Pour en finir avec la fatigue numérique

Dans le domaine de l’engagement associatif et politique, il est aujourd’hui quasi impossible de travailler sans médias sociaux et sans smartphones, tellement ces outils sont puissants pour connecter des personnes et créer du lien social.

Cependant, cette connexion permanente entraîne fatigue et charge mentale constantes. Comment y faire face sans avoir à brûler tous ses écrans ?

  • Désactiver les notifications/désinstaller les applications de réseaux sociaux

Ceci permet d’éviter la tentation de répondre à tout et à n’importe quoi, mais aussi de diminuer les nuisances liées à ces notifications (lumière, sonneries).

  • S’autoriser des moments où on ne répond pas

Lorsqu’il s’agit d’engagement bénévole, il n’y a aucune obligation de répondre, du moins pas dans l’immédiat. On ne doit de temps à personne, et on n’est pas à disposition des autres militants ; on choisit de proposer notre aide. C’est ce qui distingue le volontariat (travail bénévole) du lien de subordination (salariat).

  • Les listes de diffusion WhatsApp/Signal/Télégram/mail ne sont pas des outils de gestion de projet adéquats

Ces applications sont adaptées à un usage de messagerie et de conversation. Elles ne sont pas formatées pour débattre comme le sont Facebook ou Twitter, ni pour poser des jalons, définir des tâches critiques et poser des délais (il est compliqué de retrouver des messages, bien que ce ne soit pas impossible).

Par ailleurs, le travail dans des structures politiques et associatives requiert des outils de gestion de projet dédiés.

  • Eviter les projets à flux tendu : apprendre à dire non

Trop utiliser les messageries pour gérer des projets provoque forcément des flux tendus ; c’est-à-dire une charge de travail supérieure à la force de travail disponible. Dans la mesure du possible, il faut éviter d’accepter de s’engager dans des projets où il n’y a pas d’outils adéquats de gestion.

C’est pourquoi il est, encore une fois, nécessaire de mettre en place des outils de gestion de projet adaptés : ainsi, on peut voir directement si on est en mesure de démarrer de nouveaux projets, et éventuellement les refuser, le cas échéant.

La fatigue numérique peut mener à des burn-out, dépressions et ruptures de lien. Il est donc primordial de lutter contre pour arriver au terme des projets associatifs.  

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4 raisons [valables] pour miser sur la société civile en politique

Bien souvent, on parle de renouvellement en politique, mais on ne laisse une chance qu’à celles et ceux que tout le monde connaît déjà, même s’ils n’ont aucun bilan positif à proposer. Pourtant, pour que ce renouvellement se fasse, il faut non seulement laisser la place à de nouveaux profils sociologiques, mais aussi à une nouvelle génération de militantes et militants afin de porter un nouveau regard sur les questions nous concernant.

  • Celles et ceux qui le font accèdent plus rapidement aux instances de pouvoir

Et c’est valable quelle que soit l’idéologie d’un mouvement : cette stratégie a fonctionné pour Ciudadanos (centre-droit) en Espagne, ainsi que pour Podemos (gauche radicale). En France, cette stratégie n’a été adoptée que par LREM, et elle a permis une énorme concentration de pouvoirs en seulement 3 ans.

  • Les vieilles pratiques militantes sont usées et pourrissent les gens jusqu’à la moëlle

Aujourd’hui la norme du militantisme, c’est malheureusement la logique du monopole reposant sur la recherche de buzz et menant vers une forme de sectarisme. Cette norme, en plus d’être toxique pour les militants, ne mène pas vers la victoire. Ainsi, le seul moyen d’en sortir, c’est de recruter en dehors des structures et réseaux connus.

  • Il est utopique d’espérer généraliser une « déconstruction » individuelle

L’excuse qu’on utilise pour exclure la société civile des organisations militantes, c’est de prétexter le manque de formation, le manque d’intérêt pour la politique ou encore un manque de déconstruction vis-à-vis de l’idéologie dominante. Outre l’élitisme et la condescendance de ces considérations, vouloir déconstruire les individus sans questionner en amont les idéologies, c’est à la fois contre-productif et contre-révolutionnaire.

  • C’est le meilleur moyen de tendre vers une représentation plus adéquate et des pratiques plus démocratiques

La force de la société civile, c’est à la fois qu’elle est plus susceptible de comprendre les problématiques de la majorité des citoyens (attention, ce n’est ni toujours vrai, ni forcément un atout) et donc qu’on peut plus facilement s’y identifier.

En effet, il est plus aisé de tendre vers une démocratie directe, si la démocratie représentative met en valeur des personnes qui ressemblent aux électeurs ciblés.

Si recruter parmi la société civile pour renouveler les organisations politiques permet de dépoussiérer des pratiques qui ne fonctionnent plus, il faut veiller à ne pas idéaliser cette solution. En effet, il est préférable de vérifier, selon ses objectifs, si les personnes avec qui on s’engage travaillent de la même manière que soi si on souhaite construire efficacement et durablement.  

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Comment agir concrètement [et efficacement] à un niveau individuel

Parfois, on a la volonté de s’engager, mais on ne sait ni comment faire, ni par où commencer, tellement les options sont nombreuses. Pour éviter de s’orienter vers des méthodes qui ne donnent que très peu de résultats, voici quelques recommandations.

  • S’informer et écouter

…En s’adressant aux militants qui créent du contenu et à ceux qui ont une expertise sur les questions que vous cherchez à maîtriser.

A noter que la qualité des liens que vous allez construire en vous engageant dépend grandement de votre capacité d’écoute.

  • Remplir les cagnottes des projets militants qui vous parlent

Si vous en avez les moyens, soutenir financièrement les structures et projets dont vous validez les pratiques est ce qui demande le moins de temps, et peut vraiment aider, l’aboutissement d’un projet dépendant grandement de critère financier.

  • Ne pas attendre les avis des autres militants

Il est possible qu’on vous accuse de vouloir concurrencer les actions des autres si vous vous lancez. Il faut apprendre à faire abstraction de ces remarques, qui visent bien souvent à entretenir des logiques de monopole contre-productives et contre-révolutionnaires dans les luttes.

 

  • Ne pas chercher la validation

S’il est intéressant d’obtenir des retours (positifs ou non) sur le fruit de son travail afin d’ouvrir un débat ou de nuancer son point de vue, la validation des autres ne doit jamais être un objectif. Il faut viser des cibles politiques précises, et celles-ci dépassent les individus. Finalement, vous êtes sur la bonne voie lorsque vous ne cherchez pas la reconnaissance d’autrui, mais bien l’amélioration collective de nos conditions de vie.

Toutes les mesures présentées ici, sont des actions qui vont au-delà de la simple réaction. L’expérience des luttes montre qu’elles sont plus efficaces, car elles permettent d’avancer selon un calendrier politique choisi, et non subi.

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Comment accueillir la parole de victimes de violences sexistes dans le milieu militant antiraciste

Nous savons d’ores et déjà que la justice est inefficace, voire violente pour les victimes de violences sexistes. Sans chercher à dissuader celles qui souhaiteraient faire reconnaître leurs souffrances par l’institution, il est urgent de trouver une alternative à une justice à la fois patriarcale et structurellement raciste. D’une part parce qu’on peut difficilement compter sur une structure peu fiable qui pourrait instrumentaliser de manière raciste le combat féministe, d’autre part parce que si on veut changer les choses de manière systémique, il faut impérativement une organisation autonome et externe au système judiciaire ; l’exemple d’Adèle Haenel en est une preuve.

Or si on fait l’état des lieux de cette question, aujourd’hui les victimes sont tout simplement exclues plus ou moins implicitement des espaces militants antiracistes. Voici quelques pistes pour que la peur et la honte changent de camp.

  • Créer un espace d’écoute et de bienveillance

Il est essentiel que la victime soit crue sur parole et inconditionnellement dans un premier temps, afin qu’il existe un espace où elle puisse s’exprimer sans que la charge de la preuve ne repose sur ses épaules ; ce qui est, en soi, une violence supplémentaire.

Il faut également se souvenir de ne donner aucune injonction à la victime, ni prendre de décision à sa place : c’est à elle de décider des modalités de sa résistance.

  • Assurer la sécurité de la victime présumée

Pour que la victime puisse parler, il faut lui garantir l’absence de représailles si elle décide de se plaindre. Ceci passe par ne rien divulguer sans son consentement, mais aussi par empêcher ses éventuels détracteurs de nuire à son intégrité physique et/ou morale.

  • Ne pas confronter la victime à son agresseur présumé

Il est impératif que l’agresseur présumé soit exclu des espaces où la victime a ses habitudes, pour éviter, encore une fois, qu’elle ait à payer les conséquences de cet acte, alors qu’elle est déjà victime. Il faut également garder en tête qu’un agresseur présumé est susceptible de faire d’autres victimes, le principe de précaution est donc légitime dans ce contexte.

  • Etudier la pertinence de la défense de l’agresseur présumé en tout dernier lieu

Une fois que la parole de la victime a été entendue correctement, et que toutes les précautions ont été prises, on peut entendre la défense de l’agresseur présumé. A noter qu’à partir du moment où il prouve son innocence, il n’y a pas de raison de le mettre de côté ou de l’exclure des espaces militants.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que les espaces où la parole des victimes de violences sexistes est accueillie dignement est une condition nécessaire à l’inversion du rapport de forces pour lutter contre les violences sexistes, d’autant plus lorsque le contexte social est extrêmement tendu.

Il devient également urgent que l’ensemble des milieux féministes décoloniaux et intersectionnels pensent la question des violences sexistes sous un prisme anticarcéral, car c’est la seule manière de lutter contre sur le long terme.

 

Des moyens pour faire aboutir une grève (2/2)

Les grèves qui échouent ne viennent pas uniquement du traitement médiatique catastrophique des mouvements sociaux et du manque (réel ou supposé) de mobilisation.

En effet, toute mobilisation sociale demande un minimum de méthode et d’organisation pour mener vers une victoire. Voici quelques éléments à étudier.

  • Réfléchir en amont à un mode d’action pour qu’il soit le mieux adapté au contexte

…l’objectif étant de déstabiliser les intérêts de la structure que l’on vise, afin d’instaurer un rapport de forces rendant une négociation possible.

  • Définir des revendications claires

…Pour éviter toute forme de récupération et de dépolitisation des demandes émises. Il ne faut pas laisser de marge de manœuvre possible pour des aménagements qui contourneraient ou s’éloigneraient trop des revendications de base.

 

  • Choisir les revendications à partir d’une réflexion politique radicale

Il est essentiel de réfléchir à un questionnement politique et social radical afin d’être en mesure de revendiquer des changements structurels.

  • Trouver des moyens pour rendre la grève la plus inclusive possible (caisses de grève, happenings)

Pour qu’une grève soit suivie massivement, il est primordial que des aménagements soient mis en place, afin d’inclure tous les travailleurs. On peut mettre en place des caisses de grève, pour que tout le monde puisse participer, même symboliquement, ou encore des actions de désobéissance civile en faisant participer les personnes ne pouvant pas faire grève.

  • Refuser de condamner publiquement les autres acteurs du mouvement social dont les modes d’action sont en rupture avec les vôtres

Les modalités d’action dans un mouvement social sont aussi diverses que chaque acteur qui le compose ; c’est d’autant plus vrai lorsque le mouvement est largement suivi.

Souvent, pour décentrer le débat autour des revendications, l’injonction est faite aux personnes les moins radicales de condamner les pratiques des autres participants au mouvement social. S’il est naturel que chacun et chacune s’oriente vers les modes de luttes qui lui conviennent le plus, il est plutôt inopportun de valider une division artificielle, surtout auprès de personnes qui n’ont pas intérêt à ce que la grève aboutisse. La solution ici serait de refuser cette condamnation en rappelant la volonté d’unité du mouvement, et en recentrant le débat sur les raisons du mouvement social. Nous ne devons en aucun cas aller dans le sens de celles et ceux qui souhaitent diviser le mouvement.

  • Ne jamais attendre des échéances institutionnelles pour agir (projet de loi, décisions des cadres supérieurs, mais au contraire réfléchir aux dysfonctionnements structurels pour les dénoncer etc)

En effet, les institutions auront moins tendance à imposer une perte de droits sociaux, si en face elles ressentent une résistance puissante (comme l’explique très bien Anasse Kazib dans cette émission du QG) construite à partir d’une vigilance constante.

Si les grèves permettent de déconstruire des structures, ceci ne signifie pas que les mouvements sociaux dans leur ensemble doivent être déstructurés en interne, bien au contraire, il est essentiel de définir une stratégie efficace pour que des victoires en découlent.

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Pourquoi les grèves aboutissent de moins en moins : tirer les leçons des précédentes défaites (1/2)

Si de nombreuses grèves ont mené vers des victoires sociales et politiques, aujourd’hui, elles les garantissent de moins en moins, malgré la détermination des grévistes et des soutiens influents. En effet, le contexte de répression des mouvements sociaux et de dépolitisation de la société civile n’aide pas. Cependant, il y a également d’autres paramètres à prendre en compte pour expliquer ces échecs.

  • La grève est devenue un réflexe

Elle est souvent décidée en réaction (ce qui est déjà, en soi, problématique) à une décision hiérarchique ou à un projet de réforme d’ordre économique, quand bien même ce ne serait pas le mode d’action le plus adapté.

  • Les revendications ne sont pas toujours claires

Bien que généralement les volontés de « dialogue social » soient de pures arnaques, il arrive que les rares opportunités de négociation soient entièrement bloquées car il n’y a tout simplement pas de revendications explicites, malgré les préavis déposés régulièrement.

C’est pourquoi il est important d’être précis dans ses demandes lorsque l’on entreprend un mouvement social, surtout lorsqu’il est régulier. En effet le mécontentement général qui produit un climat social de mauvaise qualité a souvent pour origine une organisation du travail malsaine ; il est essentiel d’en identifier précisément les causes.

  • Il y a des injonctions à la solidarité envers les grévistes sans garantie de solidarité réciproque

Généralement, les personnes grévistes ont un poste durable, sont syndiquées, donc protégées (pas toujours, attention) contrairement aux intérimaires et prestataires de service précaires, qui sont rarement en mesure d’exercer ce droit sans risquer leur renouvellement ou une éventuelle proposition d’emploi stable.

Bien que les grévistes revendiquent toujours une amélioration des conditions de travail des plus précaires, les intérêts des personnes ayant un emploi stable ne convergent pas forcément avec ceux des travailleurs plus vulnérables. En effet, seuls les premiers et premières concernées sont en mesure de définir les termes de leurs luttes, pour que de potentiels alliés les reprennent, les diffusent pour les amplifier et servent éventuellement de « boucliers protecteurs ».

Or, on constate fréquemment que l’agenda des plus précaires n’est jamais celui considéré comme prioritaire, malgré le fait que c’est la généralisation et l’existence même de la précarité qui tirent les conditions de travail de tous et toutes vers le bas.  C’est donc bel et bien une partie du salariat qui impose ses modalités de lutte à une autre plus fragile, sans qu’il n’y ait de garantie de victoire, ou de lutte pour généraliser la sécurité [relative] de l’emploi dont ils bénéficient

  • Il y a un déficit en termes de pensée politique sur une société alternative

Puisque les grèves sont décidées en réaction à un calendrier politique externe à celui des travailleurs lorsqu’elles sont ponctuelles, ou pas déployées à bon escient lorsqu’elles sont régulières, il ne reste ni temps ni énergie pour que les acteurs et actrices du mouvement réfléchissent à des solutions alternatives et concrètes à la société actuelle.

En effet, une grève à elle seule ne suffit pas pour des changements radicaux et structurels ; encore faut-il avoir pensé en amont à comment les déployer.

  • La grève manque parfois de radicalité dans certaines situations

Une grève peut mettre du temps avant de faire perdre de l’argent à l’entreprise ou à l’Etat, et affaiblit les grévistes à court terme (et à long terme en cas de défaite).  Il faut ajouter à ce problème, le contexte de précarité généralisée qui rend la rupture de grève encore plus aisée pour l’Etat et les grands patrons.

Enfin, il arrive de plus en plus fréquemment que certains acteurs tirent profit des grèves, et s’enrichissent…sur le dos et au détriment du mouvement social, ce qui rend finalement l’action contre-productive.

Une piste de solution, serait de trouver des alternatives à la grève, en la dépassant par un mouvement plus large de désobéissance civile.

 

Il ne s’agit pas de jeter d’abandonner totalement la grève comme mode d’action, mais bien de le faire évoluer pour qu’une grève soit plus inclusive, moins risquée pour les grévistes, et surtout plus efficace.

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Comment mesurer l’impact de son action : les indicateurs-clé (4/4)

Qu’il s’agisse d’actions ponctuelles peu suivies d’effet ou d’actions de long terme dont on peine à en percevoir la visibilité, il est toujours utile d’avoir des indices clairs sur lesquels travailler afin de faire avancer nos combats. Voici 5 paramètres à étudier.

  • Susciter la polémique

Il est important de ne pas attendre les échéances d’un calendrier imposé, afin de pouvoir définir soi-même les termes du débat. La première étape, c’est de ne pas être contraint à réagir sans arrêt, mais de décider de façon autonome de quelles questions les médias et les représentants politiques vont débattre.

En effet, le rôle des médias et des représentants politiques dans une démocratie devrait être de discuter des questions qui nous importent, et non d’imposer les leurs.

  • Imposer un débat comme question principale, voire urgente dans des espaces ciblés

Créer un débat est loin d’être suffisant, encore faut-il être capable de l’imposer dans les espaces où l’on souhaite qu’il soit traité. Pour cette phase, il n’y a pas de règle précise. Il faut être en mesure de déterminer les canaux les plus efficaces pour que la question soit principale, et ces derniers dépendent du contexte, de la question mais aussi de la cible.

  • Créer un climat de confiance et de solidarité

Ceci permet de renforcer individuellement chaque membre d’une communauté ou d’une organisation qui lutte ; cette étape est primordiale pour pouvoir miser sur des alliés fiables dans une lutte et pour motiver des personnes à s’engager de manière assidue.

Il ne s’agit pas ici d’effectuer une « thérapie collective », mais de se soulager mutuellement pour éviter que la charge mentale de la lutte ne repose que sur une minorité d’individus.

  • Rassembler massivement

Après le renforcement individuel, il est possible de rassembler collectivement de manière durable : la meilleure manière de le faire, est de fonctionner sur la confiance et le « bouche-à-oreille » plutôt que sur le buzz virtuel.

  • Construire des alternatives

En travaillant collectivement, il est possible de construire des alternatives où on choisit soi-même les débats. Ces alternatives sont gages d’autonomie, et elles permettent également d’enclencher un cercle vertueux où nous avons les moyens de créer des débats et de mieux les imposer.

Finalement, la notoriété ne permet pas vraiment de créer ou d’inverser un rapport de forces, mais l’autonomie si. Or, l’autonomie requiert un minimum de cohésion sociale et de force, et est le seul moyen de tendre vers l’indépendance.

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A quoi ressemble une manifestation réussie ? (2/4)

On pense trop souvent qu’il suffit de mobiliser du monde pour qu’une manifestation soit réussie. Or, une lutte ne se résume pas à un défilé entre République et Nation, et une mobilisation massive requiert des semaines, voire des mois de travail. Pour savoir si l’organisation d’une manifestation en vaut la peine, voici les 4 paramètres à étudier.

  • Une mobilisation importante

C’est la première condition à remplir ; seulement si elle est nécessaire, elle est loin d’être suffisante !

  • Un mot d’ordre unique et clair

C’est le meilleur moyen de conserver l’unité d’un mouvement : un slogan clair, des revendications fermes et sans équivoques, permettent à un maximum de personnes de s’y identifier.

A l’instar du hirak algérien, où le slogan « yatna7aw ga3 » (qu’ils s’en aillent tous !) a mis tout le monde d’accord, et n’a pas empêché la créativité ou les divergences d’opinions de s’exprimer. C’est ce qui (en partie) lui permet de perdurer dans le temps, et de propulser d’autres actions.

A contrario, dans le mouvement des gilets jaunes, bien qu’il y ait consensus sur plusieurs questions comme celle du RIC (référendum d’initiative citoyenne), il n’y a pas d’unité, de vision ou de direction claire. En effet, si sa spontanéité et son manque d’uniformité a permis d’ouvrir le débat sur de nouvelles perspectives, il n’y a encore que très peu d’adhésions durables.

  • De la création de liens en amont ET en aval de la manifestation

S’il y a des conflits lors de l’organisation de la manifestation, ce peut être un indicateur qu’une manifestation n’est pas pertinente, ou prématurée. L’organisation d’une opération de communication telle qu’une manifestation ou un événement ne doit jamais se faire au détriment de liens sociaux, qu’il convient de préserver en priorité.

Si la manifestation ne produit aucune initiative de long terme, ou ne permet pas des rencontres entre militants sources de liens de qualité, elle n’aura alors servi à rien, ou presque.

  • Une réaction institutionnelle autre que de la répression

Aujourd’hui, puisque les mesures de l’état d’urgence font désormais partie du droit commun, la répression des manifestations est devenue courante, même celles autorisées par les préfectures.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la répression ne signifie pas que le gouvernement craint le mouvement qui a impulsé la manifestation, mais plutôt qu’il cherche à dissuader toute forme de résistance en utilisant les moyens de coercition dont il dispose.

Ce qu’il faut c’est être en mesure d’imposer son agenda politique dans les instances de décision, à défaut de pouvoir les intégrer ; et soyons clairs, une manifestation (ni même une série de manifestations) n’a pas ce pouvoir.

Finalement, une manifestation ne réussit que si elle provoque des initiatives de plus long terme et si elle crée des liens de confiance entre militants qui permettent un réel travail collectif. A elle seule, elle ne demeure qu’une opération de communication, avec un risque non négligeable de récupération susceptible de détourner les objectifs de la lutte.     

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A quoi servent [vraiment] les manifestations ? (1/4)

Aujourd’hui, la manifestation est un réflexe classique de militant. Seulement, cette modalité classique d’action donne peu de résultats concrets, en plus d’être parfois compliquée à mettre en œuvre, état d’urgence oblige. Il est donc légitime de se poser la question de leur utilité, et de leur fonction.

  • La rue est le premier moyen d’expression lorsqu’il n’y a pas d’autres recours

Il est donc logique d’investir cet espace lorsqu’on n’a accès ni aux médias, ni aux instances de pouvoir.

  • Une manifestation est avant tout une opération de communication…

….Qui peut s’avérer juteuse lorsqu’une structure a besoin de collecter des fonds, ou lorsque des forces politiques tentent de récupérer une cause.

  • Les manifestations permettent donc de marquer ponctuellement des temps forts

L’intérêt d’une manifestation n’existe que si elle s’inscrit dans une logique de créer une impulsion pour favoriser les liens de solidarité et le travail local sur le long terme. Dans ce contexte, elle peut contribuer à marquer des temps forts.

Généralement, les manifestations sont des opérations ponctuelles en réaction au calendrier institutionnel et à l’agenda médiatique, peu suivies d’effets au niveau des initiatives locales. Pour qu’elles soient efficaces, il faut qu’elles soient effectuées régulièrement et en-dehors des échéances institutionnelles. Et surtout, il faut retenir qu’une manifestation rassemblant beaucoup de personnes dans la rue ne prouve que la réussite de l’opération de communication, et non une étape vers le succès d’une lutte. En effet, ce n’est lorsque l’on n’a plus besoin d’investir la rue, qu’on peut investir d’autres espaces, où les enjeux de pouvoir sont plus forts.

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Pourquoi la logique de monopole dans le milieu militant est totalement absurde

Dans le milieu associatif, nous avons tous déjà fait le constat que les rapports de pouvoirs sont extrêmement tendus ; et plus une structure gagne en visibilité et en influence, plus ces tensions s’intensifient. Finalement, le combat pour obtenir plus de notoriété devient une fin, et non plus un moyen pour atteindre ses objectifs, mais pour exister au détriment des autres initiatives.

Pourtant cette logique nuit gravement à l’aboutissement de la lutte. Nous détaillerons ici les problèmes soulevés par ces méthodes de travail.

 

  • La charge de travail est bien trop importante pour reposer sur une seule structure ou une poignée d’individus

Et le travail, ce n’est pas ce qui manque !  Dans un contexte où les services publics sont saturés, abandonnés, et malheureusement parfois inefficaces, voire dangereux, à cause du manque de moyens, mais aussi du sexisme, de la LGBTQI-phobie et du racisme, le travail associatif sert de palliatif aux manquements des institutions classiques.

Accompagnement scolaire, assistance juridique ou médicale aux victimes de viols, de violences policières ou crimes racistes, accompagnement de personnes en situation de handicap, éducation populaire sur les questions de racisme, sexisme, géopolitique, médias…Partout, nous avons besoin de tous les acteurs de la société civile pour survivre d’abord, résister ensuite.

  • La surcharge de travail crée un climat favorable à des pratiques militantes violentes

Pour au moins deux raisons : mettre toutes les responsabilités sur les épaules d’une personne ou d’une structure, c’est à la fois lui donner trop de pouvoir dont elle est susceptible d’abuser, et la mettre en situation de vulnérabilité, car exposée aux rivalités intestines, au harcèlement, et aux calomnies. En effet, nous avons toutes et un tous un ou une militante dans notre entourage, qui a déjà été exposée à ce type de violences dans le cadre de son engagement, souvent bénévole.

Si la surcharge de travail ou les fortes responsabilités ne sont ni une excuse pour cautionner les violences ni une condition nécessaire pour qu’elles se produisent, on est forcé de constater que ce contexte permet de concentrer et de tendre les rapports de pouvoir.

  • La violence génère des conflits (en plus de la souffrance occasionnée) brisant les liens de solidarité

Lorsqu’il y a acte de violence, il y a automatiquement une prise de parti, que ce soit pour l’agresseur ou la victime. A noter que la « neutralité » n’existe pas dans ces cas de figure : ne pas prendre parti profite à l’agresseur, voire le protège.

En général, on se range plus facilement du côté de la personne qui a le plus d’influence, le plus de pouvoir ; ce sont donc souvent les agresseurs qui se trouvent du bon côté du rapport de forces. Dès lors que la victime parle, les clans se forment, avec d’un côté les rares personnes soutenant les victimes, de l’autre celles se rangeant du côté du plus fort pour préserver des intérêts. La victime se retrouve donc isolée du reste des militants, exclue de facto des structures où son agression a eu lieu, et où la place de son agresseur a été soigneusement préservée.

Ainsi, non seulement on se prive d’une partie des forces militantes, mais en plus on coupe des liens sociaux, et on interrompt des projets, parce que les divers « clans » sont dans l’incapacité totale de travailler ensemble.

 

  • Dans l’activisme, la cannibalisation des structures associatives et/ou politiques ne permet pas de meilleurs résultats

Si dans le monde des grandes entreprises, les fusions-acquisitions, OPA (Offres Publiques d’Achat) et les plans sociaux les accompagnant trop souvent, permettent d’obtenir de beaux résultats financiers, dans les organisations politiques et associatives, ces stratégies ne fonctionnent pas.  Pour la simple raison qu’ici, les enjeux et les objectifs ne sont pas les mêmes.

En effet, il ne s’agit pas de faire de l’argent et de s’enrichir, mais bien de prendre le pouvoir pour faire avancer un agenda politique, et défendre les intérêts des personnes les plus vulnérables. Dans ce contexte, il est préférable que les structures se multiplient, se coordonnent, et surtout, se soutiennent dans la mesure du possible.

  • La violence couplée aux stratégies de cannibalisation finit par détruire les organisations et broyer des personnes dans leurs parcours de vie

Pire encore, les stratégies de cannibalisation de certaines structures pour obtenir le monopole, finissent par en détruire d’autres, avec comme dommage collatéral, les personnes victimes de violence, broyées au passage dans leur parcours de vie.

Parce qu’il faut bien comprendre que non seulement la violence accompagne obligatoirement ces logiques de monopole, mais qu’en plus elle est entretenue par ces pratiques.

 

Finalement, les logiques de monopole ne servent aucune lutte, voire nous mènent tout droit vers la défaite. Il s’agit alors de choix politiques ; soit on préfère concentrer le pouvoir et les responsabilités pour préserver les intérêts d’une poignée d’individus, soit on élargit et on fait en sorte que tout le monde ait accès à l’engagement et aux luttes pour la dignité.

                D’où l’importance de garder en tête qu’une organisation cherchant à vous dissuader de créer la vôtre sous prétexte que ce serait de la « concurrence » qui nuirait à la lutte, ou que vous chercheriez à « diviser », cherche en réalité souvent à conserver son monopole. En effet, vous accuser de « casser l’unité » tout en étouffant la moindre tentative de faire émerger une diversité d’opinions ou de modes d’action, ce n’est en fait qu’une forme de chantage, permettant de concentrer toute l’attention sur soi. Ce n’est pas en étouffant l’altérité idéologique qu’on renforce les luttes, mais bien en la respectant et en construisant des liens qualitatifs enrichissant toutes les formes d’action.

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