Pour en finir avec la fatigue numérique

Dans le domaine de l’engagement associatif et politique, il est aujourd’hui quasi impossible de travailler sans médias sociaux et sans smartphones, tellement ces outils sont puissants pour connecter des personnes et créer du lien social.

Cependant, cette connexion permanente entraîne fatigue et charge mentale constantes. Comment y faire face sans avoir à brûler tous ses écrans ?

  • Désactiver les notifications/désinstaller les applications de réseaux sociaux

Ceci permet d’éviter la tentation de répondre à tout et à n’importe quoi, mais aussi de diminuer les nuisances liées à ces notifications (lumière, sonneries).

  • S’autoriser des moments où on ne répond pas

Lorsqu’il s’agit d’engagement bénévole, il n’y a aucune obligation de répondre, du moins pas dans l’immédiat. On ne doit de temps à personne, et on n’est pas à disposition des autres militants ; on choisit de proposer notre aide. C’est ce qui distingue le volontariat (travail bénévole) du lien de subordination (salariat).

  • Les listes de diffusion WhatsApp/Signal/Télégram/mail ne sont pas des outils de gestion de projet adéquats

Ces applications sont adaptées à un usage de messagerie et de conversation. Elles ne sont pas formatées pour débattre comme le sont Facebook ou Twitter, ni pour poser des jalons, définir des tâches critiques et poser des délais (il est compliqué de retrouver des messages, bien que ce ne soit pas impossible).

Par ailleurs, le travail dans des structures politiques et associatives requiert des outils de gestion de projet dédiés.

  • Eviter les projets à flux tendu : apprendre à dire non

Trop utiliser les messageries pour gérer des projets provoque forcément des flux tendus ; c’est-à-dire une charge de travail supérieure à la force de travail disponible. Dans la mesure du possible, il faut éviter d’accepter de s’engager dans des projets où il n’y a pas d’outils adéquats de gestion.

C’est pourquoi il est, encore une fois, nécessaire de mettre en place des outils de gestion de projet adaptés : ainsi, on peut voir directement si on est en mesure de démarrer de nouveaux projets, et éventuellement les refuser, le cas échéant.

La fatigue numérique peut mener à des burn-out, dépressions et ruptures de lien. Il est donc primordial de lutter contre pour arriver au terme des projets associatifs.  

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Pourquoi il faut déployer des outils de gestion de projet dans les structures associatives

Que l’on soit bénévole, prestataire ou salarié dans une association, la gestion de projet se fait souvent de manière informelle parce que bien souvent, les relations de travail sont structurées par des amitiés, de l’affection ou des affinités idéologiques ou personnelles.

Or, une gestion non structurée pose plusieurs problèmes.

  • Les tâches et les rôles de chacun.e doivent être clairement définis

…Et il y a un minimum de règles à respecter. En premier lieu, il faut être en mesure de prévoir assez précisément la charge de travail afin de pouvoir prévoir la force de travail nécessaire et de quantifier les moyens requis. Ensuite, la base pour définir des jalons, c’est de déterminer les tâches critiques, c’est-à-dire celles qui empêchent l’avancement du projet tant qu’elles ne sont pas effectuées ; elles sont à la fois prioritaires et primordiales.

  • Il est impératif d’éviter les situations de conflits et de violence

A noter qu’il n’est pas correct de compter uniquement sur la bonne volonté de bénévoles, surtout lorsque l’on a des délais à respecter : on n’est pas en droit d’exiger une disponibilité constante, une grosse dose de charge mentale ou une qualité professionnelle de la part d’un bénévole puisqu’il n’y a ni contrat de prestation, ni contrat de travail, et encore moins lien de subordination (sinon il s’agit de travail dissimulé, et c’est illégal). Jouer sur des rapports affectifs pour exercer une emprise sur des militants est vecteur de violences.

L’accumulation de tâches imprévues, les changements brutaux et incessants, la surexposition aux écrans sont des éléments qui peuvent être sources de stress, d’angoisses et de fatigue. Les tâches et les rôles non clairement définis laissent libre cours aux personnes malveillantes qui chercheraient à profiter d’une mise en compétition des militants associatifs. Tous ces éléments conduisent également à des situations de harcèlement qui peuvent découler de conflits (critiques injustifiées, messages humiliants ou stressants répétés, dénigrement, délais et objectifs inatteignables, surcharge de travail…). A noter que les situations de harcèlement font souffrir et annulent les forces nécessaires à l’engagement, et les conflits brisent les liens de solidarité.

  • La quantité et la qualité de la bienveillance au sein d’une structure dépendent directement de son organisation de travail

Ce n’est plus un secret depuis bien longtemps : les structures où il y a de la souffrance ont des politiques managériales dégueulasses, et réciproquement, les pratiques managériales de mauvaise qualité provoquent inévitablement des maladies professionnelles.

C’est donc bel et bien sur l’organisation concrète et opérationnelle qu’il faut agir pour éviter de nuire à l’ambiance de travail, car si les affinités idéologiques et personnelles permettent de créer des liens forts, c’est l’entretien et la qualité de la relation qui permettent de concrétiser ces liens sur des projets aboutis.

Lorsque l’on vise des pratiques militantes bienveillantes, les actes ne valent pas uniquement par leurs intentions. Il est donc indispensable de penser toutes les décisions de manière politique, afin de rester cohérent avec les valeurs affichées de l’organisation. Parmi ces décisions, celles concernant les pratiques managériales (gestion des ressources humaines, gestion financière, organisation du travail) sont centrales, notamment celles à propos de la gestion de projet, puisqu’elles ont un impact direct sur la qualité des liens de solidarité et de confiance au sein d’une organisation.

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Pourquoi le projet de réforme des retraites pose [vraiment] problème

Le projet de réforme des retraites qui a provoqué un mouvement de grève interprofessionnelle depuis plus d’un mois n’est pas qu’une affaire de perte de droits sociaux ou de conflits d’intérêt. Ce qu’il y a de plus gênant, c’est le projet de société derrière et l’absence d’action sur ce qui est à l’origine de la question du financement des pensions de retraite. Explications.

  • Aucune politique pour favoriser des emplois stables et rémunérés décemment qui permettraient de financer un système par répartition

En effet, un système par répartition est financé majoritairement par des cotisations salariales, et en partie par les taxes et impôts comme la CSG. Compte tenu de la démographie décroissante, et du vieillissement de la population, ce système est mis en péril, puisqu’il n’y a plus assez d’actifs, ni un niveau suffisant de cotisations pour continuer à financer ce système.

Cependant, il est possible de préserver ce système en élargissant la part des taxes et impôts (ce qui requiert de chercher l’argent où il se trouve, et donc de lutter efficacement contre la fraude fiscale) ou en augmentant les salaires suffisamment pour que la part de cotisations soit suffisante (ce qui demande une réelle politique pour l’emploi stable). Dans tous les cas, un questionnement radical est nécessaire afin de solutionner ce problème à partir de son origine. Baisser les cotisations salariales afin d’augmenter le salaire net et favoriser l’épargne bancaire n’est pas une solution viable sur le long terme, et imposer implicitement le développement de systèmes alternatifs peu régulés non plus.

  • Vers un système par capitalisation peu fiable et beaucoup trop fragile pour garantir des pensions dignes

Une baisse de niveau des pensions et un allongement de durée de cotisation va encourager les salariés qui peuvent se le permettre (une minorité donc) à investir dans des marchés dont le cours varie souvent en fonction de facteurs externes, qu’ils s’agissent de fonds de pensions spécifiques ou de marché immobilier.

En effet, outre le fait que ces marchés ne sont accessibles qu’aux plus hauts salaires, ils sont aussi très instables. Par exemple, les fonds de pension financiers reposent sur une spéculation demandant des investissements parfois très risqués, et le marché immobilier dépend d’un contexte mouvant (environnement, cote des quartiers, infrastructures etc…).

Résultat, non seulement un système par capitalisation est encore trop peu accessible aux actifs les plus vulnérables, mais en plus, les personnes susceptibles d’y investir n’ont aucune garantie de récupérer une pension correcte lors de leur départ à la retraite.

 

  • Une recherche de « flexi-sécurité » sans notion de sécurité

Pour les raisons évoquées précédemment, ce projet de réforme provoque de nombreuses incertitudes pour les actifs. Finalement, le seul moyen pour garantir des revenus sera de travailler coûte que coûte et le plus tard possible…même si on n’y est plus apte. L’objectif ici pour les porteurs de cette réforme, c’est de disposer d’un maximum de force de travail, sous le prétexte fallacieux de la flexibilité.

Pourtant, le critère de flexibilité permettant un taux de compétitivité correct selon le WEF, ne repose pas sur l’épuisement de la force de travail, mais plutôt sur sa capacité à s’adapter au contexte d’une entreprise. Cette capacité ne peut se développer que si elle est préservée….et en état de fonctionner.

Ainsi, vouloir promouvoir une « flexi-sécurité » en tendant au maximum les actifs, sans offrir de garanties ou d’alternatives crédibles comme c’est le cas avec ce projet de réforme est incohérent.

 

Il ne s’agit pas uniquement de réagir face à un projet destructeur de droits sociaux, mais bien de repenser fondamentalement et politiquement les modèles économiques régissant notre société. Appliquer des modèles théoriques et purement idéologiques ne suffira pas ; il est impératif de prendre en compte le contexte de la nouvelle norme de travail que représente entrepreneuriat et celui des nouvelles technologies d’information et de communication.

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Du bon usage des médias sociaux : 5 conseils (2/2)

On reproche beaucoup de maux aux médias sociaux : peu de contenu à valeur ajoutée, beaucoup de répétitions, course au like et au buzz contre-productive, chronophages, peuplés d’imbéciles ou encore sources d’angoisse et de stress. Pourtant, c’est un outil de communication formidable permettant de créer du lien social et de reprendre le contrôle sur l’information….à condition de s’en servir correctement.

  • Toujours préférer du contenu que l’on produit soi-même, ou alors apporter une valeur ajoutée à du contenu existant

Il est toujours appréciable de proposer une production originale ou de commenter un contenu déjà existant afin de l’enrichir et d’éviter les doublons inutiles.

  • S’abonner à des comptes qui produisent de l’information de qualité, et masquer les autres

L’idéal serait de ne pas se contenter des gros comptes d’influenceurs ou de médias classiques, mais de consommer des médias alternatifs indépendants (Bastamag, Streetpress etc mais aussi des blogs comme celui de Joao ou celui de Valérie CG) pour avoir des informations complètes, ainsi que de ne pas se contenter d’une seule ligne éditoriale ou d’un seul type de contenu (sachant que chaque type de média comporte ses limites).

Pour éviter la « pollution » des réseaux sociaux faite à partir de fake news, titres racoleurs ou liens stériles, vous pouvez retirer les comptes qui en partagent trop souvent de vos listes ou vous désabonner. Si vous souhaitez éviter cette solution, vous avez la possibilité de masquer les comptes vous posant problème.

Enfin, pour que votre fil d’actualité vous présente en priorité les contenus que vous préférez, il est judicieux d’interagir et de réagir régulièrement aux publications qui vous intéressent. Vous pouvez aussi cocher l’option « voir en premier » sur vos pages Facebook favorites.

  • Echanger en privé et concrétiser par des rencontres IRL autour d’événements et d’engagement associatif

Ces échanges sont essentiels pour renforcer les luttes sur le long terme, car ils permettent de créer de la confiance, de la solidarité et de l’engagement ! C’est en effet le moyen le plus efficace de mettre en place un « bouche-à-oreille numérique ».

Il y a cependant des règles à respecter : inutile d’encombrer les boîtes de réception de vos contacts avec du contenu non susceptibles de les intéresser, surtout vous ne les connaissez que très peu. Le ciblage est très important : il est une preuve d’empathie à l’égard de vos contacts, et vous permet de devancer les attentes de votre audience.

Il est également important de préciser ses attentes (retour, avis, commentaire, partage) ainsi que de donner des informations nécessaires à la compréhension de son message pour que l’échange soit fructueux.

  • Veiller à la pertinence de ses productions lors d’interactions publiques

Il est également possible de cibler son audience publiquement, via les tags et les identifications. Là encore, mieux vaut s’assurer avant que vos contacts concernés soient d’accord avec le fait d’être mêlés à vos publications. D’où l’intérêt de construire en amont des liens en privé et de bien connaitre son audience.

Il faut aussi éviter de partager son contenu dans des lieux inadaptés, comme dans des commentaires hors sujet avec la publication de base, ou dans des groupes dédiés à des thèmes précis qui n’ont rien à voir avec votre production.

  • Savoir repérer les cas de cyberharcèlement

Le risque de cyberharcèlement constitue l’inconvénient majeur des réseaux sociaux. Il faut absolument en prendre conscience, car à la clé, le danger c’est de rompre des liens et de déshumaniser les autres.

Ainsi, il est évident qu’insultes, rumeurs malveillantes, critiques personnelles et injustifiées, flood permanent, sont des pratiques à bannir absolument.

 

Finalement, la puissance des médias sociaux ne se trouve pas dans la recherche de buzz (comme ce qui est trop souvent fait) mais bien dans la capacité à créer et construire des liens, chose essentielle dans l’engagement politique et associatif.          

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Pourquoi le nombre de likes et de partages publics sur les réseaux est en réalité insignifiant (1/2)

On a souvent tendance à croire qu’un grand nombre de followers, de likes, de vues ou de partages publics sur les réseaux sociaux permet de créer un rapport de forces au niveau de l’opinion grâce à la visibilité qui en découle.

Or, non seulement la notoriété n’est pas synonyme d’influence, mais en plus elle peut renforcer un « statu quo » si elle n’est pas utilisée à bon escient. Nous verrons ici pourquoi.

  • La visibilité n’entraîne pas automatiquement un engagement sur son contenu, des interactions pertinentes ou une création de lien qualitatif

Outre la part de « haters » ou de curieux qui n’interagissent jamais pouvant se retrouver abonnés à votre compte par hasard, les personnes actives peuvent l’être pour diverses raisons.

On peut partager votre contenu pour le critiquer violemment, on peut venir commenter en vous dénigrant ou en vous insultant, ou alors une personne peut partager votre contenu en se l’appropriant et en détournant votre message d’origine, pour la simple raison que dès lors que votre contenu est public, il ne vous appartient plus vraiment.

Pour être certain.e que votre message ne sera pas détourné, il faut qu’il y ait un intérêt réciproque entre vous et votre communauté d’abonnés, et donc accepter que ces liens sont rares et difficiles à construire.

Les personnes qui vous soutiennent virtuellement ne pourront pas toujours vous soutenir concrètement ; soit parce qu’elles sont loin géographiquement, soit parce qu’elles n’en ont pas les moyens, soit parce qu’elles ne sont pas directement concernées par ce que vous proposez.

A noter qu’une personne de votre communauté peut être touchée ponctuellement par votre travail, mais ceci ne signifie pas qu’elle vous soutiendra régulièrement.

  • Les réseaux sociaux qui génèrent le plus d’adhésion et d’engagement sont ceux où les partages ne se font qu’en cercle restreint car les liens de confiance sont plus solides

Comme Instagram, réseau très populaire chez les plus jeunes générations, et qui n’autorise que les partages restreints en messages privés et en stories. Il y a également de plus en plus de personnes qui se politisent sur ce réseau, plus intuitif et plus serein car construit sur le partage d’images.

En effet, si le nombre de partages en messages privés ou en stories est a priori plus restreint (car il demande plus de manipulation), le partage en privé garantit un intérêt supérieur ou une véritable adhésion au contenu. Pour la simple raison qu’il existe plus souvent un lien de confiance entre la personne qui partage et celle qui reçoit le message, et qu’a priori les personnes interagissant en privé se connaissent un minimum, et sont donc renseignées sur les intérêts mutuels de leurs interlocuteurs. Ainsi, un contenu partagé en privé suscitant un réel engagement a plus de chance d’être repartagé derrière qu’un simple partage public dont on ignore la portée réelle.

 

Si la visibilité suscite l’intérêt des médias classiques et des annonceurs publicitaires, elle ne suffit pas pour créer une tendance dans l’opinion. Par exemple, l’influenceuse mode et beauté bien connue Kim Kardashian West ne s’est pas fait connaître uniquement sur son nombre d’abonnés ; c’est bien parce que de nombreuses femmes ont copié son style qu’il s’est propagé comme une nouvelle norme physique et vestimentaire. Par ailleurs, puisque la notoriété est un paramètre beaucoup trop aléatoire pour que l’on puisse avoir la main dessus, il est risqué de capitaliser dessus, d’autant plus si ce devient une fin plutôt qu’un moyen ; en effet, une visibilité érigée comme objectif est facilement récupérable, et peut être utilisée pour maintenir un ordre social au lieu de créer une nouvelle dynamique au niveau de l’opinion.

 

50 Shades of Bassem

36656591_10156399087439356_855274103421009920_nLe nom et « l’oeuvre » de Bassem ne m’évoquent que des œuvres d’art contemporain, toutes plus choquantes et absurdes les unes que les autres.

« Between shit and artchitecture», by Anish Kapoor. Parce que Bassem, c’est un monument à lui tout seul, construit à base de merde.

« Le Plein du Vide », by Xu Yi, parce que c’est impressionnant de réussir à occuper autant d’espace, tout en ne se basant sur rien.

Bassem, c’est ça ; un être aussi fascinant qu’affligeant, qui nous fait autant rêver, rire, que pleurer. Bassem, c’est le mec qui réussit à avoir son portrait dans Le Parisien, sur BFM TV, et même dans le NY Times tout en se clashant sur Snapchat avec des jeunes de 15 ans alors qu’il en a 45. Bassem, c’est le mec qu’on adore détester, mais aussi qu’on déteste adorer.

Parce qu’avouons-le, si Bassem est une drôle de caricature faite à base d’un conglomérat plutôt infâme mêlant sexisme et racisme, il a le mérite de faire rire avec son sens de la formule maladroit et sa ponctuation à base d’insultes en dialecte tunisien. Bassem, c’est un peu notre plaisir coupable, qu’on kiffe en privé, mais qu’on peine à avouer en public, nous les militants des causes humanistes. Un peu comme nos idoles et nos tenues datant de nos années collège.

Seulement, Bassem, c’est bien plus qu’un guilty pleasure sans conséquence. En effet, si le ridicule du personnage ne tue pas, son instrumentalisation est néfaste pour les citoyens musulmans de ce pays surprenant qu’est la France.

Et oui, Bassem, c’est un n-ième idiot utile qui permet à la société française de taper joyeusement sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un musulman ou à un jeune des quartiers populaires. Et dans un pays qui a une fâcheuse tendance à ériger des ânes en représentants des minorités sociales et qui a beaucoup trop besoin de nous imposer des représentants pour nous essentialiser, (on se souvient tous et toutes de « l’imam » Chalghoumi désolé pour Charles, le pauvre), Bassem comme représentant, c’est d’abord un PROBLÈME.

En effet, on savait déjà que le racisme structurel était friand des représentations maghrébines promptes à taper sur les leurs lorsqu’il s’agit de laver le linge sale en public concernant la délinquance et le sexisme. On en a bouffé jusqu’à l’écœurement des Lydia Guirous, des Fadela Amara, des Malek Boutih, j’en passe et des meilleures. On a appris à les combattre, ces cautions toxiques, en se construisant politiquement de manière indépendante, tout en respectant notre éthique et notre diversité, même si le travail est loin d’être terminé.

Sauf que le cas Bassem nous court-circuite. Parce que pendant que des frères et des sœurs luttent contre le racisme, Bassem réduit leur résistance à des questions purement identitaires. Pendant que nos sœurs se font salir, Bassem enfonce le clou en les salissant de plus belle en leur faisant la morale de manière malveillante au lieu de les protéger ; même si lui ne semble pas souffrir de dissonance cognitive lorsqu’il s’adonne lui-même à ce qu’il critique chez les femmes maghrébines. Pendant que nous tentons de faire front avec les Noirs et les Roms face au racisme, Bassem vomit sa négrophobie et sa romophobie, dans le plus grand des calmes, et avec la bienveillance de tout le monde (ceux qui estiment par pur paternalisme que critiquer un musulman est inutile, et ceux qui adorent avoir une raison pour taper sur les musulmans/jeunes de banlieues).

Ainsi, d’une manière terrifiante, Bassem réussit le tour de maître d’être à la fois la caution pour taper sur les autres musulmans et jeunes de quartiers populaires, et le combo orientaliste des pires clichés sur les hommes maghrébins et musulmans (violents, sexistes et peu instruits). C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que son influence est audible, jusque dans les plus grands médias, quand d’autres hommes musulmans qui sont d’honnêtes militants, travailleurs, intellectuels peinent à faire entendre leur voix plus légitime, et plus représentative. Soyons clairs, Bassem, avec ses outrances, ne dérange absolument pas la classe politique dominante ; en effet, comme il clame haut et fort aimer et respecter la République, il peut se permettre son sexisme et son racisme envers d’autres minorités raciales, quand bien même son comportement haineux servirait de prétexte au racisme envers les arabes et les musulmans.

L’enjeu est donc de poser les limites de l’amour révolutionnaire dans la lutte antiraciste, et de se poser la question si cet amour est vraiment sain lorsqu’il est inconditionnel, malgré la violence qu’il peut procurer, comme dans le cas de Bassem.

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Comment l’ubérisation peut favoriser le travail dissimulé

Dissimuler un travail, c’est ne pas déclarer intentionnellement partiellement ou entièrement son travail, ou un emploi salarié. Ceci permet aux travailleurs indépendants de s’exonérer de leurs obligations fiscales, mais aussi aux employeurs d’économiser des cotisations sociales, voire d’éviter d’embaucher du personnel pour un poste permanent.

A l’ère de l’ubérisation, où l’économie est à la fois digitalisée et dérégulée, les frontières entre travail dissimulé et travail déclaré sont de plus en plus floues. Comment ceci est-il possible ? Peut-on rendre les nouvelles technologies seules responsables de ce phénomène ?

L’ubérisation renforce le lien de subordination entre employeur et salarié à défaut de l’annuler…

….Ce qui a pour corollaire de tendre les rapports de force à l’avantage des employeurs. Et qui dit rapports de force tendus, dit pression plus forte sur les travailleurs, donc plus de précarité et de chantage à l’emploi.

Cette tension pousse les employeurs à exiger de plus en plus des travailleurs, et les travailleurs à accepter des conditions de travail de plus en plus lamentables. Ainsi, dans ce contexte, il est beaucoup plus aisé pour les employeurs de faire des entorses aux règles du Code du Travail (qui protège de moins en moins), et les travailleurs sont beaucoup plus enclins à subir ces entorses.

Pire, l’ubérisation amenuisant l’offre d’emploi alors que la demande est toujours plus pressante, les travailleurs sont de plus en plus forcés d’accepter des formes de revenu non salarié, comme c’est le cas des chauffeurs Uber, mais aussi des enseignants des organismes de soutien scolaire à domicile, des femmes de ménage, des baby-sitters et des livreurs de repas, pour ne citer que quelques exemples. Souvent, ce type de travaux est rémunéré à la tâche, à l’heure ou à la commission et ne permet pas de dégager une somme suffisante pour vivre car ils sont ponctuels. Le seul avantage pour ceux qui les effectuent, c’est qu’ils permettent de dégager un complément de salaire pour une durée de travail pas trop excessive….en théorie.

De plus, même quand on est déjà salarié, le salaire moyen n’augmentant que très peu par rapport à l’inflation, de plus en plus de travailleurs se tournent vers ce genre d’options afin de conserver un pouvoir d’achat décent ; ce qui fait qu’aujourd’hui, les employeurs friands de ce type de main d’œuvre flexible n’ont que l’embarras du choix, et n’hésitent pas à mettre en concurrence directe des travailleurs qui ne sont pourtant pas liés par un contrat.

Ainsi, même si le lien de subordination n’est pas matérialisé via un contrat de travail, étant donné la nature déséquilibrée du rapport de forces existant au niveau des besoins en force de travail, il est bel et bien présent. Et ce lien de subordination tendu renforce la précarité de tous les travailleurs, qu’ils bénéficient de la protection d’un contrat de travail ou non, puisqu’ils sont tous mis en compétition directe sur le marché du travail.

 

Comment la précarité facilite la dissimulation du travail

Il existe plusieurs façons de dissimuler du travail ; on peut ne pas déclarer un emploi salarié, afin de s’exonérer illégalement des cotisations patronales, on peut aussi ne pas déclarer un travail indépendant afin de ne pas être imposé sur ses bénéfices, et on peut encore attribuer à un salarié  des missions qui ne sont pas détaillées dans son contrat ou sa fiche de poste.

Si l’on connait déjà bien les deux premières techniques de dissimulation du travail, la dernière est en pleine expansion du fait de la précarisation grandissante du travail. Les exemples les plus flagrants se retrouvent dans le milieu du web, là où il n’est pas rare de constater que les journalistes ou rédacteurs web, portent aussi la casquette de community manager, voire de webmaster. Ces 3 métiers sont pourtant très distincts et spécifiques, même s’ils évoluent au sein du même environnement. Il y a aussi le cas du stagiaire amovible, ou du CDD éternellement renouvelé, qui occupe un poste permanent dans l’entreprise. Ces techniques de dissimulation du travail permettent par la précarité qu’elle fait subir aux travailleurs, d’exercer une pression toujours plus grande sur ces derniers et de les mettre en concurrence directe. Ce qui signifie que pour conserver son poste, il faut être capable de subir plus de charge de travail que son voisin, peu importe si les conditions de travail deviennent intenables.

Ceci est aussi est d’autant plus vrai pour les travailleurs dits « indépendants » comme les chauffeurs Uber, les livreurs de repas, les femmes de ménages, les professeurs particuliers à domicile et autres baby-sitters qu’il n’y a même pas besoin de procédure administrative lourde à dérouler pour se séparer d’un travailleur pas assez malléable, puisqu’il n’y a pas de contrat de travail.

Ainsi, il est devenu banal qu’un salarié occupe jusqu’à 3 postes différents au sein d’une entreprise, qu’un article de presse soit échangé contre de la « notoriété » à son auteur pour ne pas avoir à le payer, ou qu’on congédie un travailleur qui refuserait de faire des heures supplémentaires gratuites.

Aussi, il serait intéressant de questionner le mode opératoire de cette dissimulation, et le rôle des nouvelles technologies dans ce phénomène.

Les nouvelles technologies sont-elles responsables des nouvelles techniques de dissimulation du travail ?

Les nouvelles technologies d’information et de communication ont permis de dématérialiser de nombreux services tels que la communication interne et externe des entreprises ; cette dématérialisation ayant permis des gains considérables en productivité, mais aussi de créer des nouvelles façons de travailler, comme la réunion en visioconférence, ou le télétravail, ce qui représentent d’indéniables progrès.

Néanmoins, il ne faut pas oublier que ces nouvelles technologies représentent aussi le lien sans lequel l’ubérisation n’existerait pas. C’est pourquoi on constate souvent que ces nouvelles technologies sont souvent un prétexte qui permet à l’employeur de surcharger ses salariés de travail, de considérer que le télétravail n’est pas du « vrai travail », voire de distribuer du travail qui va au-delà des fonctions du travailleur. Il est donc ainsi beaucoup plus aisé de dissimuler du travail.

Cependant, faut-il pour autant blâmer l’existence de ces nouvelles technologies ? Pas tellement, non. Parce qu’en les utilisant à bon escient, on pourrait travailler à une meilleure répartition du travail afin d’œuvrer pour une organisation plus saine et plus respectueuse de l’être humain. En effet, la question du droit à la déconnexion ne doit pas mener vers une diabolisation de tout progrès technologique, mais plutôt vers une réglementation du travail « numérique » plus claire et plus protectrice des travailleurs.

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