Pourquoi il faut arrêter de confondre idéologie et luttes d’intérêts

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Lorsqu’on s’engage concrètement, on réalise bien assez tôt qu’il y a un écart (plus ou moins important) entre ses intimes convictions, l’adhésion à une idéologie et la réalité de ses propres actions sur le terrain des luttes de pouvoir.

Cette différence est souvent perçue comme problématique, et utilisée parfois à des fins d’invective personnelle. Pourtant, vouloir à tout prix modifier la réalité pour qu’elle colle à des idéaux théoriques s’avère contre-productif la plupart du temps. Voici pourquoi.

  • Percevoir les luttes d’intérêts sous un prisme moral empêche toute forme de réflexion stratégique efficace

D’une part parce qu’il faut garder un minimum de rationalité froide pour mettre toutes les chances de son côté dans la lutte, d’autre part parce que la notion de morale (le Mal versus le Bien), contrairement à l’éthique (basée sur un socle de valeurs) évacue toute forme de nuance, nécessaire à une gestion saine des émotions et à la construction de liens durables.

  • La dissonance cognitive peut générer de la souffrance lorsque nos propres intérêts entrent en contradiction avec nos idéaux

Et il est plus accessible d’adapter ses croyances (qui relèvent de perceptions internes) que d’agir sur un contexte où on n’a pas de pouvoir direct.

  • Une idéologie sert de repère théorique fixe, alors que les luttes d’intérêts sont constamment en mouvement selon leur contexte

Les paradoxes et contradictions font donc naturellement partie intégrante d’un parcours militant au fil des années. Ce n’est donc pas un problème en soi, mais plutôt une étape obligatoire d’un processus stratégique qu’il faut apprendre à dépasser.

Finalement, si des idéaux permettent de construire des valeurs communes pour générer des actions dans le but de gagner des combats, leur préservation n’est pas une fin en soi. Le purisme militant n’a donc pas lieu d’être, et relève plus d’une dérive sectaire que d’une réelle victoire idéologique.

 

 

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Distinguer les leaders des petits chefs (en 11 points)

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Le terme de leadership est aujourd’hui souvent galvaudé, car réduit à du storytelling de succès économiques. Seulement, l’émergence de leaders est naturelle dans n’importe quel groupe social, surtout lorsque la structure du groupe tend vers l’horizontalité des liens sociaux.

D’où l’intérêt de savoir distinguer les leaders des impostures autoritaires.

  • Un leader a conscience de son pouvoir/influence/privilège, un petit chef cherche constamment à le prouver ou le valider
  • Un leader cherche à construire du lien social et des relations solides basées sur le respect mutuel et la confiance, un petit chef se nourrit de la discorde
  • Un leader est à l’écoute et capable de remise en question en cas de conflit, un petit chef se met en colère systématiquement
  • Un leader encourage, un petit chef sanctionne
  • Un leader participe, un petit chef se décharge de ses responsabilités
  • Un leader tire des leçons en cas d’échec pour apprendre de ses erreurs, un petit chef rejette la faute sur les autres et sur des causes externes
  • Un leader cherche à renforcer les membres de son équipe pour augmenter sa puissance collective, un petit chef cherche à accaparer le pouvoir et à rabaisser les autres pour briller
  • Un leader cherche à inspirer d’autres leaders potentiels, un petit chef cherche à susciter l’envie et la jalousie
  • Un leader s’inspire des autres, un petit chef jalouse, envie et se compare à eux
  • Un leader crée de la valeur, un petit chef reproduit des modèles et procédures, même lorsque ceci ne donne pas de résultats efficaces.
  • Un leader émerge souvent après avoir prouvé sa légitimité, un petit chef est plutôt nommé

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Elle est cependant à nuancer ; les manquements des personnes que l’on pourrait considérer comme des « petits chefs » viennent bien souvent de leur histoire personnelle. D’où l’intérêt de savoir faire preuve de bienveillance à chaque fois que c’est possible.

Pour lutter contre ce fléau, il faut évaluer deux pistes ; d’abord trouver des stratégies d’auto-défense pour survivre à ces agissements, comme le suggère Robert Sutton dans « Objectif Zéro Sale Con », puis apprendre à formuler ses demandes pour espérer une remise en question des personnes concernées.

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