Comment accueillir la parole de victimes de violences sexistes dans le milieu militant antiraciste

Temps de lecture : 2 minutes

Nous savons d’ores et déjà que la justice est inefficace, voire violente pour les victimes de violences sexistes. Sans chercher à dissuader celles qui souhaiteraient faire reconnaître leurs souffrances par l’institution, il est urgent de trouver une alternative à une justice à la fois patriarcale et structurellement raciste. D’une part parce qu’on peut difficilement compter sur une structure peu fiable qui pourrait instrumentaliser de manière raciste le combat féministe, d’autre part parce que si on veut changer les choses de manière systémique, il faut impérativement une organisation autonome et externe au système judiciaire ; l’exemple d’Adèle Haenel en est une preuve.

Or si on fait l’état des lieux de cette question, aujourd’hui les victimes sont tout simplement exclues plus ou moins implicitement des espaces militants antiracistes. Voici quelques pistes pour que la peur et la honte changent de camp.

  • Créer un espace d’écoute et de bienveillance

Il est essentiel que la victime soit crue sur parole et inconditionnellement dans un premier temps, afin qu’il existe un espace où elle puisse s’exprimer sans que la charge de la preuve ne repose sur ses épaules ; ce qui est, en soi, une violence supplémentaire.

Il faut également se souvenir de ne donner aucune injonction à la victime, ni prendre de décision à sa place : c’est à elle de décider des modalités de sa résistance.

  • Assurer la sécurité de la victime présumée

Pour que la victime puisse parler, il faut lui garantir l’absence de représailles si elle décide de se plaindre. Ceci passe par ne rien divulguer sans son consentement, mais aussi par empêcher ses éventuels détracteurs de nuire à son intégrité physique et/ou morale.

  • Ne pas confronter la victime à son agresseur présumé

Il est impératif que l’agresseur présumé soit exclu des espaces où la victime a ses habitudes, pour éviter, encore une fois, qu’elle ait à payer les conséquences de cet acte, alors qu’elle est déjà victime. Il faut également garder en tête qu’un agresseur présumé est susceptible de faire d’autres victimes, le principe de précaution est donc légitime dans ce contexte.

  • Etudier la pertinence de la défense de l’agresseur présumé en tout dernier lieu

Une fois que la parole de la victime a été entendue correctement, et que toutes les précautions ont été prises, on peut entendre la défense de l’agresseur présumé. A noter qu’à partir du moment où il prouve son innocence, il n’y a pas de raison de le mettre de côté ou de l’exclure des espaces militants.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que les espaces où la parole des victimes de violences sexistes est accueillie dignement est une condition nécessaire à l’inversion du rapport de forces pour lutter contre les violences sexistes, d’autant plus lorsque le contexte social est extrêmement tendu.

Il devient également urgent que l’ensemble des milieux féministes décoloniaux et intersectionnels pensent la question des violences sexistes sous un prisme anticarcéral, car c’est la seule manière de lutter contre sur le long terme.

 

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Des moyens pour faire aboutir une grève (2/2)

Temps de lecture : 2 minutes

Les grèves qui échouent ne viennent pas uniquement du traitement médiatique catastrophique des mouvements sociaux et du manque (réel ou supposé) de mobilisation.

En effet, toute mobilisation sociale demande un minimum de méthode et d’organisation pour mener vers une victoire. Voici quelques éléments à étudier.

  • Réfléchir en amont à un mode d’action pour qu’il soit le mieux adapté au contexte

…l’objectif étant de déstabiliser les intérêts de la structure que l’on vise, afin d’instaurer un rapport de forces rendant une négociation possible.

  • Définir des revendications claires

…Pour éviter toute forme de récupération et de dépolitisation des demandes émises. Il ne faut pas laisser de marge de manœuvre possible pour des aménagements qui contourneraient ou s’éloigneraient trop des revendications de base.

 

  • Choisir les revendications à partir d’une réflexion politique radicale

Il est essentiel de réfléchir à un questionnement politique et social radical afin d’être en mesure de revendiquer des changements structurels.

  • Trouver des moyens pour rendre la grève la plus inclusive possible (caisses de grève, happenings)

Pour qu’une grève soit suivie massivement, il est primordial que des aménagements soient mis en place, afin d’inclure tous les travailleurs. On peut mettre en place des caisses de grève, pour que tout le monde puisse participer, même symboliquement, ou encore des actions de désobéissance civile en faisant participer les personnes ne pouvant pas faire grève.

  • Refuser de condamner publiquement les autres acteurs du mouvement social dont les modes d’action sont en rupture avec les vôtres

Les modalités d’action dans un mouvement social sont aussi diverses que chaque acteur qui le compose ; c’est d’autant plus vrai lorsque le mouvement est largement suivi.

Souvent, pour décentrer le débat autour des revendications, l’injonction est faite aux personnes les moins radicales de condamner les pratiques des autres participants au mouvement social. S’il est naturel que chacun et chacune s’oriente vers les modes de luttes qui lui conviennent le plus, il est plutôt inopportun de valider une division artificielle, surtout auprès de personnes qui n’ont pas intérêt à ce que la grève aboutisse. La solution ici serait de refuser cette condamnation en rappelant la volonté d’unité du mouvement, et en recentrant le débat sur les raisons du mouvement social. Nous ne devons en aucun cas aller dans le sens de celles et ceux qui souhaitent diviser le mouvement.

  • Ne jamais attendre des échéances institutionnelles pour agir (projet de loi, décisions des cadres supérieurs, mais au contraire réfléchir aux dysfonctionnements structurels pour les dénoncer etc)

En effet, les institutions auront moins tendance à imposer une perte de droits sociaux, si en face elles ressentent une résistance puissante (comme l’explique très bien Anasse Kazib dans cette émission du QG) construite à partir d’une vigilance constante.

Si les grèves permettent de déconstruire des structures, ceci ne signifie pas que les mouvements sociaux dans leur ensemble doivent être déstructurés en interne, bien au contraire, il est essentiel de définir une stratégie efficace pour que des victoires en découlent.

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Pourquoi les grèves aboutissent de moins en moins : tirer les leçons des précédentes défaites (1/2)

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Si de nombreuses grèves ont mené vers des victoires sociales et politiques, aujourd’hui, elles les garantissent de moins en moins, malgré la détermination des grévistes et des soutiens influents. En effet, le contexte de répression des mouvements sociaux et de dépolitisation de la société civile n’aide pas. Cependant, il y a également d’autres paramètres à prendre en compte pour expliquer ces échecs.

  • La grève est devenue un réflexe

Elle est souvent décidée en réaction (ce qui est déjà, en soi, problématique) à une décision hiérarchique ou à un projet de réforme d’ordre économique, quand bien même ce ne serait pas le mode d’action le plus adapté.

  • Les revendications ne sont pas toujours claires

Bien que généralement les volontés de « dialogue social » soient de pures arnaques, il arrive que les rares opportunités de négociation soient entièrement bloquées car il n’y a tout simplement pas de revendications explicites, malgré les préavis déposés régulièrement.

C’est pourquoi il est important d’être précis dans ses demandes lorsque l’on entreprend un mouvement social, surtout lorsqu’il est régulier. En effet le mécontentement général qui produit un climat social de mauvaise qualité a souvent pour origine une organisation du travail malsaine ; il est essentiel d’en identifier précisément les causes.

  • Il y a des injonctions à la solidarité envers les grévistes sans garantie de solidarité réciproque

Généralement, les personnes grévistes ont un poste durable, sont syndiquées, donc protégées (pas toujours, attention) contrairement aux intérimaires et prestataires de service précaires, qui sont rarement en mesure d’exercer ce droit sans risquer leur renouvellement ou une éventuelle proposition d’emploi stable.

Bien que les grévistes revendiquent toujours une amélioration des conditions de travail des plus précaires, les intérêts des personnes ayant un emploi stable ne convergent pas forcément avec ceux des travailleurs plus vulnérables. En effet, seuls les premiers et premières concernées sont en mesure de définir les termes de leurs luttes, pour que de potentiels alliés les reprennent, les diffusent pour les amplifier et servent éventuellement de « boucliers protecteurs ».

Or, on constate fréquemment que l’agenda des plus précaires n’est jamais celui considéré comme prioritaire, malgré le fait que c’est la généralisation et l’existence même de la précarité qui tirent les conditions de travail de tous et toutes vers le bas.  C’est donc bel et bien une partie du salariat qui impose ses modalités de lutte à une autre plus fragile, sans qu’il n’y ait de garantie de victoire, ou de lutte pour généraliser la sécurité [relative] de l’emploi dont ils bénéficient

  • Il y a un déficit en termes de pensée politique sur une société alternative

Puisque les grèves sont décidées en réaction à un calendrier politique externe à celui des travailleurs lorsqu’elles sont ponctuelles, ou pas déployées à bon escient lorsqu’elles sont régulières, il ne reste ni temps ni énergie pour que les acteurs et actrices du mouvement réfléchissent à des solutions alternatives et concrètes à la société actuelle.

En effet, une grève à elle seule ne suffit pas pour des changements radicaux et structurels ; encore faut-il avoir pensé en amont à comment les déployer.

  • La grève manque parfois de radicalité dans certaines situations

Une grève peut mettre du temps avant de faire perdre de l’argent à l’entreprise ou à l’Etat, et affaiblit les grévistes à court terme (et à long terme en cas de défaite).  Il faut ajouter à ce problème, le contexte de précarité généralisée qui rend la rupture de grève encore plus aisée pour l’Etat et les grands patrons.

Enfin, il arrive de plus en plus fréquemment que certains acteurs tirent profit des grèves, et s’enrichissent…sur le dos et au détriment du mouvement social, ce qui rend finalement l’action contre-productive.

Une piste de solution, serait de trouver des alternatives à la grève, en la dépassant par un mouvement plus large de désobéissance civile.

 

Il ne s’agit pas de jeter d’abandonner totalement la grève comme mode d’action, mais bien de le faire évoluer pour qu’une grève soit plus inclusive, moins risquée pour les grévistes, et surtout plus efficace.

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Comment mesurer l’impact de son action : les indicateurs-clé (4/4)

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Qu’il s’agisse d’actions ponctuelles peu suivies d’effet ou d’actions de long terme dont on peine à en percevoir la visibilité, il est toujours utile d’avoir des indices clairs sur lesquels travailler afin de faire avancer nos combats. Voici 5 paramètres à étudier.

  • Susciter la polémique

Il est important de ne pas attendre les échéances d’un calendrier imposé, afin de pouvoir définir soi-même les termes du débat. La première étape, c’est de ne pas être contraint à réagir sans arrêt, mais de décider de façon autonome de quelles questions les médias et les représentants politiques vont débattre.

En effet, le rôle des médias et des représentants politiques dans une démocratie devrait être de discuter des questions qui nous importent, et non d’imposer les leurs.

  • Imposer un débat comme question principale, voire urgente dans des espaces ciblés

Créer un débat est loin d’être suffisant, encore faut-il être capable de l’imposer dans les espaces où l’on souhaite qu’il soit traité. Pour cette phase, il n’y a pas de règle précise. Il faut être en mesure de déterminer les canaux les plus efficaces pour que la question soit principale, et ces derniers dépendent du contexte, de la question mais aussi de la cible.

  • Créer un climat de confiance et de solidarité

Ceci permet de renforcer individuellement chaque membre d’une communauté ou d’une organisation qui lutte ; cette étape est primordiale pour pouvoir miser sur des alliés fiables dans une lutte et pour motiver des personnes à s’engager de manière assidue.

Il ne s’agit pas ici d’effectuer une « thérapie collective », mais de se soulager mutuellement pour éviter que la charge mentale de la lutte ne repose que sur une minorité d’individus.

  • Rassembler massivement

Après le renforcement individuel, il est possible de rassembler collectivement de manière durable : la meilleure manière de le faire, est de fonctionner sur la confiance et le « bouche-à-oreille » plutôt que sur le buzz virtuel.

  • Construire des alternatives

En travaillant collectivement, il est possible de construire des alternatives où on choisit soi-même les débats. Ces alternatives sont gages d’autonomie, et elles permettent également d’enclencher un cercle vertueux où nous avons les moyens de créer des débats et de mieux les imposer.

Finalement, la notoriété ne permet pas vraiment de créer ou d’inverser un rapport de forces, mais l’autonomie si. Or, l’autonomie requiert un minimum de cohésion sociale et de force, et est le seul moyen de tendre vers l’indépendance.

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A quoi ressemble une manifestation réussie ? (2/4)

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On pense trop souvent qu’il suffit de mobiliser du monde pour qu’une manifestation soit réussie. Or, une lutte ne se résume pas à un défilé entre République et Nation, et une mobilisation massive requiert des semaines, voire des mois de travail. Pour savoir si l’organisation d’une manifestation en vaut la peine, voici les 4 paramètres à étudier.

  • Une mobilisation importante

C’est la première condition à remplir ; seulement si elle est nécessaire, elle est loin d’être suffisante !

  • Un mot d’ordre unique et clair

C’est le meilleur moyen de conserver l’unité d’un mouvement : un slogan clair, des revendications fermes et sans équivoques, permettent à un maximum de personnes de s’y identifier.

A l’instar du hirak algérien, où le slogan « yatna7aw ga3 » (qu’ils s’en aillent tous !) a mis tout le monde d’accord, et n’a pas empêché la créativité ou les divergences d’opinions de s’exprimer. C’est ce qui (en partie) lui permet de perdurer dans le temps, et de propulser d’autres actions.

A contrario, dans le mouvement des gilets jaunes, bien qu’il y ait consensus sur plusieurs questions comme celle du RIC (référendum d’initiative citoyenne), il n’y a pas d’unité, de vision ou de direction claire. En effet, si sa spontanéité et son manque d’uniformité a permis d’ouvrir le débat sur de nouvelles perspectives, il n’y a encore que très peu d’adhésions durables.

  • De la création de liens en amont ET en aval de la manifestation

S’il y a des conflits lors de l’organisation de la manifestation, ce peut être un indicateur qu’une manifestation n’est pas pertinente, ou prématurée. L’organisation d’une opération de communication telle qu’une manifestation ou un événement ne doit jamais se faire au détriment de liens sociaux, qu’il convient de préserver en priorité.

Si la manifestation ne produit aucune initiative de long terme, ou ne permet pas des rencontres entre militants sources de liens de qualité, elle n’aura alors servi à rien, ou presque.

  • Une réaction institutionnelle autre que de la répression

Aujourd’hui, puisque les mesures de l’état d’urgence font désormais partie du droit commun, la répression des manifestations est devenue courante, même celles autorisées par les préfectures.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la répression ne signifie pas que le gouvernement craint le mouvement qui a impulsé la manifestation, mais plutôt qu’il cherche à dissuader toute forme de résistance en utilisant les moyens de coercition dont il dispose.

Ce qu’il faut c’est être en mesure d’imposer son agenda politique dans les instances de décision, à défaut de pouvoir les intégrer ; et soyons clairs, une manifestation (ni même une série de manifestations) n’a pas ce pouvoir.

Finalement, une manifestation ne réussit que si elle provoque des initiatives de plus long terme et si elle crée des liens de confiance entre militants qui permettent un réel travail collectif. A elle seule, elle ne demeure qu’une opération de communication, avec un risque non négligeable de récupération susceptible de détourner les objectifs de la lutte.     

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A quoi servent [vraiment] les manifestations ? (1/4)

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Aujourd’hui, la manifestation est un réflexe classique de militant. Seulement, cette modalité classique d’action donne peu de résultats concrets, en plus d’être parfois compliquée à mettre en œuvre, état d’urgence oblige. Il est donc légitime de se poser la question de leur utilité, et de leur fonction.

  • La rue est le premier moyen d’expression lorsqu’il n’y a pas d’autres recours

Il est donc logique d’investir cet espace lorsqu’on n’a accès ni aux médias, ni aux instances de pouvoir.

  • Une manifestation est avant tout une opération de communication…

….Qui peut s’avérer juteuse lorsqu’une structure a besoin de collecter des fonds, ou lorsque des forces politiques tentent de récupérer une cause.

  • Les manifestations permettent donc de marquer ponctuellement des temps forts

L’intérêt d’une manifestation n’existe que si elle s’inscrit dans une logique de créer une impulsion pour favoriser les liens de solidarité et le travail local sur le long terme. Dans ce contexte, elle peut contribuer à marquer des temps forts.

Généralement, les manifestations sont des opérations ponctuelles en réaction au calendrier institutionnel et à l’agenda médiatique, peu suivies d’effets au niveau des initiatives locales. Pour qu’elles soient efficaces, il faut qu’elles soient effectuées régulièrement et en-dehors des échéances institutionnelles. Et surtout, il faut retenir qu’une manifestation rassemblant beaucoup de personnes dans la rue ne prouve que la réussite de l’opération de communication, et non une étape vers le succès d’une lutte. En effet, ce n’est lorsque l’on n’a plus besoin d’investir la rue, qu’on peut investir d’autres espaces, où les enjeux de pouvoir sont plus forts.

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Pourquoi la logique de monopole dans le milieu militant est totalement absurde

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Dans le milieu associatif, nous avons tous déjà fait le constat que les rapports de pouvoirs sont extrêmement tendus ; et plus une structure gagne en visibilité et en influence, plus ces tensions s’intensifient. Finalement, le combat pour obtenir plus de notoriété devient une fin, et non plus un moyen pour atteindre ses objectifs, mais pour exister au détriment des autres initiatives.

Pourtant cette logique nuit gravement à l’aboutissement de la lutte. Nous détaillerons ici les problèmes soulevés par ces méthodes de travail.

 

  • La charge de travail est bien trop importante pour reposer sur une seule structure ou une poignée d’individus

Et le travail, ce n’est pas ce qui manque !  Dans un contexte où les services publics sont saturés, abandonnés, et malheureusement parfois inefficaces, voire dangereux, à cause du manque de moyens, mais aussi du sexisme, de la LGBTQI-phobie et du racisme, le travail associatif sert de palliatif aux manquements des institutions classiques.

Accompagnement scolaire, assistance juridique ou médicale aux victimes de viols, de violences policières ou crimes racistes, accompagnement de personnes en situation de handicap, éducation populaire sur les questions de racisme, sexisme, géopolitique, médias…Partout, nous avons besoin de tous les acteurs de la société civile pour survivre d’abord, résister ensuite.

  • La surcharge de travail crée un climat favorable à des pratiques militantes violentes

Pour au moins deux raisons : mettre toutes les responsabilités sur les épaules d’une personne ou d’une structure, c’est à la fois lui donner trop de pouvoir dont elle est susceptible d’abuser, et la mettre en situation de vulnérabilité, car exposée aux rivalités intestines, au harcèlement, et aux calomnies. En effet, nous avons toutes et un tous un ou une militante dans notre entourage, qui a déjà été exposée à ce type de violences dans le cadre de son engagement, souvent bénévole.

Si la surcharge de travail ou les fortes responsabilités ne sont ni une excuse pour cautionner les violences ni une condition nécessaire pour qu’elles se produisent, on est forcé de constater que ce contexte permet de concentrer et de tendre les rapports de pouvoir.

  • La violence génère des conflits (en plus de la souffrance occasionnée) brisant les liens de solidarité

Lorsqu’il y a acte de violence, il y a automatiquement une prise de parti, que ce soit pour l’agresseur ou la victime. A noter que la « neutralité » n’existe pas dans ces cas de figure : ne pas prendre parti profite à l’agresseur, voire le protège.

En général, on se range plus facilement du côté de la personne qui a le plus d’influence, le plus de pouvoir ; ce sont donc souvent les agresseurs qui se trouvent du bon côté du rapport de forces. Dès lors que la victime parle, les clans se forment, avec d’un côté les rares personnes soutenant les victimes, de l’autre celles se rangeant du côté du plus fort pour préserver des intérêts. La victime se retrouve donc isolée du reste des militants, exclue de facto des structures où son agression a eu lieu, et où la place de son agresseur a été soigneusement préservée.

Ainsi, non seulement on se prive d’une partie des forces militantes, mais en plus on coupe des liens sociaux, et on interrompt des projets, parce que les divers « clans » sont dans l’incapacité totale de travailler ensemble.

 

  • Dans l’activisme, la cannibalisation des structures associatives et/ou politiques ne permet pas de meilleurs résultats

Si dans le monde des grandes entreprises, les fusions-acquisitions, OPA (Offres Publiques d’Achat) et les plans sociaux les accompagnant trop souvent, permettent d’obtenir de beaux résultats financiers, dans les organisations politiques et associatives, ces stratégies ne fonctionnent pas.  Pour la simple raison qu’ici, les enjeux et les objectifs ne sont pas les mêmes.

En effet, il ne s’agit pas de faire de l’argent et de s’enrichir, mais bien de prendre le pouvoir pour faire avancer un agenda politique, et défendre les intérêts des personnes les plus vulnérables. Dans ce contexte, il est préférable que les structures se multiplient, se coordonnent, et surtout, se soutiennent dans la mesure du possible.

  • La violence couplée aux stratégies de cannibalisation finit par détruire les organisations et broyer des personnes dans leurs parcours de vie

Pire encore, les stratégies de cannibalisation de certaines structures pour obtenir le monopole, finissent par en détruire d’autres, avec comme dommage collatéral, les personnes victimes de violence, broyées au passage dans leur parcours de vie.

Parce qu’il faut bien comprendre que non seulement la violence accompagne obligatoirement ces logiques de monopole, mais qu’en plus elle est entretenue par ces pratiques.

 

Finalement, les logiques de monopole ne servent aucune lutte, voire nous mènent tout droit vers la défaite. Il s’agit alors de choix politiques ; soit on préfère concentrer le pouvoir et les responsabilités pour préserver les intérêts d’une poignée d’individus, soit on élargit et on fait en sorte que tout le monde ait accès à l’engagement et aux luttes pour la dignité.

                D’où l’importance de garder en tête qu’une organisation cherchant à vous dissuader de créer la vôtre sous prétexte que ce serait de la « concurrence » qui nuirait à la lutte, ou que vous chercheriez à « diviser », cherche en réalité souvent à conserver son monopole. En effet, vous accuser de « casser l’unité » tout en étouffant la moindre tentative de faire émerger une diversité d’opinions ou de modes d’action, ce n’est en fait qu’une forme de chantage, permettant de concentrer toute l’attention sur soi. Ce n’est pas en étouffant l’altérité idéologique qu’on renforce les luttes, mais bien en la respectant et en construisant des liens qualitatifs enrichissant toutes les formes d’action.

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Comment choisir les structures où adhérer et/ou quels projets soutenir

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Nos fils d’actualité sont inondés de cagnottes pour des projets militants, artistiques, associatifs ou entrepreneuriaux. Pour de plus en plus de structures militantes, que ce soient des médias ou des associations, le crowdfunding (financement participatif en français) devient la norme, par souci d’indépendance par rapport aux subventions institutionnelles, par volonté d’appartenir à ses adhérents ou lecteurs, mais aussi par manque de financements pérennes. Or, si, comme on dit très souvent « l’argent est le nerf de la guerre », nos finances ne sont pas illimitées.  Ainsi, pour éviter les déceptions puis les ruptures de liens qui vont avec, il est important de savoir où placer son argent. Voici au moins 5 critères que vous pouvez évaluer avant d’investir, voire de vous engager.

  • Être en adéquation avec les valeurs et la vision du projet/de la structure

C’est la première chose à étudier avant de donner son argent, ou son temps. Vous n’êtes pas obligés de vous investir ou de vous engager, surtout si vous n’y croyez pas d’emblée.

  • S’assurer que les objectifs visés sont clairs

En plus d’y croire, vous devez savoir où ce projet vous  mène. Normalement, il incombe à la structure de présenter clairement ses buts, cependant, vous êtes en droit de demander des précisions si vous estimez que ce n’est pas clair.

  • Exiger un minimum de transparence sur l’utilisation des fonds

Vous devez également savoir comment votre temps, votre argent et votre énergie seront utilisés. Normalement, les campagnes de financement participatif correctement construites détaillent leur budget dans la description, si ce n’est pas fait, vous avez le droit de vous en méfier.

  • Vérifier que les pratiques managériales et ressources humaines sont conformes avec les valeurs affichées

Si ce n’est pas le cas, non seulement les raisons pour lesquelles vous avez investi au départ n’ont plus lieu d’exister, mais en plus vous risquez d’entretenir des pratiques violentes et une ambiance dangereuse qui pourraient exposer des militants à de la souffrance, voire à du harcèlement et des agressions, comme c’est malheureusement trop souvent le cas.

  • Privilégier les projets/structures qui portent une vision sur le long terme

C’est nécessaire pour obtenir des résultats dans votre engagement, et c’est aussi ce qui permet d’encourager d’autres personnes à s’investir dans un projet ou une structure. Il faut cependant faire preuve de patience, car le travail de long terme est souvent invisible au début, et n’attire pas vraiment la lumière.

Enfin, cette liste n’est pas exhaustive, mais elle donne des critères objectifs et importants avant d’investir de l’argent ou du temps à une structure ou un projet. Ce qui est important, c’est de ne pas se laisser tenter/séduire par des campagnes de communication alléchantes avant d’avoir obtenu un minimum d’information sur les personnes qui portent un projet et sur le fonctionnement d’une structure. Il faut également se méfier de toute injonction culpabilisante au soutien, et des structures qui fonctionnent dans un entre-soi sur la base de copinage. 

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Pourquoi nous sommes nombreux à ne plus faire confiance à la gauche

Temps de lecture : 3 minutes

Après la convergence de façade de la marche du 10 novembre 2019, les cadavres échoués de la division commencent à remonter à la surface, et les masques commencent à tomber. Parmi les nombreuses personnes lucides qui ont refusé de marcher pour ces raisons, encore trop peu osent témoigner des tromperies infligées au mouvement antiraciste par la gauche. Voici une liste non exhaustive des raisons pour lesquelles la gauche française séduit de moins en moins les populations non-blanches touchées de plus en plus violemment par le racisme ainsi que les habitant.e.s des quartiers populaires.

  • Il n’y a pas de lutte antiraciste concrète au sein de la gauche, ni réelle politique inclusive en interne

Les commissions antiracistes existent dans les organisations de gauche, mais n’ont pas forcément la main sur l’agenda prioritaire de leur structure. Leur pouvoir est donc fortement limité. De plus, ces commissions ne sont pas toujours en non-mixité, ni même tenues par des personnes concernées directement par le racisme, ce qui biaise d’emblée leurs orientations. D’ailleurs, même si les militants non-blancs sont présents en nombre suffisant dans ces organisations, ils sont rarement mis en avant et ont rarement des responsabilités. Les rares qui arrivent à être propulsés, sont souvent désavoués, voire sabotés, parfois publiquement.

  • L’antiracisme à gauche permet trop souvent de capitaliser au niveau électoral

Cependant, la gauche affiche souvent des campagnes antiracistes pour cibler les populations non-blanches. D’une part pour se donner bonne conscience (la fameuse white guilt), d’autre part, parce qu’elles ciblent un électorat non-blanc. Le problème c’est que cette capitalisation profite rarement à ceux qui subissent au quotidien le racisme systémique, mais plutôt à l’agenda politique de la gauche. A cela s’ajoute une vision fantasmée des personnes non-blanches et des victimes de racisme structurel, comme des personnes forcément trop vulnérables pour s’organiser politiquement de façon autonome, et dépendantes de la gauche blanche. L’antiracisme, existant principalement sous le prisme moral à gauche, disparaît d’ailleurs rapidement de leur calendrier politique dès lors que la victime en question ne répond pas à leurs carcans misérabilistes.

  • La gauche refuse encore aujourd’hui de reprendre les éléments de langage définis par les mouvements antiracistes autonomes

Et c’est également à cause de ce prisme moral que la question du racisme n’est pensée que trop rarement en des termes politiques au sein de la gauche. La preuve, même en ayant signé un appel à manifester ou en ayant manifesté avec des organisations antiracistes travaillant sur le terrain, la gauche continue à se distancier d’une manière ou d’une autre de ces structures pourtant légitimes. Au mieux ils désavouent publiquement les organisateurs et s’approprient les mots d’ordre pour qu’ils collent à leur idéologie, au pire ils apportent leur part de diffamation en hurlant avec les loups. Dans tous les cas, ils n’assument pas leur part de responsabilité dans l’islamophobie structurant la société française.En effet, récuser le terme d’islamophobie, c’est  se distancier des acteurs de terrain qui ont théorisé sur la question et parler de « guerre de religions » permet de nier les origines coloniales de ce racisme, et ainsi de ne pas prendre sa part de responsabilité.

  • L’étiquette de la gauche  dans les collectivités territoriales n’est pas une garantie de progrès social

Malgré une idéologie humaniste affichée, les problèmes de démocratie et de transparence existent aussi dans les municipalités de gauche, même radicale. Il y a également un manque d’éthique qui fait que les apparatchiks majoritairement blancs vivant de la politique, et profitant du système, ne sont pas dans des parcours de vie normaux qui leur permettraient de faire des choix et de prendre des décisions politiques ayant un impact social positif sur la population locale.

  • Les racistes sont protégés au sein de leurs organisations

L’exemple flagrant est celui d’Henri Peña-Ruiz qui déclarait lors de la récente université d’été de LFI qu’on avait « le droit d’être islamophobe », défendu par Danielle Simonnet dans un long billet de blog, où elle récuse le terme d’islamophobie pour parler du racisme systémique qui vise les personnes de confession musulmane, réelle ou supposée. Cette dernière maintient son propos, quand bien même elle aurait participé à la marche du 10 novembre contre l’islamophobie ; ce qui lui permet donc de s’exonérer de toute forme de responsabilité dans le développement de l’islamophobie dans le pays, et ce, même après avoir défendu son camarade ayant tenu des propos islamophobes.

Avec tout ceci, nous avons des pistes de réflexions sur les raisons pour laquelle les personnes non-blanches ne font plus forcément confiance à la gauche, même radicale, et également les preuves qu’elle n’est pas une alliée naturelle de l’antiracisme. Les seules alliances possibles avec le champ politique blanc, c’est quand il y a convergence ponctuelle d’intérêts, et surtout lorsqu’il y a reconnaissance totale de la responsabilité de la classe politique française dans son ensemble dans le fait colonial. Sans cette étape nous resterons dans le déni, et toute manœuvre antiraciste émanant de la gauche demeurera une manœuvre de récupération.

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De la construction sur le long terme

Temps de lecture : 3 minutes

Parfois, on a l’impression que notre agenda politique est calqué sur les réactions à l’actualité des médias classiques et autres buzz viraux. Bien sûr, ce n’est pas le cas, bien que les initiatives de long terme soient quand même souvent invisibilisées par ces mécanismes de réaction automatique et immédiate.

On sait aujourd’hui que rien ne se construit de manière solide sur le court terme, et que cette overdose d’actualité peut parfois mener à des « burn-out militants » qui affaiblissent nos combats. Or, le fait de constater que ces réactions sont souvent stériles et de condamner les personnes qui tombent encore naturellement dans ce piège (nous les premiers) ne nous aidera pas à construire non plus.

Ainsi, nous allons faire une liste ici (non exhaustive) des étapes pour qu’un projet militant soit pérenne dans la durée, et qu’il puisse peser dans la balance du rapport de forces.

  1. La question du modèle économique et de sa viabilité

La question du financement arrive très vite lorsqu’on se lance dans un projet de ce type (événements, association, ESS…). En effet, il est presque impossible de travailler dans la durée si il n’y a pas de possibilité d’investissement régulier.

En général, il y a 3 solutions : soit on fait en sorte de lier sa profession à ces projets militants, soit on utilise ses fonds personnels si on en a les moyens, soit on propose un service à la communauté ciblée afin que ce soit la communauté qui bénéficiera du projet qui le finance. Ces solutions ont chacune leurs limites, il convient donc de choisir la plus adéquate en fonction du contexte.

  1. Viser l’autonomie et l’indépendance

La question de l’indépendance est inévitable lorsqu’on cherche un modèle économique  car elle pose un véritable dilemme : dépendre d’un organisme ou d’une institution et ne pas toujours être libre en termes d’agenda et de ligne éditoriale car il y a conflit d’intérêts, ou se financer autrement, quitte à se retrouver en difficulté et ne pas pouvoir agir ?

Bien entendu, une autonomie totale est souhaitable, mais c’est aussi un idéal. Les solutions comme le financement participatif permet de s’émanciper des institutions classiques, or, elles ne garantissent ni une liberté totale en terme de choix politiques et éditoriaux (il faut aussi rendre des comptes aux contributeurs) ni des fonds suffisants (les finances des contributeurs ne sont pas illimitées en termes de montant et ne sont pas garanties sur la durée).

Il s’agit donc d’étudier la question selon les cas ; en effet, si le projet ne génère pas de conflit d’intérêts direct avec une institution, ou que les subventions proposées représentent un droit, il serait dommage de ne pas en profiter.

  1. Efficacité

Si on ne devait respecter qu’une règle pour être efficace, ce serait celle-ci : ne pas s’éparpiller dans des projets qui n’ont ni lien ni cohérence entre eux. Ou, si on le fait quand même car on s’est laissé emporter, ne pas communiquer dessus si on n’a pas encore établi de calendrier précis ou qu’on n’a pas la garantie de pouvoir s’y investir correctement.

L’autre idée pour atteindre ses objectifs, est de s’entourer de militants en qui on a confiance, et dont on connaît les pratiques (auxquelles on adhère évidemment). La confiance et la nature des pratiques sont encore plus importantes que les affinités idéologiques lorsqu’il y a un objectif et intérêt commun dans un projet, car ici il ne s’agit pas d’un débat d’idées, mais bien d’un projet que l’on veut inclusif, il est donc parfois nécessaire de dépasser et débloquer certains clivages pour obtenir de beaux résultats.

  1. Le plus important : la ligne de conduite

Afin de trouver des acteurs qui ont les mêmes pratiques que nous, il est essentiel de définir clairement ces dernières, en faisant attention à leur cohérence.

Si on vise l’inclusivité, il est primordial que tout ne repose pas sur les épaules d’une personne, afin d’éviter toute surcharge mentale, ou encore tout culte de la personnalité.

Si on ne veut pas être noyé par la trop grande quantité d’information que nous recevons, on limite les actions de communication immédiate qui ne sont que des réactions (rassemblements, manifestations, réactions sur les réseaux sociaux), et on n’utilise cette actualité que si elle n’a un intérêt direct avec notre travail afin de surfer dessus intelligemment.

Enfin, si on veut donner envie aux autres de s’investir dans notre projet, on commence par investir soi-même dedans et on donne un aperçu de notre travail déjà réalisé en amont avant de leur demander des efforts.

Aujourd’hui, il serait fort profitable à tout le monde que l’énergie déployée dans des projets de court terme soit transférée dans des initiatives moins exposées, mais qui ont une plus grande valeur ajoutée. Il est aussi désormais vital, afin que l’essoufflement des bonnes initiatives cesse, que les porteurs de projets militants inclusifs apprennent à saisir les opportunités et s’organisent pour réussir à atteindre leur cible.

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