De la notion de consentement

Temps de lecture : 2 minutes

On croit souvent [à tort], que la notion de consentement n’existe que dans le cadre de la sexualité. C’est d’ailleurs probablement [en partie] pour cette raison que la volonté récente de la secrétaire d’Etat aux droits des femmes Marlène Schiappa de faire appliquer les séances d’éducation à la vie affective et sexuelle inscrites dans la loi depuis 2001 a créé une vive polémique parmi les parents d’élèves. 

En réalité, la notion de consentement est bien plus large, car elle inclut 2 choses : le fait de pouvoir accepter ou refuser une action de l’autre sur soi sans craindre des conséquences néfastes sur soi, et le fait de respecter le refus de l’autre sans le lui faire payer. On retrouve cette notion dans pleins de situations de la vie quotidienne, sans pour autant qu’il soit question de sexualité.

Par exemple, insister lourdement pour que quelqu’un soit présent à un événement, quand bien même cette personne aurait clairement refusé, et voire expliqué son refus, c’est ne pas respecter son choix. Mettre à l’écart quelqu’un, et/ou lui faire payer ses choix, parce qu’il refuse de se conformer à des règles officieuses, c’est pareil. Faire une demande en mariage surprise, ou organiser une fête surprise, sans s’assurer que la personne appréciera, c’est en quelque sorte, passer outre sa volonté, son consentement. Forcer un enfant à faire la bise à des adultes alors qu’il refuse aussi. Dans tous les cas cités ici (il y en a plein d’autres), on inflige des violences à autrui, par non-respect du consentement, et souvent par méconnaissance de cette notion. Pourtant il n’est pas question de sexualité dans ces situations ; et bien que le sexe sans consentement (qui est considéré comme un crime, le viol) soit bien plus violent que ces exemples, les situations où l’on ne respecte pas le consentement d’autrui ont un impact négatif sur la psychologie de la personne lésée.

C’est pourquoi il est vital d’inculquer la notion de consentement le plus tôt possible, en effet ; non seulement cette notion est primordiale pour prévenir contre les viols mais elle permet aussi de limiter aussi toutes les autres micro-agressions, souvent racistes et sexistes, qui pourrissent le quotidien de nombreuses personnes.

 

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

Publicités

L’enjeu des questions raciales dans les affaires de viol (5/5)

Temps de lecture : 2 minutes

Si les affaires de viol sont déjà extrêmement complexes à résoudre, elles deviennent un véritable calvaire (notamment pour les victimes) lorsque la question raciale est en jeu. Surtout lorsque le suspect est un homme noir ou arabe, ainsi que la ou les victimes présumées.

« C’est ainsi que nous deviendrons un champ de bataille. Nous serons malmenées, écartelées. Soumises pour les uns, traîtres pour les autres. » Voici comment Houria Bouteldja décrit la condition des femmes indigènes en France, dans « Les Blancs, les Juifs et nous ». Car dans un système où le racisme encourage le patriarcat blanc, sans détruire le patriarcat indigène, la femme indigène est toujours perdante. Ici, « les uns » désignent les hommes blancs, et « les autres », les hommes indigènes. Ces phrases démontrent assez justement que les femmes indigènes en France se retrouvent dans un étau à la fois raciste et sexiste, et qu’elles sont sans cesse confrontées au dilemme qui est de se protéger du racisme, ou du sexisme quand elles ne peuvent pas se protéger des deux.

Et justement, lorsqu’un homme arabe et noir est suspecté de viol sur une victime noire ou arabe, non seulement l’homme arabe ou noir est confronté à un traitement d’exception indéniablement raciste, mais aussi, la victime se retrouve confrontée au difficile choix qui est de se sacrifier pour éviter qu’un homme noir et arabe se retrouve confronté au système judiciaire et carcéral raciste, ou de dénoncer son violeur, et donc accepter d’être « sauvée » par une justice raciste. C’est ce que décrit Houria Bouteldja dans « Les Blancs, les Juifs et nous » , quand elle relaye le témoignage d’une femme noire victime de viol par un homme noir, qui dit : « je n’ai jamais porté plainte parce que je voulais vous protéger. Je ne pouvais pas supporter de voir un autre homme noir en prison. »

C’est pourquoi on est obligé de se poser les questions suivantes : est-il nécessaire de forcément sacrifier les victimes de viols par des hommes indigènes lorsqu’on combat le racisme systémique ? Peut-on condamner les victimes qui se résignent à être défendues par un système raciste ?

En effet, s’il est primordial de questionner le système judiciaire et carcéral qui est profondément raciste, on ne peut pas exiger une solidarité inconditionnelle des femmes indigènes, s’il n’existe pas de cellule les protégeant du patriarcat indigène, indépendamment du féminisme blanc, bien entendu. D’une part il faut éviter au maximum le recours à la justice raciste, d’autre part il est impératif de construire un rapport de forces favorable aux femmes indigènes au sein même des mouvements se réclamant de l’antiracisme politique. Sans cela, on ne peut pas reprocher à des femmes indigènes d’avoir recours à une justice raciste, car c’est le seul et unique recours qui leur reste.

Concrètement, dans un système raciste où il n’existe pas de justice antiraciste et où la seule réponse au viol est la sanction carcérale, il est nécessaire de penser à d’autres formes de sanctions envers les violeurs, applicables au sein même des mouvements antiracistes, comme le fait d’empêcher les violeurs présumés d’avoir accès à des positions de pouvoir, et d’être confronté à des victimes potentielles.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

Comment lutter concrètement contre le viol (4/5)

Temps de lecture : 2 minutes

Précédemment, nous avons constaté que le crime du viol était à la fois banalisé par la culture du viol et quasi impuni par la justice. S’il est malheureusement difficile de convaincre de ne pas violer, et encore moins possible de se rendre justice soi-même, il est néanmoins possible de s’émanciper de la culture du viol sur le long terme, et sur le court terme de donner de la force aux victimes présumées ou avérées de viol.

Parmi les solutions qu’on peut déployer immédiatement lorsqu’une victime de viol se confie sur ce qu’elle a subi, c’est déjà l’écoute de son témoignage. Il est essentiel de créer un espace de soutien où on ne remet pas la parole de la victime en question, et surtout de faire en sorte que la victime ne soit pas confrontée à son agresseur. C’est une condition essentielle pour permettre à la victime de se reconstruire.

Ensuite, sur le plus long terme et de manière collective, il est essentiel de créer des espaces basés sur la bienveillance où l’on peut former des femmes à l’autodéfense en cas de tentatives de viol et consolider une sororité où la notion d’empowerment serait au centre des préoccupations ; c’est ainsi qu’on peut renforcer des liens de solidarité afin de lutter contre le viol et toute forme d’oppression sexiste.

Puis, lorsqu’on a construit une sororité assez puissante, on a les moyens de transmettre l’éducation populaire autour de la question du viol afin de s’émanciper de la culture du viol et permettre à la société de s’en débarrasser. Cette éducation doit se faire le plus tôt possible afin qu’elle soit efficace, et il est important de valoriser des productions avec des rôles modèles où les relations entre les hommes et les femmes sont basées sur le respect et le consentement. En effet, aujourd’hui, s’il existe une éducation sexuelle qui informe sur les risques de grossesses non désirées et d’IST, il y a encore trop peu d’information au sujet du consentement, alors que la culture du viol envahit nos écrans et notre quotidien.

Finalement, comme l’institution judiciaire ne suffit pas pour combattre le viol, il est nécessaire de trouver d’autres moyens de reconstruction pour les victimes, mais il est aussi surtout impératif de remettre en question la procédure judiciaire dans les affaires de viol. En effet, les suspects de viol sont présumé innocents, ce qui signifie que c’est à la victime de prouver qu’elle a été violée, ; ce qui, de facto suppose que la victime ment tant qu’elle n’a pas prouvé ce viol. La procédure est donc très violente, car la victime se retrouve confrontée à son violeur, elle doit montrer patte blanche en subissant des examens médicaux qui lui font bien souvent revivre son calvaire, et souvent, on utilise le passé de la victime présumée pour douter de sa parole. Cette enquête est donc presque aussi traumatisante que le viol lui-même car reprocher le passé d’une femme pour discréditer sa parole sur la question du viol, c’est un des mécanismes de la culture du viol.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

Pourquoi l’étude des affaires de viol uniquement sous le prisme judiciaire est insuffisante (3/5)

Temps de lecture : 2 minutes

Précédemment, nous avons démontré que le problème du viol était un problème de société, qui relève principalement du système patriarcal dont toutes nos institutions sont imprégnées. Pourtant, lorsqu’une affaire de viol est rendue publique, bien souvent, on n’en commente que les péripéties judiciaires. Si, bien entendu, chaque cas de viol relève du droit pénal, les affaires traitées par l’institution judiciaire française sont loin d’être représentatives de la réalité globale en ce qui concerne la question du viol.

En effet, comme seulement 1 victime sur 10 porte plainte, 90 % des viols échappent au contrôle de la justice. De plus, comme les médias ne prennent en compte généralement que les affaires où la justice est saisie, ce traitement médiatique biaisé laisse penser que les affaires de viol ne sont que des faits divers sans lien, et non un problème global de société. Et c’est clairement ce (mauvais) traitement médiatique qui pose problème, car il dépolitise la question du viol.

Enfin, cette dépolitisation fait que les affaires de viol qui sont traitées en justice en appliquant strictement le droit, prennent rarement en compte la dimension sexiste de ces crimes et le rapport complètement déséquilibré entre un suspect et sa victime.

Finalement, puisque l’institution judiciaire est très inefficace pour condamner les viols et prend rarement en compte la domination du sexisme, les victimes ne sont pas protégées par la justice, notamment car les viols sont très difficiles à prouver, et comme les suspects sont toujours présumés innocents, le doute ne profite jamais aux victimes.

Ainsi, s’il est difficile de prendre le risque de condamner un innocent, commenter ces affaires sans respecter inconditionnellement la parole des victimes, c’est trop souvent alimenter le mythe sexiste des femmes qui portent plainte pour viol par vengeance ou pour attirer l’attention, et nourrit dangereusement la culture du viol.

On peut aussi se poser la question de l’usage du droit ; son application stricte sans prise de conscience du contexte sociétal serait-elle une fin en soi, ou alors ne serait-il qu’un outil à but émancipateur ? Car dans le premier cas, au mieux, on maintient un statu quo que l’on sait inégal, au pire on renforce les inégalités face au viol, et dans le second, on a les moyens d’inverser un rapport de forces défavorables aux femmes.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

La culture du viol (2/5)

Temps de lecture : 3 minutes

Ce qu’on appelle « culture du viol » correspond à la fois aux clichés entourant la question du viol, et et aux moyens mis en œuvre pour faire reposer la responsabilité du viol sur la victime. Cette « culture du viol » très présente dans nos sociétés occidentales, entretient l’idée reçue plus ou moins consciente que le corps des femmes est à disposition des hommes, et de cette manière, encourage les viols et agressions sexuelles.

La culture du viol se base sur l’idée reçue que la plupart des viols seraient commis par des inconnus de la victime, tard dans la nuit dans une ruelle sombre. Dans ce scénario, le violeur est souvent peu attirant, et atteint d’une pathologie mentale. Le problème de cette image du viol, c’est que non seulement elle ne correspond pas à la réalité de la majorité des viols, ce qui rend le viol encore plus difficile à identifier, mais en plus, elle fait peser la responsabilité du viol entièrement sur la victime. D’après ce cliché, il serait « facile » d’éviter les viols ; il suffirait de ne pas s’aventurer non accompagnée à heure tardive dans des endroits isolés. Ceci voudrait dire que l’espace public, passé une certaine heure, n’appartiendrait plus aux femmes, et qu’on ne peut pas reprocher à un violeur de disposer du corps d’une femme dans ces conditions. On laisse croire aussi que la sexualité masculine serait impossible à contenir, et que c’est aux femmes de ne pas se rendre disponibles aux hommes car considérés comme dangereux, et non aux hommes de se contrôler.

En donnant l’injonction aux femmes de ne pas se rendre vulnérables face aux violeurs, et donc disponibles sexuellement face aux hommes, on exerce ainsi un contrôle sur leur comportement sexuel. En effet, on diffuse ainsi l’idée que seuls les hommes ont du désir sexuel, et que ce désir est dangereux pour les femmes ; donc si elles veulent éviter le viol, elles doivent se protéger du désir masculin en évitant de le provoquer. Pire, une femme qui revendiquerait avoir du désir sexuel serait perçue comme une femme de mauvaise vie, qui mériterait presque d’être violée. De cette manière, le « slutshaming », qui consiste à humilier une femme en fonction de son comportement sexuel, contribue pleinement à la culture du viol.

Seulement, voilà, les femmes sont aussi soumises à des injonctions contradictoires ; d’un côté on les somme de ne pas céder au désir des hommes, et de l’autre, on considère par défaut que leur corps est à disposition des hommes. C’est pourquoi, le concept de la « friendzone », qui laisse le mauvais rôle aux femmes qui ne laissent pas leur corps à disposition des hommes qui se comporteraient pourtant correctement avec elles, est un concept patriarcal, qui lui aussi, entretient la culture du viol ; car il repose sur l’idée qu’une femme doit forcément du sexe à un homme avec qui elle passe du temps.

Enfin, les médias, notamment le cinéma et la publicité ont un apport non négligeable aux stéréotypes qui constituent la culture du viol. En effet, il n’est pas rare de voir dans ces images, des modèles de femmes qui « réclameraient » d’être violées, ou alors qui ressentent du désir, quand bien même elles diraient non. Ces stéréotypes se traduisent jusque dans le langage courant, où on parle de femme qui se « fait violer », non de femme violée, comme si la victime avait commandité un acte criminel à son encontre.

Finalement, si la culture du viol est à combattre, ce n’est pas seulement parce qu’elle encourage et banalise le viol qui est un crime, rappelons-le, mais surtout parce qu’elle limite le droit des femmes de disposer de leur corps librement, en choisissant comment elles souhaitent exercer leur sexualité, notamment leurs partenaires et le moment d’avoir des rapports sexuels.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

Qu’est-ce que le viol ? (1/5)

Temps de lecture : < 1 minute

Juridiquement, le viol est défini par « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature que ce soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ». C’est un acte considéré comme un crime en France.

Parmi les victimes de ce crime, on compte trois fois plus de femmes que d’hommes ; ce qui signifie que ce crime est bel et bien patriarcal dans une société qui a pourtant inscrit l’égalité femme-homme dans sa constitution. De plus, 96 % des victimes sont des femmes et 91 % des auteurs sont des hommes.

Concrètement, on a :

  • 1 viol déclaré toutes les 40 minutes
  • 1/3 des viols au sein du couple
  • 25 % des viols commis par un membre de la famille
  • 80 % de cas où la victime connaît son agresseur
  • 45 % des viols commis en plein jour
  • 67 % des viols commis au domicile de la victime ou de l’agresseur

Concernant les plaintes, on estime qu’une victime de viol sur 10 porte plainte, et que parmi ces plaintes, moins de 2 % aboutissent à une condamnation en cour d’assises, c’est-à-dire en tant que crime ; la plupart étant requalifiés en agressions sexuelles, afin que leur traitement en correctionnelles soit moins coûteux.

D’après ces chiffres, on peut en déduire que le viol est un crime courant, et qu’il représente un problème de société, pas simplement une accumulation de faits divers. Contrairement aux idées reçues, les viols ne se déroulent généralement pas dans une ruelle sombre en pleine nuit et sont rarement commis par des inconnus.

Enfin, on peut aussi ajouter que seuls 4 % des agresseurs sexuels sont des malades mentaux. Ce qui laisse penser que la majorité des viols ne viennent pas d’une quelconque perversion de la part de leurs auteurs, mais bien d’une volonté d’humilier, de dominer et de faire souffrir gratuitement sa victime.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00