Pourquoi rien de ce qu’on dit, voit ou fait, n’est neutre

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On a souvent tendance à confondre objectivité, recherche de vérité et neutralité. Seulement peut-on considérer que ces trois notions soient similaires ? Et surtout, quels sont les enjeux de ce qu’on appelle « neutralité » ?

 

  • La « neutralité » sert d’alibi aux personnes cherchant à éviter une prise de position dans les situations de conflits d’intérêts

Les conflits d’intérêts étant définis par toute situation d’interférence entre intérêts publics et intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction, lorsqu’on ne prend pas position clairement dessus, sous prétexte de « neutralité », on laisse en réalité ces situations se développer et proliférer.

  • Chercher à créer un équilibre artificiel empêche souvent d’atteindre la vérité recherchée

Déjà parce que l’énergie déployée à créer un contexte en apparence équilibré, c’est de l’énergie qu’on n’utilise pas pour chercher et trouver la vérité. Ensuite, parce que c’est faire fi du contexte des faits, qui est un indicateur assez fiable permettant de déterminer ce qui est réel, plausible ou non.

La volonté de « neutralité » n’est donc ni une fin si on vise le réalisme, ni un moyen fiable pour vérifier des informations.

  • Ce qu’on appelle « neutralité » offre en réalité un terrain favorable aux idéologies dominantes, elle n’est donc jamais gage de vérité

Ce qu’on veut dire lorsqu’on parle de neutralité, c’est plutôt le fait de ne pas intervenir, de ne pas agir, lorsqu’il y a une situation de conflits, en ignorant tout contexte ou tout rapport de forces.

Ainsi, cette inaction profite forcément au camp dominant, puisqu’en valorisant une certaine neutralité, on réduit à néant toute forme de résistance ou contre-pouvoir face au pouvoir majoritaire, ce qui pose un problème d’équité en termes de représentation lorsqu’on a la volonté de servir une forme de démocratie (qu’elle soit directe ou non).

 

Finalement, la notion de neutralité n’existe pas vraiment, puisqu’aucune situation n’est vraiment « neutre ». Il convient donc de ne jamais poser ce concept en objectif à atteindre lorsque l’on cherche à exposer, analyser et démontrer des faits.

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Un mouvement spontané peut-il être apolitique ?

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Un mouvement qui se dit apolitique, c’est un mouvement qui se prétend en-dehors de toute lutte politique. Ceci voudrait dire que ses revendications n’auraient rien à voir avec la politique, et qu’il ne serait donc pas traversé par les idéologies politiques existantes. Seulement, est-il possible qu’un mouvement de ce type émerge en pleine crise politique, dans un contexte où les clivages se font de plus en plus ressentir tant ils sont polarisés ? Ceci est très peu probable, voici pourquoi :

  1. Toutes les revendications sont politiques
    En effet, chaque mesure, chaque demande, concernant un collectif, et pas seulement des individus, a une teneur politique, et s’inscrit dans un agenda idéologique, que l’on le veuille ou non. Par exemple, la revendication qui a créé le mouvement des Gilets Jaunes, c’est la baisse des taxes sur le carburant. La baisse des taxes est traditionnellement une revendication de droite, car baisse des taxes signifie (souvent) moins de services publics. Bien qu’au début le mouvement des gilets jaunes fût encore informe, le ras-le-bol général exprimé se traduit toujours par des doléances polarisées politiquement. En effet, on pourrait croire que le ras-le-bol général traduit par l’ambiance insurrectionnelle des manifestations de ce mouvement citoyen part dans tous les sens. Sauf que ce n’est pas tellement le cas. Si les principales revendications vont dans le sens de la justice sociale et fiscale, certaines se font clairement sur le dos des étrangers, notamment des demandeurs d’asiles et des sans-papiers. Il y a aussi la structure du mouvement qui fait que ce dernier n’est pas complètement déstructuré : des leaders ont été désignés, et parmi ces derniers, une partie revendique des idées complotistes ou d’extrême-droite. Ce n’est pas un hasard. Puis, le fait que les manifestations et blocages aient lieu le samedi, sans qu’il n’y ait de projet de grève générale (pour l’instant) montre aussi que les revendications du mouvement sont moins révolutionnaires que ce qu’on pourrait croire  ; ce qui a pour conséquence de bloquer les gens et de générer des conflits, mais pas de bloquer l’économie.
  2.  Tous les mouvements, encore plus lorsqu’ils sont spontanés, sont perméables au contexte politique ambiant……Quand bien même il définirait des orientations clairement à contre-courant. D’ailleurs, il n’est pas rare de rencontrer des problèmes de racisme et de sexisme dans des organisations politisées qui prétendent pourtant combattre ces phénomènes, et même dans tout mouvement spontané qui se présente comme de gauche, comme on a déjà pu le constater avec Nuit Debout. La volonté de dépasser le clivage gauche/droite n’est pas aussi puissante que les rapports de domination qui existent dans la société.
  3. Ainsi, dans un contexte d’extrême-droite, un mouvement sans orientation claire sera récupérable par l’extrême-droite, du moins en partie.
    C’est pour cette raison que l’on retrouve des revendications qui vont à l’encontre de l’antiracisme dans le mouvement des gilets jaunes, par exemple.

 

Finalement, revendiquer sa dépolitisation (et non son indépendance aux structures), ce n’est pas utopique, ni se revendiquer d’un idéal, mais c’est clairement suivre la tendance politique dominante, qui bien souvent met de côté les personnes les plus vulnérables dans une société. Il est donc important qu’un mouvement, aussi spontané qu’il puisse être, définisse clairement et rapidement ses orientations politiques. Enfin, il faut aussi distinguer un mouvement social et citoyen, de la révolte. Si un mouvement peut initier une révolte, c’est la convergence des colères qui permet la pérennité de l’insurrection, et la radicalité des modes d’action (grève générale, casse des symboles de l’Etat et du capitalisme, etc…) qui crée les conditions d’une révolution. On ne peut donc pas réduire une révolte, à un seul mouvement. On ne peut donc pas non plus se contenter de suivre et de valoriser un mouvement sans se poser la question de son orientation politique et de sa vision, si l’objectif est la justice sociale ; le risque étant que les catégories sociales les plus vulnérables soient oubliées malgré leur participation au mouvement.