Pourquoi la lutte contre le racisme policier progresse enfin (1/2)

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À la suite des révoltes provoquées aux Etats-Unis et France par le meurtre de George Floyd, l’enquête sur la mort d’Adama Traoré va enfin dans le sens des revendications de justice et de vérité de la famille victime. Avant ceci, Amal Bentounsi avait déjà réussi à faire condamner officiellement le policier Damien Saboudjan qui a tué son frère en lui tirant dans le dos. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur décide de sanctionner des policiers dont le racisme a été étalé au grand jour.

Pourtant, cette lutte ne date pas d’hier, et jusqu’à aujourd’hui, les institutions faisaient la sourde oreille. Il est donc légitime de s’interroger sur ce qui a fini par les mobiliser. Voici quelques éléments de réponse.

 

  • La lutte contre le racisme policier est un besoin D.U.R (Douloureux-Urgent-Reconnu)

Douloureux, car ce racisme brise de nombreuses vies et de nombreuses familles. Urgent, car pour nous, la charge raciale qui nourrit la peur de mourir après avoir croisé la police est constante. Reconnu, parce que des générations entières de militants travaillent de manière continue pour dénoncer ce racisme systémique.

  • L’organisation et la coordination efficaces finissent toujours par payer

Ce ne sont pas les manifestations seules qui ont provoqué une réaction du pouvoir. Ni les révoltes. Ni la parole de quelques célébrités. C’est la coordination simultanée des acteurs dans la rue, dans les médias, dans la sphère associative et des relais institutionnels qui a permis ce progrès, et rien d’autre. La segmentation des actions isolées coûte plus qu’elle ne rapporte ; c’est pourquoi il est important de les fusionner et de ne saboter aucune initiative.

  • Un contexte de crise sanitaire et économique qui accentue le besoin de revendication sociale

La crise du COVID-19, a précarisé de nombreux ménages, notamment à cause du confinement. Cette fragilité a permis une prise de conscience collective sur le caractère éphémère de la vie humaine, et donc sur la nécessité de vivre l’instant présent, de ne pas attendre les lendemains pour passer à l’action et se mobiliser.

Finalement, on peut constater que l’inefficacité des performances antiracistes symboliques a été démasquée. Pour autant, le combat est loin d’être achevé. En effet, nous ne pouvons et ne devons pas compter sur les opportunités des prochains crimes pour le faire avancer encore plus loin. Ce qu’il faut, en plus de rendre hommage aux avancées déjà accomplies, c’est continuer à œuvrer pour faire en sorte que ce soit la police qui craigne les représailles du racisme ; car pour l’instant, nous en sommes encore à avoir peur de croiser la police.

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Du dilemme entre justice et posture militante

Temps de lecture : < 1 minute

La politique n’a rien de pur. Nous finissons tous par le réaliser tout au long de la durée de notre engagement. Même si beaucoup aiment se voiler la face et se raconter des histoires en se prenant pour des justiciers. Parfois, nous devons choisir entre nos convictions et la recherche de la vérité. Et souvent, nous sommes amenés à nous salir les mains….Toujours pour la bonne cause.

  • Certaines postures sont indispensables à la construction d’un rapport de forces…

Elles deviennent donc prioritaires et indispensables à préserver : pour lutter contre les violences sexuelles par exemple. Dans ce cas précis, un contexte hors institutions où la charge de la preuve est inversée est prioritaire, devant la recherche de vérité.

  • D’autres, sont en revanche, un moyen pour conserver des privilèges

Comme la posture qui consiste à organiser son impunité lorsqu’on est coupable d’agression pour exercer une emprise sur l’ensemble de la communauté militante, entretenir une logique de monopole pour capter toute l’attention et toute l’énergie militante (par conséquent, empêcher ou étouffer toute forme d’initiative), ou encore exiger que tout conflit se règle en interne, ce qui développe une certaine omerta.

  • Ces postures ne peuvent servir de prétexte à l’abandon de toute forme de justice

Dans tous les cas, il faudra, tôt ou tard, faire le travail d’investigation qui mènera à la vérité pour prendre des décisions.

Il convient d’étudier l’origine de chaque posture avant de porter un jugement sur elles, et de comprendre que tous les intérêts n’ont pas forcément vocation à converger. Mais il est également important de se baser sur des principes éthiques et une ligne de conduite transparente sur les pratiques militantes, afin de garantir une certaine traçabilité.

Pourquoi le « conflit » entre les « décoloniaux » et les « intersectionnels » est complètement absurde (en 5 points)

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Parfois, les débats entre les militants de l’antiracisme politique sur les réseaux sociaux, finissent en véritables shitstorms, et créent de grosses embrouilles menant à des ruptures brutales. Si l’existence de discussions divergentes est une chose plutôt saine dans la pratique militante, leur transformation en conflits peut fortement nuire à la création de lien social et à la progression de nos luttes, comme l’explique ici Rafik Chekkat, co-fondateur du site Etat d’Exception. Puis, outre leurs nuisances, ces querelles, lorsqu’on étudie de près les thèses politiques de chaque courant, n’ont pas tellement de sens. Explications :

  1. Les études et théories décoloniales ont été développées dans un contexte où la lecture des faits sociaux se fait de manière intersectionnelle.

En effet, comme son nom l’indique, l’intersectionnalité permet d’étudier les intersections qui existent entre les rapports de race, de classe et de genre, et cette notion est très importante pour les mouvements décoloniaux qui ont pour objectif principal de « penser la race » dans un contexte dominant où la question raciale est au mieux traitée sous un prisme moral, au pire reléguée aux angles morts et aux impensés du milieu militant.

  1. En réalité, personne ne « hiérarchise », mais tout le monde « priorise », et ce n’est ni choquant ni problématique.

Si on fait une analogie grossière entre les luttes politiques de classe, genre et race et liste de tâches, on peut distinguer ce qui est prioritaire (ou non) en termes d’urgence et d’importance.

eisenhower

D’après cette matrice d’Eisenhower, on peut déduire facilement qu’il est logique pour un mouvement qui prétend s’occuper d’antiracisme de déléguer les questions de genre et de classe à d’autres mouvements pour qui ces luttes sont au cœur de leurs préoccupations. Il est aussi aisé de comprendre que selon les individus et leur sociologie, les urgences varient. Il est d’ailleurs dans l’intérêt de tous les militants et toutes les militantes que chacun.e se concentre sur le domaine là où iel se sent lae plus efficace/utile. En effet, déléguer une lutte, ou la reporter dans le temps surtout dans un contexte « critique » (dans le sens où certaines revendications ne peuvent pas exister si d’autres plus fondamentales ou prioritaires n’ont pas été satisfaites), cela ne signifie absolument pas qu’il faut l’abandonner ou l’ignorer, mais plutôt qu’il faut installer un environnement favorable pour qu’un maximum de luttes obtiennent gain de cause.

  1. Il est tout à fait possible de se revendiquer à la fois « décolonial.e » et « intersectionnel.le »

…Puisque d’une part, il n’y a aucune contradiction dans le fait de penser que les rapports de race structurent ceux de genre et de classe (prisme décolonial) avec le fait de penser que les oppressions de genre se croisent avec les oppressions de race et de classe (prisme intersectionnel), et d’autre part, aucun.e militant.e et aucun.e organisation n’est propriétaire de chaque « lecture » ; les résultats de recherche en sciences politiques et sociales peuvent être donc utilisés et récupérés par n’importe quel.le militant.e qui en ressent la nécessité (au cas où il faudrait encore le préciser).

  1. Les injonctions à articuler la question de race avec celle de classe et/ou celle de genre viennent bien [trop] souvent de personnes qui ont tendance à la négliger ou à en faire une question optionnelle…

…alors que dans les faits, les militants de l’antiracisme politique ont été précurseurs au niveau de l’action « d’articuler », contrairement à la gauche radicale (qui est majoritairement blanche, rappelons-le) qui continue à invisibiliser la question raciale au profit de la question de classe, quand bien même ce ne serait pas dans son intérêt de le faire (on a toutes et tous connu les militants de gauche qui nous crachent dessus quand on parle islamophobie, mais qui reviennent la bouche en cœur dans les quartiers populaires et ghettoïsés lorsqu’il faut gratter des voix pour les élections ou de la chorba pour le Ramadan). Il arrive aussi que certains militants de l’antiracisme politique, qui se revendiquent plus du courant intersectionnel que du courant décolonial, en viennent à « diluer » la question raciale, pour des raisons « stratégiques » ; une méthode qui peut se révéler coûteuse en termes d’autonomie. Ce n’est, bien entendu, pas cette stratégie qui est condamnable, mais plutôt l’injonction à la dilution qui pèse lourd sur les épaules des militants de l’antiracisme politique qui creuse les divergences sources de conflits ; car ces divisions ne profitent pas à l’antiracisme, mais bien aux personnes pour qui cette lutte n’est pas vitale, voire même n’est pas dans son intérêt (militant.e.s de la gauche blanche).

  1. La confusion entre « intersection » et « superposition » des oppressions conduit vers des débats où il devient difficile de faire preuve d’écoute et/ou de bienveillance…

…Et cela peut s’avérer extrêmement dangereux. En effet, si lors de croisement d’oppressions, la personne doublement, triplement, voire plus opprimée peut être dans une souffrance plus grande qu’une personne qui ne subirait « qu’une seule » oppression, ce n’est pas toujours le cas (exemple : crime policier raciste reste plus violent que le harcèlement moral et sexuel d’une femme racisée). Puis l’analyse intersectionnelle des faits sociaux n’a pas pour objectif d’organiser un « concours des oppressions » déplacé, voire effrayant, où chacun.e scruterait qui est assez « safe » ou non, qui est assez « déconstruit » ou non, qui est assez « concerné » ou non, comme si la pertinence d’un propos comptait moins qu’un story-telling dénué de fond et de sens, mais émis par une personne validée par la « police militante ». Cette « chasse aux mauvais militants » est révélatrice de dérives ultra-libérales et d’un élitisme au sein d’un milieu qui se revendique pourtant de l’égalité et de la dignité pour tous et toutes, et risque clairement de créer un climat complètement anxiogène où le harcèlement et les situations de violence diverses et variées risquent de se généraliser.

Finalement, il apparaît clairement que l’opposition entre les mouvements intersectionnels et décoloniaux est complètement artificielle, inutile, voire même nuisible et contre-révolutionnaire ; si les divergences d’opinion sont légitimes, les faux débats ne sont que le résultat du racisme combiné à l’ultra-libéralisme structurant nos sociétés, et donc nos espaces militants qui en font partie intégralement. Ainsi, la solution à ce « faux » conflit, est bien sûr de se rendre compte de sa superficialité, mais aussi de comprendre qu’en plus de « checker ses privilèges », il faut aussi accepter que les luttes politiques sont d’abord des affaires d’intérêts, et que même si en tant que groupe social nous avons des intérêts convergents, ce n’est pas forcément le cas de chaque groupe militant.e pris individuellement.

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L’enjeu des questions raciales dans les affaires de viol (5/5)

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Si les affaires de viol sont déjà extrêmement complexes à résoudre, elles deviennent un véritable calvaire (notamment pour les victimes) lorsque la question raciale est en jeu. Surtout lorsque le suspect est un homme noir ou arabe, ainsi que la ou les victimes présumées.

« C’est ainsi que nous deviendrons un champ de bataille. Nous serons malmenées, écartelées. Soumises pour les uns, traîtres pour les autres. » Voici comment Houria Bouteldja décrit la condition des femmes indigènes en France, dans « Les Blancs, les Juifs et nous ». Car dans un système où le racisme encourage le patriarcat blanc, sans détruire le patriarcat indigène, la femme indigène est toujours perdante. Ici, « les uns » désignent les hommes blancs, et « les autres », les hommes indigènes. Ces phrases démontrent assez justement que les femmes indigènes en France se retrouvent dans un étau à la fois raciste et sexiste, et qu’elles sont sans cesse confrontées au dilemme qui est de se protéger du racisme, ou du sexisme quand elles ne peuvent pas se protéger des deux.

Et justement, lorsqu’un homme arabe et noir est suspecté de viol sur une victime noire ou arabe, non seulement l’homme arabe ou noir est confronté à un traitement d’exception indéniablement raciste, mais aussi, la victime se retrouve confrontée au difficile choix qui est de se sacrifier pour éviter qu’un homme noir et arabe se retrouve confronté au système judiciaire et carcéral raciste, ou de dénoncer son violeur, et donc accepter d’être « sauvée » par une justice raciste. C’est ce que décrit Houria Bouteldja dans « Les Blancs, les Juifs et nous » , quand elle relaye le témoignage d’une femme noire victime de viol par un homme noir, qui dit : « je n’ai jamais porté plainte parce que je voulais vous protéger. Je ne pouvais pas supporter de voir un autre homme noir en prison. »

C’est pourquoi on est obligé de se poser les questions suivantes : est-il nécessaire de forcément sacrifier les victimes de viols par des hommes indigènes lorsqu’on combat le racisme systémique ? Peut-on condamner les victimes qui se résignent à être défendues par un système raciste ?

En effet, s’il est primordial de questionner le système judiciaire et carcéral qui est profondément raciste, on ne peut pas exiger une solidarité inconditionnelle des femmes indigènes, s’il n’existe pas de cellule les protégeant du patriarcat indigène, indépendamment du féminisme blanc, bien entendu. D’une part il faut éviter au maximum le recours à la justice raciste, d’autre part il est impératif de construire un rapport de forces favorable aux femmes indigènes au sein même des mouvements se réclamant de l’antiracisme politique. Sans cela, on ne peut pas reprocher à des femmes indigènes d’avoir recours à une justice raciste, car c’est le seul et unique recours qui leur reste.

Concrètement, dans un système raciste où il n’existe pas de justice antiraciste et où la seule réponse au viol est la sanction carcérale, il est nécessaire de penser à d’autres formes de sanctions envers les violeurs, applicables au sein même des mouvements antiracistes, comme le fait d’empêcher les violeurs présumés d’avoir accès à des positions de pouvoir, et d’être confronté à des victimes potentielles.

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Comment lutter concrètement contre le viol (4/5)

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Précédemment, nous avons constaté que le crime du viol était à la fois banalisé par la culture du viol et quasi impuni par la justice. S’il est malheureusement difficile de convaincre de ne pas violer, et encore moins possible de se rendre justice soi-même, il est néanmoins possible de s’émanciper de la culture du viol sur le long terme, et sur le court terme de donner de la force aux victimes présumées ou avérées de viol.

Parmi les solutions qu’on peut déployer immédiatement lorsqu’une victime de viol se confie sur ce qu’elle a subi, c’est déjà l’écoute de son témoignage. Il est essentiel de créer un espace de soutien où on ne remet pas la parole de la victime en question, et surtout de faire en sorte que la victime ne soit pas confrontée à son agresseur. C’est une condition essentielle pour permettre à la victime de se reconstruire.

Ensuite, sur le plus long terme et de manière collective, il est essentiel de créer des espaces basés sur la bienveillance où l’on peut former des femmes à l’autodéfense en cas de tentatives de viol et consolider une sororité où la notion d’empowerment serait au centre des préoccupations ; c’est ainsi qu’on peut renforcer des liens de solidarité afin de lutter contre le viol et toute forme d’oppression sexiste.

Puis, lorsqu’on a construit une sororité assez puissante, on a les moyens de transmettre l’éducation populaire autour de la question du viol afin de s’émanciper de la culture du viol et permettre à la société de s’en débarrasser. Cette éducation doit se faire le plus tôt possible afin qu’elle soit efficace, et il est important de valoriser des productions avec des rôles modèles où les relations entre les hommes et les femmes sont basées sur le respect et le consentement. En effet, aujourd’hui, s’il existe une éducation sexuelle qui informe sur les risques de grossesses non désirées et d’IST, il y a encore trop peu d’information au sujet du consentement, alors que la culture du viol envahit nos écrans et notre quotidien.

Finalement, comme l’institution judiciaire ne suffit pas pour combattre le viol, il est nécessaire de trouver d’autres moyens de reconstruction pour les victimes, mais il est aussi surtout impératif de remettre en question la procédure judiciaire dans les affaires de viol. En effet, les suspects de viol sont présumé innocents, ce qui signifie que c’est à la victime de prouver qu’elle a été violée, ; ce qui, de facto suppose que la victime ment tant qu’elle n’a pas prouvé ce viol. La procédure est donc très violente, car la victime se retrouve confrontée à son violeur, elle doit montrer patte blanche en subissant des examens médicaux qui lui font bien souvent revivre son calvaire, et souvent, on utilise le passé de la victime présumée pour douter de sa parole. Cette enquête est donc presque aussi traumatisante que le viol lui-même car reprocher le passé d’une femme pour discréditer sa parole sur la question du viol, c’est un des mécanismes de la culture du viol.

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Pourquoi l’étude des affaires de viol uniquement sous le prisme judiciaire est insuffisante (3/5)

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Précédemment, nous avons démontré que le problème du viol était un problème de société, qui relève principalement du système patriarcal dont toutes nos institutions sont imprégnées. Pourtant, lorsqu’une affaire de viol est rendue publique, bien souvent, on n’en commente que les péripéties judiciaires. Si, bien entendu, chaque cas de viol relève du droit pénal, les affaires traitées par l’institution judiciaire française sont loin d’être représentatives de la réalité globale en ce qui concerne la question du viol.

En effet, comme seulement 1 victime sur 10 porte plainte, 90 % des viols échappent au contrôle de la justice. De plus, comme les médias ne prennent en compte généralement que les affaires où la justice est saisie, ce traitement médiatique biaisé laisse penser que les affaires de viol ne sont que des faits divers sans lien, et non un problème global de société. Et c’est clairement ce (mauvais) traitement médiatique qui pose problème, car il dépolitise la question du viol.

Enfin, cette dépolitisation fait que les affaires de viol qui sont traitées en justice en appliquant strictement le droit, prennent rarement en compte la dimension sexiste de ces crimes et le rapport complètement déséquilibré entre un suspect et sa victime.

Finalement, puisque l’institution judiciaire est très inefficace pour condamner les viols et prend rarement en compte la domination du sexisme, les victimes ne sont pas protégées par la justice, notamment car les viols sont très difficiles à prouver, et comme les suspects sont toujours présumés innocents, le doute ne profite jamais aux victimes.

Ainsi, s’il est difficile de prendre le risque de condamner un innocent, commenter ces affaires sans respecter inconditionnellement la parole des victimes, c’est trop souvent alimenter le mythe sexiste des femmes qui portent plainte pour viol par vengeance ou pour attirer l’attention, et nourrit dangereusement la culture du viol.

On peut aussi se poser la question de l’usage du droit ; son application stricte sans prise de conscience du contexte sociétal serait-elle une fin en soi, ou alors ne serait-il qu’un outil à but émancipateur ? Car dans le premier cas, au mieux, on maintient un statu quo que l’on sait inégal, au pire on renforce les inégalités face au viol, et dans le second, on a les moyens d’inverser un rapport de forces défavorables aux femmes.

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De la violence de nos institutions

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Relaxés. Pour « non-assistance à personne en danger ». Des policiers. Des représentants des forces de l’ordre censés protéger les citoyens et les valeurs de la République.

10 ans de procès. 10 ans d’attente. 10 ans que les familles des victimes revivent cette macabre journée à chaque audience. Sans que rien ne change. Sans que justice ne soit rendue. Avec pour seule constante, le faits relatés froidement dans les moindres sordides détails devant les familles endeuillées.

Froidement. Car aux yeux de notre justice, ce n’est que la « partie civile ». Un numéro de plus. Un dossier à traiter. Une affaire à clore. Rien de plus. Puis le verdict, glacial. Une claque. 10 ans pour rien, si ce ne sont les timides excuses des policiers du box des accusés. 10 ans d’enquête sans qu’on ne parvienne à expliquer les véritables circonstances de ce drame.

Puis, le choc. La rage et les larmes des proches encore plus meurtris par cette délibération, éclatent.

Et en face ? Rien. Seulement de l’indifférence. Aucune volonté de réconfort. Aucune humanité de la part de cet organisme censé nous protéger. Ce n’est qu’un jugement supplémentaire, après tout. Peu importe la violence qu’il engendrera.

Car oui, c’est bien de violence dont il s’agit. La brutalité du traumatisme subi par le cercle des victimes confrontées à l’insensibilité du système.

Avec le peu d’empathie que nous accorde notre appareil judiciaire, s’ajoute la peine du sentiment récurrent que la moindre de nos vulnérabilités peut réduire la valeur de notre vie à néant.

Hélas, on retrouve cette violence dans toutes nos institutions, qu’elles soient publiques ou privées.

On est d’abord un identifiant avant d’être chômeur. Prendre notre numéro de sécurité sociale devient plus urgent que de nous soigner lorsque nous nous retrouvons à l’hôpital. Être supposé délinquant d’origine africaine est un crime jugé plus sévèrement que celui de mettre la vie d’autrui en danger alors même que son rôle est de préserver l’ordre public.

Pourtant, nous savons que toute société nécessite des organisations fiables pour s’épanouir. Ainsi, pour retrouver la confiance de ses usagers, il est impératif de remettre l’humain au cœur des préoccupations de ceux qui détiennent le pouvoir, afin d’éviter que l’agressivité généralisée ne s’infiltre sournoisement dans notre quotidien.

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Affaire Ahmed : pourquoi la version officielle ne tient pas debout

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Comme vous le savez, je suis ingénieur de formation. C’est pourquoi la démonstration qui suivra dans cet article sera basée sur une méthode de raisonnement mathématique simple, mais infaillible : le contre-exemple.

En effet, le contre-exemple est puissant, puisqu’il permet de démolir n’importe quelle théorie en ne la contredisant qu’une seule fois ; c’est-à-dire qu’un unique contre-exemple suffit pour juger une affirmation fausse.

L’affirmation étudiée ici sera celle de Madame Najat Valaud-Belkacem, notre ministre de l’Education Nationale, qui a déclaré sans sourciller aux médias qu’il « n’y avait aucune plainte déposée contre l’enfant, et que celui-ci a été entendu dans le cadre de la plainte déposée contre son père qui s’était introduit plusieurs fois dans l’école sans y avoir été autorisé et en menaçant le personnel de l’école ».

Bien sûr, lorsqu’on n’écoute que ce son de cloche, cette version est tout à fait probable : l’enfant étant à l’origine de l’intrusion de son père au sein de l’établissement scolaire, il est tout à fait plausible qu’il soit convoqué au commissariat afin que la police puisse établir les faits dans le cadre de l’enquête menée contre son père.

Or, tout bon procédurier sait qu’en France, lorsque l’on dépose une plainte au commissariat, il y a automatiquement un procès-verbal qui est rédigé et qui se matérialise sous la forme d’un document papier qui relate les détails de la plainte, qui est daté, signé et tamponné par la police. Evidemment, la police et le plaignant conservent chacun un exemplaire de ce document.

Dans ce cas, il est donc aisé de vérifier s’il y a eu oui ou non, une plainte déposée contre le jeune enfant de 8 ans ; il suffit de vérifier si ce fameux procès-verbal existe.

Effectivement, ici, plusieurs personnes ont pu constater l’existence de ce document, dont l’avocat qui défend Ahmed et un membre du CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France), Elsa Ray.

Ainsi, on peut affirmer avec certitude que s’il y a eu une plainte déposée contre le père de l’enfant, il n’est pas le seul à être attaqué : l’enfant est bel et bien poursuivi par le directeur de son école pour « apologie du terrorisme », et il n’a pas été entendu par un officier de police judiciaire dans le cadre d’une enquête menée sur son père, mais bel et bien dans le cadre de la plainte contre lui.

On peut donc en déduire que la version de notre ministre est en partie erronée. Reste à savoir s’il s’agit d’un manque d’information ou d’une réelle volonté d’occulter le fait qu’on autorise les poursuites judiciaires sur un enfant pour des propos tenus.

Enfin, s’il y a une leçon à retenir de cette affaire, c’est celle-ci :

« Il suffit d’un contre-exemple pour prouver qu’une affirmation est fausse »

(Par tous les professeurs de mathématiques en Maths Sup et Spé)

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