Comment reconnaître les contextes favorables au développement de violences en milieu militant

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Parce qu’on est souvent motivé par des liens d’attachement (idéologiques ou autres) avec les autres militant.e.s, il est souvent compliqué d’admettre que l’on se trouve dans des situations de violences. Pourtant, afin de préserver les intérêts de nos combats, il est nécessaire de savoir identifier les indicateurs de violence pour trouver des solutions. En voici quelques-uns :

Si les militant.e.s rejoignant votre structure partent aussi rapidement qu’iels sont arrivé.e.s, ou peinent à s’investir sur le long terme, c’est un indicateur que ces personnes souffrent. Il est donc nécessaire d’offrir un cadre sécurisant à l’engagement.

  • Charge mentale reposant principalement sur des bénévoles ou des prestataires en pro-bono

Aujourd’hui, il est communément admis que pour pérenniser le travail associatif, il faut des prestations rémunérées, de préférence sous forme de salaire. Si, bien sûr, ceci est plus facile à dire qu’à faire, il est de la responsabilité des cadres des structures de ne pas instaurer de liens de subordination implicites à des bénévoles ou des prestataires en pro-bono. Ce qui implique de ne pas imposer de présence permanente, de délai, de contraintes trop fortes sans s’assurer que lae bénévole ou prestataire pro-bono s’investisse uniquement sur la base du volontariat.

A noter que consentir à un engagement dans une structure n’est pas suffisant, c’est au bénévole d’être à l’initiative de son investissement et de ses termes.

 

  • Situations de harcèlement provoquées par un excès de listes de diffusion ou groupes de discussion

Comme je l’ai déjà constaté précédemment, ces applications ne sont pas des outils de gestion de projet fiables, et exposent à du harcèlement et à de l’épuisement. Si on vous inscrit à trop de listes de diffusion, surtout sans votre consentement, ceci peut très vite devenir épuisant, voire violent. A noter également, que plus il y a de participants dans un groupe de discussion, moins la parole y sera libre.

Il est aussi tout aussi violent de retirer une personne d’un groupe de discussion sans l’en aviser en amont : cette dernière risque de développer un sentiment de rejet, et ce n’est pas ce qu’on cherche dans des structures associatives.

  • Fatigue numérique

Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas en supprimant totalement l’usage des nouvelles technologies de communication qu’on se préserve de la fatigue numérique, mais bien en s’octroyant un droit à la déconnexion, et en détectant les situations de violence.

Le besoin de s’éloigner de ses écrans peut donc venir de ces situations, et pas forcément des écrans à eux seuls (malgré leurs désagréments bien connus).

  • Manque de vie privée, relations intrusives avec d’autres militant.e.s

Lorsque vous n’avez plus de temps pour vous, ou que certain.e.s militant.e.s s’ingèrent dans votre vie privée sans votre consentement, il s’agit, là encore de violence. Il est nécessaire de poser fermement ses limites dans ces cas de figure.

  • Critiques injustifiées, dénigrement

Les critiques injustifiées et le dénigrement d’une personne sont des indicateurs de harcèlement moral, et donc d’une ambiance toxique de travail qu’il est préférable de fuir si l’on en a la possibilité.

  • Absence de charte éthique

Lorsqu’il n’y a pas de charte éthique clairement établie, il n’y a pas de règles ni principes ; c’est donc la porte ouverte à tout type d’abus.

  • Absence d’outils de gestion de projet

L’absence d’outils de gestion de projet engendre nécessairement des pratiques managériales stressantes et vectrices de conflits, voire de violences. C’est d’ailleurs une des premières choses à établir lorsqu’on ouvre une structure (en-dehors de l’aspect purement administratif), car la bienveillance et l’intégrité des individus est une condition nécessaire, mais insuffisante.

 

Cette liste n’est probablement pas exhaustive, mais part de mon constat personnel de ce que j’ai pu observer parmi les structures par lesquelles je suis passée. L’étape suivante après l’identification de ces situations de violence, c’est de trouver des solutions sur le long terme. Il n’existe pas de solution clé-en-main, mais il est possible de travailler sur plusieurs aspectes ; je les détaillerai dans une formation plus approfondie prochainement.

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De la notion de consentement

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On croit souvent [à tort], que la notion de consentement n’existe que dans le cadre de la sexualité. C’est d’ailleurs probablement [en partie] pour cette raison que la volonté récente de la secrétaire d’Etat aux droits des femmes Marlène Schiappa de faire appliquer les séances d’éducation à la vie affective et sexuelle inscrites dans la loi depuis 2001 a créé une vive polémique parmi les parents d’élèves. 

En réalité, la notion de consentement est bien plus large, car elle inclut 2 choses : le fait de pouvoir accepter ou refuser une action de l’autre sur soi sans craindre des conséquences néfastes sur soi, et le fait de respecter le refus de l’autre sans le lui faire payer. On retrouve cette notion dans pleins de situations de la vie quotidienne, sans pour autant qu’il soit question de sexualité.

Par exemple, insister lourdement pour que quelqu’un soit présent à un événement, quand bien même cette personne aurait clairement refusé, et voire expliqué son refus, c’est ne pas respecter son choix. Mettre à l’écart quelqu’un, et/ou lui faire payer ses choix, parce qu’il refuse de se conformer à des règles officieuses, c’est pareil. Faire une demande en mariage surprise, ou organiser une fête surprise, sans s’assurer que la personne appréciera, c’est en quelque sorte, passer outre sa volonté, son consentement. Forcer un enfant à faire la bise à des adultes alors qu’il refuse aussi. Dans tous les cas cités ici (il y en a plein d’autres), on inflige des violences à autrui, par non-respect du consentement, et souvent par méconnaissance de cette notion. Pourtant il n’est pas question de sexualité dans ces situations ; et bien que le sexe sans consentement (qui est considéré comme un crime, le viol) soit bien plus violent que ces exemples, les situations où l’on ne respecte pas le consentement d’autrui ont un impact négatif sur la psychologie de la personne lésée.

C’est pourquoi il est vital d’inculquer la notion de consentement le plus tôt possible, en effet ; non seulement cette notion est primordiale pour prévenir contre les viols mais elle permet aussi de limiter aussi toutes les autres micro-agressions, souvent racistes et sexistes, qui pourrissent le quotidien de nombreuses personnes.

 

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