Pourquoi travailler plus ne fait pas (vraiment) gagner plus (2/3)

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La formule « travailler plus pour gagner plus » a rendu Nicolas Sarkozy populaire pendant sa première campagne présidentielle, et sa mesure de défiscalisation des heures supplémentaires a été bien accueillie par les salariés qui en ont bénéficié, car ils ont gagné en pouvoir d’achat.

Or, cette solution n’est qu’un pansement sur l’hémorragie ; non seulement elle pose d’autres problèmes (surcharge de travail, suppressions de postes, licenciements économiques), mais en plus, elle permet aux salariés seulement de récupérer les miettes que les dirigeants d’entreprises veulent bien leur accorder. Explications.

  • Travailler plus, c’est à la fois prendre le risque de réduire sa productivité et de ruiner sa santé sur le long terme

D’une part parce que la productivité se mesure en calculant le rapport entre le nombre d’unités produites sur le temps passé à les produire, et mathématiquement, ce nombre diminue lorsqu’on allonge le temps de travail. D’autre part, parce que l’allongement du temps de travail provoque de l’épuisement professionnel, coûteux sur le long terme, en plus du préjudice subi par les travailleurs.

  • Le travail salarié requiert une disponibilité constante, mais rapporte peu d’argent dans la plupart des cas, malgré la sécurité de l’emploi

Si un salaire fixe permet une sécurité financière relative, le lien de subordination qui l’accompagne peut aussi faire perdre au travailleur une bonne partie de son autonomie, notamment en termes de temps de travail.

En effet, les heures supplémentaires ne sont pas forcément rémunérées (Cf. les modalités du forfait jour), et mêmes lorsqu’elles le sont, les bénéfices obtenus ne sont pas toujours supérieurs aux risques pris.

  • Les personnes au meilleur pouvoir d’achat sont celles qui savent où investir leur temps et leur argent

Contrairement à ce que l’idéologie dominante voudrait nous faire croire, ce n’est pas le nombre d’heures de travail qui permet une meilleure rémunération, mais bien une gestion intelligente et efficiente des ressources humaines, horaires et financières.

 

Si un bon salaire en début de carrière permet d’épargner, sur le long terme, ce n’est pas ce qui rapporte le plus. Ce qui fait réellement gagner plus d’argent c’est de savoir où investir son temps et son argent, tout en faisant travailler d’autres pour soi afin de se consacrer à ce qui est le plus rentable.

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Pourquoi l’injonction au salariat est une entourloupe (1/3)

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A cause de la généralisation de l’intérim et des contrats précaires, le CDI est perçu à juste titre comme la perle rare qu’il faudrait poursuivre à tout prix.

Seulement, la stabilité financière qu’offrent ces contrats a un prix non négligeable : le lien de subordination et le manque d’autonomie qui souvent l’accompagne.

Ainsi, il n’est pas toujours judicieux de courir après ces contrats si on ne sait pas dans quoi on s’engage.

  • L’offre de salariat se raréfie à cause de la transition économique

Parce qu’aujourd’hui le travail s’automatise et « s’ubérise », le travail salarié est de moins en moins adapté, voire plus du tout pertinent dans ce contexte : c’est d’ailleurs pour ces raisons que désormais la norme de recrutement n’est plus celle du CDI.

Nous sommes donc souvent contraints à la précarité, faute d’alternative crédible, et poursuivre l’opportunité d’un travail salarié stable devient de plus en plus complexe.

  • Les conditions du travail salarié se dégradent

Ainsi, avec la baisse de travailleurs salariés, la charge de travail s’intensifie et repose sur ceux qui le sont encore. En effet, comme l’offre de travail salarié se raréfie, le rapport de forces est de plus en plus tendu au niveau du climat social au sein des entreprises, ce qui détériore fortement l’environnement de travail.

  • Le salariat peut être une forme de contrôle social visant à bloquer les initiatives innovantes

Parce que le lien de subordination conditionnant le travail salarié entrave l’autonomie de manière plus ou moins importante, les travailleurs les plus créatifs peuvent se retrouver limités au niveau de leur épanouissement, dès lors que leurs idées dépassent le cadre du système de valeurs instauré dans une entreprise.

 

Si aujourd’hui le salariat ressemble de moins en moins à une option de sécurité, l’option de l’entreprenariat n’est pas forcément plus rassurante. En effet, aujourd’hui il existe une nouvelle forme de prolétariat, appelée aussi « précariat », proliférant en partie à cause du statut d’auto-entrepreneur : statut dont les employeurs abusent pour faire l’économie de cotisations sociales dues pour tout travail salarié. L’injonction à l’entreprenariat, surtout dans ce contexte incertain, est donc loin d’être meilleure que celle au salariat. La seule issue pour sortir à la fois de la précarité et du lien de subordination, serait de favoriser un entreprenariat comprenant une intelligence du marché, avec une réelle valeur ajoutée, et une prise en compte de l’empreinte sociale.

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Pourquoi le projet de réforme des retraites pose [vraiment] problème

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Le projet de réforme des retraites qui a provoqué un mouvement de grève interprofessionnelle depuis plus d’un mois n’est pas qu’une affaire de perte de droits sociaux ou de conflits d’intérêt. Ce qu’il y a de plus gênant, c’est le projet de société derrière et l’absence d’action sur ce qui est à l’origine de la question du financement des pensions de retraite. Explications.

  • Aucune politique pour favoriser des emplois stables et rémunérés décemment qui permettraient de financer un système par répartition

En effet, un système par répartition est financé majoritairement par des cotisations salariales, et en partie par les taxes et impôts comme la CSG. Compte tenu de la démographie décroissante, et du vieillissement de la population, ce système est mis en péril, puisqu’il n’y a plus assez d’actifs, ni un niveau suffisant de cotisations pour continuer à financer ce système.

Cependant, il est possible de préserver ce système en élargissant la part des taxes et impôts (ce qui requiert de chercher l’argent où il se trouve, et donc de lutter efficacement contre la fraude fiscale) ou en augmentant les salaires suffisamment pour que la part de cotisations soit suffisante (ce qui demande une réelle politique pour l’emploi stable). Dans tous les cas, un questionnement radical est nécessaire afin de solutionner ce problème à partir de son origine. Baisser les cotisations salariales afin d’augmenter le salaire net et favoriser l’épargne bancaire n’est pas une solution viable sur le long terme, et imposer implicitement le développement de systèmes alternatifs peu régulés non plus.

  • Vers un système par capitalisation peu fiable et beaucoup trop fragile pour garantir des pensions dignes

Une baisse de niveau des pensions et un allongement de durée de cotisation va encourager les salariés qui peuvent se le permettre (une minorité donc) à investir dans des marchés dont le cours varie souvent en fonction de facteurs externes, qu’ils s’agissent de fonds de pensions spécifiques ou de marché immobilier.

En effet, outre le fait que ces marchés ne sont accessibles qu’aux plus hauts salaires, ils sont aussi très instables. Par exemple, les fonds de pension financiers reposent sur une spéculation demandant des investissements parfois très risqués, et le marché immobilier dépend d’un contexte mouvant (environnement, cote des quartiers, infrastructures etc…).

Résultat, non seulement un système par capitalisation est encore trop peu accessible aux actifs les plus vulnérables, mais en plus, les personnes susceptibles d’y investir n’ont aucune garantie de récupérer une pension correcte lors de leur départ à la retraite.

 

  • Une recherche de « flexi-sécurité » sans notion de sécurité

Pour les raisons évoquées précédemment, ce projet de réforme provoque de nombreuses incertitudes pour les actifs. Finalement, le seul moyen pour garantir des revenus sera de travailler coûte que coûte et le plus tard possible…même si on n’y est plus apte. L’objectif ici pour les porteurs de cette réforme, c’est de disposer d’un maximum de force de travail, sous le prétexte fallacieux de la flexibilité.

Pourtant, le critère de flexibilité permettant un taux de compétitivité correct selon le WEF, ne repose pas sur l’épuisement de la force de travail, mais plutôt sur sa capacité à s’adapter au contexte d’une entreprise. Cette capacité ne peut se développer que si elle est préservée….et en état de fonctionner.

Ainsi, vouloir promouvoir une « flexi-sécurité » en tendant au maximum les actifs, sans offrir de garanties ou d’alternatives crédibles comme c’est le cas avec ce projet de réforme est incohérent.

 

Il ne s’agit pas uniquement de réagir face à un projet destructeur de droits sociaux, mais bien de repenser fondamentalement et politiquement les modèles économiques régissant notre société. Appliquer des modèles théoriques et purement idéologiques ne suffira pas ; il est impératif de prendre en compte le contexte de la nouvelle norme de travail que représente entrepreneuriat et celui des nouvelles technologies d’information et de communication.

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