés. Pourtant, j’ai souvent constaté que cette méthode est complètement improductive. Explications.

  • Ce type de messages empêche de créer du lien

Car il est difficile de faire preuve de sincérité sans vérifier au préalable si notre demande est recevable, et si, éventuellement ce soutien peut lui apporter. En effet, en envoyant un message groupé, on fait des injonctions, mais on ne formule pas une demande. On ne prend pas non plus le temps de s’intéresser réellement à l’autre (ne serait-ce que pour prendre de ses nouvelles) pour poser les bases d’un lien qui permettrait un soutien mutuel et constant.

  • Il y a peu de chances pour que le besoin réel de l’émetteur soit bien compris

Lorsqu’on ne se donne pas l’occasion de s’intéresser et de comprendre les besoins de son interlocuteur en « balançant » ce type de messages complètement impersonnel, on prend le risque de ne pas être compris à son tour. Encore une fois, il faut chercher à connaître les besoins de l’autre, en se donnant les moyens et l’opportunité de l’écouter, pour lui donner l’occasion d’accueillir et de comprendre les nôtres.

  • Le format du message groupé entrave la formulation d’une demande claire

Et oui ! Il est essentiel d’exprimer son besoin clairement et d’identifier le sentiment qui en découle pour formuler une demande claire (comme préconisé dans les principes de la communication non-violente). Un message transféré et non personnalisé ne permet pas de dérouler ce processus.

  • Réclamer des partages publics est contre-productif

Souvent, on envoie ce type de messages pour réclamer des partages publics, de manière plus ou moins implicite. En effet, si un partage public engage la e-réputation de son relais, elle ne garantit en aucun cas un engagement durable vis-à-vis de vous, de votre travail ou de votre contenu. C’est donc un risque à prendre pour la personne à qui on réclame ce partage, mais vous n’avez pas la certitude que ce risque engendrera un bénéfice.

De plus, si le nombre d’abonnés, de partages publics et de réactions est encore trop souvent perçu comme un indicateur d’influence et de pouvoir, ce n’est pas ainsi qu’on provoque des investissements et collaborations durables, ou même un taux de conversion satisfaisant.

  • Les leaders qui réussissent à obtenir du soutien régulièrement travaillent de manière invisible 80% du temps

Parce qu’iels sont familier.e.s avec le principe de Pareto ; c’est-à-dire qu’iels sont conscient.e.s que seulement 20% de leur travail donnera 80% des résultats positifs. Inversement, 80% des efforts fournis seront infructueux. Être à l’aise avec ce principe requiert énormément de patience et d’humilité ; et ces deux qualités sont essentielles pour obtenir une coopération à la fois active et durable.

En effet, la véritable puissance, c’est quand on n’a plus besoin de réclamer du soutien, et paradoxalement, elle s’obtient en construisant du lien, en allant vers les autres et en étant authentique ; tout ce que les injonctions au partage/soutien à travers des messages groupés ne permet pas.

Parmi les exemples de montée en puissance, il y a celui de Rania, administratrice de la page Facebook « Les p’tits plats palestiniens de Rania » et propriétaire du concept store Ardi : « Au départ, mes premiers clients ont été des associations où j’ai milité activement. Ensuite, ma page a sensibilisé un public non militant, curieux de découvrir la culture et la gastronomie palestiniennes ; ce qui est un de mes objectifs. C’est à partir de là que j’ai eu envie de créer Ardi. Je suis seule sur ce projet, pour avoir le contrôle à 100%, mais j’avais quand même besoin d’aide. Pour monter le plan de financement, j’ai été encouragée par mes proches et ma communauté. Mais pour que la campagne aboutisse, un simple partage sur les réseaux sociaux n’a pas été suffisant. J’ai participé à beaucoup de salons autour de l’entreprenariat, où j’ai rencontré énormément de professionnels inspirants qui m’ont guidée. J’ai dû sensibiliser 3 cercles ; celui de mes proches, celui des proches de mes proches, et enfin celui de ma communauté digitale. Avant de partager ma cagnotte publiquement, j’ai créé un groupe secret sur Facebook avec 50 à 80 personnes, 3 mois avant le lancement officiel. Je leur ai demandé de ne partager le lien uniquement via Whatsapp. J’ai ainsi récolté les premiers 4000€. Ne pas partager une cagnotte vide m’a permis de gagner en crédibilité et en confiance auprès de ma communauté. En effet, il s’agit ici de biais psychologique. J’ai toujours privilégié les messageries type Whatsapp, pour ne pas avoir à « spammer » les gens sur Messenger. Je n’ai pas eu besoin de contacter de gros influenceurs, même si certains d’entre eux m’ont soutenue publiquement, car ma communauté a relayé naturellement mon appel. Ma cagnotte a résonné jusqu’à Konbini et TV5 Monde. Je pense que la réussite de ma campagne de financement vient de l’entretien de liens de confiance avec mes proches et ma communauté, et du fait que j’essaie de faire preuve d’un maximum de transparence et d’authenticité dans mes relations. Ce sont des choses qui viennent avec le temps, et les rencontres IRL, que le virtuel ne peut remplacer. »

Il y a aussi celui de Liza, co-fondatrice du collectif décolonial de féministes nord-africaines Nta Rajel ? et influenceuse très active sur Twitter. « A la base on ne comptait pas monter de collectif, on parlait entre femmes nord-africaines sur Discord, puis on a lancé le #NtaRajel. Pour éviter la récupération raciste et sexiste de notre parole par certains hommes blancs, on a créé un compte officiel. C’est ensuite qu’on a décidé de fonder le collectif. Et la construction a été complexe. On ne le réalise pas vu de l’extérieur, mais il a fallu un an pour constituer un groupe stable autour de valeurs communes. Il y a eu beaucoup de désaccords, et de difficultés à cause de la charge mentale que représente le travail de monter un collectif. Beaucoup ont quitté le navire. On s’est retrouvées avec une toute petite équipe. A 6-7, on a été en mesure de mieux structurer notre vision et nos principes, notamment grâce à des réunions et des espaces d’échanges où on a su prioriser notre temps, notre énergie, et recruter les bénévoles en adéquation avec notre façon de fonctionner. Pour optimiser le succès de nos premiers événements, on a réfléchi en fonction des besoins urgents des femmes nord-africaines, et non en fonction de l’actualité ou des polémiques qui buzzent. C’est pourquoi nous avons choisi de travailler en non-mixité. On a priorisé les thématiques qui permettent aux femmes nord-africaines de se penser : la réconciliation avec l’idée de féminisme, reconstruire l’image de nos aïeules, les sujets tabous, et le patriarcat nord-africain. Aujourd’hui, nous avons encore beaucoup de travail : notre ligne politique est toujours en réflexion, même si nous nous basons sur une pensée radicale et révolutionnaire. Il y a encore par exemple la question des hommes maghrébins ; nous souhaitons trouver une troisième voie, autre que la récupération raciste ou les injonctions au sacrifice. »

Dans le cadre de sa campagne pour les municipales 2020, Yassin Lamaoui, candidat dans une ville en Essonne (91), chez qui on a pu observer une évolution positive de l’engagement de sa communauté en ligne, explique ceci : « Hors campagne électorale, il ne faut pas trop abuser des réseaux sociaux. En réalité, peu de choses se jouent dessus, ou même au conseil municipal lorsque l’on est dans l’opposition. Ce n’est donc pas là que j’estime devoir concentrer l’essentiel de mon énergie. On agit essentiellement en privé ; lorsqu’on connait des gens dans la précarité, on les aide, et lorsqu’on est témoin d’une injustice, on agit sans le montrer. On crée de la confiance, en utilisant le community organizing. C’est ainsi qu’on se fait connaître, et qu’on peut mobiliser, voire créer de l’engagement. »

Quant à Sarah Zouak, co-fondatrice de Lallab, association féministe et antiraciste lancée officiellement en mai 2016, c’est grâce à la réalisation de la série documentaire le Women SenseTour in Muslim Countries  que la communauté de Lallab est née. Le but de ces documentaires était de se réapproprier la narration et de valoriser des rôles modèles de femmes musulmanes, étant donné le manque de représentation positive de ces dernières. Elle commence à construire Lallab fin 2015, après un travail d’écriture et de documentation quotidien. Sarah est donc partie de zéro, si ce n’est de sa propre expérience du racisme et du sexisme en tant que femme musulmane vivant en France et de la création d’une petite équipe très soudée de femmes. La série documentaire a été un formidable outil pour rencontrer et fédérer les membres de la communauté de Lallab ; en effet, environ 25 000 personnes ont assisté aux projections du Women SenseTour in Muslim Countries  en France et en Europe, après avoir parcouru 1 ville différente en 40 jours. « Quand on me demande d’où sort notre communauté, j’explique à chaque fois qu’on est allé littéralement la chercher », explique Sarah. « Bien sûr que notre communication est très travaillée, mais l’essentiel du travail réside dans l’entretien du lien à travers plusieurs types d’événements (projection-débats, festival Lallabday, groupes de paroles, ateliers de formation, et nous ne communiquons pas forcément sur tout. » L’origine du succès de Lallab ne se limite pas à la notion de sororité, puisqu’elle part également de la volonté  de créer une organisation avec une approche à la fois antiraciste et féministe, en mettant les femmes musulmanes au cœur du projet de Lallab, et en travaillant sur leur identité, leurs revendications, mais aussi sur le projet de société, la valeur ajoutée au collectif pour un changement de paradigme dans le système politique français de lutte contre les discriminations. La première étape fut de construire une communauté de solidarité, en partie grâce à l’inspiration du récit d’autres femmes. Ensuite, Lallab a construit également une communauté d’expression et de savoir pour rendre visibles les vécus des femmes musulmanes et révolutionner les récits et narrations, via les portraits sur le magazine en ligne (qui rassemble plus de 30000 lecteurs par mois), mais aussi via des relais locaux sur le terrain (environ 500 partenariats avec des mairies, écoles, universités et associations). Le discours médiatique, en privilégiant la parole des femmes musulmanes arrive en dernier lieu. « L’objectif final de ce travail, c’est bien sûr la construction d’une communauté de pouvoir au niveau politique, pour que les femmes musulmanes puissent exercer librement leurs droits. Notre engagement s’inscrit dans la continuité d’un long héritage de luttes antiracistes et intersectionnelles. »

(Lallab est actuellement en pleine campagne d’adhésion pour financer un programme de formation, pour les soutenir et y participer, cliquer ici)

Finalement, on ne peut réclamer du soutien qu’en faisant preuve d’authenticité et en se préoccupant de manière sincère des personnes à qui l’on formule cette requête. En d’autres termes, il faut accepter de donner avant de demander à recevoir, et ceci, tout en étant prêt.e à accepter que la réciprocité ne soit pas systématiquement au rendez-vous. Dans tous les témoignages relatés ici, il y a une constante : celle de commencer par un cercle proche, puis de fédérer et de renforcer les liens autour de valeurs communes, avant d’élargir à une communauté plus large.

Luttes contre le racisme structurel dans la police : comment dépasser les victoires symboliques (2/2)

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Il y a eu des condamnations et des réactions du pouvoir exécutif. Pour autant, ce n’est pas suffisant, puisque la police a encore le pouvoir de tuer. Si nous progressons vers la justice, nous n’en sommes pas encore au stade de l’égalité et de la dignité face aux forces policières.  Comment faire pour avancer plus loin ? Voici quelques pistes de solution.

  • Développer notre puissance

Se renforcer ne passe pas uniquement par la construction d’une élite (plus ou moins autonome) et/ou l’intégration des lieux de pouvoir. Il faut également transmettre et partager ses savoirs et savoir-faire, et donner de la force en priorité à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Les moyens à notre portée sont multiples ; nous pouvons donc choisir ceux qui donnent les meilleurs résultats (engagement associatif, politique, investissements et dons humanitaires, production académique, entreprenariat social, art, etc…)

  • Assurer un minimum de coordination sur le long terme

Les avancées d’aujourd’hui sont partiellement dues à un concours de circonstances, plus ou moins heureux. Seulement, nous ne pourrons pas compter sur des paramètres beaucoup trop aléatoires à chaque fois. Se coordonner ne signifie pas soutenir toutes les initiatives inconditionnellement ; c’est déjà respecter la diversité militante, en acceptant les divergences d’opinion et d’intérêt, et en valorisant la sincérité de l’engagement.

  • Créer des liens de solidarité durables

Si l’essentiel du travail se fait en dehors des structures, il ne faut pas négliger l’impact des relais internes capables de construire des ponts.

Finalement, pour déplacer la norme du racisme et enfin inverser le rapport de forces, nous devons d’abord augmenter notre pouvoir avant de percevoir une diminution de ce qui nous opprime.

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Pourquoi la lutte contre le racisme policier progresse enfin (1/2)

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À la suite des révoltes provoquées aux Etats-Unis et France par le meurtre de George Floyd, l’enquête sur la mort d’Adama Traoré va enfin dans le sens des revendications de justice et de vérité de la famille victime. Avant ceci, Amal Bentounsi avait déjà réussi à faire condamner officiellement le policier Damien Saboudjan qui a tué son frère en lui tirant dans le dos. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur décide de sanctionner des policiers dont le racisme a été étalé au grand jour.

Pourtant, cette lutte ne date pas d’hier, et jusqu’à aujourd’hui, les institutions faisaient la sourde oreille. Il est donc légitime de s’interroger sur ce qui a fini par les mobiliser. Voici quelques éléments de réponse.

 

  • La lutte contre le racisme policier est un besoin D.U.R (Douloureux-Urgent-Reconnu)

Douloureux, car ce racisme brise de nombreuses vies et de nombreuses familles. Urgent, car pour nous, la charge raciale qui nourrit la peur de mourir après avoir croisé la police est constante. Reconnu, parce que des générations entières de militants travaillent de manière continue pour dénoncer ce racisme systémique.

  • L’organisation et la coordination efficaces finissent toujours par payer

Ce ne sont pas les manifestations seules qui ont provoqué une réaction du pouvoir. Ni les révoltes. Ni la parole de quelques célébrités. C’est la coordination simultanée des acteurs dans la rue, dans les médias, dans la sphère associative et des relais institutionnels qui a permis ce progrès, et rien d’autre. La segmentation des actions isolées coûte plus qu’elle ne rapporte ; c’est pourquoi il est important de les fusionner et de ne saboter aucune initiative.

  • Un contexte de crise sanitaire et économique qui accentue le besoin de revendication sociale

La crise du COVID-19, a précarisé de nombreux ménages, notamment à cause du confinement. Cette fragilité a permis une prise de conscience collective sur le caractère éphémère de la vie humaine, et donc sur la nécessité de vivre l’instant présent, de ne pas attendre les lendemains pour passer à l’action et se mobiliser.

Finalement, on peut constater que l’inefficacité des performances antiracistes symboliques a été démasquée. Pour autant, le combat est loin d’être achevé. En effet, nous ne pouvons et ne devons pas compter sur les opportunités des prochains crimes pour le faire avancer encore plus loin. Ce qu’il faut, en plus de rendre hommage aux avancées déjà accomplies, c’est continuer à œuvrer pour faire en sorte que ce soit la police qui craigne les représailles du racisme ; car pour l’instant, nous en sommes encore à avoir peur de croiser la police.

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Pourquoi il faut arrêter de confondre idéologie et luttes d’intérêts

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Lorsqu’on s’engage concrètement, on réalise bien assez tôt qu’il y a un écart (plus ou moins important) entre ses intimes convictions, l’adhésion à une idéologie et la réalité de ses propres actions sur le terrain des luttes de pouvoir.

Cette différence est souvent perçue comme problématique, et utilisée parfois à des fins d’invective personnelle. Pourtant, vouloir à tout prix modifier la réalité pour qu’elle colle à des idéaux théoriques s’avère contre-productif la plupart du temps. Voici pourquoi.

  • Percevoir les luttes d’intérêts sous un prisme moral empêche toute forme de réflexion stratégique efficace

D’une part parce qu’il faut garder un minimum de rationalité froide pour mettre toutes les chances de son côté dans la lutte, d’autre part parce que la notion de morale (le Mal versus le Bien), contrairement à l’éthique (basée sur un socle de valeurs) évacue toute forme de nuance, nécessaire à une gestion saine des émotions et à la construction de liens durables.

  • La dissonance cognitive peut générer de la souffrance lorsque nos propres intérêts entrent en contradiction avec nos idéaux

Et il est plus accessible d’adapter ses croyances (qui relèvent de perceptions internes) que d’agir sur un contexte où on n’a pas de pouvoir direct.

  • Une idéologie sert de repère théorique fixe, alors que les luttes d’intérêts sont constamment en mouvement selon leur contexte

Les paradoxes et contradictions font donc naturellement partie intégrante d’un parcours militant au fil des années. Ce n’est donc pas un problème en soi, mais plutôt une étape obligatoire d’un processus stratégique qu’il faut apprendre à dépasser.

Finalement, si des idéaux permettent de construire des valeurs communes pour générer des actions dans le but de gagner des combats, leur préservation n’est pas une fin en soi. Le purisme militant n’a donc pas lieu d’être, et relève plus d’une dérive sectaire que d’une réelle victoire idéologique.

 

 

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Ce que la crise sanitaire (et le confinement l’accompagnant) révèle de nous et de notre société

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La pandémie désormais mondiale de COVID-19 exacerbe toutes les réalités sociales de manière plus ou moins surprenante. Voici une liste (non-exhaustive) de faits vérifiés par les conséquences de cette crise.

  • Notre système économique est à bout de souffle

Car c’est à la fois ce système qui a créé cette pandémie comme les autres (conséquence de la consommation d’animaux sauvages ou élevés de manière industrielle), et ce même système qui nous empêche de sortir de cette crise sanitaire (conséquence d’un manque de moyens couplé à une mauvaise gestion du service public de la santé).

  • Les métiers les moins valorisés financièrement sont aussi ceux les plus indispensables à notre vie quotidienne

Les personnels soignants, les salariés des fournisseurs d’énergie et de télécommunication, les chauffeurs routiers, les livreurs, les salariés de la grande distribution, les agents d’entretien nous permettent d’assouvir les besoins les plus vitaux, ceux qui sont à la base de la pyramide de Maslow. Pourtant, ce sont aussi les métiers les plus précaires, et les moins rémunérés.          Ensuite, les services de sécurité, d’information, d’éducation et de transport sont également indispensables : ils peuvent être mieux rémunérés, mais la norme reste la précarité et la paupérisation.

Enfin, tous les métiers de représentation, et ceux qui permettent l’enrichissement d’une minorité de personnes ou l’optimisation financière peuvent rapporter gros, même si la finalité n’est pas explicite.

  • Le confinement cumulé à la crise sanitaire révèle toutes les disparités sociales, sans exception

En partant des personnes qui peuvent se permettre de rester confinées, par rapport à celles contraintes de prendre des risques de contamination au service des premières et celles qui n’ont même pas les moyens de l’être, jusqu’à celles qui sont confinées dans des manoirs ou appartements vastes et luxueux, contrairement à celles obligées de squatter dans des logements exigus, voire insalubres.

En passant par les personnes confinées avec d’autres dangereuses, comme les femmes victimes de violence conjugale ou les enfants victimes de maltraitance familiale.

A cela s’ajoute le reste des discriminations ; face à une pénurie de tests, de masques, et de lits dans les hôpitaux, il n’est pas difficile de deviner quelles vies seront préservées (les plus jeunes), et lesquelles seront  sacrifiées (les moins jeunes et…les moins désirables). Dans un climat anxiogène où une présence policière accrue est inévitable, le risque d’augmentation des abus policiers n’est aussi pas négligeable.

  • Le confinement expose également au grand jour les comportements toxiques des gens

Les situations d’urgence où se mêlent angoisse et instinct de survie permettent de mettre à nu les réelles intentions, et les réflexes de chacun et de chacune. Personne n’est à l’abri de se rendre coupable de comportements toxiques. En effet, ces comportements peuvent être également de bons indicateurs sur ses propres besoins, ceux des autres, et sur les ressentis qui en découlent.

  • Les querelles entre militants semblent désormais lointaines et absurdes

Parce que le risque sanitaire face à l’infiniment petit qui nous expose inévitablement et de manière universelle malgré les inégalités sociales permet de nous concentrer sur le consensus à propos du constat des injustices. Les différences de stratégies couplées à un mauvais entretien du lien social entre militants semblent alors plus faciles à surmonter.

  • Les liens sociaux virtuels s’avèrent aussi précieux que les autres

Parce qu’en période de confinement, ils peuvent être les seuls existant pour les personnes isolées, mais également un moyen de préserver la vie de ses proches les plus fragiles, lorsqu’on évite d’être confinés sous le même toit.

On réalise alors que ces liens peuvent tout autant détruire, blesser, que réconforter. Et que le cyberharcèlement n’est pas un mythe, comme la solidarité existe bel et bien via les médias sociaux.

  • Il est possible de réduire notre empreinte carbone très rapidement

Et on a pu le constater en seulement quelques jours….Preuve que la course effrénée à l’activité que nous menons est directement responsable du réchauffement climatique et de la destruction des ressources naturelles.

  • Notre temps est une ressource bien plus précieuse que n’importe quel patrimoine économique

…Et c’est bien pour cette raison précise que les patrons achètent cette ressource en embauchant des salariés ! Lorsque nous nous retrouvons au chômage (qu’il soit partiel, complet ou technique), nous pouvons perdre de l’argent, mais nous récupérons notre temps. Notre avenir et notre condition ne dépend donc pas uniquement du montant sur notre compte bancaire ou des déterminisme sociaux, mais aussi de la façon dont nous choisissons de gérer notre ressource-temps.

  • Le confinement peut être une torture pour les personnes souffrant déjà de troubles mentaux (et elles sont plus nombreuses qu’on ne veut le croire)

Pour certaines personnes, les interactions sociales réelles et le contact extérieur sont indispensables à leur bien-être mental, mais aussi physique. C’est pour cette raison que si le confinement en France est aujourd’hui plus que nécessaire, et que la responsabilité est aussi individuelle que collective dans son bon déroulement, il est également important de faire preuve de bienveillance envers les personnes supportant mal le climat anxiogène généré par cette mesure.

  • D’autres façons de travailler sont possibles, au-delà de tout culte de la performance

Hier, on estimait que le télétravail n’était possible que pour certaines professions (sous des prétextes souvent validistes), aujourd’hui on essaie de le généraliser un maximum, faute de mieux. Là encore, le télétravail, bien que comportant des limites, permet aux travailleurs d’avoir une plus grande marge de manœuvre sur leur gestion du temps, et donne ainsi la possibilité de réfléchir à des fins plus qualitatives que quantitatives dans le monde de l’entreprise.

  • Tous les rites et codes d’apparence semblent aujourd’hui futiles

Se rendre à un bureau à des heures fixes quelle que soit la quantité de travail à effectuer, atteindre des cadences invraisemblables, se saluer par des bises ou des poignées de main, porter des vêtements inconfortables, remplir des standards physiques improbables, évaluer la qualité d’un travail sur sa forme et non sur le fond, multiplier les réunions interminables…Tout ceci semble bien inutile quand les enjeux prioritaires sont de survivre,  de se protéger mutuellement, et de sauver ainsi la vie et l’économie de son pays.

 

  • La solution de confinement n’était pas la seule pour gérer cette crise

En contrôlant efficacement les personnes provenant de foyers infectés, et en les confinant par précaution, le temps d’avoir du recul sur ce virus, on aurait pu éviter beaucoup de contaminations. En adoptant des règles de civisme, tout en testant un maximum de personnes, on aurait également pu éviter un confinement maximal, comme ceci a été le cas en Corée du Sud.

Finalement, le confinement, c’est déjà le quotidien des personnes oubliées habituellement. Le COVID-19 nous donne une claque collective : pas seulement parce qu’il remet en question entièrement nos comportements et modes de vie (individuels et collectifs), mais aussi parce qu’il nous plonge violemment et brusquement dans la réalité de celles et ceux oubliés par tous ; les personnes n’ayant pas les moyens de sortir de leur dimension de travailleur-consommateur, et toutes celles assignées à résidence par leur condition physique et/ou mentale. Cependant, cette période de confinement nous laisse une opportunité précieuse : celle de reprendre le contrôle de notre temps et de nos vies, pour agir dans la durée.

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De l’intégrité à la bienveillance

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Lorsque l’ont s’engage sincèrement, on est très souvent intègre. Seulement, si on vise des pratiques militantes saines, l’intégrité est loin d’être suffisante, s’auto-proclamer « bienveillant » ne signifie pas qu’on l’est dans les faits. Quels outils peut-on déployer pour l’être ou le devenir ?

  • Poser des limites et respecter celles des autres

C’est en connaissant ses propres limites, et en les communiquant aux autres clairement dans un premier temps qu’on est en mesure de respecter celles des autres. En effet, il est inutile de vouloir aider la terre entière si vous acceptez qu’on introduise votre espace vital, et que vous répercutez les retombées (souvent négatives) de cette intrusion autour de vous.

  • Faire usage d’une communication non-violente

La communication non-violente est un outil formidable pour apprendre à exprimer clairement ses besoins aux autres sans jamais être dans une imposition verticale. Ceci est important dans un contexte où le travail bénévole est encore la norme, et où les liens de subordination informels voire les situations de harcèlement se prolifèrent.

  • Apprendre à [vraiment] écouter

Il s’agit de la partie difficile lors de la création de liens. Parce que cela nécessite de se décentrer, mais aussi de se mettre à la place de l’autre, pour comprendre l’expression de ses besoins.

 

Si la bienveillance est un indicateur important de pérennité d’une structure, il ne faut jamais effacer la notion de politique au nom d’elle. En effet, l’obsession du  « safe » peut s’avérer contre-productive, et entraver le calendrier politique d’une organisation.

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Reconnaître les signes d’une omerta au sein d’une structure

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Lorsque nous constatons une situation de violence, bien souvent, la loi appliquée est celle du silence. La première étape pour en sortir serait donc logiquement d’identifier les éléments qui nous empêchent de parler, afin de les débloquer.  

  • Les oppresseurs prennent garde à ne pas laisser de traces écrites des échanges problématiques

Cette pratique permet de limiter les preuves de malveillance, et de décrédibiliser la parole d’éventuelles victimes.

  • Vous recevez des menaces, des pressions et vous subissez du chantage dans le but de vous empêcher de parler

Il s’agit de méthodes d’intimidation, voire de harcèlement si ces actes sont répétés.

  • On vous demande de vous taire pour « l’intérêt de la lutte »

Il s’agit d’une forme de chantage affectif, qui vise à vous culpabiliser dans l’échec du combat mené dans la structure. Cet argument est bien entendu faux. Aucune lutte ne vaut la peine pour que des militant.e.s soient maltraité.e.s. C’est même tout le contraire : aucun combat ne peut être mené correctement si des personnes sont laissées sur le bas-côté.

  • Il y a une inertie face aux violences

Cette inaction peut être due à un lien de dépendance au niveau de la structure, ou à la protection d’intérêts personnels.

  • Des stratégies sont construites pour rendre toute prise de parole impossible

Dans ce cas, il est certain que les intérêts des personnes qui commettent des violences sont protégés.

 

Lorsque tous les espaces sont cloisonnés au sein d’une structure pour témoigner de violences, il faut impérativement en trouver d’autres à l’extérieur. Il peut s’agir de personnes de confiance dans un premier temps, puis dans des espaces plus collectifs.

Du dilemme entre justice et posture militante

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La politique n’a rien de pur. Nous finissons tous par le réaliser tout au long de la durée de notre engagement. Même si beaucoup aiment se voiler la face et se raconter des histoires en se prenant pour des justiciers. Parfois, nous devons choisir entre nos convictions et la recherche de la vérité. Et souvent, nous sommes amenés à nous salir les mains….Toujours pour la bonne cause.

  • Certaines postures sont indispensables à la construction d’un rapport de forces…

Elles deviennent donc prioritaires et indispensables à préserver : pour lutter contre les violences sexuelles par exemple. Dans ce cas précis, un contexte hors institutions où la charge de la preuve est inversée est prioritaire, devant la recherche de vérité.

  • D’autres, sont en revanche, un moyen pour conserver des privilèges

Comme la posture qui consiste à organiser son impunité lorsqu’on est coupable d’agression pour exercer une emprise sur l’ensemble de la communauté militante, entretenir une logique de monopole pour capter toute l’attention et toute l’énergie militante (par conséquent, empêcher ou étouffer toute forme d’initiative), ou encore exiger que tout conflit se règle en interne, ce qui développe une certaine omerta.

  • Ces postures ne peuvent servir de prétexte à l’abandon de toute forme de justice

Dans tous les cas, il faudra, tôt ou tard, faire le travail d’investigation qui mènera à la vérité pour prendre des décisions.

Il convient d’étudier l’origine de chaque posture avant de porter un jugement sur elles, et de comprendre que tous les intérêts n’ont pas forcément vocation à converger. Mais il est également important de se baser sur des principes éthiques et une ligne de conduite transparente sur les pratiques militantes, afin de garantir une certaine traçabilité.

Pourquoi Edouard Philippe a utilisé l’article 49-3 pour le projet de loi sur les retraites

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On pourrait passer des heures, des jours, des mois à déplorer l’action d’Edouard Philippe en ce samedi 29 février 2020, et à se plaindre de la douleur pas ravivée depuis le règne de feu Manuel Valls. Mais ce serait inutile, parce que ceci ne nous mènerait nulle part. Nous allons ici passer en revue l’ensemble des éléments ayant contribué à ce nouvel échec social. 

  • Le premier ministre a le pouvoir, les moyens et l’opportunité de passer en force…

…Il ne s’est donc pas gêné, et à vrai dire, n’importe qui aurait fait pareil à sa place, compte tenu du rapport de forces existant.

  • Le 49-3 est toujours déploré après usage, mais il n’y a pas à ce jour de remise en question crédible de cet article en amont

Car encore une fois, il ne suffit pas de réagir de manière plus ou moins virulente après coup à chaque fois, mais bien de structurer des organisations suffisamment puissantes pour se permettre l’ambition de retirer cet article de la Constitution. Ce qui requiert un travail pro-actif…et sur le long terme.

  • La résistance n’a pas été à la hauteur

Parce que d’une part elle ne s’est faite qu’en réaction du calendrier ministériel, et de manière relativement molle ; et d’autre part, elle a mis de côté une partie non négligeable des travailleurs, ce qui a empêché des convergences de se créer.

  • On ne peut pas se contenter de réclamer de la protection de la part de ceux qui nous dominent, si derrière on offre ni alternative crédible, ni cadre sécurisant pour les travailleurs

Réclamer le soutien de riches personnalités est donc vain. La priorité est de formuler une demande claire, précise, de se fixer des objectifs à court terme et long terme et atteignables, de se concerter afin d’agir sur des leviers qu’on maîtrise. Puis, une fois que l’on s’est recentré sur nous, on est en mesure de créer les liens sociaux nécessaires à la construction d’un véritable rapport de forces sur le long terme.

Finalement, cet n-ième coup bas confirme le fait qu’il faut radicalement changer de paradigme en termes de modalités de lutte. En effet, il est inutile de conserver des méthodes sans prise en compte du contexte économique en transition (notamment l’ubérisation), car celles-ci ne fonctionnent plus aujourd’hui. 

Pourquoi on a intérêt à utiliser des méthodes de communication non-violente dans le milieu militant

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Il n’est pas rare que des initiatives militantes soient totalement sabotées et explosent en plein vol. De plus, le harcèlement est devenu une norme dans la sphère militante, quelle que soit l’idéologie. Le dénominateur commun de tous ces dommages, c’est une communication défaillante, mal menée, et très souvent violente.

Voici donc toutes les raisons pour lesquelles nous devons travailler individuellement, puis collectivement, dans ce sens.

  • Parce que le harcèlement en milieu militant est devenu une des problématiques principales

La communication non-violente est donc une urgence absolue pour éviter les conflits stériles et la rupture de liens.

  • Parce que la communication externe représente la part visible du travail militant et la communication interne permet de construire une base militante solide

Si la communication doit arriver en bout de chaîne de tout travail militant (c’est-à-dire après la création de liens solides entre militant.e.s), finalement, cette partie émergée de l’iceberg sera celle connue du grand public.

Une communication externe perçue comme violente sera donc nuisible à la réputation d’une structure ou d’un groupe de militant.e.s. Et une communication interne violente nuit fortement à la création de liens de solidarité durables ; ce qui compromet considérablement un espoir de victoire sur le long terme ou de visibilité pérenne.

  • Parce que communiquer de manière non-violente est important pour rester cohérent avec les valeurs que l’on affiche

…Et éviter ainsi de souffrir de dissonance cognitive.

  • Parce que les bénéfices de la communication non-violente sont à la fois individuels et collectifs

C’est pourquoi la communication non-violente est utilisée en thérapie ; elle permet effectivement d’entretenir des relations plus saines, de préserver des liens, mais également d’être plus serein et d’améliorer sa qualité de vie.

Une fois que l’on a intégré la nécessité d’instaurer une communication plus saine, il faut déterminer des axes de travail pour mettre les outils les mieux adaptés en place.

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