Pourquoi Edouard Philippe a utilisé l’article 49-3 pour le projet de loi sur les retraites

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On pourrait passer des heures, des jours, des mois à déplorer l’action d’Edouard Philippe en ce samedi 29 février 2020, et à se plaindre de la douleur pas ravivée depuis le règne de feu Manuel Valls. Mais ce serait inutile, parce que ceci ne nous mènerait nulle part. Nous allons ici passer en revue l’ensemble des éléments ayant contribué à ce nouvel échec social. 

  • Le premier ministre a le pouvoir, les moyens et l’opportunité de passer en force…

…Il ne s’est donc pas gêné, et à vrai dire, n’importe qui aurait fait pareil à sa place, compte tenu du rapport de forces existant.

  • Le 49-3 est toujours déploré après usage, mais il n’y a pas à ce jour de remise en question crédible de cet article en amont

Car encore une fois, il ne suffit pas de réagir de manière plus ou moins virulente après coup à chaque fois, mais bien de structurer des organisations suffisamment puissantes pour se permettre l’ambition de retirer cet article de la Constitution. Ce qui requiert un travail pro-actif…et sur le long terme.

  • La résistance n’a pas été à la hauteur

Parce que d’une part elle ne s’est faite qu’en réaction du calendrier ministériel, et de manière relativement molle ; et d’autre part, elle a mis de côté une partie non négligeable des travailleurs, ce qui a empêché des convergences de se créer.

  • On ne peut pas se contenter de réclamer de la protection de la part de ceux qui nous dominent, si derrière on offre ni alternative crédible, ni cadre sécurisant pour les travailleurs

Réclamer le soutien de riches personnalités est donc vain. La priorité est de formuler une demande claire, précise, de se fixer des objectifs à court terme et long terme et atteignables, de se concerter afin d’agir sur des leviers qu’on maîtrise. Puis, une fois que l’on s’est recentré sur nous, on est en mesure de créer les liens sociaux nécessaires à la construction d’un véritable rapport de forces sur le long terme.

Finalement, cet n-ième coup bas confirme le fait qu’il faut radicalement changer de paradigme en termes de modalités de lutte. En effet, il est inutile de conserver des méthodes sans prise en compte du contexte économique en transition (notamment l’ubérisation), car celles-ci ne fonctionnent plus aujourd’hui. 

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Pourquoi rien de ce qu’on dit, voit ou fait, n’est neutre

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On a souvent tendance à confondre objectivité, recherche de vérité et neutralité. Seulement peut-on considérer que ces trois notions soient similaires ? Et surtout, quels sont les enjeux de ce qu’on appelle « neutralité » ?

 

  • La « neutralité » sert d’alibi aux personnes cherchant à éviter une prise de position dans les situations de conflits d’intérêts

Les conflits d’intérêts étant définis par toute situation d’interférence entre intérêts publics et intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction, lorsqu’on ne prend pas position clairement dessus, sous prétexte de « neutralité », on laisse en réalité ces situations se développer et proliférer.

  • Chercher à créer un équilibre artificiel empêche souvent d’atteindre la vérité recherchée

Déjà parce que l’énergie déployée à créer un contexte en apparence équilibré, c’est de l’énergie qu’on n’utilise pas pour chercher et trouver la vérité. Ensuite, parce que c’est faire fi du contexte des faits, qui est un indicateur assez fiable permettant de déterminer ce qui est réel, plausible ou non.

La volonté de « neutralité » n’est donc ni une fin si on vise le réalisme, ni un moyen fiable pour vérifier des informations.

  • Ce qu’on appelle « neutralité » offre en réalité un terrain favorable aux idéologies dominantes, elle n’est donc jamais gage de vérité

Ce qu’on veut dire lorsqu’on parle de neutralité, c’est plutôt le fait de ne pas intervenir, de ne pas agir, lorsqu’il y a une situation de conflits, en ignorant tout contexte ou tout rapport de forces.

Ainsi, cette inaction profite forcément au camp dominant, puisqu’en valorisant une certaine neutralité, on réduit à néant toute forme de résistance ou contre-pouvoir face au pouvoir majoritaire, ce qui pose un problème d’équité en termes de représentation lorsqu’on a la volonté de servir une forme de démocratie (qu’elle soit directe ou non).

 

Finalement, la notion de neutralité n’existe pas vraiment, puisqu’aucune situation n’est vraiment « neutre ». Il convient donc de ne jamais poser ce concept en objectif à atteindre lorsque l’on cherche à exposer, analyser et démontrer des faits.

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