De l’intégrité à la bienveillance

Temps de lecture : < 1 minute

Lorsque l’ont s’engage sincèrement, on est très souvent intègre. Seulement, si on vise des pratiques militantes saines, l’intégrité est loin d’être suffisante, s’auto-proclamer « bienveillant » ne signifie pas qu’on l’est dans les faits. Quels outils peut-on déployer pour l’être ou le devenir ?

  • Poser des limites et respecter celles des autres

C’est en connaissant ses propres limites, et en les communiquant aux autres clairement dans un premier temps qu’on est en mesure de respecter celles des autres. En effet, il est inutile de vouloir aider la terre entière si vous acceptez qu’on introduise votre espace vital, et que vous répercutez les retombées (souvent négatives) de cette intrusion autour de vous.

  • Faire usage d’une communication non-violente

La communication non-violente est un outil formidable pour apprendre à exprimer clairement ses besoins aux autres sans jamais être dans une imposition verticale. Ceci est important dans un contexte où le travail bénévole est encore la norme, et où les liens de subordination informels voire les situations de harcèlement se prolifèrent.

  • Apprendre à [vraiment] écouter

Il s’agit de la partie difficile lors de la création de liens. Parce que cela nécessite de se décentrer, mais aussi de se mettre à la place de l’autre, pour comprendre l’expression de ses besoins.

 

Si la bienveillance est un indicateur important de pérennité d’une structure, il ne faut jamais effacer la notion de politique au nom d’elle. En effet, l’obsession du  « safe » peut s’avérer contre-productive, et entraver le calendrier politique d’une organisation.

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Reconnaître les signes d’une omerta au sein d’une structure

Temps de lecture : < 1 minute

Lorsque nous constatons une situation de violence, bien souvent, la loi appliquée est celle du silence. La première étape pour en sortir serait donc logiquement d’identifier les éléments qui nous empêchent de parler, afin de les débloquer.  

  • Les oppresseurs prennent garde à ne pas laisser de traces écrites des échanges problématiques

Cette pratique permet de limiter les preuves de malveillance, et de décrédibiliser la parole d’éventuelles victimes.

  • Vous recevez des menaces, des pressions et vous subissez du chantage dans le but de vous empêcher de parler

Il s’agit de méthodes d’intimidation, voire de harcèlement si ces actes sont répétés.

  • On vous demande de vous taire pour « l’intérêt de la lutte »

Il s’agit d’une forme de chantage affectif, qui vise à vous culpabiliser dans l’échec du combat mené dans la structure. Cet argument est bien entendu faux. Aucune lutte ne vaut la peine pour que des militant.e.s soient maltraité.e.s. C’est même tout le contraire : aucun combat ne peut être mené correctement si des personnes sont laissées sur le bas-côté.

  • Il y a une inertie face aux violences

Cette inaction peut être due à un lien de dépendance au niveau de la structure, ou à la protection d’intérêts personnels.

  • Des stratégies sont construites pour rendre toute prise de parole impossible

Dans ce cas, il est certain que les intérêts des personnes qui commettent des violences sont protégés.

 

Lorsque tous les espaces sont cloisonnés au sein d’une structure pour témoigner de violences, il faut impérativement en trouver d’autres à l’extérieur. Il peut s’agir de personnes de confiance dans un premier temps, puis dans des espaces plus collectifs.

Du dilemme entre justice et posture militante

Temps de lecture : < 1 minute

La politique n’a rien de pur. Nous finissons tous par le réaliser tout au long de la durée de notre engagement. Même si beaucoup aiment se voiler la face et se raconter des histoires en se prenant pour des justiciers. Parfois, nous devons choisir entre nos convictions et la recherche de la vérité. Et souvent, nous sommes amenés à nous salir les mains….Toujours pour la bonne cause.

  • Certaines postures sont indispensables à la construction d’un rapport de forces…

Elles deviennent donc prioritaires et indispensables à préserver : pour lutter contre les violences sexuelles par exemple. Dans ce cas précis, un contexte hors institutions où la charge de la preuve est inversée est prioritaire, devant la recherche de vérité.

  • D’autres, sont en revanche, un moyen pour conserver des privilèges

Comme la posture qui consiste à organiser son impunité lorsqu’on est coupable d’agression pour exercer une emprise sur l’ensemble de la communauté militante, entretenir une logique de monopole pour capter toute l’attention et toute l’énergie militante (par conséquent, empêcher ou étouffer toute forme d’initiative), ou encore exiger que tout conflit se règle en interne, ce qui développe une certaine omerta.

  • Ces postures ne peuvent servir de prétexte à l’abandon de toute forme de justice

Dans tous les cas, il faudra, tôt ou tard, faire le travail d’investigation qui mènera à la vérité pour prendre des décisions.

Il convient d’étudier l’origine de chaque posture avant de porter un jugement sur elles, et de comprendre que tous les intérêts n’ont pas forcément vocation à converger. Mais il est également important de se baser sur des principes éthiques et une ligne de conduite transparente sur les pratiques militantes, afin de garantir une certaine traçabilité.

Pourquoi on a intérêt à utiliser des méthodes de communication non-violente dans le milieu militant

Temps de lecture : 2 minutes

Il n’est pas rare que des initiatives militantes soient totalement sabotées et explosent en plein vol. De plus, le harcèlement est devenu une norme dans la sphère militante, quelle que soit l’idéologie. Le dénominateur commun de tous ces dommages, c’est une communication défaillante, mal menée, et très souvent violente.

Voici donc toutes les raisons pour lesquelles nous devons travailler individuellement, puis collectivement, dans ce sens.

  • Parce que le harcèlement en milieu militant est devenu une des problématiques principales

La communication non-violente est donc une urgence absolue pour éviter les conflits stériles et la rupture de liens.

  • Parce que la communication externe représente la part visible du travail militant et la communication interne permet de construire une base militante solide

Si la communication doit arriver en bout de chaîne de tout travail militant (c’est-à-dire après la création de liens solides entre militant.e.s), finalement, cette partie émergée de l’iceberg sera celle connue du grand public.

Une communication externe perçue comme violente sera donc nuisible à la réputation d’une structure ou d’un groupe de militant.e.s. Et une communication interne violente nuit fortement à la création de liens de solidarité durables ; ce qui compromet considérablement un espoir de victoire sur le long terme ou de visibilité pérenne.

  • Parce que communiquer de manière non-violente est important pour rester cohérent avec les valeurs que l’on affiche

…Et éviter ainsi de souffrir de dissonance cognitive.

  • Parce que les bénéfices de la communication non-violente sont à la fois individuels et collectifs

C’est pourquoi la communication non-violente est utilisée en thérapie ; elle permet effectivement d’entretenir des relations plus saines, de préserver des liens, mais également d’être plus serein et d’améliorer sa qualité de vie.

Une fois que l’on a intégré la nécessité d’instaurer une communication plus saine, il faut déterminer des axes de travail pour mettre les outils les mieux adaptés en place.

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Comment reconnaître les contextes favorables au développement de violences en milieu militant

Temps de lecture : 3 minutes

Parce qu’on est souvent motivé par des liens d’attachement (idéologiques ou autres) avec les autres militant.e.s, il est souvent compliqué d’admettre que l’on se trouve dans des situations de violences. Pourtant, afin de préserver les intérêts de nos combats, il est nécessaire de savoir identifier les indicateurs de violence pour trouver des solutions. En voici quelques-uns :

Si les militant.e.s rejoignant votre structure partent aussi rapidement qu’iels sont arrivé.e.s, ou peinent à s’investir sur le long terme, c’est un indicateur que ces personnes souffrent. Il est donc nécessaire d’offrir un cadre sécurisant à l’engagement.

  • Charge mentale reposant principalement sur des bénévoles ou des prestataires en pro-bono

Aujourd’hui, il est communément admis que pour pérenniser le travail associatif, il faut des prestations rémunérées, de préférence sous forme de salaire. Si, bien sûr, ceci est plus facile à dire qu’à faire, il est de la responsabilité des cadres des structures de ne pas instaurer de liens de subordination implicites à des bénévoles ou des prestataires en pro-bono. Ce qui implique de ne pas imposer de présence permanente, de délai, de contraintes trop fortes sans s’assurer que lae bénévole ou prestataire pro-bono s’investisse uniquement sur la base du volontariat.

A noter que consentir à un engagement dans une structure n’est pas suffisant, c’est au bénévole d’être à l’initiative de son investissement et de ses termes.

 

  • Situations de harcèlement provoquées par un excès de listes de diffusion ou groupes de discussion

Comme je l’ai déjà constaté précédemment, ces applications ne sont pas des outils de gestion de projet fiables, et exposent à du harcèlement et à de l’épuisement. Si on vous inscrit à trop de listes de diffusion, surtout sans votre consentement, ceci peut très vite devenir épuisant, voire violent. A noter également, que plus il y a de participants dans un groupe de discussion, moins la parole y sera libre.

Il est aussi tout aussi violent de retirer une personne d’un groupe de discussion sans l’en aviser en amont : cette dernière risque de développer un sentiment de rejet, et ce n’est pas ce qu’on cherche dans des structures associatives.

  • Fatigue numérique

Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas en supprimant totalement l’usage des nouvelles technologies de communication qu’on se préserve de la fatigue numérique, mais bien en s’octroyant un droit à la déconnexion, et en détectant les situations de violence.

Le besoin de s’éloigner de ses écrans peut donc venir de ces situations, et pas forcément des écrans à eux seuls (malgré leurs désagréments bien connus).

  • Manque de vie privée, relations intrusives avec d’autres militant.e.s

Lorsque vous n’avez plus de temps pour vous, ou que certain.e.s militant.e.s s’ingèrent dans votre vie privée sans votre consentement, il s’agit, là encore de violence. Il est nécessaire de poser fermement ses limites dans ces cas de figure.

  • Critiques injustifiées, dénigrement

Les critiques injustifiées et le dénigrement d’une personne sont des indicateurs de harcèlement moral, et donc d’une ambiance toxique de travail qu’il est préférable de fuir si l’on en a la possibilité.

  • Absence de charte éthique

Lorsqu’il n’y a pas de charte éthique clairement établie, il n’y a pas de règles ni principes ; c’est donc la porte ouverte à tout type d’abus.

  • Absence d’outils de gestion de projet

L’absence d’outils de gestion de projet engendre nécessairement des pratiques managériales stressantes et vectrices de conflits, voire de violences. C’est d’ailleurs une des premières choses à établir lorsqu’on ouvre une structure (en-dehors de l’aspect purement administratif), car la bienveillance et l’intégrité des individus est une condition nécessaire, mais insuffisante.

 

Cette liste n’est probablement pas exhaustive, mais part de mon constat personnel de ce que j’ai pu observer parmi les structures par lesquelles je suis passée. L’étape suivante après l’identification de ces situations de violence, c’est de trouver des solutions sur le long terme. Il n’existe pas de solution clé-en-main, mais il est possible de travailler sur plusieurs aspectes ; je les détaillerai dans une formation plus approfondie prochainement.

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Pour en finir avec la fatigue numérique

Temps de lecture : 2 minutes

Dans le domaine de l’engagement associatif et politique, il est aujourd’hui quasi impossible de travailler sans médias sociaux et sans smartphones, tellement ces outils sont puissants pour connecter des personnes et créer du lien social.

Cependant, cette connexion permanente entraîne fatigue et charge mentale constantes. Comment y faire face sans avoir à brûler tous ses écrans ?

  • Désactiver les notifications/désinstaller les applications de réseaux sociaux

Ceci permet d’éviter la tentation de répondre à tout et à n’importe quoi, mais aussi de diminuer les nuisances liées à ces notifications (lumière, sonneries).

  • S’autoriser des moments où on ne répond pas

Lorsqu’il s’agit d’engagement bénévole, il n’y a aucune obligation de répondre, du moins pas dans l’immédiat. On ne doit de temps à personne, et on n’est pas à disposition des autres militants ; on choisit de proposer notre aide. C’est ce qui distingue le volontariat (travail bénévole) du lien de subordination (salariat).

  • Les listes de diffusion WhatsApp/Signal/Télégram/mail ne sont pas des outils de gestion de projet adéquats

Ces applications sont adaptées à un usage de messagerie et de conversation. Elles ne sont pas formatées pour débattre comme le sont Facebook ou Twitter, ni pour poser des jalons, définir des tâches critiques et poser des délais (il est compliqué de retrouver des messages, bien que ce ne soit pas impossible).

Par ailleurs, le travail dans des structures politiques et associatives requiert des outils de gestion de projet dédiés.

  • Eviter les projets à flux tendu : apprendre à dire non

Trop utiliser les messageries pour gérer des projets provoque forcément des flux tendus ; c’est-à-dire une charge de travail supérieure à la force de travail disponible. Dans la mesure du possible, il faut éviter d’accepter de s’engager dans des projets où il n’y a pas d’outils adéquats de gestion.

C’est pourquoi il est, encore une fois, nécessaire de mettre en place des outils de gestion de projet adaptés : ainsi, on peut voir directement si on est en mesure de démarrer de nouveaux projets, et éventuellement les refuser, le cas échéant.

La fatigue numérique peut mener à des burn-out, dépressions et ruptures de lien. Il est donc primordial de lutter contre pour arriver au terme des projets associatifs.  

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4 raisons [valables] pour miser sur la société civile en politique

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Bien souvent, on parle de renouvellement en politique, mais on ne laisse une chance qu’à celles et ceux que tout le monde connaît déjà, même s’ils n’ont aucun bilan positif à proposer. Pourtant, pour que ce renouvellement se fasse, il faut non seulement laisser la place à de nouveaux profils sociologiques, mais aussi à une nouvelle génération de militantes et militants afin de porter un nouveau regard sur les questions nous concernant.

  • Celles et ceux qui le font accèdent plus rapidement aux instances de pouvoir

Et c’est valable quelle que soit l’idéologie d’un mouvement : cette stratégie a fonctionné pour Ciudadanos (centre-droit) en Espagne, ainsi que pour Podemos (gauche radicale). En France, cette stratégie n’a été adoptée que par LREM, et elle a permis une énorme concentration de pouvoirs en seulement 3 ans.

  • Les vieilles pratiques militantes sont usées et pourrissent les gens jusqu’à la moëlle

Aujourd’hui la norme du militantisme, c’est malheureusement la logique du monopole reposant sur la recherche de buzz et menant vers une forme de sectarisme. Cette norme, en plus d’être toxique pour les militants, ne mène pas vers la victoire. Ainsi, le seul moyen d’en sortir, c’est de recruter en dehors des structures et réseaux connus.

  • Il est utopique d’espérer généraliser une « déconstruction » individuelle

L’excuse qu’on utilise pour exclure la société civile des organisations militantes, c’est de prétexter le manque de formation, le manque d’intérêt pour la politique ou encore un manque de déconstruction vis-à-vis de l’idéologie dominante. Outre l’élitisme et la condescendance de ces considérations, vouloir déconstruire les individus sans questionner en amont les idéologies, c’est à la fois contre-productif et contre-révolutionnaire.

  • C’est le meilleur moyen de tendre vers une représentation plus adéquate et des pratiques plus démocratiques

La force de la société civile, c’est à la fois qu’elle est plus susceptible de comprendre les problématiques de la majorité des citoyens (attention, ce n’est ni toujours vrai, ni forcément un atout) et donc qu’on peut plus facilement s’y identifier.

En effet, il est plus aisé de tendre vers une démocratie directe, si la démocratie représentative met en valeur des personnes qui ressemblent aux électeurs ciblés.

Si recruter parmi la société civile pour renouveler les organisations politiques permet de dépoussiérer des pratiques qui ne fonctionnent plus, il faut veiller à ne pas idéaliser cette solution. En effet, il est préférable de vérifier, selon ses objectifs, si les personnes avec qui on s’engage travaillent de la même manière que soi si on souhaite construire efficacement et durablement.  

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Comment accueillir la parole de victimes de violences sexistes dans le milieu militant antiraciste

Temps de lecture : 2 minutes

Nous savons d’ores et déjà que la justice est inefficace, voire violente pour les victimes de violences sexistes. Sans chercher à dissuader celles qui souhaiteraient faire reconnaître leurs souffrances par l’institution, il est urgent de trouver une alternative à une justice à la fois patriarcale et structurellement raciste. D’une part parce qu’on peut difficilement compter sur une structure peu fiable qui pourrait instrumentaliser de manière raciste le combat féministe, d’autre part parce que si on veut changer les choses de manière systémique, il faut impérativement une organisation autonome et externe au système judiciaire ; l’exemple d’Adèle Haenel en est une preuve.

Or si on fait l’état des lieux de cette question, aujourd’hui les victimes sont tout simplement exclues plus ou moins implicitement des espaces militants antiracistes. Voici quelques pistes pour que la peur et la honte changent de camp.

  • Créer un espace d’écoute et de bienveillance

Il est essentiel que la victime soit crue sur parole et inconditionnellement dans un premier temps, afin qu’il existe un espace où elle puisse s’exprimer sans que la charge de la preuve ne repose sur ses épaules ; ce qui est, en soi, une violence supplémentaire.

Il faut également se souvenir de ne donner aucune injonction à la victime, ni prendre de décision à sa place : c’est à elle de décider des modalités de sa résistance.

  • Assurer la sécurité de la victime présumée

Pour que la victime puisse parler, il faut lui garantir l’absence de représailles si elle décide de se plaindre. Ceci passe par ne rien divulguer sans son consentement, mais aussi par empêcher ses éventuels détracteurs de nuire à son intégrité physique et/ou morale.

  • Ne pas confronter la victime à son agresseur présumé

Il est impératif que l’agresseur présumé soit exclu des espaces où la victime a ses habitudes, pour éviter, encore une fois, qu’elle ait à payer les conséquences de cet acte, alors qu’elle est déjà victime. Il faut également garder en tête qu’un agresseur présumé est susceptible de faire d’autres victimes, le principe de précaution est donc légitime dans ce contexte.

  • Etudier la pertinence de la défense de l’agresseur présumé en tout dernier lieu

Une fois que la parole de la victime a été entendue correctement, et que toutes les précautions ont été prises, on peut entendre la défense de l’agresseur présumé. A noter qu’à partir du moment où il prouve son innocence, il n’y a pas de raison de le mettre de côté ou de l’exclure des espaces militants.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que les espaces où la parole des victimes de violences sexistes est accueillie dignement est une condition nécessaire à l’inversion du rapport de forces pour lutter contre les violences sexistes, d’autant plus lorsque le contexte social est extrêmement tendu.

Il devient également urgent que l’ensemble des milieux féministes décoloniaux et intersectionnels pensent la question des violences sexistes sous un prisme anticarcéral, car c’est la seule manière de lutter contre sur le long terme.

 

Pourquoi il faut déployer des outils de gestion de projet dans les structures associatives

Temps de lecture : 2 minutes

Que l’on soit bénévole, prestataire ou salarié dans une association, la gestion de projet se fait souvent de manière informelle parce que bien souvent, les relations de travail sont structurées par des amitiés, de l’affection ou des affinités idéologiques ou personnelles.

Or, une gestion non structurée pose plusieurs problèmes.

  • Les tâches et les rôles de chacun.e doivent être clairement définis

…Et il y a un minimum de règles à respecter. En premier lieu, il faut être en mesure de prévoir assez précisément la charge de travail afin de pouvoir prévoir la force de travail nécessaire et de quantifier les moyens requis. Ensuite, la base pour définir des jalons, c’est de déterminer les tâches critiques, c’est-à-dire celles qui empêchent l’avancement du projet tant qu’elles ne sont pas effectuées ; elles sont à la fois prioritaires et primordiales.

  • Il est impératif d’éviter les situations de conflits et de violence

A noter qu’il n’est pas correct de compter uniquement sur la bonne volonté de bénévoles, surtout lorsque l’on a des délais à respecter : on n’est pas en droit d’exiger une disponibilité constante, une grosse dose de charge mentale ou une qualité professionnelle de la part d’un bénévole puisqu’il n’y a ni contrat de prestation, ni contrat de travail, et encore moins lien de subordination (sinon il s’agit de travail dissimulé, et c’est illégal). Jouer sur des rapports affectifs pour exercer une emprise sur des militants est vecteur de violences.

L’accumulation de tâches imprévues, les changements brutaux et incessants, la surexposition aux écrans sont des éléments qui peuvent être sources de stress, d’angoisses et de fatigue. Les tâches et les rôles non clairement définis laissent libre cours aux personnes malveillantes qui chercheraient à profiter d’une mise en compétition des militants associatifs. Tous ces éléments conduisent également à des situations de harcèlement qui peuvent découler de conflits (critiques injustifiées, messages humiliants ou stressants répétés, dénigrement, délais et objectifs inatteignables, surcharge de travail…). A noter que les situations de harcèlement font souffrir et annulent les forces nécessaires à l’engagement, et les conflits brisent les liens de solidarité.

  • La quantité et la qualité de la bienveillance au sein d’une structure dépendent directement de son organisation de travail

Ce n’est plus un secret depuis bien longtemps : les structures où il y a de la souffrance ont des politiques managériales dégueulasses, et réciproquement, les pratiques managériales de mauvaise qualité provoquent inévitablement des maladies professionnelles.

C’est donc bel et bien sur l’organisation concrète et opérationnelle qu’il faut agir pour éviter de nuire à l’ambiance de travail, car si les affinités idéologiques et personnelles permettent de créer des liens forts, c’est l’entretien et la qualité de la relation qui permettent de concrétiser ces liens sur des projets aboutis.

Lorsque l’on vise des pratiques militantes bienveillantes, les actes ne valent pas uniquement par leurs intentions. Il est donc indispensable de penser toutes les décisions de manière politique, afin de rester cohérent avec les valeurs affichées de l’organisation. Parmi ces décisions, celles concernant les pratiques managériales (gestion des ressources humaines, gestion financière, organisation du travail) sont centrales, notamment celles à propos de la gestion de projet, puisqu’elles ont un impact direct sur la qualité des liens de solidarité et de confiance au sein d’une organisation.

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Pourquoi la logique de monopole dans le milieu militant est totalement absurde

Temps de lecture : 4 minutes

Dans le milieu associatif, nous avons tous déjà fait le constat que les rapports de pouvoirs sont extrêmement tendus ; et plus une structure gagne en visibilité et en influence, plus ces tensions s’intensifient. Finalement, le combat pour obtenir plus de notoriété devient une fin, et non plus un moyen pour atteindre ses objectifs, mais pour exister au détriment des autres initiatives.

Pourtant cette logique nuit gravement à l’aboutissement de la lutte. Nous détaillerons ici les problèmes soulevés par ces méthodes de travail.

 

  • La charge de travail est bien trop importante pour reposer sur une seule structure ou une poignée d’individus

Et le travail, ce n’est pas ce qui manque !  Dans un contexte où les services publics sont saturés, abandonnés, et malheureusement parfois inefficaces, voire dangereux, à cause du manque de moyens, mais aussi du sexisme, de la LGBTQI-phobie et du racisme, le travail associatif sert de palliatif aux manquements des institutions classiques.

Accompagnement scolaire, assistance juridique ou médicale aux victimes de viols, de violences policières ou crimes racistes, accompagnement de personnes en situation de handicap, éducation populaire sur les questions de racisme, sexisme, géopolitique, médias…Partout, nous avons besoin de tous les acteurs de la société civile pour survivre d’abord, résister ensuite.

  • La surcharge de travail crée un climat favorable à des pratiques militantes violentes

Pour au moins deux raisons : mettre toutes les responsabilités sur les épaules d’une personne ou d’une structure, c’est à la fois lui donner trop de pouvoir dont elle est susceptible d’abuser, et la mettre en situation de vulnérabilité, car exposée aux rivalités intestines, au harcèlement, et aux calomnies. En effet, nous avons toutes et un tous un ou une militante dans notre entourage, qui a déjà été exposée à ce type de violences dans le cadre de son engagement, souvent bénévole.

Si la surcharge de travail ou les fortes responsabilités ne sont ni une excuse pour cautionner les violences ni une condition nécessaire pour qu’elles se produisent, on est forcé de constater que ce contexte permet de concentrer et de tendre les rapports de pouvoir.

  • La violence génère des conflits (en plus de la souffrance occasionnée) brisant les liens de solidarité

Lorsqu’il y a acte de violence, il y a automatiquement une prise de parti, que ce soit pour l’agresseur ou la victime. A noter que la « neutralité » n’existe pas dans ces cas de figure : ne pas prendre parti profite à l’agresseur, voire le protège.

En général, on se range plus facilement du côté de la personne qui a le plus d’influence, le plus de pouvoir ; ce sont donc souvent les agresseurs qui se trouvent du bon côté du rapport de forces. Dès lors que la victime parle, les clans se forment, avec d’un côté les rares personnes soutenant les victimes, de l’autre celles se rangeant du côté du plus fort pour préserver des intérêts. La victime se retrouve donc isolée du reste des militants, exclue de facto des structures où son agression a eu lieu, et où la place de son agresseur a été soigneusement préservée.

Ainsi, non seulement on se prive d’une partie des forces militantes, mais en plus on coupe des liens sociaux, et on interrompt des projets, parce que les divers « clans » sont dans l’incapacité totale de travailler ensemble.

 

  • Dans l’activisme, la cannibalisation des structures associatives et/ou politiques ne permet pas de meilleurs résultats

Si dans le monde des grandes entreprises, les fusions-acquisitions, OPA (Offres Publiques d’Achat) et les plans sociaux les accompagnant trop souvent, permettent d’obtenir de beaux résultats financiers, dans les organisations politiques et associatives, ces stratégies ne fonctionnent pas.  Pour la simple raison qu’ici, les enjeux et les objectifs ne sont pas les mêmes.

En effet, il ne s’agit pas de faire de l’argent et de s’enrichir, mais bien de prendre le pouvoir pour faire avancer un agenda politique, et défendre les intérêts des personnes les plus vulnérables. Dans ce contexte, il est préférable que les structures se multiplient, se coordonnent, et surtout, se soutiennent dans la mesure du possible.

  • La violence couplée aux stratégies de cannibalisation finit par détruire les organisations et broyer des personnes dans leurs parcours de vie

Pire encore, les stratégies de cannibalisation de certaines structures pour obtenir le monopole, finissent par en détruire d’autres, avec comme dommage collatéral, les personnes victimes de violence, broyées au passage dans leur parcours de vie.

Parce qu’il faut bien comprendre que non seulement la violence accompagne obligatoirement ces logiques de monopole, mais qu’en plus elle est entretenue par ces pratiques.

 

Finalement, les logiques de monopole ne servent aucune lutte, voire nous mènent tout droit vers la défaite. Il s’agit alors de choix politiques ; soit on préfère concentrer le pouvoir et les responsabilités pour préserver les intérêts d’une poignée d’individus, soit on élargit et on fait en sorte que tout le monde ait accès à l’engagement et aux luttes pour la dignité.

                D’où l’importance de garder en tête qu’une organisation cherchant à vous dissuader de créer la vôtre sous prétexte que ce serait de la « concurrence » qui nuirait à la lutte, ou que vous chercheriez à « diviser », cherche en réalité souvent à conserver son monopole. En effet, vous accuser de « casser l’unité » tout en étouffant la moindre tentative de faire émerger une diversité d’opinions ou de modes d’action, ce n’est en fait qu’une forme de chantage, permettant de concentrer toute l’attention sur soi. Ce n’est pas en étouffant l’altérité idéologique qu’on renforce les luttes, mais bien en la respectant et en construisant des liens qualitatifs enrichissant toutes les formes d’action.

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