Pourquoi l’argent ne protège jamais du racisme

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Il existe beaucoup de fantasmes autour l’appartenance à la classe bourgeoise lorsqu’on n’est pas blanc ; contrairement à ce que l’on pourrait croire, la possession de patrimoine n’atténue ni ne neutralise la charge raciale. En effet, l’intersection entre classe et race fonctionne de manière bien plus complexe. Explications.

 

  • Posséder des richesses n’est pas toujours visible, et même quand c’est le cas, ceci n’empêche pas le racisme

On peut très bien se faire contrôler au faciès, ne pas obtenir un logement qu’on a les moyens de payer, ou ne pas obtenir un emploi sur la base de préjugés raciaux, tout en appartenant à une classe sociale aisée.

  • Dans les milieux sociaux aisés, la charge raciale peut-être encore plus intense

Les personnes non-blanches ayant accès aux espaces de l’élite sont plus exposées au syndrome de l’imposteur, et sont aussi dans une situation particulièrement inconfortable lorsqu’elles sont ramenées à leurs origines. Cette charge raciale exacerbée a un impact négatif sur leur santé mentale.

  • Le rapport à l’argent chez les non-blancs est différent, notamment parce que le racisme précarise, mais pas seulement

Là où les personnes blanches et bourgeoises apprennent à investir, épargner et placer leur argent de manière à faire fructifier leur patrimoine, les comportements financiers peuvent différer chez les non-blancs lorsqu’ils n’ont pas l’habitude d’être exposés à l’argent et/ou qu’ils éprouvent soit la peur de manquer (achats compulsifs, surconsommation) à cause d’une précarité/pauvreté passée, soit de la culpabilité (générosité excessive) vis-à-vis de leur communauté ou de leur famille qui n’ont pas accès au même niveau de richesse. Ce rapport complexe à l’argent peut donc rendre le maintien dans les classes supérieures temporaire, et faire basculer dans la précarité à tout moment.

 

Parler de racisme, c’est inévitablement parler de rapport au corps, au langage, mais aussi à la santé, à l’argent ou au travail ; ce qui en fait une question profondément sociale, au même titre que celle de genre ou de classe.

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Luttes contre le racisme structurel dans la police : comment dépasser les victoires symboliques (2/2)

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Il y a eu des condamnations et des réactions du pouvoir exécutif. Pour autant, ce n’est pas suffisant, puisque la police a encore le pouvoir de tuer. Si nous progressons vers la justice, nous n’en sommes pas encore au stade de l’égalité et de la dignité face aux forces policières.  Comment faire pour avancer plus loin ? Voici quelques pistes de solution.

  • Développer notre puissance

Se renforcer ne passe pas uniquement par la construction d’une élite (plus ou moins autonome) et/ou l’intégration des lieux de pouvoir. Il faut également transmettre et partager ses savoirs et savoir-faire, et donner de la force en priorité à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Les moyens à notre portée sont multiples ; nous pouvons donc choisir ceux qui donnent les meilleurs résultats (engagement associatif, politique, investissements et dons humanitaires, production académique, entreprenariat social, art, etc…)

  • Assurer un minimum de coordination sur le long terme

Les avancées d’aujourd’hui sont partiellement dues à un concours de circonstances, plus ou moins heureux. Seulement, nous ne pourrons pas compter sur des paramètres beaucoup trop aléatoires à chaque fois. Se coordonner ne signifie pas soutenir toutes les initiatives inconditionnellement ; c’est déjà respecter la diversité militante, en acceptant les divergences d’opinion et d’intérêt, et en valorisant la sincérité de l’engagement.

  • Créer des liens de solidarité durables

Si l’essentiel du travail se fait en dehors des structures, il ne faut pas négliger l’impact des relais internes capables de construire des ponts.

Finalement, pour déplacer la norme du racisme et enfin inverser le rapport de forces, nous devons d’abord augmenter notre pouvoir avant de percevoir une diminution de ce qui nous opprime.

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Pourquoi la lutte contre le racisme policier progresse enfin (1/2)

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À la suite des révoltes provoquées aux Etats-Unis et France par le meurtre de George Floyd, l’enquête sur la mort d’Adama Traoré va enfin dans le sens des revendications de justice et de vérité de la famille victime. Avant ceci, Amal Bentounsi avait déjà réussi à faire condamner officiellement le policier Damien Saboudjan qui a tué son frère en lui tirant dans le dos. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur décide de sanctionner des policiers dont le racisme a été étalé au grand jour.

Pourtant, cette lutte ne date pas d’hier, et jusqu’à aujourd’hui, les institutions faisaient la sourde oreille. Il est donc légitime de s’interroger sur ce qui a fini par les mobiliser. Voici quelques éléments de réponse.

 

  • La lutte contre le racisme policier est un besoin D.U.R (Douloureux-Urgent-Reconnu)

Douloureux, car ce racisme brise de nombreuses vies et de nombreuses familles. Urgent, car pour nous, la charge raciale qui nourrit la peur de mourir après avoir croisé la police est constante. Reconnu, parce que des générations entières de militants travaillent de manière continue pour dénoncer ce racisme systémique.

  • L’organisation et la coordination efficaces finissent toujours par payer

Ce ne sont pas les manifestations seules qui ont provoqué une réaction du pouvoir. Ni les révoltes. Ni la parole de quelques célébrités. C’est la coordination simultanée des acteurs dans la rue, dans les médias, dans la sphère associative et des relais institutionnels qui a permis ce progrès, et rien d’autre. La segmentation des actions isolées coûte plus qu’elle ne rapporte ; c’est pourquoi il est important de les fusionner et de ne saboter aucune initiative.

  • Un contexte de crise sanitaire et économique qui accentue le besoin de revendication sociale

La crise du COVID-19, a précarisé de nombreux ménages, notamment à cause du confinement. Cette fragilité a permis une prise de conscience collective sur le caractère éphémère de la vie humaine, et donc sur la nécessité de vivre l’instant présent, de ne pas attendre les lendemains pour passer à l’action et se mobiliser.

Finalement, on peut constater que l’inefficacité des performances antiracistes symboliques a été démasquée. Pour autant, le combat est loin d’être achevé. En effet, nous ne pouvons et ne devons pas compter sur les opportunités des prochains crimes pour le faire avancer encore plus loin. Ce qu’il faut, en plus de rendre hommage aux avancées déjà accomplies, c’est continuer à œuvrer pour faire en sorte que ce soit la police qui craigne les représailles du racisme ; car pour l’instant, nous en sommes encore à avoir peur de croiser la police.

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Pourquoi il faut arrêter de confondre idéologie et luttes d’intérêts

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Lorsqu’on s’engage concrètement, on réalise bien assez tôt qu’il y a un écart (plus ou moins important) entre ses intimes convictions, l’adhésion à une idéologie et la réalité de ses propres actions sur le terrain des luttes de pouvoir.

Cette différence est souvent perçue comme problématique, et utilisée parfois à des fins d’invective personnelle. Pourtant, vouloir à tout prix modifier la réalité pour qu’elle colle à des idéaux théoriques s’avère contre-productif la plupart du temps. Voici pourquoi.

  • Percevoir les luttes d’intérêts sous un prisme moral empêche toute forme de réflexion stratégique efficace

D’une part parce qu’il faut garder un minimum de rationalité froide pour mettre toutes les chances de son côté dans la lutte, d’autre part parce que la notion de morale (le Mal versus le Bien), contrairement à l’éthique (basée sur un socle de valeurs) évacue toute forme de nuance, nécessaire à une gestion saine des émotions et à la construction de liens durables.

  • La dissonance cognitive peut générer de la souffrance lorsque nos propres intérêts entrent en contradiction avec nos idéaux

Et il est plus accessible d’adapter ses croyances (qui relèvent de perceptions internes) que d’agir sur un contexte où on n’a pas de pouvoir direct.

  • Une idéologie sert de repère théorique fixe, alors que les luttes d’intérêts sont constamment en mouvement selon leur contexte

Les paradoxes et contradictions font donc naturellement partie intégrante d’un parcours militant au fil des années. Ce n’est donc pas un problème en soi, mais plutôt une étape obligatoire d’un processus stratégique qu’il faut apprendre à dépasser.

Finalement, si des idéaux permettent de construire des valeurs communes pour générer des actions dans le but de gagner des combats, leur préservation n’est pas une fin en soi. Le purisme militant n’a donc pas lieu d’être, et relève plus d’une dérive sectaire que d’une réelle victoire idéologique.

 

 

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Que faire de nos monstres [indigènes] ?

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Ici les monstres ne sont pas [seulement] des traîtres [à leur race]. Ce sont des êtres humains qui, à trop vouloir s’inclure dans une société qui les rejette en bloc, ont perdu leur dignité au passage. Comme le précise Houria Bouteldja dans « Les Blancs, les Juifs et nous », nous sommes fêlés. Parce que nous bénéficions du passé-présent colonial français, tout en continuant à en souffrir à travers le racisme structurel.

Une fêlure peut se camoufler dans un premier temps, le temps de prendre du recul. Puis, elle peut nous embellir, ou nous briser, selon le destin qu’on lui offre : soit on l’assume au grand jour, soit on la méprise. Celles et ceux que l’on désigne grossièrement comme « soumis » au champ politique blanc se laissent souvent détruire par leur propre honte. La question ici est donc de savoir si cette rupture est irréversible, et si on peut encore récupérer, réparer et enfin sauver celles et ceux d’entre nous se laissant tenter par la voie de l’aliénation.

  • Nous devons prendre en compte la réalité de la charge raciale et de ses conséquences

Et donc que l’aliénation à laquelle nous sommes constamment exposés en découle directement.

  • Nous devons oublier l’utopie de la décolonisation/déconstruction des indigènes sociaux

Car elle est à la fois coûteuse en énergie, et génératrice de nouveaux problèmes (situations de harcèlement notamment), donc improductive.

  • Nous devons ouvrir la porte de la rédemption

Parce que « dévier politiquement » n’est ni une fatalité, ni une situation permanente et irréversible, il faut être en mesure de pardonner les manquements à la solidarité, sans pour autant trop investir de confiance. Ces erreurs de parcours, font partie intégrante d’un processus de politisation, et représentent également un des aspects du visage du racisme structurel ; il faut donc s’attendre à les croiser.

  • Eviter le piège de la récupération raciste de bas étage

Considérer un.e indigène monstrueux comme un.e Arabe ou un.e Noire « de service », c’est accepter de nous renvoyer et nous réduire à notre propre race. C’est également nous essentialiser, et nous donner l’injonction de prêter allégeance à la cause antiraciste.

Seulement, ce n’est pas à nous de déconstruire les indigènes sociaux de leur aliénation raciste (ce processus individuel relève de la liberté de chacun.e) car nous luttons contre une idéologie, pas contre les personnes qui y sont coincées.

  • Garder en tête que ces monstres sont les outils d’un pouvoir raciste, et non les têtes pensantes

Les indigènes sociaux ne sont pas en mesure d’être les instigateurs d’un pouvoir raciste à l’encontre de leurs intérêts, ils n’ont que 2 choix possibles ; s’y soumettre ou y résister.

  • Personne n’est à l’abri de glisser vers le rôle du monstre en cas de difficulté

Se plier à une idéologie raciste, et adopter des stratégies dites intégrationnistes ne relève que très rarement d’un choix libre et éclairé ; il s’agit en réalité bien souvent de réflexes de survie.

Finalement, ce n’est qu’en renforçant les liens de solidarité entre indigènes sociaux de manière durable, dans le but de construire des alternatives aux systèmes racistes que l’on peut se prévenir de la création de nouveaux monstres. Nous devons donc rejeter l’indignité de leurs comportements toxiques car nous en payons collectivement le prix aujourd’hui, mais aussi refuser fermement les attaques racistes à leur égard, parce que là aussi, c’est le collectif qui est visé.

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Les raisons pour lesquelles l’engagement peut nous rendre malheureux

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Dans n’importe quel espace militant, le constat est unanime : il existe un mal-être, une souffrance générale de plus en plus perceptible. Pourquoi, et surtout, comment on en arrive là ?

Voici une liste (non-exhaustive) de pistes de réflexion :

 

  • Organisations du travail pathogènes

L’absence de procédures claires de travail, d’outils de gestion de projet, voire de vision précise, conduit à une organisation instable et stressante pouvant mener à des burn-out à cause d’une surcharge de travail.

  • Impunité des agresseurs et des personnes violentes

Cette impunité entretient la violence de l’écosystème, et exclut de facto les victimes, peu importe leur apport au sein des structures militantes ; puisque ce ne sont pas les compétences qui sont préservées, mais bien les leviers d’image (à tort).

Cette inertie empêche également la protection des lanceurs d’alertes, malgré la loi Sapin 2 qui oblige pourtant toutes les organisations à disposer d’un système de recueil des alertes en interne.

  • Manque de réflexion politique et économique dans la gouvernance des structures associatives

On oublie souvent de se poser la question du niveau de prise en compte de la parole des personnes concernées (notamment en termes de temps consacré), de leur niveau d’investissement et de responsabilité dans une structure qui s’adresse à elles. On néglige également la question du financement de l’association, et à quel moment on choisit de professionnaliser une partie ou la totalité de ses activités.

Eviter ces questions pourtant primordiales, c’est s’exposer à une mauvaise articulation entre travail salarié et bénévolat (risques de travail dissimulé), un manque de moyens financiers et/ou d’indépendance financière pour fonctionner correctement, des indicateurs de performance inadéquats par rapport aux objectifs des structures associatives, et à une logique de réponses à des appels d’offres et de prestations de services qui ne permettent pas d’être propriétaire de son calendrier.

 

  • Absence d’une charte éthique claire

Si des règles peuvent se mettre en place de manière informelle, il n’est pas dit qu’elles soient cohérentes avec la vision d’une structure. D’où l’intérêt de les définir clairement le plus tôt possible.

Il existe également une culture du sacrifice très présente dans le milieu associatif, où faire passer le bien de la structure avant celui des personnes qui la composent est hautement valorisé, bien que dangereux et improductif.

  • Mauvaise gestion des conflits

Sous prétexte de débat, on légitime la violence de réels conflits, en laissant libre cours à tout type de violences, notamment dans la manière de communiquer.

  • Ruptures douloureuses

Dans un environnement ultra-conflictuel, les liens ne peuvent être préserver et mènent vers des ruptures coûteuses socialement parlant, en plus des projets avortés.

  • Manque de remise en question des comportements toxiques

Lorsqu’il n’y a pas de relation de confiance installée, on préfère laisser des comportements toxiques se développer par crainte de rupture. C’est malheureusement ainsi que les situations conflictuelles s’enveniment :  c’est pourquoi il faut remettre en question les comportements, en les détachant des personnes qui en sont responsables (ils ne sont heureusement pas irréversibles).

  • Energie concentrée sur ce qui ne dépend pas de nous

Réclamer ce qu’on n’a pas aux autres, sans entretenir ce qu’on a déjà pour avancer est une stratégie vouée à l’échec. En effet, parce qu’on n’a aucun pouvoir direct sur les décisions institutionnelles, demander qu’elles changent, sans agir à son niveau, empêche de percevoir les progrès que l’on fait, et finit par décourager l’ensemble des efforts fournis.

  • Manque de renouvellement des modes d’action

Il y a beaucoup de réflexes militants qu’on ne questionne plus, même lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous :  ces répétitions finissent par épuiser les forces d’engagement sur le long terme.

  • Concentration des pouvoirs et de la charge mentale sur une poignée de personnes

Outre les risques liés aux abus et au culte de la personnalité, ceci empêche à la fois la distribution du pouvoir et l’émergence de nouveaux leaders capables d’augmenter la force collective.

  • Critiques non constructives

Lorsque les critiques sont émises uniquement pour se soulager en rabaissant autrui, et non dans le but d’une réussite collective, elles peuvent être perçues comme violentes par celleux qui les reçoivent et entraver toute construction de lien et/ou de projet commun.

  • Marché militant segmenté mais non ciblé

Aujourd’hui, notre environnement militant fonctionne comme un marché où tout le monde se dispute les parts, mais où personne (ou presque) ne se pose la question des besoins du public qu’on cible. Cette logique hyperconcurrentielle empêche toute construction de pouvoir collectif durable, en plus de ne pas répondre aux problématiques communes.

  • Invasion de la vie militante dans la vie privée

Que des liens d’ordre privé se créent dans un environnement militant n’est pas un problème. Mais que des militants se mêlent de la vie privée d’autrui, ou que la vie militante ne laisse plus de place à une vie privée peut s’avérer destructeur. Le développement collectif ne doit jamais être prétexte pour des sacrifices individuels ; lutter pour une justice sociale en laissant des individus sur le bas-côté n’a aucun sens.

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Des usages [abusifs] du storytelling

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Le storytelling est un procédé marketing (d’ailleurs souvent utilisé dans la publicité) puissant ; en effet, il permet de captiver son audience à partir de sa sensibilité et de ses besoins, dans le but d’obtenir de sa part du soutien, une adhésion, un engagement, de l’investissement ou même un achat. C’est d’ailleurs la meilleure méthode à exécuter si c’est ce qu’on cherche.

Or, le storytelling comporte des limites, notamment dans les cas qui vont suivre.

  • Ce n’est pas un outil d’analyse

….Parce que c’est un outil de vente ! Et c’est pour cette raison qu’il a été créé. Et pour vendre, il ne faut pas chercher à analyser, ni à trouver la vérité, mais à persuader.

Ainsi, si le storytelling est intéressant lorsqu’on cherche à mobiliser autour d’une idée et/ou d’un produit, il ne l’est pas lorsqu’on cherche à valider, vérifier, confirmer des faits ou un phénomène. C’est pourquoi une juxtaposition de témoignages racontant des histoires personnelles ne fait pas office de preuve factuelle, même si cela permet de donner vie à des idées, et de fédérer autour d’elles.

  • Il peut empêcher la réflexion politique

Vouloir mobiliser en persuadant sans informer correctement des faits en amont ne fonctionne pas sur le long terme : en effet, pour garantir une adhésion réelle, il faut convaincre.

Ceci passe par du débat, des interactions, l’acceptation des divergences de chacun.e avant de pouvoir atteindre une vision collective (et ceci prend du temps !) ; ce que le storytelling ne permet pas, parce que justement, il vise à limiter toute discussion pour obtenir une adhésion le plus rapidement possible.

  • Il peut entretenir et développer un culte de la personnalité lorsqu’il est utilisé pour mettre en avant des individus

Si la valorisation de parcours individuels inspirants peut créer une énergie d’excellente qualité, cette mise en lumière peut créer des biais de manipulation et de domination dont on se passerait bien en contexte militant. En effet, en donnant de la force à une poignée de personnes, on prend le risque de confier du pouvoir (pas forcément utilisé à bon escient), tout en le retirant à d’autres, qu’on le veuille ou non.

C’est pourquoi il faut donner de l’importance aux personnes partageant les mêmes valeurs que soi, d’une part, mais aussi s’assurer que cette force soit redistribuée équitablement, d’autre part.

En somme, le storytelling peut être un outil puissant lorsqu’on cherche à promouvoir une action (de préférence collective) qu’il ne faut pas hésiter à utiliser quand c’est nécessaire. Cependant, cet usage ne doit pas faire l’économie d’un travail de politisation, d’analyse factuelle, et de conscientisation dans le souci d’une éducation populaire, si on veut qu’il soit efficace de manière authentique.

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Pourquoi nos responsables politiques n’en sont pas

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La crise sanitaire que nous traversons en ce moment a révélé les preuves d’irresponsabilité, de manque d’exemplarité, d’inconscience et de déconnexion totale des personnes se trouvant au pouvoir. Ceci est déplorable à plusieurs niveaux, notamment parce que c’est la population qui va en payer les conséquences économiques et sociales au prix fort. Si, bien sûr, la pression de telles responsabilités est difficile à assumer, il convient de réfléchir aux causes et aux origines de tels comportements.

  • Ils sont dans le déni et inconscients du biais de normalité qui les conditionnent

Parce que la déconnexion du fait de leur fonction et de leur pouvoir leur fait perdre conscience vis-à-vis de la réalité, et rend la peur du ridicule plus déterminante que la peur du danger imminent dans leurs actions. C’est pour cette raison précise que l’action politique est souvent plus tournée vers la communication que vers la prise de décision pragmatique pour l’intérêt général.

  • Ils n’assument ni leurs actes ni leurs erreurs

Car c’est impossible de le faire lorsqu’on est beaucoup trop déconnecté de la réalité. Il n’est d’ailleurs pas rare en effet que nos responsables politiques soient convaincus de la viabilité de leurs choix. La peur du ridicule, mais aussi celle de la perte de pouvoir, les empêchent également d’admettre leurs erreurs ; car le sentiment de vulnérabilité suscité par cet aveu serait perçu comme une perte de crédibilité, et une détérioration de leur image.

  • Ils utilisent leur temps pour se décharger de leurs responsabilités au lieu de l’utiliser pour trouver des solutions

Là où prendre leurs responsabilités en devenant conscients du biais de normalité, et en agissant dans ce sens pour tirer des leçons positives de leurs erreurs, leur réflexe est souvent de se décharger en culpabilisant collectivement la société pour leurs propres choix et décisions. Il s’agit ici de comportements toxiques qui rendent impossible toute tentative de construction saine de lien entre les responsables politiques et le reste de la société.

Dans ce contexte, utiliser son énergie pour déverser sa colère inaudible sur nos dirigeants relève du gaspillage et sera forcément stérile et non constructif. En effet, il est essentiel de sortir de ce cercle vicieux de comportements toxiques en commençant par ne pas les reproduire pour prendre du recul et poser des limites. Ensuite, on pourra être dans une démarche d’organisation collective en faisant passer nos priorités et nos urgences avant toute échéance institutionnelle.

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Dépasser la solution du boycott pour mieux résister

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Boycotter est devenu un réflexe lorsqu’on cherche à consommer de manière plus éthique. Pourtant, s’il est cohérent car il permet de diminuer la dissonance cognitive de chaque militant.e souhaitant agir en adéquation avec les valeurs qu’iel défend (les appels au boycott sont d’ailleurs de bonnes sources d’information pour de l’éducation populaire), ce comportement conserve tout de même des limites. Nous verrons ici lesquelles.

  • Boycotter, ce n’est pas toujours possible

Soit parce qu’il n’y a pas d’alternative, soit parce que les rares présentes sont inconnues ou inaccessibles. A noter que le comportement de boycott requiert une charge mentale supplémentaire et la disponibilité nécessaire pour l’accueillir.

  • Le mépris de classe à l’égard de celles et ceux qui ne peuvent pas toujours boycotter

En effet, demander à des classes populaires de se restreindre au nom du boycott, c’est ignorer la puissance du marketing et de son influence sur le cerveau, et donc le comportement du consommateur. Il est extrêmement complexe de s’émanciper de ces procédés, même lorsqu’on a conscience de leur existence, puisqu’ils agissent le plus souvent sur notre subconscient.

De plus, c’est la restriction cognitive (très présente chez les plus précaires ayant peur de manquer) qui génère la consommation déraisonnée ; parler de consommation éthique ou de boycott dans ces cas de figure est donc inadapté.

  • La police militante transforme le boycott en élitisme et crée des situations de harcèlement contre-révolutionnaires

Le fait de pouvoir choisir de manière éclairée ce que l’on consomme, de se passer de certains produits (parce qu’on a des alternatives ou qu’on a les moyens de lâcher prise) relève donc du privilège social. Le boycott devient ainsi de plus en plus inaccessible, faute de pouvoir le démocratiser.

En effet, en le réservant à une élite, non seulement c’est inefficace et contre-productif, mais en plus, on crée une pression, des mécanismes de domination, pouvant créer des situations de harcèlement sans même s’en rendre compte.

  • Favoriser les initiatives positives, créatives et entrepreneuriales peut s’avérer encore plus puissant que le boycott à lui-seul

Enfin, le meilleur moyen de tendre vers des habitudes de consommation plus saines, c’est de proposer de réelles alternatives ! Par exemple, pour la question palestinienne (en plus du boycott des produits et institutions israéliennes), soutenir l’économie palestinienne et valoriser la culture palestinienne (gastronomie, traditions, danse, cinéma, littérature, poésie…) est une étape fondamentale pour mieux résister.

Même si le boycott a déjà obtenu des victoires, il n’est pas une fin en soi, mais un moyen, parfois beaucoup trop complexe à mettre en place. A noter également, que le boycott culturel, institutionnel et médiatique est bien plus puissant que celui mis en place au niveau individuel du consommateur lambda. Sans oublier que le meilleur moyen de tendre vers un boycott, c’est de proposer des alternatives crédibles et accessibles avant de faire des injonctions, tout en restant bienveillant.e avec celles et ceux qui boycottent de manière imparfaite.

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Le pantouflage, véritable raison du manque de représentativité des responsables politiques

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Le pantouflage désigne le phénomène des hauts fonctionnaires qui terminent leur carrière dans des entreprises privées. En effet, aujourd’hui, les élus craignent plus ceux qui financent leurs campagnes électorales que le résultat des urnes. Pourquoi ?

  • Leur ambition principale n’est pas de représenter le peuple

Outre l’attrait pour les fonctions avec du pouvoir, l’accès à ces positions est de moins en moins motivé par le désir de transmettre la volonté du peuple, mais par celui de défendre une idéologie dominante, voire leurs intérêts personnels.

  • Leurs décisions ne servent pas l’intérêt général, mais des intérêts privés

En effet, les décisions prises durant leurs mandats ne servent pas toujours l’intérêt général, contrairement à ce qui est affiché. La récente réforme des retraites par exemple, a été imposée par 49-3 (malgré le fait que la majorité parlementaire corresponde à la majorité présidentielle), contre l’opinion populaire, et même s’il a été prouvé que cette réforme ne permettait pas de faire des économies au niveau du budget de l’Etat ; en effet, les seuls gagnants ici seront les fonds de pension privés. La question a d’ailleurs été posée lorsque des représentants de Blackrock ont été reçus à l’Elysée.

  • L’accès au pouvoir représente une étape pour atteindre leur objectif réel

La défense d’intérêts privés lors d’un mandat dans la fonction publique n’est pas forcément illégale, et peut s’avérer juteuse lorsqu’une fin de carrière est négociée au profit du fonctionnaire concerné. On est donc en droit de se demander quels sont ces objectifs quand les élus et représentants ne font rien pour satisfaire celles et ceux qui les ont mis au pouvoir.

Dénoncer le pantouflage est essentiel : c’est pourquoi il faut mettre en place des procédures de protection pour les lanceurs d’alertes. Or, c’est loin d’être suffisant. Si on veut donner des responsabilités uniquement à des personnes motivées par l’intérêt général et la qualité du service public, c’est sur les moyens d’accès au pouvoir qu’il faut agir de façon durable.

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