Des moyens pour faire aboutir une grève (2/2)

Temps de lecture : 2 minutes

Les grèves qui échouent ne viennent pas uniquement du traitement médiatique catastrophique des mouvements sociaux et du manque (réel ou supposé) de mobilisation.

En effet, toute mobilisation sociale demande un minimum de méthode et d’organisation pour mener vers une victoire. Voici quelques éléments à étudier.

  • Réfléchir en amont à un mode d’action pour qu’il soit le mieux adapté au contexte

…l’objectif étant de déstabiliser les intérêts de la structure que l’on vise, afin d’instaurer un rapport de forces rendant une négociation possible.

  • Définir des revendications claires

…Pour éviter toute forme de récupération et de dépolitisation des demandes émises. Il ne faut pas laisser de marge de manœuvre possible pour des aménagements qui contourneraient ou s’éloigneraient trop des revendications de base.

 

  • Choisir les revendications à partir d’une réflexion politique radicale

Il est essentiel de réfléchir à un questionnement politique et social radical afin d’être en mesure de revendiquer des changements structurels.

  • Trouver des moyens pour rendre la grève la plus inclusive possible (caisses de grève, happenings)

Pour qu’une grève soit suivie massivement, il est primordial que des aménagements soient mis en place, afin d’inclure tous les travailleurs. On peut mettre en place des caisses de grève, pour que tout le monde puisse participer, même symboliquement, ou encore des actions de désobéissance civile en faisant participer les personnes ne pouvant pas faire grève.

  • Refuser de condamner publiquement les autres acteurs du mouvement social dont les modes d’action sont en rupture avec les vôtres

Les modalités d’action dans un mouvement social sont aussi diverses que chaque acteur qui le compose ; c’est d’autant plus vrai lorsque le mouvement est largement suivi.

Souvent, pour décentrer le débat autour des revendications, l’injonction est faite aux personnes les moins radicales de condamner les pratiques des autres participants au mouvement social. S’il est naturel que chacun et chacune s’oriente vers les modes de luttes qui lui conviennent le plus, il est plutôt inopportun de valider une division artificielle, surtout auprès de personnes qui n’ont pas intérêt à ce que la grève aboutisse. La solution ici serait de refuser cette condamnation en rappelant la volonté d’unité du mouvement, et en recentrant le débat sur les raisons du mouvement social. Nous ne devons en aucun cas aller dans le sens de celles et ceux qui souhaitent diviser le mouvement.

  • Ne jamais attendre des échéances institutionnelles pour agir (projet de loi, décisions des cadres supérieurs, mais au contraire réfléchir aux dysfonctionnements structurels pour les dénoncer etc)

En effet, les institutions auront moins tendance à imposer une perte de droits sociaux, si en face elles ressentent une résistance puissante (comme l’explique très bien Anasse Kazib dans cette émission du QG) construite à partir d’une vigilance constante.

Si les grèves permettent de déconstruire des structures, ceci ne signifie pas que les mouvements sociaux dans leur ensemble doivent être déstructurés en interne, bien au contraire, il est essentiel de définir une stratégie efficace pour que des victoires en découlent.

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Un mouvement spontané peut-il être apolitique ?

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Un mouvement qui se dit apolitique, c’est un mouvement qui se prétend en-dehors de toute lutte politique. Ceci voudrait dire que ses revendications n’auraient rien à voir avec la politique, et qu’il ne serait donc pas traversé par les idéologies politiques existantes. Seulement, est-il possible qu’un mouvement de ce type émerge en pleine crise politique, dans un contexte où les clivages se font de plus en plus ressentir tant ils sont polarisés ? Ceci est très peu probable, voici pourquoi :

  1. Toutes les revendications sont politiques
    En effet, chaque mesure, chaque demande, concernant un collectif, et pas seulement des individus, a une teneur politique, et s’inscrit dans un agenda idéologique, que l’on le veuille ou non. Par exemple, la revendication qui a créé le mouvement des Gilets Jaunes, c’est la baisse des taxes sur le carburant. La baisse des taxes est traditionnellement une revendication de droite, car baisse des taxes signifie (souvent) moins de services publics. Bien qu’au début le mouvement des gilets jaunes fût encore informe, le ras-le-bol général exprimé se traduit toujours par des doléances polarisées politiquement. En effet, on pourrait croire que le ras-le-bol général traduit par l’ambiance insurrectionnelle des manifestations de ce mouvement citoyen part dans tous les sens. Sauf que ce n’est pas tellement le cas. Si les principales revendications vont dans le sens de la justice sociale et fiscale, certaines se font clairement sur le dos des étrangers, notamment des demandeurs d’asiles et des sans-papiers. Il y a aussi la structure du mouvement qui fait que ce dernier n’est pas complètement déstructuré : des leaders ont été désignés, et parmi ces derniers, une partie revendique des idées complotistes ou d’extrême-droite. Ce n’est pas un hasard. Puis, le fait que les manifestations et blocages aient lieu le samedi, sans qu’il n’y ait de projet de grève générale (pour l’instant) montre aussi que les revendications du mouvement sont moins révolutionnaires que ce qu’on pourrait croire  ; ce qui a pour conséquence de bloquer les gens et de générer des conflits, mais pas de bloquer l’économie.
  2.  Tous les mouvements, encore plus lorsqu’ils sont spontanés, sont perméables au contexte politique ambiant……Quand bien même il définirait des orientations clairement à contre-courant. D’ailleurs, il n’est pas rare de rencontrer des problèmes de racisme et de sexisme dans des organisations politisées qui prétendent pourtant combattre ces phénomènes, et même dans tout mouvement spontané qui se présente comme de gauche, comme on a déjà pu le constater avec Nuit Debout. La volonté de dépasser le clivage gauche/droite n’est pas aussi puissante que les rapports de domination qui existent dans la société.
  3. Ainsi, dans un contexte d’extrême-droite, un mouvement sans orientation claire sera récupérable par l’extrême-droite, du moins en partie.
    C’est pour cette raison que l’on retrouve des revendications qui vont à l’encontre de l’antiracisme dans le mouvement des gilets jaunes, par exemple.

 

Finalement, revendiquer sa dépolitisation (et non son indépendance aux structures), ce n’est pas utopique, ni se revendiquer d’un idéal, mais c’est clairement suivre la tendance politique dominante, qui bien souvent met de côté les personnes les plus vulnérables dans une société. Il est donc important qu’un mouvement, aussi spontané qu’il puisse être, définisse clairement et rapidement ses orientations politiques. Enfin, il faut aussi distinguer un mouvement social et citoyen, de la révolte. Si un mouvement peut initier une révolte, c’est la convergence des colères qui permet la pérennité de l’insurrection, et la radicalité des modes d’action (grève générale, casse des symboles de l’Etat et du capitalisme, etc…) qui crée les conditions d’une révolution. On ne peut donc pas réduire une révolte, à un seul mouvement. On ne peut donc pas non plus se contenter de suivre et de valoriser un mouvement sans se poser la question de son orientation politique et de sa vision, si l’objectif est la justice sociale ; le risque étant que les catégories sociales les plus vulnérables soient oubliées malgré leur participation au mouvement.