Ce que la crise sanitaire (et le confinement l’accompagnant) révèle de nous et de notre société

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La pandémie désormais mondiale de COVID-19 exacerbe toutes les réalités sociales de manière plus ou moins surprenante. Voici une liste (non-exhaustive) de faits vérifiés par les conséquences de cette crise.

  • Notre système économique est à bout de souffle

Car c’est à la fois ce système qui a créé cette pandémie comme les autres (conséquence de la consommation d’animaux sauvages ou élevés de manière industrielle), et ce même système qui nous empêche de sortir de cette crise sanitaire (conséquence d’un manque de moyens couplé à une mauvaise gestion du service public de la santé).

  • Les métiers les moins valorisés financièrement sont aussi ceux les plus indispensables à notre vie quotidienne

Les personnels soignants, les salariés des fournisseurs d’énergie et de télécommunication, les chauffeurs routiers, les livreurs, les salariés de la grande distribution, les agents d’entretien nous permettent d’assouvir les besoins les plus vitaux, ceux qui sont à la base de la pyramide de Maslow. Pourtant, ce sont aussi les métiers les plus précaires, et les moins rémunérés.          Ensuite, les services de sécurité, d’information, d’éducation et de transport sont également indispensables : ils peuvent être mieux rémunérés, mais la norme reste la précarité et la paupérisation.

Enfin, tous les métiers de représentation, et ceux qui permettent l’enrichissement d’une minorité de personnes ou l’optimisation financière peuvent rapporter gros, même si la finalité n’est pas explicite.

  • Le confinement cumulé à la crise sanitaire révèle toutes les disparités sociales, sans exception

En partant des personnes qui peuvent se permettre de rester confinées, par rapport à celles contraintes de prendre des risques de contamination au service des premières et celles qui n’ont même pas les moyens de l’être, jusqu’à celles qui sont confinées dans des manoirs ou appartements vastes et luxueux, contrairement à celles obligées de squatter dans des logements exigus, voire insalubres.

En passant par les personnes confinées avec d’autres dangereuses, comme les femmes victimes de violence conjugale ou les enfants victimes de maltraitance familiale.

A cela s’ajoute le reste des discriminations ; face à une pénurie de tests, de masques, et de lits dans les hôpitaux, il n’est pas difficile de deviner quelles vies seront préservées (les plus jeunes), et lesquelles seront  sacrifiées (les moins jeunes et…les moins désirables). Dans un climat anxiogène où une présence policière accrue est inévitable, le risque d’augmentation des abus policiers n’est aussi pas négligeable.

  • Le confinement expose également au grand jour les comportements toxiques des gens

Les situations d’urgence où se mêlent angoisse et instinct de survie permettent de mettre à nu les réelles intentions, et les réflexes de chacun et de chacune. Personne n’est à l’abri de se rendre coupable de comportements toxiques. En effet, ces comportements peuvent être également de bons indicateurs sur ses propres besoins, ceux des autres, et sur les ressentis qui en découlent.

  • Les querelles entre militants semblent désormais lointaines et absurdes

Parce que le risque sanitaire face à l’infiniment petit qui nous expose inévitablement et de manière universelle malgré les inégalités sociales permet de nous concentrer sur le consensus à propos du constat des injustices. Les différences de stratégies couplées à un mauvais entretien du lien social entre militants semblent alors plus faciles à surmonter.

  • Les liens sociaux virtuels s’avèrent aussi précieux que les autres

Parce qu’en période de confinement, ils peuvent être les seuls existant pour les personnes isolées, mais également un moyen de préserver la vie de ses proches les plus fragiles, lorsqu’on évite d’être confinés sous le même toit.

On réalise alors que ces liens peuvent tout autant détruire, blesser, que réconforter. Et que le cyberharcèlement n’est pas un mythe, comme la solidarité existe bel et bien via les médias sociaux.

  • Il est possible de réduire notre empreinte carbone très rapidement

Et on a pu le constater en seulement quelques jours….Preuve que la course effrénée à l’activité que nous menons est directement responsable du réchauffement climatique et de la destruction des ressources naturelles.

  • Notre temps est une ressource bien plus précieuse que n’importe quel patrimoine économique

…Et c’est bien pour cette raison précise que les patrons achètent cette ressource en embauchant des salariés ! Lorsque nous nous retrouvons au chômage (qu’il soit partiel, complet ou technique), nous pouvons perdre de l’argent, mais nous récupérons notre temps. Notre avenir et notre condition ne dépend donc pas uniquement du montant sur notre compte bancaire ou des déterminisme sociaux, mais aussi de la façon dont nous choisissons de gérer notre ressource-temps.

  • Le confinement peut être une torture pour les personnes souffrant déjà de troubles mentaux (et elles sont plus nombreuses qu’on ne veut le croire)

Pour certaines personnes, les interactions sociales réelles et le contact extérieur sont indispensables à leur bien-être mental, mais aussi physique. C’est pour cette raison que si le confinement en France est aujourd’hui plus que nécessaire, et que la responsabilité est aussi individuelle que collective dans son bon déroulement, il est également important de faire preuve de bienveillance envers les personnes supportant mal le climat anxiogène généré par cette mesure.

  • D’autres façons de travailler sont possibles, au-delà de tout culte de la performance

Hier, on estimait que le télétravail n’était possible que pour certaines professions (sous des prétextes souvent validistes), aujourd’hui on essaie de le généraliser un maximum, faute de mieux. Là encore, le télétravail, bien que comportant des limites, permet aux travailleurs d’avoir une plus grande marge de manœuvre sur leur gestion du temps, et donne ainsi la possibilité de réfléchir à des fins plus qualitatives que quantitatives dans le monde de l’entreprise.

  • Tous les rites et codes d’apparence semblent aujourd’hui futiles

Se rendre à un bureau à des heures fixes quelle que soit la quantité de travail à effectuer, atteindre des cadences invraisemblables, se saluer par des bises ou des poignées de main, porter des vêtements inconfortables, remplir des standards physiques improbables, évaluer la qualité d’un travail sur sa forme et non sur le fond, multiplier les réunions interminables…Tout ceci semble bien inutile quand les enjeux prioritaires sont de survivre,  de se protéger mutuellement, et de sauver ainsi la vie et l’économie de son pays.

 

  • La solution de confinement n’était pas la seule pour gérer cette crise

En contrôlant efficacement les personnes provenant de foyers infectés, et en les confinant par précaution, le temps d’avoir du recul sur ce virus, on aurait pu éviter beaucoup de contaminations. En adoptant des règles de civisme, tout en testant un maximum de personnes, on aurait également pu éviter un confinement maximal, comme ceci a été le cas en Corée du Sud.

Finalement, le confinement, c’est déjà le quotidien des personnes oubliées habituellement. Le COVID-19 nous donne une claque collective : pas seulement parce qu’il remet en question entièrement nos comportements et modes de vie (individuels et collectifs), mais aussi parce qu’il nous plonge violemment et brusquement dans la réalité de celles et ceux oubliés par tous ; les personnes n’ayant pas les moyens de sortir de leur dimension de travailleur-consommateur, et toutes celles assignées à résidence par leur condition physique et/ou mentale. Cependant, cette période de confinement nous laisse une opportunité précieuse : celle de reprendre le contrôle de notre temps et de nos vies, pour agir dans la durée.

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Sortir du lien de subordination du salariat : l’angle mort de la gauche radicale (3/3)

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Aujourd’hui, le prix à payer pour une sécurité de l’emploi et la stabilité financière qui l’accompagne, c’est le lien de subordination, malgré toute la souffrance qu’il peut engendrer.

S’il existe des revendications au sein de la gauche radicale qui vont vers son atténuation (réduction du temps de travail, augmentation des salaires, ergonomie des postes de travail…), il n’y a pour l’instant aucune alternative de crédible, l’entreprenariat étant une solution trop précaire pour la majorité des salariés actuels.

Ainsi, les enjeux de cette question résident dans les compromis possibles entre un travail salarié contraignant et pénible et un entreprenariat risqué, voire dangereux.

  • Permettre la sortie du salariat en offrant un minimum de sécurité

Parce qu’on ne peut pas exiger une flexibilité extrême à des travailleurs si on ne leur offre pas un minimum de garantie et de confort ; en effet, selon le WEF, la flexibilité des travailleurs dépend de leur capacité à s’adapter à un environnement nouveau, et ceci demande un investissement considérable, notamment en termes de formation et de santé.

  • Sortir de l’injonction au travail lucratif

Aujourd’hui, le travail valorisé et visible est celui perçu comme rentable financièrement, ou du moins, comme gagne-pain. A côté, le travail bénévole ou domestique, pourtant utile socialement, n’est pas reconnu comme tel, car on est obligé d’avoir un travail rémunéré pour vivre décemment, mais aussi pour exister socialement, même si ce travail (salarié ou non) n’a aucun sens, est exercé dans de mauvaises conditions, fait souffrir celles et ceux qui l’exercent ou a un impact négatif sur la société.

Lutter contre les mauvaises conditions de travail, la souffrance au travail, pour la réduction du temps de travail et l’augmentation des salaires est bénéfique, mais c’est loin d’être suffisant.

  • Valoriser et permettre les vocations avec un impact social positif, encore trop peu visibles

Si on veut favoriser le travail bénévole, il faut faire en sorte de mettre en place les moyens nécessaires pour que ce travail ne soit pas pénalisant pour celles et ceux qui souhaitent l’exécuter. Et si on veut attirer des candidatures vers les métiers utiles socialement (comme ceux de l’enseignement ou de l’entretien), il est nécessaire d’offrir un cadre et une reconnaissance à la hauteur de l’apport sociétal de ces activités.

L’intelligence artificielle ayant une forte incidence sur nos façons de travailler dans une période de mutation économique, il devient urgent d’à la fois repenser la question du travail en dehors du contexte du salariat, mais aussi de protéger les entrepreneurs de la précarité, du travail dissimulé et de l’exploitation.

Également, dans un souci d’efficience, mais aussi de lutte contre le gaspillage et l’hyperconsommation, il est important de favoriser l’émergence d’un entreprenariat social et solidaire à forte valeur ajoutée.

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Pourquoi travailler plus ne fait pas (vraiment) gagner plus (2/3)

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La formule « travailler plus pour gagner plus » a rendu Nicolas Sarkozy populaire pendant sa première campagne présidentielle, et sa mesure de défiscalisation des heures supplémentaires a été bien accueillie par les salariés qui en ont bénéficié, car ils ont gagné en pouvoir d’achat.

Or, cette solution n’est qu’un pansement sur l’hémorragie ; non seulement elle pose d’autres problèmes (surcharge de travail, suppressions de postes, licenciements économiques), mais en plus, elle permet aux salariés seulement de récupérer les miettes que les dirigeants d’entreprises veulent bien leur accorder. Explications.

  • Travailler plus, c’est à la fois prendre le risque de réduire sa productivité et de ruiner sa santé sur le long terme

D’une part parce que la productivité se mesure en calculant le rapport entre le nombre d’unités produites sur le temps passé à les produire, et mathématiquement, ce nombre diminue lorsqu’on allonge le temps de travail. D’autre part, parce que l’allongement du temps de travail provoque de l’épuisement professionnel, coûteux sur le long terme, en plus du préjudice subi par les travailleurs.

  • Le travail salarié requiert une disponibilité constante, mais rapporte peu d’argent dans la plupart des cas, malgré la sécurité de l’emploi

Si un salaire fixe permet une sécurité financière relative, le lien de subordination qui l’accompagne peut aussi faire perdre au travailleur une bonne partie de son autonomie, notamment en termes de temps de travail.

En effet, les heures supplémentaires ne sont pas forcément rémunérées (Cf. les modalités du forfait jour), et mêmes lorsqu’elles le sont, les bénéfices obtenus ne sont pas toujours supérieurs aux risques pris.

  • Les personnes au meilleur pouvoir d’achat sont celles qui savent où investir leur temps et leur argent

Contrairement à ce que l’idéologie dominante voudrait nous faire croire, ce n’est pas le nombre d’heures de travail qui permet une meilleure rémunération, mais bien une gestion intelligente et efficiente des ressources humaines, horaires et financières.

 

Si un bon salaire en début de carrière permet d’épargner, sur le long terme, ce n’est pas ce qui rapporte le plus. Ce qui fait réellement gagner plus d’argent c’est de savoir où investir son temps et son argent, tout en faisant travailler d’autres pour soi afin de se consacrer à ce qui est le plus rentable.

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Pourquoi l’injonction au salariat est une entourloupe (1/3)

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A cause de la généralisation de l’intérim et des contrats précaires, le CDI est perçu à juste titre comme la perle rare qu’il faudrait poursuivre à tout prix.

Seulement, la stabilité financière qu’offrent ces contrats a un prix non négligeable : le lien de subordination et le manque d’autonomie qui souvent l’accompagne.

Ainsi, il n’est pas toujours judicieux de courir après ces contrats si on ne sait pas dans quoi on s’engage.

  • L’offre de salariat se raréfie à cause de la transition économique

Parce qu’aujourd’hui le travail s’automatise et « s’ubérise », le travail salarié est de moins en moins adapté, voire plus du tout pertinent dans ce contexte : c’est d’ailleurs pour ces raisons que désormais la norme de recrutement n’est plus celle du CDI.

Nous sommes donc souvent contraints à la précarité, faute d’alternative crédible, et poursuivre l’opportunité d’un travail salarié stable devient de plus en plus complexe.

  • Les conditions du travail salarié se dégradent

Ainsi, avec la baisse de travailleurs salariés, la charge de travail s’intensifie et repose sur ceux qui le sont encore. En effet, comme l’offre de travail salarié se raréfie, le rapport de forces est de plus en plus tendu au niveau du climat social au sein des entreprises, ce qui détériore fortement l’environnement de travail.

  • Le salariat peut être une forme de contrôle social visant à bloquer les initiatives innovantes

Parce que le lien de subordination conditionnant le travail salarié entrave l’autonomie de manière plus ou moins importante, les travailleurs les plus créatifs peuvent se retrouver limités au niveau de leur épanouissement, dès lors que leurs idées dépassent le cadre du système de valeurs instauré dans une entreprise.

 

Si aujourd’hui le salariat ressemble de moins en moins à une option de sécurité, l’option de l’entreprenariat n’est pas forcément plus rassurante. En effet, aujourd’hui il existe une nouvelle forme de prolétariat, appelée aussi « précariat », proliférant en partie à cause du statut d’auto-entrepreneur : statut dont les employeurs abusent pour faire l’économie de cotisations sociales dues pour tout travail salarié. L’injonction à l’entreprenariat, surtout dans ce contexte incertain, est donc loin d’être meilleure que celle au salariat. La seule issue pour sortir à la fois de la précarité et du lien de subordination, serait de favoriser un entreprenariat comprenant une intelligence du marché, avec une réelle valeur ajoutée, et une prise en compte de l’empreinte sociale.

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Pourquoi le projet de réforme des retraites pose [vraiment] problème

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Le projet de réforme des retraites qui a provoqué un mouvement de grève interprofessionnelle depuis plus d’un mois n’est pas qu’une affaire de perte de droits sociaux ou de conflits d’intérêt. Ce qu’il y a de plus gênant, c’est le projet de société derrière et l’absence d’action sur ce qui est à l’origine de la question du financement des pensions de retraite. Explications.

  • Aucune politique pour favoriser des emplois stables et rémunérés décemment qui permettraient de financer un système par répartition

En effet, un système par répartition est financé majoritairement par des cotisations salariales, et en partie par les taxes et impôts comme la CSG. Compte tenu de la démographie décroissante, et du vieillissement de la population, ce système est mis en péril, puisqu’il n’y a plus assez d’actifs, ni un niveau suffisant de cotisations pour continuer à financer ce système.

Cependant, il est possible de préserver ce système en élargissant la part des taxes et impôts (ce qui requiert de chercher l’argent où il se trouve, et donc de lutter efficacement contre la fraude fiscale) ou en augmentant les salaires suffisamment pour que la part de cotisations soit suffisante (ce qui demande une réelle politique pour l’emploi stable). Dans tous les cas, un questionnement radical est nécessaire afin de solutionner ce problème à partir de son origine. Baisser les cotisations salariales afin d’augmenter le salaire net et favoriser l’épargne bancaire n’est pas une solution viable sur le long terme, et imposer implicitement le développement de systèmes alternatifs peu régulés non plus.

  • Vers un système par capitalisation peu fiable et beaucoup trop fragile pour garantir des pensions dignes

Une baisse de niveau des pensions et un allongement de durée de cotisation va encourager les salariés qui peuvent se le permettre (une minorité donc) à investir dans des marchés dont le cours varie souvent en fonction de facteurs externes, qu’ils s’agissent de fonds de pensions spécifiques ou de marché immobilier.

En effet, outre le fait que ces marchés ne sont accessibles qu’aux plus hauts salaires, ils sont aussi très instables. Par exemple, les fonds de pension financiers reposent sur une spéculation demandant des investissements parfois très risqués, et le marché immobilier dépend d’un contexte mouvant (environnement, cote des quartiers, infrastructures etc…).

Résultat, non seulement un système par capitalisation est encore trop peu accessible aux actifs les plus vulnérables, mais en plus, les personnes susceptibles d’y investir n’ont aucune garantie de récupérer une pension correcte lors de leur départ à la retraite.

 

  • Une recherche de « flexi-sécurité » sans notion de sécurité

Pour les raisons évoquées précédemment, ce projet de réforme provoque de nombreuses incertitudes pour les actifs. Finalement, le seul moyen pour garantir des revenus sera de travailler coûte que coûte et le plus tard possible…même si on n’y est plus apte. L’objectif ici pour les porteurs de cette réforme, c’est de disposer d’un maximum de force de travail, sous le prétexte fallacieux de la flexibilité.

Pourtant, le critère de flexibilité permettant un taux de compétitivité correct selon le WEF, ne repose pas sur l’épuisement de la force de travail, mais plutôt sur sa capacité à s’adapter au contexte d’une entreprise. Cette capacité ne peut se développer que si elle est préservée….et en état de fonctionner.

Ainsi, vouloir promouvoir une « flexi-sécurité » en tendant au maximum les actifs, sans offrir de garanties ou d’alternatives crédibles comme c’est le cas avec ce projet de réforme est incohérent.

 

Il ne s’agit pas uniquement de réagir face à un projet destructeur de droits sociaux, mais bien de repenser fondamentalement et politiquement les modèles économiques régissant notre société. Appliquer des modèles théoriques et purement idéologiques ne suffira pas ; il est impératif de prendre en compte le contexte de la nouvelle norme de travail que représente entrepreneuriat et celui des nouvelles technologies d’information et de communication.

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Pourquoi le fantasme de l’ubérisation de Macron ne règlera pas la question de la précarité

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Du dogme de l’entreprenariat

« Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre [petit rire méprisant] ».

Cette n-ième petite phrase de Macron, nous sommes nombreux à l’avoir intégrée, qu’elle nous ait plu ou non. Que ce soit par peur du chômage ou par sincère passion pour l’entreprenariat, de plus en plus de jeunes créent leur entreprise avant même d’avoir terminé leurs études. A un tel point qu’aujourd’hui, Paris est devenue la ville qui héberge le plus de start-ups en Europe, devant Berlin ou même Londres.

Pourquoi cet engouement ? Est-ce que c’est parce que selon Emmanuel Macron, ex-ministre de l’Economie désormais « en marche » pour les présidentielles [aujourd’hui élu Président de la République], les jeunes se rêveraient plus en milliardaires que fonctionnaires ? Est-ce que c’est parce que les profils de Steve Jobs et autres Mark Zuckerberg sont devenus le symbole de l’épanouissement professionnel ? Peut-être…ou peut-être pas.

En effet, quand on y regarde de plus près les candidats aux concours de la haute fonction publique ne sont pas moins nombreux, quand bien même le nombre de postes se réduit dans presque tous les domaines, politique d’austérité oblige. Et si les revenus des « growth hackers2 » et autres youtubeurs font envie, le revers de la médaille est souvent un parcours semé d’embûches qui ne ressemble en rien à une solution miracle au chômage.

Explications.

Des inégalités sociales qui perdurent dans l’entreprenariat

Déjà, il suffit d’observer le profil sociologique des entrepreneurs qui réussissent pour constater que l’entreprenariat n’est pas ouvert à tous. Il s’agit dans la plupart des cas de professionnels confirmés en reconversion professionnelle, qui ont des ressources suffisantes pour apporter un capital à leur future entreprise et construire un business plan acceptable pour les éventuels futurs investisseurs. Il y a aussi quelques étudiants de grandes écoles, abrités par les pépinières de leur école et bénéficiant encore de la bienveillance parentale, qui commencent leur business dans des conditions optimales. Parfois, on trouve aussi d’anciens cadres supérieurs au chômage pour qui, si l’entreprenariat est une option par défaut, ont souvent l’opportunité de bien rebondir en créant leur affaire.

Quant aux autres entrepreneurs, ceux qui demeurent dans la précarité, et dans l’endettement, et qui parfois vont tout droit vers la faillite, ceux-là ne font pas partie des classements de start-up de Challenges et autres canards libéraux. Pour la simple raison que ces derniers ne partent pas avec les mêmes armes. En effet, difficile de faire le poids lorsqu’on bâtit son affaire sur des dettes, peu de visibilité à long terme, peu de recul et parfois peu de formation. Hélas, dans le monde des affaires, la méritocratie, l’innovation, le travail et le talent ne suffisent pas toujours à pallier les inégalités sociales.

Ainsi, de la même manière qu’il existe des différences de classes entre salariat et patronat, il existe un entreprenariat à deux vitesses ; celui des cadres supérieurs qui deviennent des « start-upers », voire des « growth hackers », et celui des artisans, des jeunes de banlieue, des petits commerçants et de tous ceux qui sont contraints d’être sous le statut d’auto-entrepeneurs, avec toutes les nuances que ces 2 types d’entreprenariat comportent.

A ceci s’ajoute le fait que ces 2 types d’entreprenariats ne font pas que coexister dans l’économie libérale, ils sont intrinsèquement liés par un rapport de domination économique, l’un dépendant de l’autre, et l’un exploitant l’autre. Aussi, on constatera aisément que les catégories sociales surreprésentées dans l’entreprenariat dit « précaire » sont aussi celles que l’on retrouve dans les emplois précaires et peu rémunérés tandis que ceux qu’on trouve parmi les « growth hackers » se servent de l’entreprenariat pour continuer à accroître leur richesse.

Ces inégalités n’ont fait que grandir depuis que l’on a promu à outrance le mythe de l’ubérisation de l’économie. Vendue comme la baguette magique capable de supprimer la lutte des classes par le VRP Macron, elle n’est qu’un procédé pour déréguler l’économie libérale, déjà peu contrôlable. Toute l’entourloupe de ce procédé, c’est de mettre en avant le fait que l’ubérisation semble mettre le consommateur et le prestataire de service sur le même plan, tout en occultant le fait que l’entrepreneur « growth hacker » s’enrichit à la fois sur le dos du consommateur en proposant une prestation souvent moins fiable (pas toujours), et sur le dos de « l’autoentrepreneur-salarié » en ne lui assurant aucune protection sociale. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la mayonnaise prend ; car il suffit d’interroger les utilisateurs-clients ou les prestataires particuliers de ces modèles économiques « ubérisés » pour découvrir qu’ils y trouvent chacun leur compte, les uns en économisant de l’argent, les autres en arrondissant leurs fins de mois difficiles. Ainsi se crée une complicité de classe entre ces 2 catégories de néo-prolétaires, pour protéger le modèle économique qui leur permet de mettre du beurre dans les épinards ou de faire des économies de bout de chandelle, sans avoir à remettre en question l’hégémonie du néo-oligarque à la tête de ce modèle. Et c’est grâce à cette complicité que ce modèle a l’occasion de se développer, puis de prospérer.

Les consommateurs-cibles de l’ubérisation sont de plus en plus précaires

Si les inégalités se creusent suite à l’ubérisation, c’est aussi au niveau des modes de consommation car qui dit nouveau modèle économique, dit nouveaux usages, mais aussi nouveaux comportements. En effet, dans cette course au moindre coût, le consommateur a de plus en plus tendance aujourd’hui à délaisser les prestations classiques pour rechercher la moins chère, quitte à sacrifier un petit peu de qualité. C’est même devenu un réflexe, si l’on constate le succès des comparateurs de prix sur Internet et des prestations discount qui existent aujourd’hui dans tous les secteurs du service. Ces comportements ont pour corollaire de cannibaliser tous les entrepreneurs qui proposent des prestations classiques et intermédiaires, notamment dans le secteur du transport ferroviaire et aéroportuaire, de l’hôtellerie et dans la restauration livrée. Cette tendance est aussi en train de contaminer de façon étonnante (et surtout inquiétante) d’autres secteurs qui requièrent pourtant plus de régulation pour des raisons de sécurité et de qualité de service, comme la médecine (chirurgie dentaire avec le scandale Dentexia, optique) ou le recrutement. Ainsi, les prestataires classiques qui proposent du moyen de gamme  et qui avaient autrefois comme avantage concurrentiel durable de miser sur le rapport qualité/prix sont contraints, afin de survivre à cette cannibalisation, de proposer une prestation haut de gamme, tendant vers le secteur du luxe ou alors de proposer un service de type « discount ». Le cas de la SNCF est parlant ici ; en effet, le transport ferroviaire autrefois considéré comme un bon compromis au niveau du rapport qualité/prix propose aujourd’hui une prestation de moins en moins accessible aux classes moyennes (restauration haut de gamme, trains plus confortables, programmes de fidélité sur mesure, horaires réguliers, grand nombre de villes desservies). Pour ne pas perdre cette clientèle précarisée qui n’a désormais plus les moyens, il a fallu déréguler via loi Macron afin de proposer le service Ouibus, où le moindre confort devient une option facultative et payante (prises, bagages). Le transport aéroportuaire suit le même mouvement, afin de contrer la concurrence féroce des compagnies « discount ». Sans surprise, on retrouve parmi les consommateurs de ces prestations discount les mêmes entrepreneurs précaires pendant que les « growth hackers » se verront bénéficier des prestations haut de gamme créées par leur « business model ».

La mutation de l’économie via la dérégulation entraîne la mise en concurrence sauvage des plus précaires

Néanmoins, le plus dangereux dans l’ubérisation, n’est pas la destruction de parts entières de l’économie française mais la mise en concurrence complètement dérégulée de tous les entrepreneurs précaires. Car pour permettre une offre à des tarifs toujours plus bas, cette mise en concurrence est une condition indispensable. Les « growth hackers » ne créant pas d’emplois (ou si peu) dans un contexte où l’emploi est quasi-obligatoire pour avoir une source fiable de revenu, les entrepreneurs précaires sont presque condamnés à se multiplier. Plus d’entrepreneurs précaires, ça veut non seulement dire des parts de marchés plus petites, mais aussi plus inégales ; ce qui signifie clairement que l’ubérisation de l’économie ne sauvera pas tout le monde. Il va également de soi que cette ubérisation est extrêmement périlleuse pour la qualité, la sécurité du service mais aussi pour la qualité et la sécurité des conditions de travail ; c’est pourquoi la dérégulation économique sous-entend la fin de la protection sociale du salariat transféré au rang d’entrepreneurs précaires, et que les lois Macron I & II ont automatiquement conduit à la loi travail de Myriam El Khomri, ce qui a pour résultat des conditions de travail et de sécurité toujours plus déplorables.

Pour conclure, si la mécanisation de l’agriculture, la robotisation de l’industrie et la dématérialisation des services constituent indéniablement un progrès qui permet la suppression d’emplois pénibles et aliénants et un pas vers la fin du lien de subordination que constitue le salariat, il faut bien garder en tête que l’émancipation des travailleurs ne se fera clairement pas par la dérégulation de l’économie et le chantage à l’emploi, mais par un partage des richesses équitable qui permettra à chaque travailleur de s’imposer ses propres conditions de travail. Il est également urgent de questionner la signification de l’émancipation d’un travailleur ; l’objectif est-il de gagner un maximum d’argent tout en générant un minimum de coûts, ou alors de gagner suffisamment pour vivre tout en ayant une marge de manœuvre sur son temps, son environnement, son organisation et ses conditions de travail ?

1 : L’ubérisation correspond aux nouveaux modèles économiques d’entreprises où les consommateurs et les professionnels sont mis directement en relation via les nouvelles technologies. Elle est parfois présentée (à tort) comme un moyen d’inversion des rapports de forces via le numérique.

2 : L’expression « growth hacker », littéralement « hacker de croissance » est utilisée pour désigner une entreprise à la croissance économique tellement fulgurante qu’elle semble avoir été « piratée ». Les exemples les plus célèbres de « growth hacking » sont Facebook, Airbnb, YouTube ou encore LinkedIn.

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Pourquoi les abstentionnistes ne sont pas (forcément) anti-républicains

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Je ne suis pas une rebelle. Je ne suis pas une anarchiste pseudo-anti-système. J’ai participé à la campagne des départementales en 2015. J’ai toujours fait en sorte d’être une citoyenne et plus largement, une personne exemplaire. Je n’ai donc pas de leçon à recevoir. Mais pourtant j’ai fait partie des abstentionnistes.

Non pas que je me désintéresse de la vie politique, bien que la classe politique m’exaspère au plus haut point. Et bien sûr, je ne tiens pas à ce que le FN soit au pouvoir.

Mais s’il arrive au pouvoir, faut-il accuser les abstentionnistes ou le pouvoir en place qui n’essaie même pas de tenir ses promesses quelque soit sa couleur ? Et si ce parti est un réel danger pour la République, pourquoi l’autoriser et lui offrir une large tribune dans les médias ?

Non je ne suis pas allée voter. Car :
1) depuis que j’ai 19 ans, j’ai changé 6 fois de résidence que ce soit pour le travail ou les études
2) fin 2014, je me suis retrouvée au chômage et mes indemnités ont mis 4 mois à se débloquer : ma préoccupation principale était de payer mon loyer, mon prêt étudiant et me nourrir avec 0€ sur mon compte, tout en cherchant un travail dans ces conditions. Donc pardon si j’ai oublié de m’inscrire sur les listes électorales de mon lieu de résidence (toujours temporaire).
3) je pourrais me déplacer chez mes parents où je suis inscrite, mais encore une fois un aller-retour à 80€ minimum, c’est le prix pour accomplir mon devoir citoyen mais c’est aussi le prix de mon abonnement mensuel Navigo.
4) il y a la procuration, mais mes parents n’étant pas français, mon frère étant mineur et ma soeur se trouvant dans la même situation que moi (loin du domicile familial pour des études et peu de ressources financières), cette solution n’est tout simplement pas envisageable.

Conclusion : non seulement la classe politique ne nous donne pas envie de voter, mais en plus, elle ne nous facilite pas la tâche.

PS : la République aurait certainement obtenu mon suffrage si la promesse du droit de vote des étrangers avait été tenue ! 😉

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Éloge du culot

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Le culot.

Ce trait de caractère qu’on essaie de nous retirer lorsque nous sommes des enfants, mais qui devient si indispensable dans notre cruelle société.

Car le culot, c’est ce qui va faire que vous allez vers ce que vous désirez, mais c’est aussi ce qui fera que vous recevrez une belle gifle en retour, si vous échouez dans votre entreprise.

Quitte ou double. Marche ou crève.

Oui, le culot, dans cet incroyable élan romantique qu’on lui connaît, vous permettra de frapper à la porte de vos rêves, et peut-être même de l’ouvrir mais aussi de vous la prendre en pleine figure.

C’est aussi ce satané culot qui vous guidera dans l’appartement d’un charmant inconnu le temps d’une nuit que vous aurez du mal à assumer le lendemain, aussi bonne fût-elle.

Car oui, le culot a cette particularité d’être une arme fatale, celle qui est incroyablement puissante, mais qui a le goût du désespoir.

Ainsi, lorsque l’Âme est en détresse, le culot est le seul à pouvoir la sauver, car il est capable de transformer le désarroi en audace. Et comme chacun le sait, il n’y a que le culot qui paie.

[sic]

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