Pourquoi certains candidats aux municipales cherchent à « végétaliser » les quartiers populaires ?

“Végétaliser les milieux urbains”, c’est devenu l’argument tendance, à l’ère où les populations occidentales privilégiées souffrent “d’éco-anxiété” et où le  marketing vert prospère. Ainsi, les mesures proposées vont du simple potager collectif au remplacement des gares parisiennes pour y mettre des parcs. Ces idées peuvent donner envie, et même partir de très bonnes intentions. Seulement, elles sont bien souvent problématiques, et voici pourquoi.

  • Parler d’environnement pour dépolitiser la question de l’écologie

En effet, se limiter à des enjeux environnementaux et des solutions purement technologiques, c’est éviter de questionner les modèles économiques qui entraînent pollution et surconsommation des ressources de la planète. Ce procédé permet également de contourner la dimension impérialiste (existant également au niveau de la consommation dite “éthique”) du pillage de ces mêmes ressources.

 

  • Poursuivre la gentrification des centres-villes de banlieue ou de Province et de Paris intra-muros et accroître ainsi la fracture sociale

Par exemple, vouloir déplacer la gare de l’Est à Noisy-le-Sec pour la remplacer par un parc pose plusieurs problèmes sociaux bien que cette mesure permettrait une meilleure qualité de vie pour les habitants de ce quartier ; supprimer cette gare parisienne, c’est enclaver encore plus les banlieues Est de l’Ile-de-France desservies par les transiliens (elles le sont suffisamment), mais aussi repousser les habitants de Noisy-le-Sec encore plus loin, puisque l’agrandissement d’une gare provoque automatiquement une augmentation des loyers et du prix au mètre carré aux alentours. Ce mécanisme s’appelle la gentrification, et exclut automatiquement de l’amélioration des services publics et des infrastructures les populations les plus précaires.

Ainsi, l’argument de la réduction de la pollution pour défendre ce type de mesures n’est pas totalement fondé.

  • Le paradigme colonial sous couvert de sécurité

Il existe une autre mesure qui cache des motifs peu avouables : c’est la volonté de lutter contre le “bétonnage” en protestant contre les projets de construction de logements sociaux, quand les autres projets immobiliers passent sans problème. Lorsqu’on gratte le vernis (la préservation de la faune et la flore), on comprend que ce qui effraie derrière les logements sociaux, c’est le risque de délinquance, de saturation des services publics et baisse de valeur sur le patrimoine immobilier. Parce que les quartiers populaires sont automatiquement associés aux populations non-blanches (sur-représentées chez les pauvres), à l’insécurité et aux incivilités. A côté, il n’y a pas de revendication autour de services publics et infrastructures plus efficientes, ou de moyens favorisant la consommation raisonnées des ressources naturelles : ce n’est donc pas l’écologie qui motive ce combat, mais bien le racisme et l’imaginaire colonial vis-à-vis des habitant.e.s de quartiers populaires.

Finalement, lorsqu’on creuse jusqu’aux origines de cette envie de « végétaliser » les quartiers populaires (où les urgences sont ailleurs), on réalise que non seulement il n’y a pas de sincère volonté d’envisager politiquement le changement climatique, mais en plus il y a une suspicion relevant du racisme et/ou du mépris de classe envers les habitant.e.s de ces quartiers. Un exemple hautement symbolique de ce racisme sous couvert d’écologie, fut l’expulsion du camp de Roms du Samaritain, car il se trouvait sur l’itinéraire des chefs d’Etat se rendant à la COP21. En effet, vouloir végétaliser ces territoires avant de vouloir régler les problématiques urgentes, c’est considérer implicitement qu’ils sont trop “animalisés”. Outre ce sous-entendu déshumanisant, on entretient l’ensauvagement réel ou supposé de ces populations lorsqu’on ne travaille pas pour de meilleures conditions de vie et on ne progresse pas sur la question écologique sans politique de long terme (meilleur accès à la consommation raisonnée, encadrement des loyers pour une réelle mixité sociale sans accroître le phénomène de gentrification, transports en commun gratuits et plus efficients pour dissuader l’usage de la voiture, promotion du télétravail etc…)

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

Publicités

Pourquoi Mélenchon a raison de ne pas donner de consigne de vote

Avec un second tour Macron-Le Pen, les appels au fameux « Front Républicain » ne se sont pas fait attendre de la part des partis institutionnels qui ont « dirigé » la France durant ces dernières décennies. Pour qui sait analyser le contexte politique français, ces différents recours au « Front Républicain » ont la fâcheuse conséquence de participer à l’augmentation du score du FN à chaque échéance électorale. Pourtant, parmi les autres candidats, Philippe Poutou a fait le choix de ne pas donner de consigne de vote et de lutter contre le fascisme sur le terrain (c’est-à-dire dans la rue), et Jean-Luc Mélenchon a pris le pli de faire voter cette consigne par les militants qui ont soutenu sa candidature. 

Ces deux dernières décisions semblent les plus cohérentes, même si certains sont surpris que Mélenchon n’appelle pas à voter Macron, comme il avait appelé à voter Hollande en 2012.

Car :

  • La lutte antifasciste ne saurait se résumer à un bulletin de vote contre le FN, surtout quand il s’agit de voter pour un candidat qui instrumentalise les opportunismes de la « diversité » afin d’augmenter le score du FN qui sert d’épouvantail à chaque élection et qui permet de faire gagner automatiquement le candidat se retrouvant en face du FN au second tour.
  • Faire gagner Macron maintenant, c’est la quasi-assurance d’avoir Le Pen présidente en 2022, car le jeu dangereux du « Front Républicain » commence à toucher à sa fin et ne fait que retarder cette échéance.
  • La dynamique incroyable de la campagne de Jean-Luc Mélenchon s’est largement nourrie du mouvement Nuit Debout et de la contestation de la loi El Khomri (entre autres), mouvements largement investis par les milieux de gauche radicale abstentionnistes (libertaires, anarchistes, militants de quartiers populaires, groupes antifascistes et autonomes), et le chef de file de la France Insoumise l’a bien compris, car il a surfé sur cette tendance, de la même manière que Podemos est né du mouvement des Indignados en Espagne. 
  • La candidature de Jean-Luc Mélenchon a mobilisé de nombreux abstentionnistes habituels à la dernière minute lors de ces élections.

    . Il aurait donc tort stratégiquement parlant de se montrer condescendant à l’égard de cette cible électorale indécise.

  • La loi El Khomri n’est que le corollaire de la loi Macron, inapplicable sans cela. Il serait complètement incohérent de faire campagne en partie sur le retrait de la loi El Khomri,  et d’appeler à voter pour Emmanuel Macron, sous prétexte de Front Républicain.
  • Le contexte ici n’est pas celui de 2012. Mélenchon avait appelé à voter Hollande, car le programme de Hollande était un programme de gauche (qu’il a largement trahi lors de son quinquennat). Il n’a ensuite cessé de dénoncer les renoncements des différents gouvernements sous le règne de Hollande, dont Emmanuel Macron est un des rejetons.
  • Demander aux populations racisées de participer à ce « Front Républicain » en faisant « barrage » au FN (les populations racisées ne sont pas des castors, en 2017 il serait grand temps de s’en rendre compte) est particulièrement indécent (et paternaliste) quand on sait que le racisme de la classe politique française (de l’extrême-gauche à la droite républicaine) leur fait autant de mal, si ce n’est plus que celui qui existe au sein du FN ; en effet, ce racisme structurel nourrit l’agenda politique du FN, qui n’a plus besoin de faire le sale boulot tellement les propos et actes racistes prolifèrent ailleurs. Ainsi, le « Front Républicain », n’est qu’un outil de plus pour asseoir le privilège blanc au sein de la société, puisque l’épouvantail du FN permet de fermer les yeux sur le racisme qui existe ailleursExtrait du livre
  • Jean-Luc Mélenchon ne peut pas non plus empêcher ceux qui voudraient voter pour Macron afin de retarder l’échéance de le faire ; ce dernier souffle du « Front Républicain » pourrait aussi être une nouvelle impulsion d’une véritable lutte antifasciste et antiraciste qui a déjà commencé.

Ainsi, dans ce contexte, les trois solutions (vote blanc, abstention ou vote Macron) sont pertinentes, c’est pourquoi la consigne de vote (ou de non-vote) est superflue.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

De l’agonie des institutions politiques

La crise politique en France existe depuis longtemps. Mais personne ne la voyait. Ou personne ne voulait la voir. Pire, elle est devenue [presque] normale. Les abus de confiance, les abus de pouvoir, la justice à 2 vitesses font désormais partie du paysage politique. Avec ceci, la dépolitisation des sujets de société (violences envers les femmes, sexisme, racisme…), la standardisation et l’automatisation des institutions qui ont conduit à leur déshumanisation.

Or, si les lanceurs d’alertes sont encore trop peu nombreux à pointer du doigt les insuffisances de ce modèle, il y a tout de même un nombre assez incroyable de personnes qui n’hésitent plus à brandir toutes sortes d’épouvantails afin de sauvegarder la « démocratie ».

200 (1).gif

Pourtant, le modèle de la Vème République française, n’a plus grand-chose de démocratique, si ce n’est son droit de vote. Droit de vote qui sert à choisir des représentants aux pleins pouvoirs qui ne représentent presque plus personne.

En effet, le droit de vote est surtout instrumentalisé pour préserver un modèle dont les limites [aur]ont eu raison de lui, jusqu’à le conduire aujourd’hui en fin de vie. Il n’a donc plus aucune influence concrète sur notre quotidien.

Cependant, peut-on en déduire que le vote est inutile ? Tout dépend du message que l’on souhaite faire passer. Si on estime que le système peut très bien survivre à condition qu’on lui réinjecte de l’adrénaline à base de « fronts » ou encore « sursauts républicains », il faut continuer à voter « utile », c’est-à-dire pour les partis qui se sont toujours distribués le pouvoir. Dans cette solution, les courants politiques dissidents n’auront pas d’autres choix que de se greffer au pouvoir en place, ou de mourir. Si ce n’est qu’une question de candidats qui ne répondraient pas aux besoins des électeurs, voter blanc pourrait suffire, bien que ce vote ne soit pas reconnu à égalité avec celui pour un parti. Enfin, s’il s’agit d’exprimer un rejet de ce système électoral, le vote, qu’il soit blanc ou exprimé, est inutile.

Inutile, car si on veut passer à autre chose, maintenir sous perfusion une entité qui ne demande qu’à être débranchée, c’est juste de l’acharnement thérapeutique.

On peut donc se demander quelles sont les solutions qui s’offrent à nous. Réveiller le peu de vie qu’il reste à notre système politique en lui infligeant une violente cure d’électrochocs ? A part prolonger notre calvaire par peur de l’inconnu, cela ne changera rien. Ou l’abandonner à son triste sort, afin d’en faire le deuil et d’y trouver une alternative crédible, qui tendrait vers une démocratie directe, avec un vote blanc [vraiment] reconnu, un [réel] non-cumul des mandats et des élus révocables.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

Pourquoi les abstentionnistes ne sont pas (forcément) anti-républicains

image

Je ne suis pas une rebelle. Je ne suis pas une anarchiste pseudo-anti-système. J’ai participé à la campagne des départementales en 2015. J’ai toujours fait en sorte d’être une citoyenne et plus largement, une personne exemplaire. Je n’ai donc pas de leçon à recevoir. Mais pourtant j’ai fait partie des abstentionnistes.

Non pas que je me désintéresse de la vie politique, bien que la classe politique m’exaspère au plus haut point. Et bien sûr, je ne tiens pas à ce que le FN soit au pouvoir.

Mais s’il arrive au pouvoir, faut-il accuser les abstentionnistes ou le pouvoir en place qui n’essaie même pas de tenir ses promesses quelque soit sa couleur ? Et si ce parti est un réel danger pour la République, pourquoi l’autoriser et lui offrir une large tribune dans les médias ?

Non je ne suis pas allée voter. Car :
1) depuis que j’ai 19 ans, j’ai changé 6 fois de résidence que ce soit pour le travail ou les études
2) fin 2014, je me suis retrouvée au chômage et mes indemnités ont mis 4 mois à se débloquer : ma préoccupation principale était de payer mon loyer, mon prêt étudiant et me nourrir avec 0€ sur mon compte, tout en cherchant un travail dans ces conditions. Donc pardon si j’ai oublié de m’inscrire sur les listes électorales de mon lieu de résidence (toujours temporaire).
3) je pourrais me déplacer chez mes parents où je suis inscrite, mais encore une fois un aller-retour à 80€ minimum, c’est le prix pour accomplir mon devoir citoyen mais c’est aussi le prix de mon abonnement mensuel Navigo.
4) il y a la procuration, mais mes parents n’étant pas français, mon frère étant mineur et ma soeur se trouvant dans la même situation que moi (loin du domicile familial pour des études et peu de ressources financières), cette solution n’est tout simplement pas envisageable.

Conclusion : non seulement la classe politique ne nous donne pas envie de voter, mais en plus, elle ne nous facilite pas la tâche.

PS : la République aurait certainement obtenu mon suffrage si la promesse du droit de vote des étrangers avait été tenue ! 😉

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

De la victoire [historique] du Seigneur des Ténèbres au Pays des Lumières

image

25 mai 2014. Le jour où la France des Lumières se retrouva plongée dans les Ténèbres du nationalisme.
Décadence orchestrée de façon plus ou moins consciente par le peuple français lui-même et ses élites.

Car, [bien sûr], chacun rejettera la faute sur l’autre, et ce, sans jamais se remettre en question. Et évidemment sans jamais se rendre compte que c’est cette non-remise en question qui nous a entraînés dans le noir.
(Dans le « brun » plutôt)

Et dans cette descente fatale, certains tenteront de tirer leur [maigre] épingle du jeu, et de ramener la lumière sur leur [piètre] ego. Je parle de ces pseudo-artistes (que je ne citerai point) qui s’inventeront un engagement « anti-FN ». Ces « Tartuffe » de la scène française sont trop aveuglés par leur quête de promotion à moindre frais, qu’ils ne réalisent pas que leur combat feint entrave celui de ceux qui se battent depuis longtemps sur le terrain des idées mais qu’on oublie faute de « buzz » suffisamment percutant. [En effet, les expériences passées nous ont prouvé que le militantisme anti-quelque chose est souvent contreproductif.]

Ainsi, chacun scrutera ce qui se trouve dans l’assiette du voisin, au lieu de penser à comment remplir la sienne. Le droite blâmera la gauche incompétente et/ou peu crédible ; gauche qui fustigera le peu de moralité de la droite.

Face à ces deux entités antagonistes, on trouvera un centre uni certes, mais peu fiable car opportuniste, et des tas de petits partis qui représentent un certain renouveau, mais qui manquent [hélas] de visibilité.
Autant dire que l’offre politique française est aujourd’hui de piètre qualité.
Et au-dessus de tout ceci, règne le spectre de la Marque des Ténèbres ; spectre dont la flamme a tant été agitée par tous ceux qui ont œuvré pour sa visibilité.

Or qui peut prétendre percevoir la lueur sombre des Ténèbres quand ces dernières sont exposées en pleine lumière du jour, si ce ne sont ceux qui connaissent leurs méthodes d’infiltration [des Ténèbres] ?

Hélas, plutôt que d’empêcher cette sombre lueur de se répandre dans l’atmosphère, on préfèrera la laisser sous les projecteurs sous prétexte de la « rediaboliser » ; et ce, après avoir perdu la confiance du peuple.
Pire, on rejettera la faute du triomphe de la Force Obscure sur ceux qui ne comptent d’ores et déjà plus sur l’appareil politique dans leur quête de luminosité.

La triste moralité de cette histoire est que dans notre beau pays, jadis des Lumières, lorsqu’il y a une panne [généralisée et nationale] de courant, on préfère aujourd’hui pointer un doigt accusateur sur l’agent EDF qui bénéficie de l’énergie à des tarifs préférentiels, plutôt que de réfléchir sur la fiabilité du système de distribution de l’électricité.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00