Pourquoi il faut arrêter de réclamer du soutien via des messages groupés

Temps de lecture : 7 minutes

La tentation de cliquer sur « transférer » est grande, tellement ceci permet d’économiser quelques secondes de nos vies aux rythmes effrénés. Pourtant, j’ai souvent constaté que cette méthode est complètement improductive. Explications.

  • Ce type de messages empêche de créer du lien

Car il est difficile de faire preuve de sincérité sans vérifier au préalable si notre demande est recevable, et si, éventuellement ce soutien peut lui apporter. En effet, en envoyant un message groupé, on fait des injonctions, mais on ne formule pas une demande. On ne prend pas non plus le temps de s’intéresser réellement à l’autre (ne serait-ce que pour prendre de ses nouvelles) pour poser les bases d’un lien qui permettrait un soutien mutuel et constant.

  • Il y a peu de chances pour que le besoin réel de l’émetteur soit bien compris

Lorsqu’on ne se donne pas l’occasion de s’intéresser et de comprendre les besoins de son interlocuteur en « balançant » ce type de messages complètement impersonnel, on prend le risque de ne pas être compris à son tour. Encore une fois, il faut chercher à connaître les besoins de l’autre, en se donnant les moyens et l’opportunité de l’écouter, pour lui donner l’occasion d’accueillir et de comprendre les nôtres.

  • Le format du message groupé entrave la formulation d’une demande claire

Et oui ! Il est essentiel d’exprimer son besoin clairement et d’identifier le sentiment qui en découle pour formuler une demande claire (comme préconisé dans les principes de la communication non-violente). Un message transféré et non personnalisé ne permet pas de dérouler ce processus.

  • Réclamer des partages publics est contre-productif

Souvent, on envoie ce type de messages pour réclamer des partages publics, de manière plus ou moins implicite. En effet, si un partage public engage la e-réputation de son relais, elle ne garantit en aucun cas un engagement durable vis-à-vis de vous, de votre travail ou de votre contenu. C’est donc un risque à prendre pour la personne à qui on réclame ce partage, mais vous n’avez pas la certitude que ce risque engendrera un bénéfice.

De plus, si le nombre d’abonnés, de partages publics et de réactions est encore trop souvent perçu comme un indicateur d’influence et de pouvoir, ce n’est pas ainsi qu’on provoque des investissements et collaborations durables, ou même un taux de conversion satisfaisant.

  • Les leaders qui réussissent à obtenir du soutien régulièrement travaillent de manière invisible 80% du temps

Parce qu’iels sont familier.e.s avec le principe de Pareto ; c’est-à-dire qu’iels sont conscient.e.s que seulement 20% de leur travail donnera 80% des résultats positifs. Inversement, 80% des efforts fournis seront infructueux. Être à l’aise avec ce principe requiert énormément de patience et d’humilité ; et ces deux qualités sont essentielles pour obtenir une coopération à la fois active et durable.

En effet, la véritable puissance, c’est quand on n’a plus besoin de réclamer du soutien, et paradoxalement, elle s’obtient en construisant du lien, en allant vers les autres et en étant authentique ; tout ce que les injonctions au partage/soutien à travers des messages groupés ne permet pas.

Parmi les exemples de montée en puissance, il y a celui de Rania, administratrice de la page Facebook « Les p’tits plats palestiniens de Rania » et propriétaire du concept store Ardi : « Au départ, mes premiers clients ont été des associations où j’ai milité activement. Ensuite, ma page a sensibilisé un public non militant, curieux de découvrir la culture et la gastronomie palestiniennes ; ce qui est un de mes objectifs. C’est à partir de là que j’ai eu envie de créer Ardi. Je suis seule sur ce projet, pour avoir le contrôle à 100%, mais j’avais quand même besoin d’aide. Pour monter le plan de financement, j’ai été encouragée par mes proches et ma communauté. Mais pour que la campagne aboutisse, un simple partage sur les réseaux sociaux n’a pas été suffisant. J’ai participé à beaucoup de salons autour de l’entreprenariat, où j’ai rencontré énormément de professionnels inspirants qui m’ont guidée. J’ai dû sensibiliser 3 cercles ; celui de mes proches, celui des proches de mes proches, et enfin celui de ma communauté digitale. Avant de partager ma cagnotte publiquement, j’ai créé un groupe secret sur Facebook avec 50 à 80 personnes, 3 mois avant le lancement officiel. Je leur ai demandé de ne partager le lien uniquement via Whatsapp. J’ai ainsi récolté les premiers 4000€. Ne pas partager une cagnotte vide m’a permis de gagner en crédibilité et en confiance auprès de ma communauté. En effet, il s’agit ici de biais psychologique. J’ai toujours privilégié les messageries type Whatsapp, pour ne pas avoir à « spammer » les gens sur Messenger. Je n’ai pas eu besoin de contacter de gros influenceurs, même si certains d’entre eux m’ont soutenue publiquement, car ma communauté a relayé naturellement mon appel. Ma cagnotte a résonné jusqu’à Konbini et TV5 Monde. Je pense que la réussite de ma campagne de financement vient de l’entretien de liens de confiance avec mes proches et ma communauté, et du fait que j’essaie de faire preuve d’un maximum de transparence et d’authenticité dans mes relations. Ce sont des choses qui viennent avec le temps, et les rencontres IRL, que le virtuel ne peut remplacer. »

Il y a aussi celui de Liza, co-fondatrice du collectif décolonial de féministes nord-africaines Nta Rajel ? et influenceuse très active sur Twitter. « A la base on ne comptait pas monter de collectif, on parlait entre femmes nord-africaines sur Discord, puis on a lancé le #NtaRajel. Pour éviter la récupération raciste et sexiste de notre parole par certains hommes blancs, on a créé un compte officiel. C’est ensuite qu’on a décidé de fonder le collectif. Et la construction a été complexe. On ne le réalise pas vu de l’extérieur, mais il a fallu un an pour constituer un groupe stable autour de valeurs communes. Il y a eu beaucoup de désaccords, et de difficultés à cause de la charge mentale que représente le travail de monter un collectif. Beaucoup ont quitté le navire. On s’est retrouvées avec une toute petite équipe. A 6-7, on a été en mesure de mieux structurer notre vision et nos principes, notamment grâce à des réunions et des espaces d’échanges où on a su prioriser notre temps, notre énergie, et recruter les bénévoles en adéquation avec notre façon de fonctionner. Pour optimiser le succès de nos premiers événements, on a réfléchi en fonction des besoins urgents des femmes nord-africaines, et non en fonction de l’actualité ou des polémiques qui buzzent. C’est pourquoi nous avons choisi de travailler en non-mixité. On a priorisé les thématiques qui permettent aux femmes nord-africaines de se penser : la réconciliation avec l’idée de féminisme, reconstruire l’image de nos aïeules, les sujets tabous, et le patriarcat nord-africain. Aujourd’hui, nous avons encore beaucoup de travail : notre ligne politique est toujours en réflexion, même si nous nous basons sur une pensée radicale et révolutionnaire. Il y a encore par exemple la question des hommes maghrébins ; nous souhaitons trouver une troisième voie, autre que la récupération raciste ou les injonctions au sacrifice. »

Dans le cadre de sa campagne pour les municipales 2020, Yassin Lamaoui, candidat dans une ville en Essonne (91), chez qui on a pu observer une évolution positive de l’engagement de sa communauté en ligne, explique ceci : « Hors campagne électorale, il ne faut pas trop abuser des réseaux sociaux. En réalité, peu de choses se jouent dessus, ou même au conseil municipal lorsque l’on est dans l’opposition. Ce n’est donc pas là que j’estime devoir concentrer l’essentiel de mon énergie. On agit essentiellement en privé ; lorsqu’on connait des gens dans la précarité, on les aide, et lorsqu’on est témoin d’une injustice, on agit sans le montrer. On crée de la confiance, en utilisant le community organizing. C’est ainsi qu’on se fait connaître, et qu’on peut mobiliser, voire créer de l’engagement. »

Quant à Sarah Zouak, co-fondatrice de Lallab, association féministe et antiraciste lancée officiellement en mai 2016, c’est grâce à la réalisation de la série documentaire le Women SenseTour in Muslim Countries  que la communauté de Lallab est née. Le but de ces documentaires était de se réapproprier la narration et de valoriser des rôles modèles de femmes musulmanes, étant donné le manque de représentation positive de ces dernières. Elle commence à construire Lallab fin 2015, après un travail d’écriture et de documentation quotidien. Sarah est donc partie de zéro, si ce n’est de sa propre expérience du racisme et du sexisme en tant que femme musulmane vivant en France et de la création d’une petite équipe très soudée de femmes. La série documentaire a été un formidable outil pour rencontrer et fédérer les membres de la communauté de Lallab ; en effet, environ 25 000 personnes ont assisté aux projections du Women SenseTour in Muslim Countries  en France et en Europe, après avoir parcouru 1 ville différente en 40 jours. « Quand on me demande d’où sort notre communauté, j’explique à chaque fois qu’on est allé littéralement la chercher », explique Sarah. « Bien sûr que notre communication est très travaillée, mais l’essentiel du travail réside dans l’entretien du lien à travers plusieurs types d’événements (projection-débats, festival Lallabday, groupes de paroles, ateliers de formation, et nous ne communiquons pas forcément sur tout. » L’origine du succès de Lallab ne se limite pas à la notion de sororité, puisqu’elle part également de la volonté  de créer une organisation avec une approche à la fois antiraciste et féministe, en mettant les femmes musulmanes au cœur du projet de Lallab, et en travaillant sur leur identité, leurs revendications, mais aussi sur le projet de société, la valeur ajoutée au collectif pour un changement de paradigme dans le système politique français de lutte contre les discriminations. La première étape fut de construire une communauté de solidarité, en partie grâce à l’inspiration du récit d’autres femmes. Ensuite, Lallab a construit également une communauté d’expression et de savoir pour rendre visibles les vécus des femmes musulmanes et révolutionner les récits et narrations, via les portraits sur le magazine en ligne (qui rassemble plus de 30000 lecteurs par mois), mais aussi via des relais locaux sur le terrain (environ 500 partenariats avec des mairies, écoles, universités et associations). Le discours médiatique, en privilégiant la parole des femmes musulmanes arrive en dernier lieu. « L’objectif final de ce travail, c’est bien sûr la construction d’une communauté de pouvoir au niveau politique, pour que les femmes musulmanes puissent exercer librement leurs droits. Notre engagement s’inscrit dans la continuité d’un long héritage de luttes antiracistes et intersectionnelles. »

(Lallab est actuellement en pleine campagne d’adhésion pour financer un programme de formation, pour les soutenir et y participer, cliquer ici)

Finalement, on ne peut réclamer du soutien qu’en faisant preuve d’authenticité et en se préoccupant de manière sincère des personnes à qui l’on formule cette requête. En d’autres termes, il faut accepter de donner avant de demander à recevoir, et ceci, tout en étant prêt.e à accepter que la réciprocité ne soit pas systématiquement au rendez-vous. Dans tous les témoignages relatés ici, il y a une constante : celle de commencer par un cercle proche, puis de fédérer et de renforcer les liens autour de valeurs communes, avant d’élargir à une communauté plus large.

Pourquoi les grosses structures sont plus visibles que les autres

Temps de lecture : 2 minutes

On déplore souvent la distribution inégale des ressources, jusque dans notre tissu associatif, où là où certaines associations captent toute l’attention, d’autres meurent dans l’ignorance la plus totale. Pourtant, ce phénomène ne sort pas de nulle part, et est loin d’être insurmontable.

 

  • La preuve sociale fait que nous sommes naturellement attirés par ce qui est le plus visible

Nous supposons donc que plus une structure est visible, plus elle est influente et puissante, et donc efficace. Or, ce n’est pas forcément le cas.

…Et nous donnent l’illusion que les nombreuses interactions virtuelles se traduisent par des actions pertinentes sur le terrain. Si les réseaux sociaux représentent un outil intéressant pour produire des connaissances, communiquer, nouer des liens, et s’informer, la majorité du travail ne se fait pas sur cet espace.

  • Il y a des secteurs et des marchés plus porteurs que d’autres, car considérés plus « glamour » que d’autres

Soit parce qu’il y a une demande à la fois forte et urgente, soit parce que la friction à l’engagement est minime. Lorsqu’une structure répond efficacement à un besoin douloureux, urgent et reconnu, elle mérite pleinement son influence. Les structures qui peinent à se distinguer des autres ont souvent du mal à identifier le besoin de leur cible, et travaillent également sur une demande moins forte. Par exemple, l’aide aux plus précaires, l’accompagnement à la scolarité et à entrepreneuriat, la production de savoir (écriture, réalisation, recherche académique) sont des besoins importants et urgents, mais ne sont pas toujours perçus comme tels (sauf pour l’aide aux personnes pauvres) parce qu’ils demandent un engagement réciproque de la part de leur cible ; il faut lire, acheter, contribuer pour que ces actions aboutissent et aient un impact significatif. Ces secteurs nécessitent donc un travail de communication plus conséquent.

 

             S’il est de notre responsabilité individuelle et collective de donner force et visibilité aux structures qui nous semblent d’utilité publique, il ne faut pas non plus négliger le travail de communication qui permet de concilier perception et besoins des bénéficiaires d’une association.

Comprendre les algorithmes des réseaux sociaux pour lâcher prise sur ses notifications

Temps de lecture : < 1 minute

L’attente constante des notifications pour répondre à un besoin d’interaction ou de validation, conduit vers des comportements addictifs, du stress, voire de la dépression. Comment faire pour sortir de ce cercle vicieux ?

  • Votre fil d’actualité est saturé

Il n’y a pas assez de place sur votre fil d’actualité pour pouvoir voir toutes les publications de vos abonnements ; ainsi, l’algorithme n’affiche que le contenu qu’il juge pertinent pour vous.

  • On ne voit sur son fil que les profils avec lesquels on interagit le plus

C’est pourquoi ce qui apparaît comme pertinent pour l’algorithme, c’est ce à quoi vous réagissez le plus. Par exemple, Facebook priorise les publications de vos amis les plus proches (plutôt que les pages d’entreprise) et celles que vous commentez le plus souvent (plutôt que les réactions).

  • Si vos publications passent inaperçues, c’est parce qu’elles n’atterrissent pas dans le fil d’actualité des personnes ciblées

De cette manière, les personnes qui commentent peu vos posts, n’y réagissent que ponctuellement, ne verront pas vos publications dans leur fil d’actualité, et ce, même si elles sont susceptibles de leur plaire ! Ce n’est donc pas par snobisme que l’on ignore vos posts, mais bien par non-connaissance de leur existence.

  • N’utiliser la sponsorisation qu’avec parcimonie

Lorsque la visibilité de vos publications est nécessaire pour votre projet, on peut être tenté d’utiliser la monétisation afin de propulser ses posts dans les fils d’actualité de celles et ceux que l’on cible. Cette stratégie peut fonctionner ponctuellement, mais il ne faut pas en abuser à cause de la fatigue publicitaire.

Pour assouvir son besoin d’interaction, il ne faut pas avoir peur de formuler sa demande clairement en déroulant les principes OSBD (Observer, Sentiment, Besoin, Demande) de la CNV (Communication Non Violente). Ceci permet de gagner en confiance et estime de soi.

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5 techniques pour écourter un débat stérile

Temps de lecture : < 1 minute

Les débats sans fin nous épuisent, et gaspillent notre énergie qui pourrait être utilisée dans des projets et occupations plus constructifs. Voici 5 astuces efficaces pour y mettre fin sans générer de conflit.

  • Laisser le dernier mot

Parce qu’on a en réalité aucune obligation de répondre.

  • Dire que la question nécessite une réflexion plus approfondie qui ne peut être développée dans le cadre d’un débat

Et éventuellement diriger vers du contenu plus détaillé pour ne pas avoir à débattre.

  • Dire « OK ».

C’est la technique la plus simple, et la moins fatigante.

  • Désactiver les notifications, filtrer ou mettre sur mute (voire mode avion) si on est trop épuisé.e pour répondre

Nécessaire pour éviter la fatigue numérique.

  • Eviter de répondre immédiatement pour prendre du recul

C’est la meilleure façon de débattre de manière sereine. Dérouler le processus de communication non-violente peut aussi aider.

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Pour en finir avec la fatigue numérique

Temps de lecture : 2 minutes

Dans le domaine de l’engagement associatif et politique, il est aujourd’hui quasi impossible de travailler sans médias sociaux et sans smartphones, tellement ces outils sont puissants pour connecter des personnes et créer du lien social.

Cependant, cette connexion permanente entraîne fatigue et charge mentale constantes. Comment y faire face sans avoir à brûler tous ses écrans ?

  • Désactiver les notifications/désinstaller les applications de réseaux sociaux

Ceci permet d’éviter la tentation de répondre à tout et à n’importe quoi, mais aussi de diminuer les nuisances liées à ces notifications (lumière, sonneries).

  • S’autoriser des moments où on ne répond pas

Lorsqu’il s’agit d’engagement bénévole, il n’y a aucune obligation de répondre, du moins pas dans l’immédiat. On ne doit de temps à personne, et on n’est pas à disposition des autres militants ; on choisit de proposer notre aide. C’est ce qui distingue le volontariat (travail bénévole) du lien de subordination (salariat).

  • Les listes de diffusion WhatsApp/Signal/Télégram/mail ne sont pas des outils de gestion de projet adéquats

Ces applications sont adaptées à un usage de messagerie et de conversation. Elles ne sont pas formatées pour débattre comme le sont Facebook ou Twitter, ni pour poser des jalons, définir des tâches critiques et poser des délais (il est compliqué de retrouver des messages, bien que ce ne soit pas impossible).

Par ailleurs, le travail dans des structures politiques et associatives requiert des outils de gestion de projet dédiés.

  • Eviter les projets à flux tendu : apprendre à dire non

Trop utiliser les messageries pour gérer des projets provoque forcément des flux tendus ; c’est-à-dire une charge de travail supérieure à la force de travail disponible. Dans la mesure du possible, il faut éviter d’accepter de s’engager dans des projets où il n’y a pas d’outils adéquats de gestion.

C’est pourquoi il est, encore une fois, nécessaire de mettre en place des outils de gestion de projet adaptés : ainsi, on peut voir directement si on est en mesure de démarrer de nouveaux projets, et éventuellement les refuser, le cas échéant.

La fatigue numérique peut mener à des burn-out, dépressions et ruptures de lien. Il est donc primordial de lutter contre pour arriver au terme des projets associatifs.  

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Pourquoi il faut déployer des outils de gestion de projet dans les structures associatives

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Que l’on soit bénévole, prestataire ou salarié dans une association, la gestion de projet se fait souvent de manière informelle parce que bien souvent, les relations de travail sont structurées par des amitiés, de l’affection ou des affinités idéologiques ou personnelles.

Or, une gestion non structurée pose plusieurs problèmes.

  • Les tâches et les rôles de chacun.e doivent être clairement définis

…Et il y a un minimum de règles à respecter. En premier lieu, il faut être en mesure de prévoir assez précisément la charge de travail afin de pouvoir prévoir la force de travail nécessaire et de quantifier les moyens requis. Ensuite, la base pour définir des jalons, c’est de déterminer les tâches critiques, c’est-à-dire celles qui empêchent l’avancement du projet tant qu’elles ne sont pas effectuées ; elles sont à la fois prioritaires et primordiales.

  • Il est impératif d’éviter les situations de conflits et de violence

A noter qu’il n’est pas correct de compter uniquement sur la bonne volonté de bénévoles, surtout lorsque l’on a des délais à respecter : on n’est pas en droit d’exiger une disponibilité constante, une grosse dose de charge mentale ou une qualité professionnelle de la part d’un bénévole puisqu’il n’y a ni contrat de prestation, ni contrat de travail, et encore moins lien de subordination (sinon il s’agit de travail dissimulé, et c’est illégal). Jouer sur des rapports affectifs pour exercer une emprise sur des militants est vecteur de violences.

L’accumulation de tâches imprévues, les changements brutaux et incessants, la surexposition aux écrans sont des éléments qui peuvent être sources de stress, d’angoisses et de fatigue. Les tâches et les rôles non clairement définis laissent libre cours aux personnes malveillantes qui chercheraient à profiter d’une mise en compétition des militants associatifs. Tous ces éléments conduisent également à des situations de harcèlement qui peuvent découler de conflits (critiques injustifiées, messages humiliants ou stressants répétés, dénigrement, délais et objectifs inatteignables, surcharge de travail…). A noter que les situations de harcèlement font souffrir et annulent les forces nécessaires à l’engagement, et les conflits brisent les liens de solidarité.

  • La quantité et la qualité de la bienveillance au sein d’une structure dépendent directement de son organisation de travail

Ce n’est plus un secret depuis bien longtemps : les structures où il y a de la souffrance ont des politiques managériales dégueulasses, et réciproquement, les pratiques managériales de mauvaise qualité provoquent inévitablement des maladies professionnelles.

C’est donc bel et bien sur l’organisation concrète et opérationnelle qu’il faut agir pour éviter de nuire à l’ambiance de travail, car si les affinités idéologiques et personnelles permettent de créer des liens forts, c’est l’entretien et la qualité de la relation qui permettent de concrétiser ces liens sur des projets aboutis.

Lorsque l’on vise des pratiques militantes bienveillantes, les actes ne valent pas uniquement par leurs intentions. Il est donc indispensable de penser toutes les décisions de manière politique, afin de rester cohérent avec les valeurs affichées de l’organisation. Parmi ces décisions, celles concernant les pratiques managériales (gestion des ressources humaines, gestion financière, organisation du travail) sont centrales, notamment celles à propos de la gestion de projet, puisqu’elles ont un impact direct sur la qualité des liens de solidarité et de confiance au sein d’une organisation.

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Du bon usage des médias sociaux : 5 conseils (2/2)

Temps de lecture : 3 minutes

On reproche beaucoup de maux aux médias sociaux : peu de contenu à valeur ajoutée, beaucoup de répétitions, course au like et au buzz contre-productive, chronophages, peuplés d’imbéciles ou encore sources d’angoisse et de stress. Pourtant, c’est un outil de communication formidable permettant de créer du lien social et de reprendre le contrôle sur l’information….à condition de s’en servir correctement.

  • Toujours préférer du contenu que l’on produit soi-même, ou alors apporter une valeur ajoutée à du contenu existant

Il est toujours appréciable de proposer une production originale ou de commenter un contenu déjà existant afin de l’enrichir et d’éviter les doublons inutiles.

  • S’abonner à des comptes qui produisent de l’information de qualité, et masquer les autres

L’idéal serait de ne pas se contenter des gros comptes d’influenceurs ou de médias classiques, mais de consommer des médias alternatifs indépendants (Bastamag, Streetpress etc mais aussi des blogs comme celui de Joao ou celui de Valérie CG) pour avoir des informations complètes, ainsi que de ne pas se contenter d’une seule ligne éditoriale ou d’un seul type de contenu (sachant que chaque type de média comporte ses limites).

Pour éviter la « pollution » des réseaux sociaux faite à partir de fake news, titres racoleurs ou liens stériles, vous pouvez retirer les comptes qui en partagent trop souvent de vos listes ou vous désabonner. Si vous souhaitez éviter cette solution, vous avez la possibilité de masquer les comptes vous posant problème.

Enfin, pour que votre fil d’actualité vous présente en priorité les contenus que vous préférez, il est judicieux d’interagir et de réagir régulièrement aux publications qui vous intéressent. Vous pouvez aussi cocher l’option « voir en premier » sur vos pages Facebook favorites.

  • Echanger en privé et concrétiser par des rencontres IRL autour d’événements et d’engagement associatif

Ces échanges sont essentiels pour renforcer les luttes sur le long terme, car ils permettent de créer de la confiance, de la solidarité et de l’engagement ! C’est en effet le moyen le plus efficace de mettre en place un « bouche-à-oreille numérique ».

Il y a cependant des règles à respecter : inutile d’encombrer les boîtes de réception de vos contacts avec du contenu non susceptibles de les intéresser, surtout vous ne les connaissez que très peu. Le ciblage est très important : il est une preuve d’empathie à l’égard de vos contacts, et vous permet de devancer les attentes de votre audience.

Il est également important de préciser ses attentes (retour, avis, commentaire, partage) ainsi que de donner des informations nécessaires à la compréhension de son message pour que l’échange soit fructueux.

  • Veiller à la pertinence de ses productions lors d’interactions publiques

Il est également possible de cibler son audience publiquement, via les tags et les identifications. Là encore, mieux vaut s’assurer avant que vos contacts concernés soient d’accord avec le fait d’être mêlés à vos publications. D’où l’intérêt de construire en amont des liens en privé et de bien connaitre son audience.

Il faut aussi éviter de partager son contenu dans des lieux inadaptés, comme dans des commentaires hors sujet avec la publication de base, ou dans des groupes dédiés à des thèmes précis qui n’ont rien à voir avec votre production.

  • Savoir repérer les cas de cyberharcèlement

Le risque de cyberharcèlement constitue l’inconvénient majeur des réseaux sociaux. Il faut absolument en prendre conscience, car à la clé, le danger c’est de rompre des liens et de déshumaniser les autres.

Ainsi, il est évident qu’insultes, rumeurs malveillantes, critiques personnelles et injustifiées, flood permanent, sont des pratiques à bannir absolument.

 

Finalement, la puissance des médias sociaux ne se trouve pas dans la recherche de buzz (comme ce qui est trop souvent fait) mais bien dans la capacité à créer et construire des liens, chose essentielle dans l’engagement politique et associatif.          

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Pourquoi le nombre de likes et de partages publics sur les réseaux est en réalité insignifiant (1/2)

Temps de lecture : 3 minutes

On a souvent tendance à croire qu’un grand nombre de followers, de likes, de vues ou de partages publics sur les réseaux sociaux permet de créer un rapport de forces au niveau de l’opinion grâce à la visibilité qui en découle.

Or, non seulement la notoriété n’est pas synonyme d’influence, mais en plus elle peut renforcer un « statu quo » si elle n’est pas utilisée à bon escient. Nous verrons ici pourquoi.

  • La visibilité n’entraîne pas automatiquement un engagement sur son contenu, des interactions pertinentes ou une création de lien qualitatif

Outre la part de « haters » ou de curieux qui n’interagissent jamais pouvant se retrouver abonnés à votre compte par hasard, les personnes actives peuvent l’être pour diverses raisons.

On peut partager votre contenu pour le critiquer violemment, on peut venir commenter en vous dénigrant ou en vous insultant, ou alors une personne peut partager votre contenu en se l’appropriant et en détournant votre message d’origine, pour la simple raison que dès lors que votre contenu est public, il ne vous appartient plus vraiment.

Pour être certain.e que votre message ne sera pas détourné, il faut qu’il y ait un intérêt réciproque entre vous et votre communauté d’abonnés, et donc accepter que ces liens sont rares et difficiles à construire.

Les personnes qui vous soutiennent virtuellement ne pourront pas toujours vous soutenir concrètement ; soit parce qu’elles sont loin géographiquement, soit parce qu’elles n’en ont pas les moyens, soit parce qu’elles ne sont pas directement concernées par ce que vous proposez.

A noter qu’une personne de votre communauté peut être touchée ponctuellement par votre travail, mais ceci ne signifie pas qu’elle vous soutiendra régulièrement.

  • Les réseaux sociaux qui génèrent le plus d’adhésion et d’engagement sont ceux où les partages ne se font qu’en cercle restreint car les liens de confiance sont plus solides

Comme Instagram, réseau très populaire chez les plus jeunes générations, et qui n’autorise que les partages restreints en messages privés et en stories. Il y a également de plus en plus de personnes qui se politisent sur ce réseau, plus intuitif et plus serein car construit sur le partage d’images.

En effet, si le nombre de partages en messages privés ou en stories est a priori plus restreint (car il demande plus de manipulation), le partage en privé garantit un intérêt supérieur ou une véritable adhésion au contenu. Pour la simple raison qu’il existe plus souvent un lien de confiance entre la personne qui partage et celle qui reçoit le message, et qu’a priori les personnes interagissant en privé se connaissent un minimum, et sont donc renseignées sur les intérêts mutuels de leurs interlocuteurs. Ainsi, un contenu partagé en privé suscitant un réel engagement a plus de chance d’être repartagé derrière qu’un simple partage public dont on ignore la portée réelle.

 

Si la visibilité suscite l’intérêt des médias classiques et des annonceurs publicitaires, elle ne suffit pas pour créer une tendance dans l’opinion. Par exemple, l’influenceuse mode et beauté bien connue Kim Kardashian West ne s’est pas fait connaître uniquement sur son nombre d’abonnés ; c’est bien parce que de nombreuses femmes ont copié son style qu’il s’est propagé comme une nouvelle norme physique et vestimentaire. Par ailleurs, puisque la notoriété est un paramètre beaucoup trop aléatoire pour que l’on puisse avoir la main dessus, il est risqué de capitaliser dessus, d’autant plus si ce devient une fin plutôt qu’un moyen ; en effet, une visibilité érigée comme objectif est facilement récupérable, et peut être utilisée pour maintenir un ordre social au lieu de créer une nouvelle dynamique au niveau de l’opinion.

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