Pourquoi il faut arrêter de confondre idéologie et luttes d’intérêts

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Lorsqu’on s’engage concrètement, on réalise bien assez tôt qu’il y a un écart (plus ou moins important) entre ses intimes convictions, l’adhésion à une idéologie et la réalité de ses propres actions sur le terrain des luttes de pouvoir.

Cette différence est souvent perçue comme problématique, et utilisée parfois à des fins d’invective personnelle. Pourtant, vouloir à tout prix modifier la réalité pour qu’elle colle à des idéaux théoriques s’avère contre-productif la plupart du temps. Voici pourquoi.

  • Percevoir les luttes d’intérêts sous un prisme moral empêche toute forme de réflexion stratégique efficace

D’une part parce qu’il faut garder un minimum de rationalité froide pour mettre toutes les chances de son côté dans la lutte, d’autre part parce que la notion de morale (le Mal versus le Bien), contrairement à l’éthique (basée sur un socle de valeurs) évacue toute forme de nuance, nécessaire à une gestion saine des émotions et à la construction de liens durables.

  • La dissonance cognitive peut générer de la souffrance lorsque nos propres intérêts entrent en contradiction avec nos idéaux

Et il est plus accessible d’adapter ses croyances (qui relèvent de perceptions internes) que d’agir sur un contexte où on n’a pas de pouvoir direct.

  • Une idéologie sert de repère théorique fixe, alors que les luttes d’intérêts sont constamment en mouvement selon leur contexte

Les paradoxes et contradictions font donc naturellement partie intégrante d’un parcours militant au fil des années. Ce n’est donc pas un problème en soi, mais plutôt une étape obligatoire d’un processus stratégique qu’il faut apprendre à dépasser.

Finalement, si des idéaux permettent de construire des valeurs communes pour générer des actions dans le but de gagner des combats, leur préservation n’est pas une fin en soi. Le purisme militant n’a donc pas lieu d’être, et relève plus d’une dérive sectaire que d’une réelle victoire idéologique.

 

 

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Pourquoi Mélenchon a raison de ne pas donner de consigne de vote

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Avec un second tour Macron-Le Pen, les appels au fameux « Front Républicain » ne se sont pas fait attendre de la part des partis institutionnels qui ont « dirigé » la France durant ces dernières décennies. Pour qui sait analyser le contexte politique français, ces différents recours au « Front Républicain » ont la fâcheuse conséquence de participer à l’augmentation du score du FN à chaque échéance électorale. Pourtant, parmi les autres candidats, Philippe Poutou a fait le choix de ne pas donner de consigne de vote et de lutter contre le fascisme sur le terrain (c’est-à-dire dans la rue), et Jean-Luc Mélenchon a pris le pli de faire voter cette consigne par les militants qui ont soutenu sa candidature. 

Ces deux dernières décisions semblent les plus cohérentes, même si certains sont surpris que Mélenchon n’appelle pas à voter Macron, comme il avait appelé à voter Hollande en 2012.

Car :

  • La lutte antifasciste ne saurait se résumer à un bulletin de vote contre le FN, surtout quand il s’agit de voter pour un candidat qui instrumentalise les opportunismes de la « diversité » afin d’augmenter le score du FN qui sert d’épouvantail à chaque élection et qui permet de faire gagner automatiquement le candidat se retrouvant en face du FN au second tour.
  • Faire gagner Macron maintenant, c’est la quasi-assurance d’avoir Le Pen présidente en 2022, car le jeu dangereux du « Front Républicain » commence à toucher à sa fin et ne fait que retarder cette échéance.
  • La dynamique incroyable de la campagne de Jean-Luc Mélenchon s’est largement nourrie du mouvement Nuit Debout et de la contestation de la loi El Khomri (entre autres), mouvements largement investis par les milieux de gauche radicale abstentionnistes (libertaires, anarchistes, militants de quartiers populaires, groupes antifascistes et autonomes), et le chef de file de la France Insoumise l’a bien compris, car il a surfé sur cette tendance, de la même manière que Podemos est né du mouvement des Indignados en Espagne. 
  • La candidature de Jean-Luc Mélenchon a mobilisé de nombreux abstentionnistes habituels à la dernière minute lors de ces élections.

    . Il aurait donc tort stratégiquement parlant de se montrer condescendant à l’égard de cette cible électorale indécise.

  • La loi El Khomri n’est que le corollaire de la loi Macron, inapplicable sans cela. Il serait complètement incohérent de faire campagne en partie sur le retrait de la loi El Khomri,  et d’appeler à voter pour Emmanuel Macron, sous prétexte de Front Républicain.
  • Le contexte ici n’est pas celui de 2012. Mélenchon avait appelé à voter Hollande, car le programme de Hollande était un programme de gauche (qu’il a largement trahi lors de son quinquennat). Il n’a ensuite cessé de dénoncer les renoncements des différents gouvernements sous le règne de Hollande, dont Emmanuel Macron est un des rejetons.
  • Demander aux populations racisées de participer à ce « Front Républicain » en faisant « barrage » au FN (les populations racisées ne sont pas des castors, en 2017 il serait grand temps de s’en rendre compte) est particulièrement indécent (et paternaliste) quand on sait que le racisme de la classe politique française (de l’extrême-gauche à la droite républicaine) leur fait autant de mal, si ce n’est plus que celui qui existe au sein du FN ; en effet, ce racisme structurel nourrit l’agenda politique du FN, qui n’a plus besoin de faire le sale boulot tellement les propos et actes racistes prolifèrent ailleurs. Ainsi, le « Front Républicain », n’est qu’un outil de plus pour asseoir le privilège blanc au sein de la société, puisque l’épouvantail du FN permet de fermer les yeux sur le racisme qui existe ailleursExtrait du livre
  • Jean-Luc Mélenchon ne peut pas non plus empêcher ceux qui voudraient voter pour Macron afin de retarder l’échéance de le faire ; ce dernier souffle du « Front Républicain » pourrait aussi être une nouvelle impulsion d’une véritable lutte antifasciste et antiraciste qui a déjà commencé.

Ainsi, dans ce contexte, les trois solutions (vote blanc, abstention ou vote Macron) sont pertinentes, c’est pourquoi la consigne de vote (ou de non-vote) est superflue.

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