Non, ce n’est pas à cause des grévistes de la SNCF que le service d’accompagnement des enfants a été supprimé pour Noël

Temps de lecture : < 1 minute

Ce n’est plus un secret pour personne : le traitement médiatique des mouvements sociaux est catastrophique. Il y a des interrogations légitimes sur la teneur de ces mouvements, or, la norme est plutôt de désinformer et de tomber dans le mépris de classe, voire de faire des comparaisons indécentes à base de « prise d’otages ». La dernière intox en date : la SNCF aurait supprimé les wagons destinés aux enfants qui voyagent seuls à cause des grévistes, cependant il n’en est rien. Voici pourquoi. 

  • Le gouvernement cherche à « casser la grève » par tous les moyens 

Y compris en orientant les usagers vers des solutions alternatives comme les cars, quitte à ce que ceci soit dangereux.

  • Le service « Junior et Compagnie » est une filiale de la SNCF non impactée par la grève

…Ce n’est donc pas par manque de personnel que le service a été supprimé.

  • Le choix économique de la SNCF a été celui de remplir les trains au maximum avec des billets de dernière minute plutôt que de privilégier le service pour les enfants

Supprimer ces wagons réservés pour les remplir avec un maximum de réservations de dernière minute permet de gagner beaucoup d’argent, et la grève n’a servi que de prétexte pour des motivations purement lucratives.

Finalement, ce qu’il faut retenir ici, c’est que même si l’on peut débattre de la grève comme modalité d’action, les désagréments causés ne viennent pas des grévistes, mais bien des décisions des dirigeants qui entretiennent un climat social tendu. 

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Utiliser les médias comme leviers dans nos luttes

Temps de lecture : 5 minutes

Bien souvent, les médias qui ont les plus grandes parts d’audience ignorent nos luttes, sauf lorsqu’il s’agit de porter un regard à charge ou polémique sur nos mobilisations, voire sur nos personnes. Ainsi, nous nous retrouvons contraints d’ajuster notre calendrier à l’agenda médiatique, quitte à nous épuiser et affaiblir nos luttes. Les médias principaux nous deviennent donc hostiles, voire toxiques. Seulement, a-t-on aujourd’hui les moyens d’inverser le rapport de forces en intégrant ces médias ? Ou faut-il au contraire miser sur des forces complètement indépendantes sans garantie que nos voix portent suffisamment ? En réalité, il est possible d’investir des médias pour les utiliser comme leviers, mais ceci ne se fait pas sans préparation ou sans forces externes. Nous allons voir comment et pourquoi ici.

  • Produire du contenu sans attendre les invitations dans les médias : la technique de l’inbound marketing

Avec les médias sociaux, nous avons aujourd’hui tous les moyens de produire du contenu éditorial. Bien sûr, il existe des règles à respecter afin que le contenu soit de qualité ; il s’agit de celles de l’inbound marketing, c’est-à-dire les techniques qu’utilisent les influenceurs du web pour attirer des clients. Il faut d’abord parler du produit sans être démarché, afin de créer un intérêt dans sa communauté, puis faire en sorte de transformer sa communauté en ambassadrice de son contenu. Ici le produit, c’est votre parole en tant que sujet social ou activiste. Les clients qu’on cherche à attirer, ce sont les médias mainstream, pour les transformer en relais de notre parole à une plus grande échelle.

  • Créer de l’engagement autour de son contenu

Pour les questions sociales, l’enjeu c’est de fédérer une communauté aussi fidèle qu’engagée, et en nombre suffisant pour que les médias mainstream soient contraints de faire avec et notre contenu, et notre communauté. La construction de liens de solidarité et de confiance durables est donc une étape obligatoire. Il est donc nécessaire de faire preuve de rigueur sur la qualité éditoriale, mais aussi de bienveillance et d’intégrité pour générer de la sécurité au sein de sa communauté. D’où l’intérêt de limiter voire supprimer les conflits absurdes, par exemple.

Nous avons le choix, soit de fédérer une communauté large, pour être sûrs que même si une minorité s’engage, elle sera en nombre suffisant pour diffuser votre message efficacement, soit de réunir un groupe restreint mais disponible et assidû pour donner de la force à votre contenu.

Il faut également noter que les contenus visuels (images et vidéos) sont bien plus viraux (modèle Brut, AJ+ ou encore Konbini) que les textes, mais ne permettent pas d’approfondir ses analyses. La viralité est très intéressante lorsqu’il s’agit de marquer des temps forts, mais ne permet pas de construire sur le long terme, en plus d’être coûteuse en énergie.

  • Se renseigner sur les techniques SEO pour optimiser sa visibilité

Le Search Engine Optimization (Optimisation des Moteurs de Recherche en français), permet d’apparaître en bonne position dans les moteurs de recherche, et ainsi de gagner en visibilité. Il est intéressant d’être au courant des pratiques SEO efficaces, même s’il faut garder en tête que les critères de référencement et les algorithmes des moteurs de recherche sont encore très opaques, malgré la prolifération de charlatans « d’experts » sur la question. Il est aussi nécessaire de faire attention à ce que la logique SEO ne prenne pas le dessus sur le fond du contenu, sous peine de déformer la ligne éditoriale choisie.

  • Interpeller les médias sur les réseaux sociaux

L’une des marques de puissance des médias sociaux, c’est la facilité avec laquelle on peut interpeller directement des médias classiques, des institutions privées ou publiques ou des personnalités. En effet, aujourd’hui, presque tout le monde a une identité numérique, les grandes instances sont contraintes d’occuper cet espace. Si les community managers de ces gros comptes ne peuvent pas interagir à chaque mention, ils ne pourront passer à côté du sujet que vous évoquerez à condition que de nombreux utilisateurs se mobilisent sur un même sujet. Il est donc essentiel d’organiser une communauté en nombre suffisant avant d’interpeller des médias classiques.

  • Alimenter son compte ou sa page avec du contenu pertinent avec ses objectifs afin de définir une ligne éditoriale claire

Construire une communauté prend du temps, et reste relativement aléatoire. La démarche est souvent contre-intuitive, malgré la perception qu’on peut en avoir. Si vous commencez par tâtonner en publiant ce qui vous passe par la tête, vous risquez aussi bien de fédérer que de créer la polémique. La polémique peut créer de l’engagement sur votre contenu, mais aussi des conflits épuisants et chronophages, sans que derrière il n’y ait de leçons claires tirées. Ceci représente donc un risque. Les débats sont utiles, néanmoins, s’ils sont sans issues, ils n’apportent rien qui permette de construire une stratégie éditoriale digne de ce nom. Il est plus judicieux de partager ses analyses personnelles (à condition qu’elles soient solidement argumentées), des articles d’analyse et de décryptage (journalisme de solution), et du contenu viral comme des brèves ou des supports multimédias (à condition que ce soit commenté de manière pertinente). Faire preuve de constance permet de rassurer, et donc de générer de l’engagement sur son contenu. Inutile de rester trop consensuel, le but étant de se démarquer sur le fond, comme sur la forme. Cependant, évitez de trop personnaliser vos productions : l ‘objectif n’est pas de mettre en lumière des personnes, mais d’imposer un débat dans l’espace médiatique.

En effet, si vous souhaitez développer des thèmes complexes, les émissions télévision ou radio où il y a de nombreux intervenants aux positions politiques très polarisées ne représentent pas le terrain idéal pour vous. Ces programmes sont souvent très regardés, et exposent leurs intervenants à la critique violente, l’injure publique, voire aux menaces et harcèlement. Il suffit qu’une phrase sortie du contexte devienne virale pour que votre message soit discrédité. Préférez les formats où il y a peu d’intervenants, où vous avez un temps suffisament long pour dérouler votre argumentaire, et où vous serez entendu et écouté, quitte à ce que l’audience soit plus faible. Ces espaces restreints permettent également de vous renforcer et de vous donner confiance. Et c’est important pour construire des bases solides dans une lutte.

  • Il est possible de se rendre dans des productions a priori hostiles, mais dans ce cas précis, il est nécessaire d’adapter ses éléments de langage, de les travailler en amont afin qu’ils puissent être audibles.

Une fois que vous maitrisez les tenants et les aboutissants de votre discours, vous serez prêts à vous attaquer à des formats plus hostiles. Or, là encore, il y a du travail.

Dans une émission de grande écoute, vous n’aurez que très peu de temps pour parler. Il faudra donc se limiter à quelques points, et trouver un moyen de les résumer de manière efficace, c’est-à-dire en un minimum de mots, et sans perdre l’essentiel du message. Il y a souvent de nombreux intervenants : plus il y a d’interlocuteurs, moins vous pourrez parler, et plus le risque de conflit (qui pourrait brouiller votre message) est élevé.

Pour rendre le message intelligible au plus grand nombre, il est nécessaire de filtrer les éléments de langage connotés idéologiquement en les remplaçant par des termes plus « grand public » ; de cette manière vous réussirez à toucher des personnes moins politisées que vous, et c’est l’intérêt premier d’apparaître dans ce type de programmes.

Enfin, pour inspirer confiance, il est préférable d’adopter une posture sereine, y compris face à l’adversité. Afin d’y parvenir, on peut travailler sur sa communication verbale et non-verbale, ainsi que sur sa respiration.

Les points-clé de ce billet ne visent pas à construire une stratégie pour infiltrer les médias mainstream (ce n’est pas l’objectif, et l’entrisme ne permet en réalité que très peu de marges de manœuvre), mais plutôt pour délivrer son message quand bien même nous ne serions pas les interlocuteurs ou interlocutrices privilégié.e.s. L’intérêt de ces médias réside dans leur niveau d’audience et la diversité sociologique de leur public, puisque le format de leurs émissions ne permet que très rarement la construction d’un rapport de forces favorable à nos luttes. S’il ne s’agit pas de cautionner un modèle médiatique complètement biaisé, et encore moins d’en faire la promotion, il faut garder en tête qu’il n’y a pour l’instant pas d’alternative crédible (malgré une multitude de canaux d’excellente qualité émergeant grâce aux nouvelles technologies) en termes de taille, d’où l’intérêt de construire des stratégies pour les utiliser à notre avantage, faute de ne pouvoir boycotter totalement.

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Pourquoi Benalla paie pour les abus de sa classe politique

Temps de lecture : 4 minutes

Quitte à faire bondir les manifestants les plus chevronnés, le rôle de Benalla est bien plus complexe que celui d’une simple complicité de violences policières et de buzz provocant. Parce qu’on le sait toutes et tous, cet homme n’est que l’arbre qui cache la forêt du pouvoir, et que critiquer sa personne sans critiquer le système qu’il y a derrière, c’est un peu léger. La question qui demeure, c’est : pourquoi personne n’en parle de ce système (ou si peu) ? C’est ce que nous allons découvrir ici.

Sa légitimité est toujours questionnée, mais son instrumentalisation jamais

Donc ce qui choque le plus, ce n’est pas qu’il y ait des violences policières à chaque manifestation (ou chaque contrôle au faciès), mais bien que Benalla n’ait pas l’habilitation pour frapper. Autrement dit, quand un flic habilité (de préférence bien blanc, mais pas toujours), les violences policières, ça passe comme une lettre à La Poste. Mais quand c’est quelqu’un comme Benalla, c’est un scandale.

Alors que ce qui devrait scandaliser, c’est l’usage et le rôle des forces de l’ordre en premier lieu, puis le rôle de Benalla dans cette histoire. Tout le monde se questionne sur la légitimité de Benalla, mais personne ne se demande à quel ordre il a répondu, alors que la problématique se trouve ici.

Se focaliser sur la responsabilité de Benalla, c’est donc se décentrer de la question essentielle, à savoir celle des violences policières et comment elles servent les intérêts du pouvoir en place.

Le comportement de Benalla n’est pas étranger à une stratégie de survie face au racisme

En effet, la question raciale ne peut ici que difficilement être évacuée ou balayée d’un revers de la main. Pour la simple raison que le parcours de Benalla ressemble surtout à celui de l’arabe qui porte sur lui le stigmate de l’intégrationniste.

Ce stigmate, nous le portons tous dès lors que nous sommes non-blancs, et que nous tentons de survivre au racisme, faute de pouvoir y résister.

Sans pour autant le dédouaner de ses responsabilités, qui est Alexandre Benalla, si ce n’est un jeune arabe, prêt à modifier son patronyme, prêt à faire du travail ingrat, voire moralement discutable, par volonté de réussir, de briller, ou par simple peur de l’échec ? Qui peut aujourd’hui oser affirmer la conscience tranquille qu’il ou elle n’a jamais usé de stratégies intégrationnistes afin de respirer en milieu raciste ? Personne. Pas même le plus radical, le plus résistant d’entre nous. Arrêtons de nous mentir 5 minutes, et admettons que nous avons tous fait, au moins une fois dans notre vie, un truc dont nous ne sommes pas fiers aujourd’hui, pour se faire accepter au sein de la blanchité.

Parce que c’est exactement ce que fait Benalla : on lui demande de taper, il tape. De porter des bagages, il s’exécute. De garder des secrets, il se tait. Un bon petit soldat. Et nous y avons tous déjà joué. Quand on récite nos leçons républicaines. Quand on va voter bien sagement. Quand on se tait sur le racisme d’État et les violences policières, juste pour obtenir un job précaire et mal payé. Au mieux on la boucle sur les injustices pour garder nos fesses au chaud, au pire, on piétine les voisins pour avoir notre place au soleil, ou pour ne pas crever la dalle.

Et si Benalla ne s’en sort pas si mal ainsi, c’est surtout parce que le système raciste dans lequel nous vivons lui donne visiblement raison.

Benalla cristallise sur sa personne tout le malaise du paternalisme que représente le racisme de gauche

Il faut avouer que c’est bien pratique d’avoir un basané dans le rôle du méchant. Et que l’agacement suscité par Benalla au sein de la gauche blanche n’est pas étranger à ses origines ethniques.

Il n’est d’ailleurs pas rare que les hommes arabes qui refusent d’être utilisés comme caution antiraciste par la gauche blanche, se voient violemment rejetés (d’une manière différente que les femmes arabes, qui sont soit exotisées, soit utilisées comme caution, ou alors pas prises au sérieux) dès lors qu’ils s’affirment autrement que comme une victime de racisme ou comme une caution ; que ce soit par résistance ou par stratégie intégrationniste.

Déjà, il faut voir dans la violence de Benalla envers les manifestants qu’il a attaqués, un manque de dignité, mais aussi une part de revanche. Tout le monde n’est pas à la portée de cette dignité, qui est un pas vers la résistance, et il faut savoir que cette dignité n’est pas non plus un bouclier sans faille face au racisme.

En effet, même en conservant sa dignité, débarquer avec son propre agenda politique dans un espace de la gauche blanche, c’est prendre le risque d’être éjecté de cet espace. Comme cet élu qui se fait sans cesse censurer par la majorité lors des conseils municipaux, parce qu’on veut lui faire payer des désaccords. Ou comme ce militant qui s’est vu retirer sa chronique en une d’un média parce que son engagement est devenu autonome. Cela ne vient pas forcément d’une mauvaise volonté (quoique…) mais plutôt du fait que nos intérêts ne sont pas toujours les leurs, en tout cas, pas leur priorité. D’ailleurs, les espaces de la gauche blanche comportent souvent des pratiques et des aspects repoussants pour nous, qui peuvent limiter, voire bloquer la moindre de nos initiatives.

Il faut également questionner le fait que la gauche ait récupéré le travail salutaire, et l’engagement de Taha Bouhafs pour se satisfaire que l’on pointe du doigt Benalla, tout en rejetant d’autres profils sociologiques d’hommes arabes venant de quartiers populaires. Comme s’il y avait le bon arabe qui vote à gauche et…les autres.

C’est aussi pour cela que pour contourner ces freins, et sans possibilité d’autonomie, les personnages comme Benalla se retrouvent à court-circuiter la gauche pour exister.

Il est fort probable que notre manque d’autonomie et d’espaces politiques appropriés, soit dû à un manque de conscience et solidarité raciales. En effet, nous ne pouvons imposer une question raciale à gauche, si nous n’avons pas ce lien et cette conscience entre nous. Il ne s’agit pas de cautionner la violence de nos monstres, mais de refuser l’instrumentalisation raciste, et de la dénoncer où qu’elle se trouve.

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La culture du viol (2/5)

Temps de lecture : 3 minutes

Ce qu’on appelle « culture du viol » correspond à la fois aux clichés entourant la question du viol, et et aux moyens mis en œuvre pour faire reposer la responsabilité du viol sur la victime. Cette « culture du viol » très présente dans nos sociétés occidentales, entretient l’idée reçue plus ou moins consciente que le corps des femmes est à disposition des hommes, et de cette manière, encourage les viols et agressions sexuelles.

La culture du viol se base sur l’idée reçue que la plupart des viols seraient commis par des inconnus de la victime, tard dans la nuit dans une ruelle sombre. Dans ce scénario, le violeur est souvent peu attirant, et atteint d’une pathologie mentale. Le problème de cette image du viol, c’est que non seulement elle ne correspond pas à la réalité de la majorité des viols, ce qui rend le viol encore plus difficile à identifier, mais en plus, elle fait peser la responsabilité du viol entièrement sur la victime. D’après ce cliché, il serait « facile » d’éviter les viols ; il suffirait de ne pas s’aventurer non accompagnée à heure tardive dans des endroits isolés. Ceci voudrait dire que l’espace public, passé une certaine heure, n’appartiendrait plus aux femmes, et qu’on ne peut pas reprocher à un violeur de disposer du corps d’une femme dans ces conditions. On laisse croire aussi que la sexualité masculine serait impossible à contenir, et que c’est aux femmes de ne pas se rendre disponibles aux hommes car considérés comme dangereux, et non aux hommes de se contrôler.

En donnant l’injonction aux femmes de ne pas se rendre vulnérables face aux violeurs, et donc disponibles sexuellement face aux hommes, on exerce ainsi un contrôle sur leur comportement sexuel. En effet, on diffuse ainsi l’idée que seuls les hommes ont du désir sexuel, et que ce désir est dangereux pour les femmes ; donc si elles veulent éviter le viol, elles doivent se protéger du désir masculin en évitant de le provoquer. Pire, une femme qui revendiquerait avoir du désir sexuel serait perçue comme une femme de mauvaise vie, qui mériterait presque d’être violée. De cette manière, le « slutshaming », qui consiste à humilier une femme en fonction de son comportement sexuel, contribue pleinement à la culture du viol.

Seulement, voilà, les femmes sont aussi soumises à des injonctions contradictoires ; d’un côté on les somme de ne pas céder au désir des hommes, et de l’autre, on considère par défaut que leur corps est à disposition des hommes. C’est pourquoi, le concept de la « friendzone », qui laisse le mauvais rôle aux femmes qui ne laissent pas leur corps à disposition des hommes qui se comporteraient pourtant correctement avec elles, est un concept patriarcal, qui lui aussi, entretient la culture du viol ; car il repose sur l’idée qu’une femme doit forcément du sexe à un homme avec qui elle passe du temps.

Enfin, les médias, notamment le cinéma et la publicité ont un apport non négligeable aux stéréotypes qui constituent la culture du viol. En effet, il n’est pas rare de voir dans ces images, des modèles de femmes qui « réclameraient » d’être violées, ou alors qui ressentent du désir, quand bien même elles diraient non. Ces stéréotypes se traduisent jusque dans le langage courant, où on parle de femme qui se « fait violer », non de femme violée, comme si la victime avait commandité un acte criminel à son encontre.

Finalement, si la culture du viol est à combattre, ce n’est pas seulement parce qu’elle encourage et banalise le viol qui est un crime, rappelons-le, mais surtout parce qu’elle limite le droit des femmes de disposer de leur corps librement, en choisissant comment elles souhaitent exercer leur sexualité, notamment leurs partenaires et le moment d’avoir des rapports sexuels.

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Pourquoi affaiblir le Code du Travail ne va pas augmenter la compétitivité des entreprises en France

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Le Code du Travail, c’est cet ensemble de lois  qui protège les salariés français des éventuels abus des employeurs. Le problème, c’est qu’en France, même s’il y a des lois, chaque profession et chaque secteur professionnel a son propre règlement avec les conventions collectives et les accords de branche. Ces règles vont (déjà) parfois à l’encontre du Code du Travail.

Ce qui laisse croire à certains que le problème viendrait du Code du Travail. Forcément, si les patrons ne respectent pas les règles, ce n’est pas de leur faute, mais celle des lois françaises, qui les empêchent de faire ce qu’ils veulent de leurs employés.

Alors plutôt que de faire concorder les conventions collectives et les accords de branche au Code du Travail, on préfère modifier ce dernier, sous prétexte qu’il serait l’ennemi de la sacro-sainte compétitivité. En effet, après l’ANI de 2013, où le délai pour faire recours aux prud’hommes est passé de 5 ans à 3 ans, où il est permis d’appliquer des mutations forcées ou des baisses de salaires pour éviter le plan social, le gouvernement actuel propose le rapport Combrexelle, où il est question de faire primer les conventions collectives et les accords de branche sur la loi, de « négocier » quelques points du Code du Travail avec les syndicats, et d’augmenter le seuil de déclenchement des heures supplémentaires.

Pourtant, le Code du Travail n’impacte pas négativement la compétitivité, et ce pour (au moins) deux raisons.

La première, c’est que le Code Du Travail n’a pas d’influence sur les critères pris en compte dans la mesure du taux global de compétitivité d’un pays (Cf. la liste ici) ; la seconde, c’est que détériorer les conditions de travail des salariés est néfaste pour leur performance, leur productivité et la gestion de ces derniers pour ceux qui les encadrent quotidiennement sur le terrain. Ainsi, les performances de l’entreprise diminuent sur le long terme

Le Code du Travail réglemente principalement le temps de travail, le salaire, l’emploi et les conditions de travail.

Or les critères cités précédemment ne sont pas pris en compte lors de la mesure du TGC d’un pays (Taux Global de Compétitivité). En effet, la valeur de ce taux dépend essentiellement de la qualité et de l’efficacité des institutions (publiques comme privées), du niveau des infrastructures disponibles (notamment en ce qui concerne l’atténuation des effets de la distance) et de l’investissement en termes d’éducation et de santé de la population.

En ce qui concerne la flexibilité, non seulement ce critère est pondéré faiblement dans le calcul du TGC (il arrive en 7ème position sur 12 critères) mais en plus le terme a été trop souvent galvaudé. En effet, un salarié flexible, ce n’est pas forcément un salarié que l’on peut licencier gratuitement, c’est surtout un travailleur qui engendre peu de coûts à l’entreprise lorsque cette dernière change son activité. Ainsi, le seul moyen d’avoir des travailleurs flexibles sur le long terme, c’est d’investir dans leur formation (critère placé en 5ème position sur 12) afin qu’ils s’adaptent rapidement à toute diversification.

Diminuer les droits des salariés n’améliore pas la compétitivité des entreprises, bien au contraire.

Pourtant, sans jamais redéfinir les mots-clé employés (notamment « compétitivité », « productivité » et « flexibilité »), on accuse à tort le Code Du Travail. C’est pourquoi, il paraît judicieux ici de redéfinir ces 3 termes précisément.

Compétitivité : au sens économique du terme, ce mot désigne la capacité d’une entreprise, plus largement, d’un secteur économique voire d’un territoire de vendre et fournir plusieurs biens ou services sur un marché donné en situation de concurrence. Cette capacité peut être mesurée en suivant des indicateurs tels que la qualité des institutions publiques comme privées, celle des infrastructures, le niveau de formation, d’éducation et de santé des travailleurs.

Productivité : se calcule en divisant la quantité de marchandise produite par le temps qu’il faut pour en produire un exemplaire.

Flexibilité : un travailleur (ou une situation) est dit flexible lorsque le coût engendré par un changement d’activité est minimal.

En partant de ces définitions, il apparaît de façon logique que :

  • Augmenter le temps de travail des salariés diminue la productivité, c’est mathématique. Sachant que dans le temps de travail, il faut aussi prendre en compte la fatigue du salarié (baisse de production) , les temps de pause, le facteur de contingence (pannes machine dans une usine, éventuels incidents sur le poste de travail…), il est évident que le temps de travail doit être minimisé afin d’optimiser la productivité des salariés.
  • Augmenter le temps de travail, c’est aussi augmenter le temps de fatigue du salarié, le temps de pause et le facteur de contingence. En effet, ces données se calculent à partir de la durée des tâches affectées à un poste de travail, et leur impact dépend largement de la pénibilité et de la difficulté de la tâche.
  • Augmenter le temps de fatigue du salarié conduit inévitablement vers un plus fort impact du facteur de contingence. Car un salarié fatigué, c’est un salarié inattentif ; ce qui engendre un nombre croissant d’erreurs, et a pour corollaires directs une augmentation des accidents du travail et une baisse de la qualité de la production. Sur le plus long terme, cette fatigue peut se transformer en épuisement et amener à des cas de burn-out, de dépression et de TMS (Troubles Musculo Squelettiques), qui sont sources d’absentéisme, ce qui en plus d’altérer la qualité du travail, fait aussi baisser la production et engendre un coût supplémentaire à l’entreprise.
  • Ne pas investir sur la santé, le bien-être et la formation de ses salariés, c’est se limiter à des projets à court terme peu rémunérateurs et s’empêcher de se diversifier ou de devenir leader de son secteur sur le long terme. Ainsi, on est obligé d’augmenter le turnover pour que les salariés soient flexibles, ce qui coûte cher en temps et en image. Un turnover élevé oblige au fur et à mesure l’employeur à alourdir la charge de travail qui pèse sur les épaules de chaque salarié, ce qui finit par détériorer les conditions de travail et la santé des travailleurs, avec les conséquences que l’on a décrites plus haut.
  • Inévitablement, tous ces facteurs (turnover élevé, mauvaise santé des travailleurs, baisse de productivité et de flexibilité, baisse de la qualité…) conduisent à une baisse des performances des salariés et de l’entreprise, donc à une baisse de la compétitivité.
  • Enfin, rogner sur les droits du salarié en diminuant les salaires, le délai de recours aux prud’hommes en cas de litige avec l’employeur, en obligeant les mutations, en facilitant les licenciements et en supprimant le cadre légal du droit du travail contribue chaque fois un peu plus à la défiance générale envers les institutions publiques et privées, en plus de produire du stress et de la précarité supplémentaires (néfastes pour les performances des entreprises) aux travailleurs ; et c’est ce qui est le plus dangereux pour la compétitivité.

Naturellement, lorsqu’on connaît la réalité du terrain en observant de près le travail des salariés en entreprise, et qu’on maîtrise les définitions de base des concepts tels que la compétitivité, la flexibilité ou la productivité, on sait que les affirmations suivantes qu’on retrouve régulièrement dans la bouche de nos chers politiques ou journalistes sont fausses :

  • « Les 35h arnaquent les classes moyennes » par Le Figaro Vox (Eric Verhaeghe)
  • « Les 35h sont un frein à la compétitivité/une plaie pour l’économie »
  • « Les 35h ne créent pas d’emploi en France mais chez ses voisins » (joli raccourci par Valérie Pécresse)
  • « Le Code du Travail fait plus de 3000 pages » (David Pujadas qui oublie les jurisprudences)
  • « La France otage de son droit du travail, frein à sa compétitivité » par Guillaume Cairou dans Les Echos
  • ….

Ce qu’il faut donc retenir, c’est que préserver un cadre légal strict pour la protection des droits des salariés et améliorer les conditions de travail, ce n’est pas seulement une affaire d’humanisme ou une histoire de bons sentiments, c’est surtout une question de bon sens. Car une entreprise qui réussit, c’est une entreprise qui sait prendre en compte le facteur humain afin d’être performante durablement, pas une entreprise obnubilée par sa trésorerie et ses coûts de production afin de servir des intérêts financiers qui vont parfois à l’encontre de ses performances économiques. Une entreprise en bonne santé économique, c’est une entreprise qui investit sur ceux qui la composent et la font grandir par le travail, pas une entreprise qui se soumet aux diktats de ceux qui négligent ses travailleurs.

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De « l’islamo-mania »

Temps de lecture : 5 minutes

Précédemment, je vous avais fait part des perles qu’on pouvait entendre de certaines personnes qui étaient plus ou moins conscientes d’être islamophobes. J’avais ainsi démontré à partir de ces exemples que dans la plupart des cas, ces inepties n’étaient pas dues à de la méchanceté gratuite mais à de l’ignorance.

Ainsi, on peut se demander quelles sont les raisons de cette méconnaissance. On pourrait accuser (à raison) ceux qui ne maîtrisent pas le sujet de ne pas se renseigner correctement. Cependant, on est forcé de constater qu’ils ne sont pas les seuls à blâmer quand on voit le flot trop important d’informations non pertinentes/incomplètes/erronées (rayer la mention inutile) fournies par nos médias de grande audience.

Pour commencer, on a l’utilisation du préfixe « islamo » qui ne veut rien dire mais qui vient polluer de plus en plus de gros titres pour trouver un moyen de définir les protagonistes de faits divers.

paru dans lefigaro.fr, le 22 décembre 2014
paru dans lefigaro.fr, le 22 décembre 2014
paru dans Le Parisien, 12 juin 2015
paru dans leparisien.fr , le 12 juin 2015

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Pour ma part, je ne comprends pas le concept d’ « islamo-délinquance », et encore moins celui de l’ « islamo-psychiatrie » . Le braqueur aurait-il prononcé « Allahu Akbar » avant d’accomplir son méfait ? Qu’est-ce que l’islamo-psychiatrie ? C’est une méthode de soins inspirée par le Coran ? C’est quand le divan du patient est orienté vers la Mecque ? Ou quand le médecin dit Bismillah avant de commencer ?

Pour apprécier ce qui va suivre à sa juste valeur, il est important de rappeler la définition d’un attentat ; à savoir un acte violent destiné à mettre en péril les intérêts et les institutions d’une nation et/ou d’un territoire. On reconnaît un attentat au fait qu’il soit revendiqué par une organisation souvent terroriste.

Ensuite, on a droit à la surenchère et à la spéculation de la part des chaînes d’information en continu au moindre fait divers. En effet, lorsqu’il y a une tragédie, on lui cherche toujours une « islamo-cause ». On peut aisément le notifier dans l’affaire Yassine Salhi, qui a souhaité déguiser en attentat terroriste un règlement de compte avec son patron. Ici, I-Télé parle d’attentat alors qu’il n’y a eu aucune revendication de la part d’organisations terroristes.

Autre exemple avec le crash de Germanwings, où Jean-Pierre Elkabbach interviewe sur Europe 1 Alain Vidalies, secrétaire d’État aux transports et cherche à connaître la nationalité des passagers, afin de savoir si ces derniers étaient des candidats au terrorisme, et donc des suspects potentiellement responsables de la catastrophe.

– Jean-Pierre Elkabbach : « Parmi les 144 passagers victimes de cette catastrophe, il y a 67 Allemands, 45 Espagnols, c’est-à-dire 112. Qui sont les 32 autres ? »

– Alain Vidalies : « Il y a un certain nombre de nationalités, cela a été dit, des Belges, des Anglais, des Turcs, il y a des vérifications qui sont en cours puisque nous sommes à l’intérieur de l’espace Schengen… »

– JPE : « Justement on se disait avec Maxime Switec [présentateur du journal de 8h sur Europe 1] tout à l’heure, comment se fait-il qu’il y avait le nom des passagers mais pas leur nationalité ? »

– AV : « C’est la réalité quand vous prenez un avion à l’intérieur de la France ou à l’intérieur de l’espace Schengen… »

– JPE : « Et il n’y a pas de changement à envisager ? »

– AV : « Écoutez je pense qu’à ce moment-là ça voudrait dire qu’on ne pourrait plus prendre les billets par internet ou d’une manière facile donc je crois qu’il faut réfléchir à ces conséquences… »

JPE : « Dans les noms que vous avez des passagers, il n’y en a pas qui viennent d’endroits où on pourrait soupçonner qu’ils sont en mission suicidaire ? »

(source : Acrimed)

De la même manière, personne n’a voulu prononcer le mot « attentat » lorsque Dylann Roff a assassiné 9 noirs dans une église avec pour seul mobile la haine raciale. Au contraire, certains articles comme celui de la version suisse du site 20 minutes ont même cherché à trouver des « excuses » à ce [mauvais] « comportement » qui ne serait finalement pas [tellement] pire qu’un [banal] crime passionnel.

Évidemment, tous ces exemples ont pour inévitable corollaire la cristallisation des peurs existant autour de l’Islam. A tel point que récemment, une CM a été violemment prise à partie pour avoir publié des recettes orientales à l’occasion du Ramadan en évoquant la convivialité et le partage qui règne durant cette période cruciale pour les musulmans. Un « islamo-bad buzz », donc.

Cet épisode prouve bien qu’aujourd’hui, nul besoin d’être musulman pour être victime d’islamophobie ; il suffit simplement d’éprouver de l’affection ou de la compassion avec tout ce qui se rapproche de près ou de loin de l’islam.

Enfin, pour ne pas faire de procès d’intention, on n’accusera point ici les médias d’être [consciemment] islamophobes (même si on pourrait). Cependant, on peut légitimement se poser la question de l’intérêt de cette « islamo-obsession ». Un élément de réponse serait de dire que tout ce qui se rapporte de façon négative à l’islam en temps de crise économique et identitaire, le tout rythmé par des attentats terroristes, trouve un bon public . Qui dit bon public, dit plus d’audimat, plus de ventes, plus de vues et donc, plus d’argent. Les fins mercantiles de nos médias de références (devenues désormais prépondérantes par rapport à leur devoir d’informer) pourraient donc expliquer au moins en partie cet « islamo-(dés)amour ».

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Pourquoi il n’y a aucune raison de se désolidar(is)er [Petit précis de mécanique pour Jean-Paul Ney et autres donneurs de leçons]

Temps de lecture : 2 minutes

Revenons à la définition principale de la notion de « solidarité ». Concrètement, deux entités sont dites solidaires lorsque l’on ne peut les détacher l’une de l’autre.

Mécaniquement, ce concept peut très facilement s’illustrer avec le cas de la liaison encastrement entre deux pièces.

La liaison encastrement, dite aussi complète, se manifeste par 0 degré de liberté ; c’est-à-dire qu’il n’y a aucune translation ou rotation possible d’une pièce par rapport à l’autre.

Finalement, deux pièces solidaires l’une de l’autre auront la même trajectoire dans l’espace.

En nous replaçant dans le contexte de la communauté musulmane, il y a des gens comme Jean-Paul Ney, qui pensent que tous les musulmans sont comme ça :

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Sauf qu’il oublie que :

  1. Le comportement global de la communauté musulmane pourrait aisément s’assimiler à celui des molécules d’eau à l’état gazeux, à savoir désordonné et libre de ses mouvements.
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  2. Comme il est très facile de se convertir à l’Islam, d’aucuns n’hésitent plus à prononcer la chahada magique afin de justifier leurs méfaits. De la même manière que des politiciens récupèrent une étiquette politique afin de faire carrière, ou d’autres se cachent derrière un masque humaniste afin de faire passer les pires lois.
  3. Enfin, lorsque n’importe qui d’une autre communauté commet un crime ou toute autre connerie condamnable, personne ne demande de se désolidar(is)er, pour la simple raison que la folie et la bêtise n’ont ni religion, ni couleur, ni nationalité ou autre ethnie et que n’importe qui peut en être victime.

Alors, non désolée, mais ni moi ni mes semblables ne nous désolidar(is)erons. Parce que pour cela, il faudrait déjà que nous soyons solidaires. Ne vous en déplaise, nous ne sommes pas le châssis du moteur qui fait tourner l’entreprise des dégénérés de Daesh ou autre.

Bien entendu, nous nous abstiendrons de demander aux véritables intellectuels de se désolidar(is)er des plagiats et du travail de faussaire que mène M. Ney, de la même façon que nous ne ferons aucune requête de désolidar(is)ation auprès des journalistes qui ne se comportent pas comme des barbouzes et qui maîtrisent parfaitement la syntaxe de la langue française, ce qui est la base de la profession.

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Tuto : le soufflé raté selon Marianne

Temps de lecture : 3 minutes

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Aujourd’hui, on va apprendre à déceler les inepties dans un article de presse classique.

Prenons l’exemple (au hasard) de l’article du dernier numéro de Marianne.

L’objectif ici est de faire décoller les ventes d’un hebdomadaire, qui malgré les subventions de l’Etat peine à faire entendre parler de lui. Il faut donc en mettre plein la vue, et ce dès la vision de la couverture dans le kiosque.

Et pour cela, rien de mieux que la recette du soufflé. Vous savez, ce plat qui gonfle de façon impressionnante dans le four et qui se ratatine si vous ne maîtrisez pas l’art de sa cuisson ?

Or le problème ici, c’est que visiblement, prendre le nom du symbole de la République française et prétendre s’adresser à ses citoyens n’empêche pas cette rédaction de prendre ses lecteurs potentiels pour des idiots.

En effet, ici le soufflé se ratatine de façon violente, mais le magazine a espéré quand même que personne ne s’en rendrait compte.

Ainsi, comme vous vous en doutez, si la mayonnaise ne prend pas, c’est parce que la tambouille de Marianne est d’abord simpliste avant d’être peu ragoûtante.

Alors, si comme Joseph Macé-Scaron, vous rêvez d’apparaître dans la matinale de BFMTV, que vous êtes plus connu pour votre « copier-coller » que pour vos talents d’écriture et que les ventes de votre magazine sont en perte de vitesse, procédez de la manière suivante :

        1. Offrez-vous une couverture bien racoleuse comme il faut (avec un sujet bien chaud comme l’Islam), mais ne citez aucun nom, afin d’éviter un procès pour diffamation. Faites mijoter toute la nuit avant la sortie officielle dans les kiosques, afin de tenir tous les becs affamés en haleine. Pour pimenter le tout, rajoutez un petit partenariat avec RMC Info, les grands spécialistes du racolage de l’info.

2. Dans vos articles, prenez les propos d’un journaliste, sortez-les du contexte, saupoudrez-les d’une bonne dose de mauvaise foi, et SURTOUT, ne vous donnez pas la peine d’interviewer la ou les personnes concernées en bonne et due forme. Il ne faudrait pas prendre le risque de faire preuve d’éthique afin de rendre son travail légitime.

3. N’hésitez pas à remuer énergiquement le tout en illustrant l’article avec une photo non-libre de droits et pour laquelle vous aurez malencontreusement oublié de demander l’autorisation de l’utiliser. Avec ce mélange, vous obtiendrez un goût prononcé de malhonnêteté.

4. Attaquez-vous à un média indépendant (et donc non subventionné) qui gagne ses auditeurs uniquement sur la qualité de son contenu et qui n’a pas le même patron que vous pour ne pas vous brûler les doigts lorsque vous sortirez votre bébé du four.

5. Enfin, -pour que votre soufflé se ratatine de façon spectaculaire-, admettez que les interlocuteurs de l’émission ont « le verbe haut », qu’ils représentent une « élite » et que « le programme a du succès ». Ainsi, vos lecteurs comprendront que ce qui dérange, c’est que les élites de ce pays laissées pour compte dans les médias traditionnels prennent la parole qui leur est due.

Félicitations, votre soufflé s’est maintenant aplati en beauté !

Sur ce, je vous souhaite un bon appétit, si jamais vous n’êtes pas encore écœurés par cet amas indigeste.

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