3 astuces pour limiter la récupération raciste ou sexiste

Temps de lecture : < 1 minute

Nous sommes toutes et tous confronté.e.s à des désaccords, voire de gros conflits entre membres d’un même groupe social, qui subit pourtant les mêmes oppressions. Ces désaccords peuvent être facilement récupérés et instrumentalisés politiquement contre nos intérêts collectifs, si on manque de vigilance.

S’il est hors de question d’étouffer nos divergences sous prétexte d’unité, il est cependant possible de mettre en place des techniques d’autodéfense simples afin de refuser fermement toute tentative d’instrumentalisation raciste ou sexiste. En voici 3 :

 

  • « Casse-toi » : refuser l’ingérence dans les débats internes

Il est impératif de refuser fermement ce type d’alliance qui offre un boulevard à des personnes dominantes potentiellement tentées de distribuer les bons et les mauvais points aux personnes dominées. Manquer de fermeté à ce sujet, c’est laisser une ouverture, même très fine, pour autoriser cette mise en concurrence raciste ou sexiste.

  • « Je ne suis pas un bébé phoque à sauver » : s’émanciper du paternalisme

La deuxième étape après avoir refusé l’ingérence, c’est de se construire en-dehors du regard dominant. Nous n’avons en effet pas besoin d’une bouée de sauvetage ou de servir de caution « bonne conscience », mais d’alliances stratégiques.

  • « Laisse-moi tranquille » : signifier à son interlocuteur.ice qu’il ne doit pas nous solliciter à nouveau avec cet agenda

Enfin, il faut dissuader de manière permanente toute sollicitation pour de la récupération, sans avoir à s’auto-censurer. Le mieux est de fermer la porte à toute proposition allant dans ce sens, et ce, sans hésiter.

 

Avant d’être en mesure de pouvoir faire preuve de fermeté à ce type de requêtes, il est nécessaire de se renforcer, de se construire, afin de gagner en confiance, et ne plus ressentir le besoin de se justifier ou de se plaindre.

 

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Pourquoi Benalla paie pour les abus de sa classe politique

Temps de lecture : 4 minutes

Quitte à faire bondir les manifestants les plus chevronnés, le rôle de Benalla est bien plus complexe que celui d’une simple complicité de violences policières et de buzz provocant. Parce qu’on le sait toutes et tous, cet homme n’est que l’arbre qui cache la forêt du pouvoir, et que critiquer sa personne sans critiquer le système qu’il y a derrière, c’est un peu léger. La question qui demeure, c’est : pourquoi personne n’en parle de ce système (ou si peu) ? C’est ce que nous allons découvrir ici.

Sa légitimité est toujours questionnée, mais son instrumentalisation jamais

Donc ce qui choque le plus, ce n’est pas qu’il y ait des violences policières à chaque manifestation (ou chaque contrôle au faciès), mais bien que Benalla n’ait pas l’habilitation pour frapper. Autrement dit, quand un flic habilité (de préférence bien blanc, mais pas toujours), les violences policières, ça passe comme une lettre à La Poste. Mais quand c’est quelqu’un comme Benalla, c’est un scandale.

Alors que ce qui devrait scandaliser, c’est l’usage et le rôle des forces de l’ordre en premier lieu, puis le rôle de Benalla dans cette histoire. Tout le monde se questionne sur la légitimité de Benalla, mais personne ne se demande à quel ordre il a répondu, alors que la problématique se trouve ici.

Se focaliser sur la responsabilité de Benalla, c’est donc se décentrer de la question essentielle, à savoir celle des violences policières et comment elles servent les intérêts du pouvoir en place.

Le comportement de Benalla n’est pas étranger à une stratégie de survie face au racisme

En effet, la question raciale ne peut ici que difficilement être évacuée ou balayée d’un revers de la main. Pour la simple raison que le parcours de Benalla ressemble surtout à celui de l’arabe qui porte sur lui le stigmate de l’intégrationniste.

Ce stigmate, nous le portons tous dès lors que nous sommes non-blancs, et que nous tentons de survivre au racisme, faute de pouvoir y résister.

Sans pour autant le dédouaner de ses responsabilités, qui est Alexandre Benalla, si ce n’est un jeune arabe, prêt à modifier son patronyme, prêt à faire du travail ingrat, voire moralement discutable, par volonté de réussir, de briller, ou par simple peur de l’échec ? Qui peut aujourd’hui oser affirmer la conscience tranquille qu’il ou elle n’a jamais usé de stratégies intégrationnistes afin de respirer en milieu raciste ? Personne. Pas même le plus radical, le plus résistant d’entre nous. Arrêtons de nous mentir 5 minutes, et admettons que nous avons tous fait, au moins une fois dans notre vie, un truc dont nous ne sommes pas fiers aujourd’hui, pour se faire accepter au sein de la blanchité.

Parce que c’est exactement ce que fait Benalla : on lui demande de taper, il tape. De porter des bagages, il s’exécute. De garder des secrets, il se tait. Un bon petit soldat. Et nous y avons tous déjà joué. Quand on récite nos leçons républicaines. Quand on va voter bien sagement. Quand on se tait sur le racisme d’État et les violences policières, juste pour obtenir un job précaire et mal payé. Au mieux on la boucle sur les injustices pour garder nos fesses au chaud, au pire, on piétine les voisins pour avoir notre place au soleil, ou pour ne pas crever la dalle.

Et si Benalla ne s’en sort pas si mal ainsi, c’est surtout parce que le système raciste dans lequel nous vivons lui donne visiblement raison.

Benalla cristallise sur sa personne tout le malaise du paternalisme que représente le racisme de gauche

Il faut avouer que c’est bien pratique d’avoir un basané dans le rôle du méchant. Et que l’agacement suscité par Benalla au sein de la gauche blanche n’est pas étranger à ses origines ethniques.

Il n’est d’ailleurs pas rare que les hommes arabes qui refusent d’être utilisés comme caution antiraciste par la gauche blanche, se voient violemment rejetés (d’une manière différente que les femmes arabes, qui sont soit exotisées, soit utilisées comme caution, ou alors pas prises au sérieux) dès lors qu’ils s’affirment autrement que comme une victime de racisme ou comme une caution ; que ce soit par résistance ou par stratégie intégrationniste.

Déjà, il faut voir dans la violence de Benalla envers les manifestants qu’il a attaqués, un manque de dignité, mais aussi une part de revanche. Tout le monde n’est pas à la portée de cette dignité, qui est un pas vers la résistance, et il faut savoir que cette dignité n’est pas non plus un bouclier sans faille face au racisme.

En effet, même en conservant sa dignité, débarquer avec son propre agenda politique dans un espace de la gauche blanche, c’est prendre le risque d’être éjecté de cet espace. Comme cet élu qui se fait sans cesse censurer par la majorité lors des conseils municipaux, parce qu’on veut lui faire payer des désaccords. Ou comme ce militant qui s’est vu retirer sa chronique en une d’un média parce que son engagement est devenu autonome. Cela ne vient pas forcément d’une mauvaise volonté (quoique…) mais plutôt du fait que nos intérêts ne sont pas toujours les leurs, en tout cas, pas leur priorité. D’ailleurs, les espaces de la gauche blanche comportent souvent des pratiques et des aspects repoussants pour nous, qui peuvent limiter, voire bloquer la moindre de nos initiatives.

Il faut également questionner le fait que la gauche ait récupéré le travail salutaire, et l’engagement de Taha Bouhafs pour se satisfaire que l’on pointe du doigt Benalla, tout en rejetant d’autres profils sociologiques d’hommes arabes venant de quartiers populaires. Comme s’il y avait le bon arabe qui vote à gauche et…les autres.

C’est aussi pour cela que pour contourner ces freins, et sans possibilité d’autonomie, les personnages comme Benalla se retrouvent à court-circuiter la gauche pour exister.

Il est fort probable que notre manque d’autonomie et d’espaces politiques appropriés, soit dû à un manque de conscience et solidarité raciales. En effet, nous ne pouvons imposer une question raciale à gauche, si nous n’avons pas ce lien et cette conscience entre nous. Il ne s’agit pas de cautionner la violence de nos monstres, mais de refuser l’instrumentalisation raciste, et de la dénoncer où qu’elle se trouve.

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