Pour en finir avec la fatigue numérique

Dans le domaine de l’engagement associatif et politique, il est aujourd’hui quasi impossible de travailler sans médias sociaux et sans smartphones, tellement ces outils sont puissants pour connecter des personnes et créer du lien social.

Cependant, cette connexion permanente entraîne fatigue et charge mentale constantes. Comment y faire face sans avoir à brûler tous ses écrans ?

  • Désactiver les notifications/désinstaller les applications de réseaux sociaux

Ceci permet d’éviter la tentation de répondre à tout et à n’importe quoi, mais aussi de diminuer les nuisances liées à ces notifications (lumière, sonneries).

  • S’autoriser des moments où on ne répond pas

Lorsqu’il s’agit d’engagement bénévole, il n’y a aucune obligation de répondre, du moins pas dans l’immédiat. On ne doit de temps à personne, et on n’est pas à disposition des autres militants ; on choisit de proposer notre aide. C’est ce qui distingue le volontariat (travail bénévole) du lien de subordination (salariat).

  • Les listes de diffusion WhatsApp/Signal/Télégram/mail ne sont pas des outils de gestion de projet adéquats

Ces applications sont adaptées à un usage de messagerie et de conversation. Elles ne sont pas formatées pour débattre comme le sont Facebook ou Twitter, ni pour poser des jalons, définir des tâches critiques et poser des délais (il est compliqué de retrouver des messages, bien que ce ne soit pas impossible).

Par ailleurs, le travail dans des structures politiques et associatives requiert des outils de gestion de projet dédiés.

  • Eviter les projets à flux tendu : apprendre à dire non

Trop utiliser les messageries pour gérer des projets provoque forcément des flux tendus ; c’est-à-dire une charge de travail supérieure à la force de travail disponible. Dans la mesure du possible, il faut éviter d’accepter de s’engager dans des projets où il n’y a pas d’outils adéquats de gestion.

C’est pourquoi il est, encore une fois, nécessaire de mettre en place des outils de gestion de projet adaptés : ainsi, on peut voir directement si on est en mesure de démarrer de nouveaux projets, et éventuellement les refuser, le cas échéant.

La fatigue numérique peut mener à des burn-out, dépressions et ruptures de lien. Il est donc primordial de lutter contre pour arriver au terme des projets associatifs.  

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4 raisons [valables] pour miser sur la société civile en politique

Bien souvent, on parle de renouvellement en politique, mais on ne laisse une chance qu’à celles et ceux que tout le monde connaît déjà, même s’ils n’ont aucun bilan positif à proposer. Pourtant, pour que ce renouvellement se fasse, il faut non seulement laisser la place à de nouveaux profils sociologiques, mais aussi à une nouvelle génération de militantes et militants afin de porter un nouveau regard sur les questions nous concernant.

  • Celles et ceux qui le font accèdent plus rapidement aux instances de pouvoir

Et c’est valable quelle que soit l’idéologie d’un mouvement : cette stratégie a fonctionné pour Ciudadanos (centre-droit) en Espagne, ainsi que pour Podemos (gauche radicale). En France, cette stratégie n’a été adoptée que par LREM, et elle a permis une énorme concentration de pouvoirs en seulement 3 ans.

  • Les vieilles pratiques militantes sont usées et pourrissent les gens jusqu’à la moëlle

Aujourd’hui la norme du militantisme, c’est malheureusement la logique du monopole reposant sur la recherche de buzz et menant vers une forme de sectarisme. Cette norme, en plus d’être toxique pour les militants, ne mène pas vers la victoire. Ainsi, le seul moyen d’en sortir, c’est de recruter en dehors des structures et réseaux connus.

  • Il est utopique d’espérer généraliser une « déconstruction » individuelle

L’excuse qu’on utilise pour exclure la société civile des organisations militantes, c’est de prétexter le manque de formation, le manque d’intérêt pour la politique ou encore un manque de déconstruction vis-à-vis de l’idéologie dominante. Outre l’élitisme et la condescendance de ces considérations, vouloir déconstruire les individus sans questionner en amont les idéologies, c’est à la fois contre-productif et contre-révolutionnaire.

  • C’est le meilleur moyen de tendre vers une représentation plus adéquate et des pratiques plus démocratiques

La force de la société civile, c’est à la fois qu’elle est plus susceptible de comprendre les problématiques de la majorité des citoyens (attention, ce n’est ni toujours vrai, ni forcément un atout) et donc qu’on peut plus facilement s’y identifier.

En effet, il est plus aisé de tendre vers une démocratie directe, si la démocratie représentative met en valeur des personnes qui ressemblent aux électeurs ciblés.

Si recruter parmi la société civile pour renouveler les organisations politiques permet de dépoussiérer des pratiques qui ne fonctionnent plus, il faut veiller à ne pas idéaliser cette solution. En effet, il est préférable de vérifier, selon ses objectifs, si les personnes avec qui on s’engage travaillent de la même manière que soi si on souhaite construire efficacement et durablement.  

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Comment accueillir la parole de victimes de violences sexistes dans le milieu militant antiraciste

Nous savons d’ores et déjà que la justice est inefficace, voire violente pour les victimes de violences sexistes. Sans chercher à dissuader celles qui souhaiteraient faire reconnaître leurs souffrances par l’institution, il est urgent de trouver une alternative à une justice à la fois patriarcale et structurellement raciste. D’une part parce qu’on peut difficilement compter sur une structure peu fiable qui pourrait instrumentaliser de manière raciste le combat féministe, d’autre part parce que si on veut changer les choses de manière systémique, il faut impérativement une organisation autonome et externe au système judiciaire ; l’exemple d’Adèle Haenel en est une preuve.

Or si on fait l’état des lieux de cette question, aujourd’hui les victimes sont tout simplement exclues plus ou moins implicitement des espaces militants antiracistes. Voici quelques pistes pour que la peur et la honte changent de camp.

  • Créer un espace d’écoute et de bienveillance

Il est essentiel que la victime soit crue sur parole et inconditionnellement dans un premier temps, afin qu’il existe un espace où elle puisse s’exprimer sans que la charge de la preuve ne repose sur ses épaules ; ce qui est, en soi, une violence supplémentaire.

Il faut également se souvenir de ne donner aucune injonction à la victime, ni prendre de décision à sa place : c’est à elle de décider des modalités de sa résistance.

  • Assurer la sécurité de la victime présumée

Pour que la victime puisse parler, il faut lui garantir l’absence de représailles si elle décide de se plaindre. Ceci passe par ne rien divulguer sans son consentement, mais aussi par empêcher ses éventuels détracteurs de nuire à son intégrité physique et/ou morale.

  • Ne pas confronter la victime à son agresseur présumé

Il est impératif que l’agresseur présumé soit exclu des espaces où la victime a ses habitudes, pour éviter, encore une fois, qu’elle ait à payer les conséquences de cet acte, alors qu’elle est déjà victime. Il faut également garder en tête qu’un agresseur présumé est susceptible de faire d’autres victimes, le principe de précaution est donc légitime dans ce contexte.

  • Etudier la pertinence de la défense de l’agresseur présumé en tout dernier lieu

Une fois que la parole de la victime a été entendue correctement, et que toutes les précautions ont été prises, on peut entendre la défense de l’agresseur présumé. A noter qu’à partir du moment où il prouve son innocence, il n’y a pas de raison de le mettre de côté ou de l’exclure des espaces militants.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que les espaces où la parole des victimes de violences sexistes est accueillie dignement est une condition nécessaire à l’inversion du rapport de forces pour lutter contre les violences sexistes, d’autant plus lorsque le contexte social est extrêmement tendu.

Il devient également urgent que l’ensemble des milieux féministes décoloniaux et intersectionnels pensent la question des violences sexistes sous un prisme anticarcéral, car c’est la seule manière de lutter contre sur le long terme.

 

Pourquoi il faut déployer des outils de gestion de projet dans les structures associatives

Que l’on soit bénévole, prestataire ou salarié dans une association, la gestion de projet se fait souvent de manière informelle parce que bien souvent, les relations de travail sont structurées par des amitiés, de l’affection ou des affinités idéologiques ou personnelles.

Or, une gestion non structurée pose plusieurs problèmes.

  • Les tâches et les rôles de chacun.e doivent être clairement définis

…Et il y a un minimum de règles à respecter. En premier lieu, il faut être en mesure de prévoir assez précisément la charge de travail afin de pouvoir prévoir la force de travail nécessaire et de quantifier les moyens requis. Ensuite, la base pour définir des jalons, c’est de déterminer les tâches critiques, c’est-à-dire celles qui empêchent l’avancement du projet tant qu’elles ne sont pas effectuées ; elles sont à la fois prioritaires et primordiales.

  • Il est impératif d’éviter les situations de conflits et de violence

A noter qu’il n’est pas correct de compter uniquement sur la bonne volonté de bénévoles, surtout lorsque l’on a des délais à respecter : on n’est pas en droit d’exiger une disponibilité constante, une grosse dose de charge mentale ou une qualité professionnelle de la part d’un bénévole puisqu’il n’y a ni contrat de prestation, ni contrat de travail, et encore moins lien de subordination (sinon il s’agit de travail dissimulé, et c’est illégal). Jouer sur des rapports affectifs pour exercer une emprise sur des militants est vecteur de violences.

L’accumulation de tâches imprévues, les changements brutaux et incessants, la surexposition aux écrans sont des éléments qui peuvent être sources de stress, d’angoisses et de fatigue. Les tâches et les rôles non clairement définis laissent libre cours aux personnes malveillantes qui chercheraient à profiter d’une mise en compétition des militants associatifs. Tous ces éléments conduisent également à des situations de harcèlement qui peuvent découler de conflits (critiques injustifiées, messages humiliants ou stressants répétés, dénigrement, délais et objectifs inatteignables, surcharge de travail…). A noter que les situations de harcèlement font souffrir et annulent les forces nécessaires à l’engagement, et les conflits brisent les liens de solidarité.

  • La quantité et la qualité de la bienveillance au sein d’une structure dépendent directement de son organisation de travail

Ce n’est plus un secret depuis bien longtemps : les structures où il y a de la souffrance ont des politiques managériales dégueulasses, et réciproquement, les pratiques managériales de mauvaise qualité provoquent inévitablement des maladies professionnelles.

C’est donc bel et bien sur l’organisation concrète et opérationnelle qu’il faut agir pour éviter de nuire à l’ambiance de travail, car si les affinités idéologiques et personnelles permettent de créer des liens forts, c’est l’entretien et la qualité de la relation qui permettent de concrétiser ces liens sur des projets aboutis.

Lorsque l’on vise des pratiques militantes bienveillantes, les actes ne valent pas uniquement par leurs intentions. Il est donc indispensable de penser toutes les décisions de manière politique, afin de rester cohérent avec les valeurs affichées de l’organisation. Parmi ces décisions, celles concernant les pratiques managériales (gestion des ressources humaines, gestion financière, organisation du travail) sont centrales, notamment celles à propos de la gestion de projet, puisqu’elles ont un impact direct sur la qualité des liens de solidarité et de confiance au sein d’une organisation.

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Pourquoi la logique de monopole dans le milieu militant est totalement absurde

Dans le milieu associatif, nous avons tous déjà fait le constat que les rapports de pouvoirs sont extrêmement tendus ; et plus une structure gagne en visibilité et en influence, plus ces tensions s’intensifient. Finalement, le combat pour obtenir plus de notoriété devient une fin, et non plus un moyen pour atteindre ses objectifs, mais pour exister au détriment des autres initiatives.

Pourtant cette logique nuit gravement à l’aboutissement de la lutte. Nous détaillerons ici les problèmes soulevés par ces méthodes de travail.

 

  • La charge de travail est bien trop importante pour reposer sur une seule structure ou une poignée d’individus

Et le travail, ce n’est pas ce qui manque !  Dans un contexte où les services publics sont saturés, abandonnés, et malheureusement parfois inefficaces, voire dangereux, à cause du manque de moyens, mais aussi du sexisme, de la LGBTQI-phobie et du racisme, le travail associatif sert de palliatif aux manquements des institutions classiques.

Accompagnement scolaire, assistance juridique ou médicale aux victimes de viols, de violences policières ou crimes racistes, accompagnement de personnes en situation de handicap, éducation populaire sur les questions de racisme, sexisme, géopolitique, médias…Partout, nous avons besoin de tous les acteurs de la société civile pour survivre d’abord, résister ensuite.

  • La surcharge de travail crée un climat favorable à des pratiques militantes violentes

Pour au moins deux raisons : mettre toutes les responsabilités sur les épaules d’une personne ou d’une structure, c’est à la fois lui donner trop de pouvoir dont elle est susceptible d’abuser, et la mettre en situation de vulnérabilité, car exposée aux rivalités intestines, au harcèlement, et aux calomnies. En effet, nous avons toutes et un tous un ou une militante dans notre entourage, qui a déjà été exposée à ce type de violences dans le cadre de son engagement, souvent bénévole.

Si la surcharge de travail ou les fortes responsabilités ne sont ni une excuse pour cautionner les violences ni une condition nécessaire pour qu’elles se produisent, on est forcé de constater que ce contexte permet de concentrer et de tendre les rapports de pouvoir.

  • La violence génère des conflits (en plus de la souffrance occasionnée) brisant les liens de solidarité

Lorsqu’il y a acte de violence, il y a automatiquement une prise de parti, que ce soit pour l’agresseur ou la victime. A noter que la « neutralité » n’existe pas dans ces cas de figure : ne pas prendre parti profite à l’agresseur, voire le protège.

En général, on se range plus facilement du côté de la personne qui a le plus d’influence, le plus de pouvoir ; ce sont donc souvent les agresseurs qui se trouvent du bon côté du rapport de forces. Dès lors que la victime parle, les clans se forment, avec d’un côté les rares personnes soutenant les victimes, de l’autre celles se rangeant du côté du plus fort pour préserver des intérêts. La victime se retrouve donc isolée du reste des militants, exclue de facto des structures où son agression a eu lieu, et où la place de son agresseur a été soigneusement préservée.

Ainsi, non seulement on se prive d’une partie des forces militantes, mais en plus on coupe des liens sociaux, et on interrompt des projets, parce que les divers « clans » sont dans l’incapacité totale de travailler ensemble.

 

  • Dans l’activisme, la cannibalisation des structures associatives et/ou politiques ne permet pas de meilleurs résultats

Si dans le monde des grandes entreprises, les fusions-acquisitions, OPA (Offres Publiques d’Achat) et les plans sociaux les accompagnant trop souvent, permettent d’obtenir de beaux résultats financiers, dans les organisations politiques et associatives, ces stratégies ne fonctionnent pas.  Pour la simple raison qu’ici, les enjeux et les objectifs ne sont pas les mêmes.

En effet, il ne s’agit pas de faire de l’argent et de s’enrichir, mais bien de prendre le pouvoir pour faire avancer un agenda politique, et défendre les intérêts des personnes les plus vulnérables. Dans ce contexte, il est préférable que les structures se multiplient, se coordonnent, et surtout, se soutiennent dans la mesure du possible.

  • La violence couplée aux stratégies de cannibalisation finit par détruire les organisations et broyer des personnes dans leurs parcours de vie

Pire encore, les stratégies de cannibalisation de certaines structures pour obtenir le monopole, finissent par en détruire d’autres, avec comme dommage collatéral, les personnes victimes de violence, broyées au passage dans leur parcours de vie.

Parce qu’il faut bien comprendre que non seulement la violence accompagne obligatoirement ces logiques de monopole, mais qu’en plus elle est entretenue par ces pratiques.

 

Finalement, les logiques de monopole ne servent aucune lutte, voire nous mènent tout droit vers la défaite. Il s’agit alors de choix politiques ; soit on préfère concentrer le pouvoir et les responsabilités pour préserver les intérêts d’une poignée d’individus, soit on élargit et on fait en sorte que tout le monde ait accès à l’engagement et aux luttes pour la dignité.

                D’où l’importance de garder en tête qu’une organisation cherchant à vous dissuader de créer la vôtre sous prétexte que ce serait de la « concurrence » qui nuirait à la lutte, ou que vous chercheriez à « diviser », cherche en réalité souvent à conserver son monopole. En effet, vous accuser de « casser l’unité » tout en étouffant la moindre tentative de faire émerger une diversité d’opinions ou de modes d’action, ce n’est en fait qu’une forme de chantage, permettant de concentrer toute l’attention sur soi. Ce n’est pas en étouffant l’altérité idéologique qu’on renforce les luttes, mais bien en la respectant et en construisant des liens qualitatifs enrichissant toutes les formes d’action.

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Comment choisir les structures où adhérer et/ou quels projets soutenir

Nos fils d’actualité sont inondés de cagnottes pour des projets militants, artistiques, associatifs ou entrepreneuriaux. Pour de plus en plus de structures militantes, que ce soient des médias ou des associations, le crowdfunding (financement participatif en français) devient la norme, par souci d’indépendance par rapport aux subventions institutionnelles, par volonté d’appartenir à ses adhérents ou lecteurs, mais aussi par manque de financements pérennes. Or, si, comme on dit très souvent « l’argent est le nerf de la guerre », nos finances ne sont pas illimitées.  Ainsi, pour éviter les déceptions puis les ruptures de liens qui vont avec, il est important de savoir où placer son argent. Voici au moins 5 critères que vous pouvez évaluer avant d’investir, voire de vous engager.

  • Être en adéquation avec les valeurs et la vision du projet/de la structure

C’est la première chose à étudier avant de donner son argent, ou son temps. Vous n’êtes pas obligés de vous investir ou de vous engager, surtout si vous n’y croyez pas d’emblée.

  • S’assurer que les objectifs visés sont clairs

En plus d’y croire, vous devez savoir où ce projet vous  mène. Normalement, il incombe à la structure de présenter clairement ses buts, cependant, vous êtes en droit de demander des précisions si vous estimez que ce n’est pas clair.

  • Exiger un minimum de transparence sur l’utilisation des fonds

Vous devez également savoir comment votre temps, votre argent et votre énergie seront utilisés. Normalement, les campagnes de financement participatif correctement construites détaillent leur budget dans la description, si ce n’est pas fait, vous avez le droit de vous en méfier.

  • Vérifier que les pratiques managériales et ressources humaines sont conformes avec les valeurs affichées

Si ce n’est pas le cas, non seulement les raisons pour lesquelles vous avez investi au départ n’ont plus lieu d’exister, mais en plus vous risquez d’entretenir des pratiques violentes et une ambiance dangereuse qui pourraient exposer des militants à de la souffrance, voire à du harcèlement et des agressions, comme c’est malheureusement trop souvent le cas.

  • Privilégier les projets/structures qui portent une vision sur le long terme

C’est nécessaire pour obtenir des résultats dans votre engagement, et c’est aussi ce qui permet d’encourager d’autres personnes à s’investir dans un projet ou une structure. Il faut cependant faire preuve de patience, car le travail de long terme est souvent invisible au début, et n’attire pas vraiment la lumière.

Enfin, cette liste n’est pas exhaustive, mais elle donne des critères objectifs et importants avant d’investir de l’argent ou du temps à une structure ou un projet. Ce qui est important, c’est de ne pas se laisser tenter/séduire par des campagnes de communication alléchantes avant d’avoir obtenu un minimum d’information sur les personnes qui portent un projet et sur le fonctionnement d’une structure. Il faut également se méfier de toute injonction culpabilisante au soutien, et des structures qui fonctionnent dans un entre-soi sur la base de copinage. 

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Pourquoi le « conflit » entre les « décoloniaux » et les « intersectionnels » est complètement absurde (en 5 points)

Parfois, les débats entre les militants de l’antiracisme politique sur les réseaux sociaux, finissent en véritables shitstorms, et créent de grosses embrouilles menant à des ruptures brutales. Si l’existence de discussions divergentes est une chose plutôt saine dans la pratique militante, leur transformation en conflits peut fortement nuire à la création de lien social et à la progression de nos luttes, comme l’explique ici Rafik Chekkat, co-fondateur du site Etat d’Exception. Puis, outre leurs nuisances, ces querelles, lorsqu’on étudie de près les thèses politiques de chaque courant, n’ont pas tellement de sens. Explications :

  1. Les études et théories décoloniales ont été développées dans un contexte où la lecture des faits sociaux se fait de manière intersectionnelle.

En effet, comme son nom l’indique, l’intersectionnalité permet d’étudier les intersections qui existent entre les rapports de race, de classe et de genre, et cette notion est très importante pour les mouvements décoloniaux qui ont pour objectif principal de « penser la race » dans un contexte dominant où la question raciale est au mieux traitée sous un prisme moral, au pire reléguée aux angles morts et aux impensés du milieu militant.

  1. En réalité, personne ne « hiérarchise », mais tout le monde « priorise », et ce n’est ni choquant ni problématique.

Si on fait une analogie grossière entre les luttes politiques de classe, genre et race et liste de tâches, on peut distinguer ce qui est prioritaire (ou non) en termes d’urgence et d’importance.

eisenhower

D’après cette matrice d’Eisenhower, on peut déduire facilement qu’il est logique pour un mouvement qui prétend s’occuper d’antiracisme de déléguer les questions de genre et de classe à d’autres mouvements pour qui ces luttes sont au cœur de leurs préoccupations. Il est aussi aisé de comprendre que selon les individus et leur sociologie, les urgences varient. Il est d’ailleurs dans l’intérêt de tous les militants et toutes les militantes que chacun.e se concentre sur le domaine là où iel se sent lae plus efficace/utile. En effet, déléguer une lutte, ou la reporter dans le temps surtout dans un contexte « critique » (dans le sens où certaines revendications ne peuvent pas exister si d’autres plus fondamentales ou prioritaires n’ont pas été satisfaites), cela ne signifie absolument pas qu’il faut l’abandonner ou l’ignorer, mais plutôt qu’il faut installer un environnement favorable pour qu’un maximum de luttes obtiennent gain de cause.

  1. Il est tout à fait possible de se revendiquer à la fois « décolonial.e » et « intersectionnel.le »

…Puisque d’une part, il n’y a aucune contradiction dans le fait de penser que les rapports de race structurent ceux de genre et de classe (prisme décolonial) avec le fait de penser que les oppressions de genre se croisent avec les oppressions de race et de classe (prisme intersectionnel), et d’autre part, aucun.e militant.e et aucun.e organisation n’est propriétaire de chaque « lecture » ; les résultats de recherche en sciences politiques et sociales peuvent être donc utilisés et récupérés par n’importe quel.le militant.e qui en ressent la nécessité (au cas où il faudrait encore le préciser).

  1. Les injonctions à articuler la question de race avec celle de classe et/ou celle de genre viennent bien [trop] souvent de personnes qui ont tendance à la négliger ou à en faire une question optionnelle…

…alors que dans les faits, les militants de l’antiracisme politique ont été précurseurs au niveau de l’action « d’articuler », contrairement à la gauche radicale (qui est majoritairement blanche, rappelons-le) qui continue à invisibiliser la question raciale au profit de la question de classe, quand bien même ce ne serait pas dans son intérêt de le faire (on a toutes et tous connu les militants de gauche qui nous crachent dessus quand on parle islamophobie, mais qui reviennent la bouche en cœur dans les quartiers populaires et ghettoïsés lorsqu’il faut gratter des voix pour les élections ou de la chorba pour le Ramadan). Il arrive aussi que certains militants de l’antiracisme politique, qui se revendiquent plus du courant intersectionnel que du courant décolonial, en viennent à « diluer » la question raciale, pour des raisons « stratégiques » ; une méthode qui peut se révéler coûteuse en termes d’autonomie. Ce n’est, bien entendu, pas cette stratégie qui est condamnable, mais plutôt l’injonction à la dilution qui pèse lourd sur les épaules des militants de l’antiracisme politique qui creuse les divergences sources de conflits ; car ces divisions ne profitent pas à l’antiracisme, mais bien aux personnes pour qui cette lutte n’est pas vitale, voire même n’est pas dans son intérêt (militant.e.s de la gauche blanche).

  1. La confusion entre « intersection » et « superposition » des oppressions conduit vers des débats où il devient difficile de faire preuve d’écoute et/ou de bienveillance…

…Et cela peut s’avérer extrêmement dangereux. En effet, si lors de croisement d’oppressions, la personne doublement, triplement, voire plus opprimée peut être dans une souffrance plus grande qu’une personne qui ne subirait « qu’une seule » oppression, ce n’est pas toujours le cas (exemple : crime policier raciste reste plus violent que le harcèlement moral et sexuel d’une femme racisée). Puis l’analyse intersectionnelle des faits sociaux n’a pas pour objectif d’organiser un « concours des oppressions » déplacé, voire effrayant, où chacun.e scruterait qui est assez « safe » ou non, qui est assez « déconstruit » ou non, qui est assez « concerné » ou non, comme si la pertinence d’un propos comptait moins qu’un story-telling dénué de fond et de sens, mais émis par une personne validée par la « police militante ». Cette « chasse aux mauvais militants » est révélatrice de dérives ultra-libérales et d’un élitisme au sein d’un milieu qui se revendique pourtant de l’égalité et de la dignité pour tous et toutes, et risque clairement de créer un climat complètement anxiogène où le harcèlement et les situations de violence diverses et variées risquent de se généraliser.

Finalement, il apparaît clairement que l’opposition entre les mouvements intersectionnels et décoloniaux est complètement artificielle, inutile, voire même nuisible et contre-révolutionnaire ; si les divergences d’opinion sont légitimes, les faux débats ne sont que le résultat du racisme combiné à l’ultra-libéralisme structurant nos sociétés, et donc nos espaces militants qui en font partie intégralement. Ainsi, la solution à ce « faux » conflit, est bien sûr de se rendre compte de sa superficialité, mais aussi de comprendre qu’en plus de « checker ses privilèges », il faut aussi accepter que les luttes politiques sont d’abord des affaires d’intérêts, et que même si en tant que groupe social nous avons des intérêts convergents, ce n’est pas forcément le cas de chaque groupe militant.e pris individuellement.

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De l’arnaque des espaces militants dits « safe »

Dans plus en plus d’espaces militants, et d’organisations politiques et associatives, l’initiative est prise de fixer plusieurs règles afin de supprimer les oppressions racistes, sexistes, classistes, grossophobes, homophobes, ou validistes. En général, on cherche à tendre vers la démocratie directe dans ce type d’organisations et l’idée est de faire en sorte que tout le monde puisse s’exprimer de manière égalitaire, qu’il y ait le moins de hiérarchie possible et que tout travail soit collectif. Il est donc nécessaire de mettre en place un certain nombre de règles plus ou moins rigides. A priori, ce devrait être une excellente chose.

Sauf que dans la pratique, les règles mises en place dans ces organisations, deviennent trop souvent une fin en soi, et non un moyen pour lutter contre les oppressions. Pire, ces règles ne permettant pas la disparition comme par magie des oppressions, elles sont utilisées à mauvais escient, et bien souvent au profit des personnes les plus privilégiées du groupe.

Ainsi, on se retrouve avec des schémas où ce sont toujours les mêmes militants mis en avant (souvent ceux qui ont déjà le plus de privilèges hors espaces militants) au sein de la structure, et où les autres sont obligés de batailler dur pour avoir voix au chapitre, où les règles de la structure sont utilisées pour étouffer les paroles des groupes dominés, voire d’empêcher le débat lorsqu’il est à l’initiative de ces mêmes groupes dominés.

Le pire, c’est que quand des militants d’autres organisations structurées différemment (bien souvent des groupes de dominés en non-mixité) refusent les injonctions aux règles du « safe », ils sont violemment attaqués sur leurs pratiques et sur leur personne, et la colère légitime due aux oppressions subies devient un prétexte à la violence gratuite, oubliant tout sens éthique et toute notion de bienveillance (ce qui n’est clairement pas safe du tout, au final, il faut en convenir).

Finalement, le « safe » devient une injonction émanant de milieux militants qui se veulent « déconstruits », mais qui sont bien souvent peuplés de personnes dominantes qui peuvent se permettre le luxe de la déconstruction : en effet, là où la priorité des dominés sera de ne pas se faire agresser au sein de la structure et en-dehors, la priorité du dominant sera « le respect des règles » et « le débat apaisé ». Même lorsqu’une personne dominée brisera la règle pour se protéger d’une agression, on lui rappellera « la règle », histoire qu’elle reste à sa place de dominée, et qu’elle comprenne que son combat est secondaire au niveau de la structure.

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