Comment mesurer l’impact de son action : les indicateurs-clé (4/4)

Temps de lecture : 2 minutes

Qu’il s’agisse d’actions ponctuelles peu suivies d’effet ou d’actions de long terme dont on peine à en percevoir la visibilité, il est toujours utile d’avoir des indices clairs sur lesquels travailler afin de faire avancer nos combats. Voici 5 paramètres à étudier.

  • Susciter la polémique

Il est important de ne pas attendre les échéances d’un calendrier imposé, afin de pouvoir définir soi-même les termes du débat. La première étape, c’est de ne pas être contraint à réagir sans arrêt, mais de décider de façon autonome de quelles questions les médias et les représentants politiques vont débattre.

En effet, le rôle des médias et des représentants politiques dans une démocratie devrait être de discuter des questions qui nous importent, et non d’imposer les leurs.

  • Imposer un débat comme question principale, voire urgente dans des espaces ciblés

Créer un débat est loin d’être suffisant, encore faut-il être capable de l’imposer dans les espaces où l’on souhaite qu’il soit traité. Pour cette phase, il n’y a pas de règle précise. Il faut être en mesure de déterminer les canaux les plus efficaces pour que la question soit principale, et ces derniers dépendent du contexte, de la question mais aussi de la cible.

  • Créer un climat de confiance et de solidarité

Ceci permet de renforcer individuellement chaque membre d’une communauté ou d’une organisation qui lutte ; cette étape est primordiale pour pouvoir miser sur des alliés fiables dans une lutte et pour motiver des personnes à s’engager de manière assidue.

Il ne s’agit pas ici d’effectuer une « thérapie collective », mais de se soulager mutuellement pour éviter que la charge mentale de la lutte ne repose que sur une minorité d’individus.

  • Rassembler massivement

Après le renforcement individuel, il est possible de rassembler collectivement de manière durable : la meilleure manière de le faire, est de fonctionner sur la confiance et le « bouche-à-oreille » plutôt que sur le buzz virtuel.

  • Construire des alternatives

En travaillant collectivement, il est possible de construire des alternatives où on choisit soi-même les débats. Ces alternatives sont gages d’autonomie, et elles permettent également d’enclencher un cercle vertueux où nous avons les moyens de créer des débats et de mieux les imposer.

Finalement, la notoriété ne permet pas vraiment de créer ou d’inverser un rapport de forces, mais l’autonomie si. Or, l’autonomie requiert un minimum de cohésion sociale et de force, et est le seul moyen de tendre vers l’indépendance.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

Publicités

Quel sens donner aux « violences » des manifestants ? (3/4)

Temps de lecture : 3 minutes

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

D’après cette citation de Dom Helder, les violences que les médias mainstream attribuent à des « casseurs » devraient être considérées comme de la « violence révolutionnaire ». Nous verrons ici comment interpréter et caractériser ces actions.

  • La violence des manifestants est une réponse à la violence institutionnelle

Il s’agit en effet d’une forme d’expression de la colère suite à la violence du chômage, de la pauvreté, du racisme ou de n’importe quelle forme de violence de l’Etat. On retrouve ces violences autant dans les mouvements sociaux que dans les révoltes urbaines dans les quartiers populaires.

  • Elle est exclusivement dirigée vers des biens matériels et des symboles de l’Etat ou du capitalisme

L’objectif de cette violence n’est jamais de porter directement atteinte à la vie humaine. C’est pourquoi les objets ciblés par ces actions sont précis : distributeurs de billets, vitrines de grands magasins, voitures de police…Il s’agit d’attaquer des symboles pour à la fois exprimer une colère légitime et dénoncer la violence institutionnelle.

  • Elle est entretenue par des dispositifs de maintien de l’ordre dangereux

La présence policière massive lors de manifestation est très souvent perçue comme de la provocation et déclenche presque automatiquement des affrontements. Les techniques de « nassage » par exemple ont également tendance à accentuer la colère des manifestants, surtout lorsqu’elles se soldent par un usage massif gaz lacrymogènes.

  • Elle est instrumentalisée par les médias afin de diviser ou de discréditer le mouvement social ou les revendications des manifestants

Lorsque les médias principaux parlent de ces violences, c’est soit pour ne pas parler des revendications du mouvement social, soit pour donner l’injonction à des acteurs du mouvement social de « condamner les violences ».

Dans les 2 cas il s’agit de décentrer le débat sur des questions de modes d’action, pour ne pas parler du fond, et finalement, discréditer les revendications. A noter que les violences policières commises sur les manifestants, sont a contrario, minimisées.

 

  • C’est le mode d’expression le plus radical du mouvement social

Les mouvements sociaux sont parfois lancés par des syndicats, des partis ou d’autres institutions officielles qui se retrouvent en opposition politique avec le pouvoir en place.  Or, cette frange institutionnelle n’est pas représentative du mouvement social ; en effet, il n’est pas rare que les cortèges autonomes prennent le plus de place dans les manifestations intersyndicales et que des personnes ne se réclamant d’aucune structure rejoignent les mouvements sociaux.

La violence devient donc un mode d’expression radical se démarquant des modalités d’action des autres structures de l’opposition, dans le sens où il met en lumière l’origine de la colère de l’ensemble du mouvement social.

 

Il ne faut jamais tomber dans le piège de la condamnation de cette violence, d’une part parce qu’elle n’est pas à l’origine du problème, d’autre part parce qu’elle est instrumentalisée à des fins qui ne sont pas dans nos intérêts.

Si personne n’est obligé d’adhérer à ce mode d’action puisqu’il demeure ponctuel et ne permet pas forcément une construction sur le long terme, il permet néanmoins d’obliger les médias et politiciens à observer le mouvement social. Il convient donc d’en analyser les origines, pour mieux les étudier, les comprendre et y répondre.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

A quoi ressemble une manifestation réussie ? (2/4)

Temps de lecture : 2 minutes

On pense trop souvent qu’il suffit de mobiliser du monde pour qu’une manifestation soit réussie. Or, une lutte ne se résume pas à un défilé entre République et Nation, et une mobilisation massive requiert des semaines, voire des mois de travail. Pour savoir si l’organisation d’une manifestation en vaut la peine, voici les 4 paramètres à étudier.

  • Une mobilisation importante

C’est la première condition à remplir ; seulement si elle est nécessaire, elle est loin d’être suffisante !

  • Un mot d’ordre unique et clair

C’est le meilleur moyen de conserver l’unité d’un mouvement : un slogan clair, des revendications fermes et sans équivoques, permettent à un maximum de personnes de s’y identifier.

A l’instar du hirak algérien, où le slogan « yatna7aw ga3 » (qu’ils s’en aillent tous !) a mis tout le monde d’accord, et n’a pas empêché la créativité ou les divergences d’opinions de s’exprimer. C’est ce qui (en partie) lui permet de perdurer dans le temps, et de propulser d’autres actions.

A contrario, dans le mouvement des gilets jaunes, bien qu’il y ait consensus sur plusieurs questions comme celle du RIC (référendum d’initiative citoyenne), il n’y a pas d’unité, de vision ou de direction claire. En effet, si sa spontanéité et son manque d’uniformité a permis d’ouvrir le débat sur de nouvelles perspectives, il n’y a encore que très peu d’adhésions durables.

  • De la création de liens en amont ET en aval de la manifestation

S’il y a des conflits lors de l’organisation de la manifestation, ce peut être un indicateur qu’une manifestation n’est pas pertinente, ou prématurée. L’organisation d’une opération de communication telle qu’une manifestation ou un événement ne doit jamais se faire au détriment de liens sociaux, qu’il convient de préserver en priorité.

Si la manifestation ne produit aucune initiative de long terme, ou ne permet pas des rencontres entre militants sources de liens de qualité, elle n’aura alors servi à rien, ou presque.

  • Une réaction institutionnelle autre que de la répression

Aujourd’hui, puisque les mesures de l’état d’urgence font désormais partie du droit commun, la répression des manifestations est devenue courante, même celles autorisées par les préfectures.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la répression ne signifie pas que le gouvernement craint le mouvement qui a impulsé la manifestation, mais plutôt qu’il cherche à dissuader toute forme de résistance en utilisant les moyens de coercition dont il dispose.

Ce qu’il faut c’est être en mesure d’imposer son agenda politique dans les instances de décision, à défaut de pouvoir les intégrer ; et soyons clairs, une manifestation (ni même une série de manifestations) n’a pas ce pouvoir.

Finalement, une manifestation ne réussit que si elle provoque des initiatives de plus long terme et si elle crée des liens de confiance entre militants qui permettent un réel travail collectif. A elle seule, elle ne demeure qu’une opération de communication, avec un risque non négligeable de récupération susceptible de détourner les objectifs de la lutte.     

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00

          

 

A quoi servent [vraiment] les manifestations ? (1/4)

Temps de lecture : < 1 minute

Aujourd’hui, la manifestation est un réflexe classique de militant. Seulement, cette modalité classique d’action donne peu de résultats concrets, en plus d’être parfois compliquée à mettre en œuvre, état d’urgence oblige. Il est donc légitime de se poser la question de leur utilité, et de leur fonction.

  • La rue est le premier moyen d’expression lorsqu’il n’y a pas d’autres recours

Il est donc logique d’investir cet espace lorsqu’on n’a accès ni aux médias, ni aux instances de pouvoir.

  • Une manifestation est avant tout une opération de communication…

….Qui peut s’avérer juteuse lorsqu’une structure a besoin de collecter des fonds, ou lorsque des forces politiques tentent de récupérer une cause.

  • Les manifestations permettent donc de marquer ponctuellement des temps forts

L’intérêt d’une manifestation n’existe que si elle s’inscrit dans une logique de créer une impulsion pour favoriser les liens de solidarité et le travail local sur le long terme. Dans ce contexte, elle peut contribuer à marquer des temps forts.

Généralement, les manifestations sont des opérations ponctuelles en réaction au calendrier institutionnel et à l’agenda médiatique, peu suivies d’effets au niveau des initiatives locales. Pour qu’elles soient efficaces, il faut qu’elles soient effectuées régulièrement et en-dehors des échéances institutionnelles. Et surtout, il faut retenir qu’une manifestation rassemblant beaucoup de personnes dans la rue ne prouve que la réussite de l’opération de communication, et non une étape vers le succès d’une lutte. En effet, ce n’est lorsque l’on n’a plus besoin d’investir la rue, qu’on peut investir d’autres espaces, où les enjeux de pouvoir sont plus forts.

Faire un don

Vous pouvez faire des dons à partir de 2€ pour soutenir mon travail.

€2,00