Que faire de nos monstres [indigènes] ?

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Ici les monstres ne sont pas [seulement] des traîtres [à leur race]. Ce sont des êtres humains qui, à trop vouloir s’inclure dans une société qui les rejette en bloc, ont perdu leur dignité au passage. Comme le précise Houria Bouteldja dans « Les Blancs, les Juifs et nous », nous sommes fêlés. Parce que nous bénéficions du passé-présent colonial français, tout en continuant à en souffrir à travers le racisme structurel.

Une fêlure peut se camoufler dans un premier temps, le temps de prendre du recul. Puis, elle peut nous embellir, ou nous briser, selon le destin qu’on lui offre : soit on l’assume au grand jour, soit on la méprise. Celles et ceux que l’on désigne grossièrement comme « soumis » au champ politique blanc se laissent souvent détruire par leur propre honte. La question ici est donc de savoir si cette rupture est irréversible, et si on peut encore récupérer, réparer et enfin sauver celles et ceux d’entre nous se laissant tenter par la voie de l’aliénation.

  • Nous devons prendre en compte la réalité de la charge raciale et de ses conséquences

Et donc que l’aliénation à laquelle nous sommes constamment exposés en découle directement.

  • Nous devons oublier l’utopie de la décolonisation/déconstruction des indigènes sociaux

Car elle est à la fois coûteuse en énergie, et génératrice de nouveaux problèmes (situations de harcèlement notamment), donc improductive.

  • Nous devons ouvrir la porte de la rédemption

Parce que « dévier politiquement » n’est ni une fatalité, ni une situation permanente et irréversible, il faut être en mesure de pardonner les manquements à la solidarité, sans pour autant trop investir de confiance. Ces erreurs de parcours, font partie intégrante d’un processus de politisation, et représentent également un des aspects du visage du racisme structurel ; il faut donc s’attendre à les croiser.

  • Eviter le piège de la récupération raciste de bas étage

Considérer un.e indigène monstrueux comme un.e Arabe ou un.e Noire « de service », c’est accepter de nous renvoyer et nous réduire à notre propre race. C’est également nous essentialiser, et nous donner l’injonction de prêter allégeance à la cause antiraciste.

Seulement, ce n’est pas à nous de déconstruire les indigènes sociaux de leur aliénation raciste (ce processus individuel relève de la liberté de chacun.e) car nous luttons contre une idéologie, pas contre les personnes qui y sont coincées.

  • Garder en tête que ces monstres sont les outils d’un pouvoir raciste, et non les têtes pensantes

Les indigènes sociaux ne sont pas en mesure d’être les instigateurs d’un pouvoir raciste à l’encontre de leurs intérêts, ils n’ont que 2 choix possibles ; s’y soumettre ou y résister.

  • Personne n’est à l’abri de glisser vers le rôle du monstre en cas de difficulté

Se plier à une idéologie raciste, et adopter des stratégies dites intégrationnistes ne relève que très rarement d’un choix libre et éclairé ; il s’agit en réalité bien souvent de réflexes de survie.

Finalement, ce n’est qu’en renforçant les liens de solidarité entre indigènes sociaux de manière durable, dans le but de construire des alternatives aux systèmes racistes que l’on peut se prévenir de la création de nouveaux monstres. Nous devons donc rejeter l’indignité de leurs comportements toxiques car nous en payons collectivement le prix aujourd’hui, mais aussi refuser fermement les attaques racistes à leur égard, parce que là aussi, c’est le collectif qui est visé.

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