Faut-il arrêter de privilégier les procédures aux résultats ? (1/3)

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En temps normal, la fiabilité d’un résultat (scientifique ou autre) dépend fortement de la rigueur avec laquelle une procédure est appliquée. Or, que faire et quoi penser, lorsque l’urgence nous empêche de mettre en œuvre toutes les étapes d’une procédure, ou que cette dernière, trop rigide, peut nous empêcher d’avancer ?

Prenons l’exemple de l’usage de la chloroquine comme traitement antiviral dans la pandémie du COVID-19. A ce jour, aucune étude aboutie ne prouve son efficacité. Pourtant, de nombreux médecins sur le terrain ont déjà établi un protocole de soins autour de cette molécule partout dans le monde. Faut-il les en blâmer, ou au contraire les féliciter ?

Pour répondre à ces questions, nous allons discuter ici de la pertinence des procédures selon le contexte, et montrer pourquoi dans tous les cas, la priorité, c’est la préservation de l’intégrité physique et morale des personnes.

  • Les procédures sont souvent une garantie de qualité des résultats….

…Lorsqu’elles sont exécutées en conditions normales ! Et c’est parce qu’elles ne sont pas forcément toutes conçues pour gérer l’imprévu qu’elles ne marchent pas à tous les coups. Si, dans l’idéal, le meilleur moyen de prévoir l’imprévisible, est de prévoir un maximum de choses, ce n’est malheureusement pas toujours possible.

Alors, à moins que les procédures ne prennent en compte toutes les éventualités, il faut parfois les modifier ou les accélérer lorsqu’il y a urgence.

  • Elles peuvent servir d’outils d’exclusion et de discrimination

Il faut aussi prendre en compte le fait que les procédures peuvent être utilisées pour exclure, voire discriminer n’importe quelle personne tentée de les remettre en question.

L’exemple le plus parlant ce sont les procédures pour délivrer des titres et des diplômes dans les écoles et les universités les plus prestigieuses et les plus reconnues. Ces titres peuvent être utilisés comme biais de manipulation, comme l’explique Robert Cialdini dans son ouvrage « Influence et Manipulation ». En effet, les titres peuvent être utilisés pour intimider toute personne qui n’en possèderait pas d’équivalent, afin de la discréditer, ou de la dissuader d’agir. C’est donc pour cette raison que des jeunes à haut potentiel se retrouvent en échec scolaire ; on confond leur inaptitude à un système avec un manque de compétences ou de connaissances.

  • L’urgence n’est jamais un prétexte valable pour mettre en danger des vies humaines

Cependant, même dans l’urgence, trop négliger les procédures (qui restent une référence et un filet de sécurité, quoiqu’on en pense) peut s’avérer dangereux. On n’a pas le droit de mettre en danger des vies, sous prétexte qu’une procédure serait trop longue et complexe.

On peut tout de même la modifier en l’adaptant au contexte d’urgence ; mais toujours en respectant un minimum de précautions.

 

Pour conclure, ce qu’il faut questionner avant tout, c’est la façon dont sont construites les procédures, et pas forcément leur existence. En effet, les procédures permettent de rassurer. Mais pour qu’elles soient valables dans n’importe quel contexte (social), il est important de les tester dans toutes les circonstances (et de vérifier qu’elles y sont adaptées) avant de les privilégier en tout temps. Si ce n’est pas le cas, il faut avoir l’humilité de les remettre en cause, surtout lorsqu’elles excluent de manière injuste, ou ne donnent pas les résultats espérés parce que trop lentes ou inadaptées, en temps de crise, par exemple.

Pour revenir à la crise sanitaire actuelle, il y a assez de recul sur l’usage de la chloroquine dans d’autres circonstances, mais aucun sur la dose préconisée pour baisser la charge virale du COVID-19. Les patients qui en ont reçu se sentent mieux, mais nous ne savons pas à quel prix, et nous ne savons pas encore si ces résultats apparemment prometteurs seront confirmés sur du plus long terme. La question d’administrer ce traitement ne doit revenir donc qu’aux médecins seuls, et à ce jour, elle est plus d’ordre éthique, que de rigueur scientifique ; faut-il administrer ce traitement sans visibilité sur les effets secondaires, ou prendre le risque de perdre encore plus de patients (qui varie entre 1 et 3%, ce qui est faible en taux de pourcentage, mais conséquent en nombre de vies humaines à l’échelle d’un pays) ?

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Ce que la crise sanitaire (et le confinement l’accompagnant) révèle de nous et de notre société

Temps de lecture : 4 minutes

La pandémie désormais mondiale de COVID-19 exacerbe toutes les réalités sociales de manière plus ou moins surprenante. Voici une liste (non-exhaustive) de faits vérifiés par les conséquences de cette crise.

  • Notre système économique est à bout de souffle

Car c’est à la fois ce système qui a créé cette pandémie comme les autres (conséquence de la consommation d’animaux sauvages ou élevés de manière industrielle), et ce même système qui nous empêche de sortir de cette crise sanitaire (conséquence d’un manque de moyens couplé à une mauvaise gestion du service public de la santé).

  • Les métiers les moins valorisés financièrement sont aussi ceux les plus indispensables à notre vie quotidienne

Les personnels soignants, les salariés des fournisseurs d’énergie et de télécommunication, les chauffeurs routiers, les livreurs, les salariés de la grande distribution, les agents d’entretien nous permettent d’assouvir les besoins les plus vitaux, ceux qui sont à la base de la pyramide de Maslow. Pourtant, ce sont aussi les métiers les plus précaires, et les moins rémunérés.          Ensuite, les services de sécurité, d’information, d’éducation et de transport sont également indispensables : ils peuvent être mieux rémunérés, mais la norme reste la précarité et la paupérisation.

Enfin, tous les métiers de représentation, et ceux qui permettent l’enrichissement d’une minorité de personnes ou l’optimisation financière peuvent rapporter gros, même si la finalité n’est pas explicite.

  • Le confinement cumulé à la crise sanitaire révèle toutes les disparités sociales, sans exception

En partant des personnes qui peuvent se permettre de rester confinées, par rapport à celles contraintes de prendre des risques de contamination au service des premières et celles qui n’ont même pas les moyens de l’être, jusqu’à celles qui sont confinées dans des manoirs ou appartements vastes et luxueux, contrairement à celles obligées de squatter dans des logements exigus, voire insalubres.

En passant par les personnes confinées avec d’autres dangereuses, comme les femmes victimes de violence conjugale ou les enfants victimes de maltraitance familiale.

A cela s’ajoute le reste des discriminations ; face à une pénurie de tests, de masques, et de lits dans les hôpitaux, il n’est pas difficile de deviner quelles vies seront préservées (les plus jeunes), et lesquelles seront  sacrifiées (les moins jeunes et…les moins désirables). Dans un climat anxiogène où une présence policière accrue est inévitable, le risque d’augmentation des abus policiers n’est aussi pas négligeable.

  • Le confinement expose également au grand jour les comportements toxiques des gens

Les situations d’urgence où se mêlent angoisse et instinct de survie permettent de mettre à nu les réelles intentions, et les réflexes de chacun et de chacune. Personne n’est à l’abri de se rendre coupable de comportements toxiques. En effet, ces comportements peuvent être également de bons indicateurs sur ses propres besoins, ceux des autres, et sur les ressentis qui en découlent.

  • Les querelles entre militants semblent désormais lointaines et absurdes

Parce que le risque sanitaire face à l’infiniment petit qui nous expose inévitablement et de manière universelle malgré les inégalités sociales permet de nous concentrer sur le consensus à propos du constat des injustices. Les différences de stratégies couplées à un mauvais entretien du lien social entre militants semblent alors plus faciles à surmonter.

  • Les liens sociaux virtuels s’avèrent aussi précieux que les autres

Parce qu’en période de confinement, ils peuvent être les seuls existant pour les personnes isolées, mais également un moyen de préserver la vie de ses proches les plus fragiles, lorsqu’on évite d’être confinés sous le même toit.

On réalise alors que ces liens peuvent tout autant détruire, blesser, que réconforter. Et que le cyberharcèlement n’est pas un mythe, comme la solidarité existe bel et bien via les médias sociaux.

  • Il est possible de réduire notre empreinte carbone très rapidement

Et on a pu le constater en seulement quelques jours….Preuve que la course effrénée à l’activité que nous menons est directement responsable du réchauffement climatique et de la destruction des ressources naturelles.

  • Notre temps est une ressource bien plus précieuse que n’importe quel patrimoine économique

…Et c’est bien pour cette raison précise que les patrons achètent cette ressource en embauchant des salariés ! Lorsque nous nous retrouvons au chômage (qu’il soit partiel, complet ou technique), nous pouvons perdre de l’argent, mais nous récupérons notre temps. Notre avenir et notre condition ne dépend donc pas uniquement du montant sur notre compte bancaire ou des déterminisme sociaux, mais aussi de la façon dont nous choisissons de gérer notre ressource-temps.

  • Le confinement peut être une torture pour les personnes souffrant déjà de troubles mentaux (et elles sont plus nombreuses qu’on ne veut le croire)

Pour certaines personnes, les interactions sociales réelles et le contact extérieur sont indispensables à leur bien-être mental, mais aussi physique. C’est pour cette raison que si le confinement en France est aujourd’hui plus que nécessaire, et que la responsabilité est aussi individuelle que collective dans son bon déroulement, il est également important de faire preuve de bienveillance envers les personnes supportant mal le climat anxiogène généré par cette mesure.

  • D’autres façons de travailler sont possibles, au-delà de tout culte de la performance

Hier, on estimait que le télétravail n’était possible que pour certaines professions (sous des prétextes souvent validistes), aujourd’hui on essaie de le généraliser un maximum, faute de mieux. Là encore, le télétravail, bien que comportant des limites, permet aux travailleurs d’avoir une plus grande marge de manœuvre sur leur gestion du temps, et donne ainsi la possibilité de réfléchir à des fins plus qualitatives que quantitatives dans le monde de l’entreprise.

  • Tous les rites et codes d’apparence semblent aujourd’hui futiles

Se rendre à un bureau à des heures fixes quelle que soit la quantité de travail à effectuer, atteindre des cadences invraisemblables, se saluer par des bises ou des poignées de main, porter des vêtements inconfortables, remplir des standards physiques improbables, évaluer la qualité d’un travail sur sa forme et non sur le fond, multiplier les réunions interminables…Tout ceci semble bien inutile quand les enjeux prioritaires sont de survivre,  de se protéger mutuellement, et de sauver ainsi la vie et l’économie de son pays.

 

  • La solution de confinement n’était pas la seule pour gérer cette crise

En contrôlant efficacement les personnes provenant de foyers infectés, et en les confinant par précaution, le temps d’avoir du recul sur ce virus, on aurait pu éviter beaucoup de contaminations. En adoptant des règles de civisme, tout en testant un maximum de personnes, on aurait également pu éviter un confinement maximal, comme ceci a été le cas en Corée du Sud.

Finalement, le confinement, c’est déjà le quotidien des personnes oubliées habituellement. Le COVID-19 nous donne une claque collective : pas seulement parce qu’il remet en question entièrement nos comportements et modes de vie (individuels et collectifs), mais aussi parce qu’il nous plonge violemment et brusquement dans la réalité de celles et ceux oubliés par tous ; les personnes n’ayant pas les moyens de sortir de leur dimension de travailleur-consommateur, et toutes celles assignées à résidence par leur condition physique et/ou mentale. Cependant, cette période de confinement nous laisse une opportunité précieuse : celle de reprendre le contrôle de notre temps et de nos vies, pour agir dans la durée.

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