Comment accueillir la parole de victimes de violences sexistes dans le milieu militant antiraciste

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Nous savons d’ores et déjà que la justice est inefficace, voire violente pour les victimes de violences sexistes. Sans chercher à dissuader celles qui souhaiteraient faire reconnaître leurs souffrances par l’institution, il est urgent de trouver une alternative à une justice à la fois patriarcale et structurellement raciste. D’une part parce qu’on peut difficilement compter sur une structure peu fiable qui pourrait instrumentaliser de manière raciste le combat féministe, d’autre part parce que si on veut changer les choses de manière systémique, il faut impérativement une organisation autonome et externe au système judiciaire ; l’exemple d’Adèle Haenel en est une preuve.

Or si on fait l’état des lieux de cette question, aujourd’hui les victimes sont tout simplement exclues plus ou moins implicitement des espaces militants antiracistes. Voici quelques pistes pour que la peur et la honte changent de camp.

  • Créer un espace d’écoute et de bienveillance

Il est essentiel que la victime soit crue sur parole et inconditionnellement dans un premier temps, afin qu’il existe un espace où elle puisse s’exprimer sans que la charge de la preuve ne repose sur ses épaules ; ce qui est, en soi, une violence supplémentaire.

Il faut également se souvenir de ne donner aucune injonction à la victime, ni prendre de décision à sa place : c’est à elle de décider des modalités de sa résistance.

  • Assurer la sécurité de la victime présumée

Pour que la victime puisse parler, il faut lui garantir l’absence de représailles si elle décide de se plaindre. Ceci passe par ne rien divulguer sans son consentement, mais aussi par empêcher ses éventuels détracteurs de nuire à son intégrité physique et/ou morale.

  • Ne pas confronter la victime à son agresseur présumé

Il est impératif que l’agresseur présumé soit exclu des espaces où la victime a ses habitudes, pour éviter, encore une fois, qu’elle ait à payer les conséquences de cet acte, alors qu’elle est déjà victime. Il faut également garder en tête qu’un agresseur présumé est susceptible de faire d’autres victimes, le principe de précaution est donc légitime dans ce contexte.

  • Etudier la pertinence de la défense de l’agresseur présumé en tout dernier lieu

Une fois que la parole de la victime a été entendue correctement, et que toutes les précautions ont été prises, on peut entendre la défense de l’agresseur présumé. A noter qu’à partir du moment où il prouve son innocence, il n’y a pas de raison de le mettre de côté ou de l’exclure des espaces militants.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que les espaces où la parole des victimes de violences sexistes est accueillie dignement est une condition nécessaire à l’inversion du rapport de forces pour lutter contre les violences sexistes, d’autant plus lorsque le contexte social est extrêmement tendu.

Il devient également urgent que l’ensemble des milieux féministes décoloniaux et intersectionnels pensent la question des violences sexistes sous un prisme anticarcéral, car c’est la seule manière de lutter contre sur le long terme.

 

De la notion de consentement

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On croit souvent [à tort], que la notion de consentement n’existe que dans le cadre de la sexualité. C’est d’ailleurs probablement [en partie] pour cette raison que la volonté récente de la secrétaire d’Etat aux droits des femmes Marlène Schiappa de faire appliquer les séances d’éducation à la vie affective et sexuelle inscrites dans la loi depuis 2001 a créé une vive polémique parmi les parents d’élèves. 

En réalité, la notion de consentement est bien plus large, car elle inclut 2 choses : le fait de pouvoir accepter ou refuser une action de l’autre sur soi sans craindre des conséquences néfastes sur soi, et le fait de respecter le refus de l’autre sans le lui faire payer. On retrouve cette notion dans pleins de situations de la vie quotidienne, sans pour autant qu’il soit question de sexualité.

Par exemple, insister lourdement pour que quelqu’un soit présent à un événement, quand bien même cette personne aurait clairement refusé, et voire expliqué son refus, c’est ne pas respecter son choix. Mettre à l’écart quelqu’un, et/ou lui faire payer ses choix, parce qu’il refuse de se conformer à des règles officieuses, c’est pareil. Faire une demande en mariage surprise, ou organiser une fête surprise, sans s’assurer que la personne appréciera, c’est en quelque sorte, passer outre sa volonté, son consentement. Forcer un enfant à faire la bise à des adultes alors qu’il refuse aussi. Dans tous les cas cités ici (il y en a plein d’autres), on inflige des violences à autrui, par non-respect du consentement, et souvent par méconnaissance de cette notion. Pourtant il n’est pas question de sexualité dans ces situations ; et bien que le sexe sans consentement (qui est considéré comme un crime, le viol) soit bien plus violent que ces exemples, les situations où l’on ne respecte pas le consentement d’autrui ont un impact négatif sur la psychologie de la personne lésée.

C’est pourquoi il est vital d’inculquer la notion de consentement le plus tôt possible, en effet ; non seulement cette notion est primordiale pour prévenir contre les viols mais elle permet aussi de limiter aussi toutes les autres micro-agressions, souvent racistes et sexistes, qui pourrissent le quotidien de nombreuses personnes.

 

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