Témoignage abstention : « Ma vie a beaucoup plus été changée, en mieux, par Steve Jobs, Bill Gates, et aussi par des artistes, des cinéastes, des écrivains, des gens qui ont eu une vision, un projet, une grande idée, qui se sont sentis investis d’une mission. »

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Antoine, humoriste et auteur, 33 ans

Je crois que je n’ai pas voté depuis 2002.

Le « chantage au FN » pour inciter les gens à voter, j’ai fini par intégrer que ça faisait partie du jeu. J’ai découvert ça y a un moment.

J’ai jamais aimé le FN, donc, ça me gênait pas de pas voter pour lui.

J’avais donc que la droite, la gauche ou le centre.

La droite m’a débecté assez vite, notamment à cause de la Sarkozie qui avait une vision de l’Etat pas assez grande à mon goût. Ça manquait de vision nationale et humaine, c’était géré façon entreprise, je n’aimais pas ça.

Me restait le centre et la gauche.

Pendant un moment, je me suis tâté, j’ai hésité sur Bayrou, avant de me lasser de son numéro de Sage Sur La Montagne.

Restait la gauche et l’extrême-gauche. J’ai vu l’extrême-gauche pactiser avec les islamistes dès 2007. J’ai tourné les talons en jurant.

Restait la gauche. Mais alors bon… Dans le genre « ça fait pas rêver »…

Ségolène Royal faisait une campagne de cruche, les lieutenants étaient des vieux mitterrandiens, soit le courant qui avait fait exploser le chômage de masse… Ça ne me disait rien. Du coup, j’ai commencé à plus avoir envie de rien. Ça me déprimait.

Mais dans ce cas, pourquoi ne pas voter blanc ou pour des listes indépendantes quand il y en a ?

Parce qu’il y a eu l’iPhone.

J’ai arrêté de croire en la politique quand j’ai découvert l’IPhone.

Sans déconner, c’était le plus incroyable symbole de la déconfiture politique.

La révolution, le changement de vie, l’accélération de mon niveau personnel, ça a été Internet, la technologie accessible, la communication qui s’accélère

Ma vie a beaucoup plus été changée, en mieux, par Steve Jobs, Bill Gates, et aussi par des artistes, des cinéastes, des écrivains, des gens qui ont eu une vision, un projet, une grande idée, qui se sont sentis investis d’une mission.

On peut dire ce qu’on veut des entrepreneurs, mais on ne peut pas leur retirer leur envie de changer ce qui les entoure.

Moi, j’ai besoin de ça.

Voir en face de moi quelqu’un d’enthousiaste, qui me propose un VRAI changement.

Et puis, il y a eu ma prise en main personnelle. Je me suis mis à bosser comme un chien, à vouloir moi changer ma vie, puisque personne dans mon pays ne se proposait de l’améliorer vraiment pour moi.

Donc, une fois que j’ai commencé à hausser mon niveau de vie tout seul, j’avais plus besoin des politiques.

J’ai créé des tonnes de trucs, je me suis concentré sur mon élévation sociale et mon confort financier, en me disant que de toute façon, entre Ségo et Sarko, rien ne changerait autour de moi si je n’en étais pas le principal acteur.

Je ne vois plus l’intérêt de voter, puisque ça n’aboutit qu’à un statu quo modifié à la marge. Les politiques n’ont pas plus de pouvoir que ça.

Tant que le statu quo est préservé, c’est à moi de me bouger pour améliorer mon sort.

Du coup, c’est ce que j’ai fait.

Je retournerai voter si je sens le statu quo en danger.

Je n’ai pas voté blanc parce que ça sert concrètement à rien.

Les gars disent « blanc » et puis voilà.

Une fois que tu as fait le deuil d’une influence positive de la politique dans ta vie, et compris que la seule personne capable d’améliorer ton existence, c’est toi, tu ne vois plus l’intérêt d’aller voter.

Et en plus, je trouve que le niveau baisse continuellement, ça ne va pas me faire revenir. L’extrême-droite se fascise de plus en plus, l’extrême-gauche s’islamise de plus en plus, la droite devient de plus en plus arrogante en mode petit patron, et la gauche devient de plus en plus incompétente et déconnectée du monde réel.

Que penses-tu de ceux qui essaient encore d’envoyer les abstentionnistes aux urnes ou qui incitent à voter contre le FN ?

J’en pense qu’ils perdent leur temps, tout simplement.

Je les comprends, ils ont envie d’un bien-être collectif. Mais je pense qu’ils perdent leur temps, bouffés par une idée qui leur a été tellement rabâchée qu’elle est devenue vide de sens.

« Faut voter ». D’accord, mais pour qui ?

On a le choix entre les escrocs, les débiles, les fachos et les collabos.

Super.

Et tu ne penses pas qu’il y a un problème au niveau du système politique ?

Il y a peut-être un problème au niveau du système électoral. Mais ça m’a poussé à réfléchir à d’autres systèmes.

J’ai retenu deux options qui m’ont paru pas si mal.

J’ai longtemps rejeté les deux pour des raisons idéologiques, en fait, je pense que ça vaudrait le coup de se pencher dessus.

La première, c’est le tirage au sort d’une assemblée.

Parmi des gens qui n’ont pas de casier judiciaire, évidemment.

Nos 500 députés et des brouettes tirés au sort, avec évidemment une phase de transition d’un an pour leur permettre de s’adapter à leur nouvelle vie.

« Chère ******, vous serez député dans 12 mois. Au boulot »

Un truc du genre.

La deuxième option, c’est utilisé un peu partout dans le monde, c’est la monarchie parlementaire.

Le parlement pour le côté démocratique, le roi ou la reine pour l’incarnation du pouvoir, du sentiment d’appartenance nationale et de la hiérarchie auquel le pouvoir élu doit rendre des comptes.

Si on y réfléchit bien, Cameron, il a des comptes à rendre à la Reine. Et les anglais adorent leur Reine.

Cela me semble pas mal, parce que je crois qu’il y a un besoin d’avoir une figure qui incarne le pays. De Gaulle avait répondu à ce besoin-là. Y avait un côté grand-père qui a rassuré pas mal de monde, et qui rassure encore. Et le FN à 30%, c’est aussi une demande d’avoir une histoire nationale.

Avec des traditions, du décorum, etc…

Il ne fait pas « rêver », Hollande.

Une figure nationale, ça fait rêver.

Disons qu’il manque un symbole. Que les gens puissent aimer leur pays à travers leur dirigeant. Sarko, tu l’aimes pas, du coup, tu n’aimes pas ton pays, tu n’es pas content d’être là, ou tu n’as pas envie de t’investir. Mais un roi, qui a été éduqué depuis qu’il est bébé à aimer son pays, il peut transmettre cette affection dont les gens ont besoin, et transcender quelque chose. On ne me fera pas croire que la couronne britannique est gouvernée par des cyniques qui n’en ont rien à foutre.

Ça se sent. Le peuple le sent, et ça les transcende. Un peu plus que nous, en tout cas. Les britanniques sont fiers d’être Britanniques, les français sont au mieux franchouillards. Tu vois la nuance ?

Le plus marrant, et c’est un point commun qu’on a avec les USA, c’est qu’on traite nos présidents comme des rois.

En fait, tu déplores un certain manque de leadership de la part de nos dirigeants…

Je crois qu’il y a un truc de cet ordre, en tout cas.

Avoir quelque chose de plus glorieux que François Hollande aux manettes.

Et tu ne crois pas que le peuple devrait s’autogérer ?

Non, je pense qu’il faut une figure de leader.

La liberté, y a plus de gens à qui ça fait peur que ça rassure.

L’autogestion, ça demande un esprit créatif, la capacité à reconnaitre ses erreurs, le fait d’assumer ses choix, etc…

Un leader, tu peux te décharger sur lui.

C’est un défi personnel, la liberté.

Y a des millions de gens qui n’ont pas envie de répondre à un défi personnel.

Par ailleurs, on reviendrait toujours au même point : qui prend  la décision finale ?

C’est une des arnaques du communisme : à la fin, y en a quand même bien un qui décide.

Tu ne penses pas que le rôle de l’Etat est aussi d’éduquer le peuple à s’autogérer ?

Que l’état éduque le peuple à se passer d’état, c’est quand même compliqué J

L’état réussit déjà à éduquer les citoyens à jouir de leur liberté sans entraver celle des autres, bon gré mal gré. On peut dire ce qu’on veut, on vit dans un pays libre. Je ne me suis jamais senti entravé par l’état, sauf peut-être par un too much administratif.

 

Qu’est-ce qui pourrait faire que tu te déplaces pour aller voter ?

Ce qui me ferait venir aux urnes, ça serait un candidat avec un véritable charisme.

Mais il y a un problème, c’est que pour être aimé du plus grand nombre, faut être consensuel. Donc mou.

Je pense qu’on est figé pour un moment. On va passer doucement d’une société intégratrice à une société communautarisée, mais c’est tout.

T’attends une espèce de « coup d’état » ?

Je n’espère pas un coup d’état, loin de là !

Je pense que la prochaine grande figure ne pourra émerger que d’un accident, par contre.

Pas d’un processus électoral

Je pense qu’une personnalité de vrai leader charismatique et visionnaire se révèle dans la douleur et la difficulté. On dit de quelqu’un que c’est un génie quand il résout un problème.

Les grands hommes de ce monde ont souvent été soit emprisonnés, persécutés, minoritaires, etc…

Ou alors des tyrans qui se sont révélés géniaux, mais c’est plus rare.

Ce qui a fait de De Gaulle cette espèce de personnage légendaire qui incarne la nation, c’est aussi qu’il est arrivé en héros triomphant du nazisme, soit de la pire idéologie du monde. Exilé, trahi, mais exalté, il revient, et avec les alliés, il fout les méchants de hors, enfin, tu vois l’histoire. Ça tape, ça entretient la légende. Je ne pense pas que De Gaulle, en 5 ème République, au 20h face à Pujadas, aurait suscité le même engouement.

Niquer Hitler, ça a plus de classe que de faire le 20h de Gilles Bouleau.

Donc je vois plus une grande figure émerger d’un accident.

En fait, mine de rien, la France d’aujourd’hui est plutôt confortable.

Y a pas d’adversité « globale »

Y a surtout des problèmes individuels

Quoique 30% de la population commence à voir l’islamisme comme le nouveau problème global, mais il n’est pas encore trop sur terrain.

Donc, avec un contexte relativement pépère, personne de fort ne va émerger par contraste.

Donc bon, pour moi, le choix va encore se résumer un bon moment entre voter pour le mec de la compta ou pour la meuf des RH. J’en n’ai RIEN à foutre. La France est devenue une société anonyme avec des dirigeants interchangeables.

La rupture ne viendra pas de 150 moyens : révolution, guerre civile, ou guerre.

Je ne vois rien d’autre.

Ce qu’il y a de sûr, c’est que les Le Pen ont bien compris la demande de figure qui incarne.

 

Pourquoi les grosses structures sont plus visibles que les autres

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On déplore souvent la distribution inégale des ressources, jusque dans notre tissu associatif, où là où certaines associations captent toute l’attention, d’autres meurent dans l’ignorance la plus totale. Pourtant, ce phénomène ne sort pas de nulle part, et est loin d’être insurmontable.

 

  • La preuve sociale fait que nous sommes naturellement attirés par ce qui est le plus visible

Nous supposons donc que plus une structure est visible, plus elle est influente et puissante, et donc efficace. Or, ce n’est pas forcément le cas.

…Et nous donnent l’illusion que les nombreuses interactions virtuelles se traduisent par des actions pertinentes sur le terrain. Si les réseaux sociaux représentent un outil intéressant pour produire des connaissances, communiquer, nouer des liens, et s’informer, la majorité du travail ne se fait pas sur cet espace.

  • Il y a des secteurs et des marchés plus porteurs que d’autres, car considérés plus « glamour » que d’autres

Soit parce qu’il y a une demande à la fois forte et urgente, soit parce que la friction à l’engagement est minime. Lorsqu’une structure répond efficacement à un besoin douloureux, urgent et reconnu, elle mérite pleinement son influence. Les structures qui peinent à se distinguer des autres ont souvent du mal à identifier le besoin de leur cible, et travaillent également sur une demande moins forte. Par exemple, l’aide aux plus précaires, l’accompagnement à la scolarité et à entrepreneuriat, la production de savoir (écriture, réalisation, recherche académique) sont des besoins importants et urgents, mais ne sont pas toujours perçus comme tels (sauf pour l’aide aux personnes pauvres) parce qu’ils demandent un engagement réciproque de la part de leur cible ; il faut lire, acheter, contribuer pour que ces actions aboutissent et aient un impact significatif. Ces secteurs nécessitent donc un travail de communication plus conséquent.

 

             S’il est de notre responsabilité individuelle et collective de donner force et visibilité aux structures qui nous semblent d’utilité publique, il ne faut pas non plus négliger le travail de communication qui permet de concilier perception et besoins des bénéficiaires d’une association.

Pourquoi l’argent ne protège jamais du racisme

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Il existe beaucoup de fantasmes autour l’appartenance à la classe bourgeoise lorsqu’on n’est pas blanc ; contrairement à ce que l’on pourrait croire, la possession de patrimoine n’atténue ni ne neutralise la charge raciale. En effet, l’intersection entre classe et race fonctionne de manière bien plus complexe. Explications.

 

  • Posséder des richesses n’est pas toujours visible, et même quand c’est le cas, ceci n’empêche pas le racisme

On peut très bien se faire contrôler au faciès, ne pas obtenir un logement qu’on a les moyens de payer, ou ne pas obtenir un emploi sur la base de préjugés raciaux, tout en appartenant à une classe sociale aisée.

  • Dans les milieux sociaux aisés, la charge raciale peut-être encore plus intense

Les personnes non-blanches ayant accès aux espaces de l’élite sont plus exposées au syndrome de l’imposteur, et sont aussi dans une situation particulièrement inconfortable lorsqu’elles sont ramenées à leurs origines. Cette charge raciale exacerbée a un impact négatif sur leur santé mentale.

  • Le rapport à l’argent chez les non-blancs est différent, notamment parce que le racisme précarise, mais pas seulement

Là où les personnes blanches et bourgeoises apprennent à investir, épargner et placer leur argent de manière à faire fructifier leur patrimoine, les comportements financiers peuvent différer chez les non-blancs lorsqu’ils n’ont pas l’habitude d’être exposés à l’argent et/ou qu’ils éprouvent soit la peur de manquer (achats compulsifs, surconsommation) à cause d’une précarité/pauvreté passée, soit de la culpabilité (générosité excessive) vis-à-vis de leur communauté ou de leur famille qui n’ont pas accès au même niveau de richesse. Ce rapport complexe à l’argent peut donc rendre le maintien dans les classes supérieures temporaire, et faire basculer dans la précarité à tout moment.

 

Parler de racisme, c’est inévitablement parler de rapport au corps, au langage, mais aussi à la santé, à l’argent ou au travail ; ce qui en fait une question profondément sociale, au même titre que celle de genre ou de classe.

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Luttes contre le racisme structurel dans la police : comment dépasser les victoires symboliques (2/2)

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Il y a eu des condamnations et des réactions du pouvoir exécutif. Pour autant, ce n’est pas suffisant, puisque la police a encore le pouvoir de tuer. Si nous progressons vers la justice, nous n’en sommes pas encore au stade de l’égalité et de la dignité face aux forces policières.  Comment faire pour avancer plus loin ? Voici quelques pistes de solution.

  • Développer notre puissance

Se renforcer ne passe pas uniquement par la construction d’une élite (plus ou moins autonome) et/ou l’intégration des lieux de pouvoir. Il faut également transmettre et partager ses savoirs et savoir-faire, et donner de la force en priorité à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Les moyens à notre portée sont multiples ; nous pouvons donc choisir ceux qui donnent les meilleurs résultats (engagement associatif, politique, investissements et dons humanitaires, production académique, entreprenariat social, art, etc…)

  • Assurer un minimum de coordination sur le long terme

Les avancées d’aujourd’hui sont partiellement dues à un concours de circonstances, plus ou moins heureux. Seulement, nous ne pourrons pas compter sur des paramètres beaucoup trop aléatoires à chaque fois. Se coordonner ne signifie pas soutenir toutes les initiatives inconditionnellement ; c’est déjà respecter la diversité militante, en acceptant les divergences d’opinion et d’intérêt, et en valorisant la sincérité de l’engagement.

  • Créer des liens de solidarité durables

Si l’essentiel du travail se fait en dehors des structures, il ne faut pas négliger l’impact des relais internes capables de construire des ponts.

Finalement, pour déplacer la norme du racisme et enfin inverser le rapport de forces, nous devons d’abord augmenter notre pouvoir avant de percevoir une diminution de ce qui nous opprime.

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Pourquoi la lutte contre le racisme policier progresse enfin (1/2)

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À la suite des révoltes provoquées aux Etats-Unis et France par le meurtre de George Floyd, l’enquête sur la mort d’Adama Traoré va enfin dans le sens des revendications de justice et de vérité de la famille victime. Avant ceci, Amal Bentounsi avait déjà réussi à faire condamner officiellement le policier Damien Saboudjan qui a tué son frère en lui tirant dans le dos. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur décide de sanctionner des policiers dont le racisme a été étalé au grand jour.

Pourtant, cette lutte ne date pas d’hier, et jusqu’à aujourd’hui, les institutions faisaient la sourde oreille. Il est donc légitime de s’interroger sur ce qui a fini par les mobiliser. Voici quelques éléments de réponse.

 

  • La lutte contre le racisme policier est un besoin D.U.R (Douloureux-Urgent-Reconnu)

Douloureux, car ce racisme brise de nombreuses vies et de nombreuses familles. Urgent, car pour nous, la charge raciale qui nourrit la peur de mourir après avoir croisé la police est constante. Reconnu, parce que des générations entières de militants travaillent de manière continue pour dénoncer ce racisme systémique.

  • L’organisation et la coordination efficaces finissent toujours par payer

Ce ne sont pas les manifestations seules qui ont provoqué une réaction du pouvoir. Ni les révoltes. Ni la parole de quelques célébrités. C’est la coordination simultanée des acteurs dans la rue, dans les médias, dans la sphère associative et des relais institutionnels qui a permis ce progrès, et rien d’autre. La segmentation des actions isolées coûte plus qu’elle ne rapporte ; c’est pourquoi il est important de les fusionner et de ne saboter aucune initiative.

  • Un contexte de crise sanitaire et économique qui accentue le besoin de revendication sociale

La crise du COVID-19, a précarisé de nombreux ménages, notamment à cause du confinement. Cette fragilité a permis une prise de conscience collective sur le caractère éphémère de la vie humaine, et donc sur la nécessité de vivre l’instant présent, de ne pas attendre les lendemains pour passer à l’action et se mobiliser.

Finalement, on peut constater que l’inefficacité des performances antiracistes symboliques a été démasquée. Pour autant, le combat est loin d’être achevé. En effet, nous ne pouvons et ne devons pas compter sur les opportunités des prochains crimes pour le faire avancer encore plus loin. Ce qu’il faut, en plus de rendre hommage aux avancées déjà accomplies, c’est continuer à œuvrer pour faire en sorte que ce soit la police qui craigne les représailles du racisme ; car pour l’instant, nous en sommes encore à avoir peur de croiser la police.

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Pourquoi il faut arrêter de confondre idéologie et luttes d’intérêts

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Lorsqu’on s’engage concrètement, on réalise bien assez tôt qu’il y a un écart (plus ou moins important) entre ses intimes convictions, l’adhésion à une idéologie et la réalité de ses propres actions sur le terrain des luttes de pouvoir.

Cette différence est souvent perçue comme problématique, et utilisée parfois à des fins d’invective personnelle. Pourtant, vouloir à tout prix modifier la réalité pour qu’elle colle à des idéaux théoriques s’avère contre-productif la plupart du temps. Voici pourquoi.

  • Percevoir les luttes d’intérêts sous un prisme moral empêche toute forme de réflexion stratégique efficace

D’une part parce qu’il faut garder un minimum de rationalité froide pour mettre toutes les chances de son côté dans la lutte, d’autre part parce que la notion de morale (le Mal versus le Bien), contrairement à l’éthique (basée sur un socle de valeurs) évacue toute forme de nuance, nécessaire à une gestion saine des émotions et à la construction de liens durables.

  • La dissonance cognitive peut générer de la souffrance lorsque nos propres intérêts entrent en contradiction avec nos idéaux

Et il est plus accessible d’adapter ses croyances (qui relèvent de perceptions internes) que d’agir sur un contexte où on n’a pas de pouvoir direct.

  • Une idéologie sert de repère théorique fixe, alors que les luttes d’intérêts sont constamment en mouvement selon leur contexte

Les paradoxes et contradictions font donc naturellement partie intégrante d’un parcours militant au fil des années. Ce n’est donc pas un problème en soi, mais plutôt une étape obligatoire d’un processus stratégique qu’il faut apprendre à dépasser.

Finalement, si des idéaux permettent de construire des valeurs communes pour générer des actions dans le but de gagner des combats, leur préservation n’est pas une fin en soi. Le purisme militant n’a donc pas lieu d’être, et relève plus d’une dérive sectaire que d’une réelle victoire idéologique.

 

 

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Que faire de nos monstres [indigènes] ?

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Ici les monstres ne sont pas [seulement] des traîtres [à leur race]. Ce sont des êtres humains qui, à trop vouloir s’inclure dans une société qui les rejette en bloc, ont perdu leur dignité au passage. Comme le précise Houria Bouteldja dans « Les Blancs, les Juifs et nous », nous sommes fêlés. Parce que nous bénéficions du passé-présent colonial français, tout en continuant à en souffrir à travers le racisme structurel.

Une fêlure peut se camoufler dans un premier temps, le temps de prendre du recul. Puis, elle peut nous embellir, ou nous briser, selon le destin qu’on lui offre : soit on l’assume au grand jour, soit on la méprise. Celles et ceux que l’on désigne grossièrement comme « soumis » au champ politique blanc se laissent souvent détruire par leur propre honte. La question ici est donc de savoir si cette rupture est irréversible, et si on peut encore récupérer, réparer et enfin sauver celles et ceux d’entre nous se laissant tenter par la voie de l’aliénation.

  • Nous devons prendre en compte la réalité de la charge raciale et de ses conséquences

Et donc que l’aliénation à laquelle nous sommes constamment exposés en découle directement.

  • Nous devons oublier l’utopie de la décolonisation/déconstruction des indigènes sociaux

Car elle est à la fois coûteuse en énergie, et génératrice de nouveaux problèmes (situations de harcèlement notamment), donc improductive.

  • Nous devons ouvrir la porte de la rédemption

Parce que « dévier politiquement » n’est ni une fatalité, ni une situation permanente et irréversible, il faut être en mesure de pardonner les manquements à la solidarité, sans pour autant trop investir de confiance. Ces erreurs de parcours, font partie intégrante d’un processus de politisation, et représentent également un des aspects du visage du racisme structurel ; il faut donc s’attendre à les croiser.

  • Eviter le piège de la récupération raciste de bas étage

Considérer un.e indigène monstrueux comme un.e Arabe ou un.e Noire « de service », c’est accepter de nous renvoyer et nous réduire à notre propre race. C’est également nous essentialiser, et nous donner l’injonction de prêter allégeance à la cause antiraciste.

Seulement, ce n’est pas à nous de déconstruire les indigènes sociaux de leur aliénation raciste (ce processus individuel relève de la liberté de chacun.e) car nous luttons contre une idéologie, pas contre les personnes qui y sont coincées.

  • Garder en tête que ces monstres sont les outils d’un pouvoir raciste, et non les têtes pensantes

Les indigènes sociaux ne sont pas en mesure d’être les instigateurs d’un pouvoir raciste à l’encontre de leurs intérêts, ils n’ont que 2 choix possibles ; s’y soumettre ou y résister.

  • Personne n’est à l’abri de glisser vers le rôle du monstre en cas de difficulté

Se plier à une idéologie raciste, et adopter des stratégies dites intégrationnistes ne relève que très rarement d’un choix libre et éclairé ; il s’agit en réalité bien souvent de réflexes de survie.

Finalement, ce n’est qu’en renforçant les liens de solidarité entre indigènes sociaux de manière durable, dans le but de construire des alternatives aux systèmes racistes que l’on peut se prévenir de la création de nouveaux monstres. Nous devons donc rejeter l’indignité de leurs comportements toxiques car nous en payons collectivement le prix aujourd’hui, mais aussi refuser fermement les attaques racistes à leur égard, parce que là aussi, c’est le collectif qui est visé.

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Les raisons pour lesquelles l’engagement peut nous rendre malheureux

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Dans n’importe quel espace militant, le constat est unanime : il existe un mal-être, une souffrance générale de plus en plus perceptible. Pourquoi, et surtout, comment on en arrive là ?

Voici une liste (non-exhaustive) de pistes de réflexion :

 

  • Organisations du travail pathogènes

L’absence de procédures claires de travail, d’outils de gestion de projet, voire de vision précise, conduit à une organisation instable et stressante pouvant mener à des burn-out à cause d’une surcharge de travail.

  • Impunité des agresseurs et des personnes violentes

Cette impunité entretient la violence de l’écosystème, et exclut de facto les victimes, peu importe leur apport au sein des structures militantes ; puisque ce ne sont pas les compétences qui sont préservées, mais bien les leviers d’image (à tort).

Cette inertie empêche également la protection des lanceurs d’alertes, malgré la loi Sapin 2 qui oblige pourtant toutes les organisations à disposer d’un système de recueil des alertes en interne.

  • Manque de réflexion politique et économique dans la gouvernance des structures associatives

On oublie souvent de se poser la question du niveau de prise en compte de la parole des personnes concernées (notamment en termes de temps consacré), de leur niveau d’investissement et de responsabilité dans une structure qui s’adresse à elles. On néglige également la question du financement de l’association, et à quel moment on choisit de professionnaliser une partie ou la totalité de ses activités.

Eviter ces questions pourtant primordiales, c’est s’exposer à une mauvaise articulation entre travail salarié et bénévolat (risques de travail dissimulé), un manque de moyens financiers et/ou d’indépendance financière pour fonctionner correctement, des indicateurs de performance inadéquats par rapport aux objectifs des structures associatives, et à une logique de réponses à des appels d’offres et de prestations de services qui ne permettent pas d’être propriétaire de son calendrier.

 

  • Absence d’une charte éthique claire

Si des règles peuvent se mettre en place de manière informelle, il n’est pas dit qu’elles soient cohérentes avec la vision d’une structure. D’où l’intérêt de les définir clairement le plus tôt possible.

Il existe également une culture du sacrifice très présente dans le milieu associatif, où faire passer le bien de la structure avant celui des personnes qui la composent est hautement valorisé, bien que dangereux et improductif.

  • Mauvaise gestion des conflits

Sous prétexte de débat, on légitime la violence de réels conflits, en laissant libre cours à tout type de violences, notamment dans la manière de communiquer.

  • Ruptures douloureuses

Dans un environnement ultra-conflictuel, les liens ne peuvent être préserver et mènent vers des ruptures coûteuses socialement parlant, en plus des projets avortés.

  • Manque de remise en question des comportements toxiques

Lorsqu’il n’y a pas de relation de confiance installée, on préfère laisser des comportements toxiques se développer par crainte de rupture. C’est malheureusement ainsi que les situations conflictuelles s’enveniment :  c’est pourquoi il faut remettre en question les comportements, en les détachant des personnes qui en sont responsables (ils ne sont heureusement pas irréversibles).

  • Energie concentrée sur ce qui ne dépend pas de nous

Réclamer ce qu’on n’a pas aux autres, sans entretenir ce qu’on a déjà pour avancer est une stratégie vouée à l’échec. En effet, parce qu’on n’a aucun pouvoir direct sur les décisions institutionnelles, demander qu’elles changent, sans agir à son niveau, empêche de percevoir les progrès que l’on fait, et finit par décourager l’ensemble des efforts fournis.

  • Manque de renouvellement des modes d’action

Il y a beaucoup de réflexes militants qu’on ne questionne plus, même lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous :  ces répétitions finissent par épuiser les forces d’engagement sur le long terme.

  • Concentration des pouvoirs et de la charge mentale sur une poignée de personnes

Outre les risques liés aux abus et au culte de la personnalité, ceci empêche à la fois la distribution du pouvoir et l’émergence de nouveaux leaders capables d’augmenter la force collective.

  • Critiques non constructives

Lorsque les critiques sont émises uniquement pour se soulager en rabaissant autrui, et non dans le but d’une réussite collective, elles peuvent être perçues comme violentes par celleux qui les reçoivent et entraver toute construction de lien et/ou de projet commun.

  • Marché militant segmenté mais non ciblé

Aujourd’hui, notre environnement militant fonctionne comme un marché où tout le monde se dispute les parts, mais où personne (ou presque) ne se pose la question des besoins du public qu’on cible. Cette logique hyperconcurrentielle empêche toute construction de pouvoir collectif durable, en plus de ne pas répondre aux problématiques communes.

  • Invasion de la vie militante dans la vie privée

Que des liens d’ordre privé se créent dans un environnement militant n’est pas un problème. Mais que des militants se mêlent de la vie privée d’autrui, ou que la vie militante ne laisse plus de place à une vie privée peut s’avérer destructeur. Le développement collectif ne doit jamais être prétexte pour des sacrifices individuels ; lutter pour une justice sociale en laissant des individus sur le bas-côté n’a aucun sens.

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Dépasser la solution du boycott pour mieux résister

Temps de lecture : 2 minutes

Boycotter est devenu un réflexe lorsqu’on cherche à consommer de manière plus éthique. Pourtant, s’il est cohérent car il permet de diminuer la dissonance cognitive de chaque militant.e souhaitant agir en adéquation avec les valeurs qu’iel défend (les appels au boycott sont d’ailleurs de bonnes sources d’information pour de l’éducation populaire), ce comportement conserve tout de même des limites. Nous verrons ici lesquelles.

  • Boycotter, ce n’est pas toujours possible

Soit parce qu’il n’y a pas d’alternative, soit parce que les rares présentes sont inconnues ou inaccessibles. A noter que le comportement de boycott requiert une charge mentale supplémentaire et la disponibilité nécessaire pour l’accueillir.

  • Le mépris de classe à l’égard de celles et ceux qui ne peuvent pas toujours boycotter

En effet, demander à des classes populaires de se restreindre au nom du boycott, c’est ignorer la puissance du marketing et de son influence sur le cerveau, et donc le comportement du consommateur. Il est extrêmement complexe de s’émanciper de ces procédés, même lorsqu’on a conscience de leur existence, puisqu’ils agissent le plus souvent sur notre subconscient.

De plus, c’est la restriction cognitive (très présente chez les plus précaires ayant peur de manquer) qui génère la consommation déraisonnée ; parler de consommation éthique ou de boycott dans ces cas de figure est donc inadapté.

  • La police militante transforme le boycott en élitisme et crée des situations de harcèlement contre-révolutionnaires

Le fait de pouvoir choisir de manière éclairée ce que l’on consomme, de se passer de certains produits (parce qu’on a des alternatives ou qu’on a les moyens de lâcher prise) relève donc du privilège social. Le boycott devient ainsi de plus en plus inaccessible, faute de pouvoir le démocratiser.

En effet, en le réservant à une élite, non seulement c’est inefficace et contre-productif, mais en plus, on crée une pression, des mécanismes de domination, pouvant créer des situations de harcèlement sans même s’en rendre compte.

  • Favoriser les initiatives positives, créatives et entrepreneuriales peut s’avérer encore plus puissant que le boycott à lui-seul

Enfin, le meilleur moyen de tendre vers des habitudes de consommation plus saines, c’est de proposer de réelles alternatives ! Par exemple, pour la question palestinienne (en plus du boycott des produits et institutions israéliennes), soutenir l’économie palestinienne et valoriser la culture palestinienne (gastronomie, traditions, danse, cinéma, littérature, poésie…) est une étape fondamentale pour mieux résister.

Même si le boycott a déjà obtenu des victoires, il n’est pas une fin en soi, mais un moyen, parfois beaucoup trop complexe à mettre en place. A noter également, que le boycott culturel, institutionnel et médiatique est bien plus puissant que celui mis en place au niveau individuel du consommateur lambda. Sans oublier que le meilleur moyen de tendre vers un boycott, c’est de proposer des alternatives crédibles et accessibles avant de faire des injonctions, tout en restant bienveillant.e avec celles et ceux qui boycottent de manière imparfaite.

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5 techniques pour écourter un débat stérile

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Les débats sans fin nous épuisent, et gaspillent notre énergie qui pourrait être utilisée dans des projets et occupations plus constructifs. Voici 5 astuces efficaces pour y mettre fin sans générer de conflit.

  • Laisser le dernier mot

Parce qu’on a en réalité aucune obligation de répondre.

  • Dire que la question nécessite une réflexion plus approfondie qui ne peut être développée dans le cadre d’un débat

Et éventuellement diriger vers du contenu plus détaillé pour ne pas avoir à débattre.

  • Dire « OK ».

C’est la technique la plus simple, et la moins fatigante.

  • Désactiver les notifications, filtrer ou mettre sur mute (voire mode avion) si on est trop épuisé.e pour répondre

Nécessaire pour éviter la fatigue numérique.

  • Eviter de répondre immédiatement pour prendre du recul

C’est la meilleure façon de débattre de manière sereine. Dérouler le processus de communication non-violente peut aussi aider.

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