Pour en finir avec la fatigue numérique

Temps de lecture : 2 minutes

Dans le domaine de l’engagement associatif et politique, il est aujourd’hui quasi impossible de travailler sans médias sociaux et sans smartphones, tellement ces outils sont puissants pour connecter des personnes et créer du lien social.

Cependant, cette connexion permanente entraîne fatigue et charge mentale constantes. Comment y faire face sans avoir à brûler tous ses écrans ?

  • Désactiver les notifications/désinstaller les applications de réseaux sociaux

Ceci permet d’éviter la tentation de répondre à tout et à n’importe quoi, mais aussi de diminuer les nuisances liées à ces notifications (lumière, sonneries).

  • S’autoriser des moments où on ne répond pas

Lorsqu’il s’agit d’engagement bénévole, il n’y a aucune obligation de répondre, du moins pas dans l’immédiat. On ne doit de temps à personne, et on n’est pas à disposition des autres militants ; on choisit de proposer notre aide. C’est ce qui distingue le volontariat (travail bénévole) du lien de subordination (salariat).

  • Les listes de diffusion WhatsApp/Signal/Télégram/mail ne sont pas des outils de gestion de projet adéquats

Ces applications sont adaptées à un usage de messagerie et de conversation. Elles ne sont pas formatées pour débattre comme le sont Facebook ou Twitter, ni pour poser des jalons, définir des tâches critiques et poser des délais (il est compliqué de retrouver des messages, bien que ce ne soit pas impossible).

Par ailleurs, le travail dans des structures politiques et associatives requiert des outils de gestion de projet dédiés.

  • Eviter les projets à flux tendu : apprendre à dire non

Trop utiliser les messageries pour gérer des projets provoque forcément des flux tendus ; c’est-à-dire une charge de travail supérieure à la force de travail disponible. Dans la mesure du possible, il faut éviter d’accepter de s’engager dans des projets où il n’y a pas d’outils adéquats de gestion.

C’est pourquoi il est, encore une fois, nécessaire de mettre en place des outils de gestion de projet adaptés : ainsi, on peut voir directement si on est en mesure de démarrer de nouveaux projets, et éventuellement les refuser, le cas échéant.

La fatigue numérique peut mener à des burn-out, dépressions et ruptures de lien. Il est donc primordial de lutter contre pour arriver au terme des projets associatifs.  

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Comment agir concrètement [et efficacement] à un niveau individuel

Temps de lecture : 1 minute

Parfois, on a la volonté de s’engager, mais on ne sait ni comment faire, ni par où commencer, tellement les options sont nombreuses. Pour éviter de s’orienter vers des méthodes qui ne donnent que très peu de résultats, voici quelques recommandations.

  • S’informer et écouter

…En s’adressant aux militants qui créent du contenu et à ceux qui ont une expertise sur les questions que vous cherchez à maîtriser.

A noter que la qualité des liens que vous allez construire en vous engageant dépend grandement de votre capacité d’écoute.

  • Remplir les cagnottes des projets militants qui vous parlent

Si vous en avez les moyens, soutenir financièrement les structures et projets dont vous validez les pratiques est ce qui demande le moins de temps, et peut vraiment aider, l’aboutissement d’un projet dépendant grandement de critère financier.

  • Ne pas attendre les avis des autres militants

Il est possible qu’on vous accuse de vouloir concurrencer les actions des autres si vous vous lancez. Il faut apprendre à faire abstraction de ces remarques, qui visent bien souvent à entretenir des logiques de monopole contre-productives et contre-révolutionnaires dans les luttes.

 

  • Ne pas chercher la validation

S’il est intéressant d’obtenir des retours (positifs ou non) sur le fruit de son travail afin d’ouvrir un débat ou de nuancer son point de vue, la validation des autres ne doit jamais être un objectif. Il faut viser des cibles politiques précises, et celles-ci dépassent les individus. Finalement, vous êtes sur la bonne voie lorsque vous ne cherchez pas la reconnaissance d’autrui, mais bien l’amélioration collective de nos conditions de vie.

Toutes les mesures présentées ici, sont des actions qui vont au-delà de la simple réaction. L’expérience des luttes montre qu’elles sont plus efficaces, car elles permettent d’avancer selon un calendrier politique choisi, et non subi.

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Comment accueillir la parole de victimes de violences sexistes dans le milieu militant antiraciste

Temps de lecture : 2 minutes

Nous savons d’ores et déjà que la justice est inefficace, voire violente pour les victimes de violences sexistes. Sans chercher à dissuader celles qui souhaiteraient faire reconnaître leurs souffrances par l’institution, il est urgent de trouver une alternative à une justice à la fois patriarcale et structurellement raciste. D’une part parce qu’on peut difficilement compter sur une structure peu fiable qui pourrait instrumentaliser de manière raciste le combat féministe, d’autre part parce que si on veut changer les choses de manière systémique, il faut impérativement une organisation autonome et externe au système judiciaire ; l’exemple d’Adèle Haenel en est une preuve.

Or si on fait l’état des lieux de cette question, aujourd’hui les victimes sont tout simplement exclues plus ou moins implicitement des espaces militants antiracistes. Voici quelques pistes pour que la peur et la honte changent de camp.

  • Créer un espace d’écoute et de bienveillance

Il est essentiel que la victime soit crue sur parole et inconditionnellement dans un premier temps, afin qu’il existe un espace où elle puisse s’exprimer sans que la charge de la preuve ne repose sur ses épaules ; ce qui est, en soi, une violence supplémentaire.

Il faut également se souvenir de ne donner aucune injonction à la victime, ni prendre de décision à sa place : c’est à elle de décider des modalités de sa résistance.

  • Assurer la sécurité de la victime présumée

Pour que la victime puisse parler, il faut lui garantir l’absence de représailles si elle décide de se plaindre. Ceci passe par ne rien divulguer sans son consentement, mais aussi par empêcher ses éventuels détracteurs de nuire à son intégrité physique et/ou morale.

  • Ne pas confronter la victime à son agresseur présumé

Il est impératif que l’agresseur présumé soit exclu des espaces où la victime a ses habitudes, pour éviter, encore une fois, qu’elle ait à payer les conséquences de cet acte, alors qu’elle est déjà victime. Il faut également garder en tête qu’un agresseur présumé est susceptible de faire d’autres victimes, le principe de précaution est donc légitime dans ce contexte.

  • Etudier la pertinence de la défense de l’agresseur présumé en tout dernier lieu

Une fois que la parole de la victime a été entendue correctement, et que toutes les précautions ont été prises, on peut entendre la défense de l’agresseur présumé. A noter qu’à partir du moment où il prouve son innocence, il n’y a pas de raison de le mettre de côté ou de l’exclure des espaces militants.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que les espaces où la parole des victimes de violences sexistes est accueillie dignement est une condition nécessaire à l’inversion du rapport de forces pour lutter contre les violences sexistes, d’autant plus lorsque le contexte social est extrêmement tendu.

Il devient également urgent que l’ensemble des milieux féministes décoloniaux et intersectionnels pensent la question des violences sexistes sous un prisme anticarcéral, car c’est la seule manière de lutter contre sur le long terme.

 

Pourquoi il faut déployer des outils de gestion de projet dans les structures associatives

Temps de lecture : 2 minutes

Que l’on soit bénévole, prestataire ou salarié dans une association, la gestion de projet se fait souvent de manière informelle parce que bien souvent, les relations de travail sont structurées par des amitiés, de l’affection ou des affinités idéologiques ou personnelles.

Or, une gestion non structurée pose plusieurs problèmes.

  • Les tâches et les rôles de chacun.e doivent être clairement définis

…Et il y a un minimum de règles à respecter. En premier lieu, il faut être en mesure de prévoir assez précisément la charge de travail afin de pouvoir prévoir la force de travail nécessaire et de quantifier les moyens requis. Ensuite, la base pour définir des jalons, c’est de déterminer les tâches critiques, c’est-à-dire celles qui empêchent l’avancement du projet tant qu’elles ne sont pas effectuées ; elles sont à la fois prioritaires et primordiales.

  • Il est impératif d’éviter les situations de conflits et de violence

A noter qu’il n’est pas correct de compter uniquement sur la bonne volonté de bénévoles, surtout lorsque l’on a des délais à respecter : on n’est pas en droit d’exiger une disponibilité constante, une grosse dose de charge mentale ou une qualité professionnelle de la part d’un bénévole puisqu’il n’y a ni contrat de prestation, ni contrat de travail, et encore moins lien de subordination (sinon il s’agit de travail dissimulé, et c’est illégal). Jouer sur des rapports affectifs pour exercer une emprise sur des militants est vecteur de violences.

L’accumulation de tâches imprévues, les changements brutaux et incessants, la surexposition aux écrans sont des éléments qui peuvent être sources de stress, d’angoisses et de fatigue. Les tâches et les rôles non clairement définis laissent libre cours aux personnes malveillantes qui chercheraient à profiter d’une mise en compétition des militants associatifs. Tous ces éléments conduisent également à des situations de harcèlement qui peuvent découler de conflits (critiques injustifiées, messages humiliants ou stressants répétés, dénigrement, délais et objectifs inatteignables, surcharge de travail…). A noter que les situations de harcèlement font souffrir et annulent les forces nécessaires à l’engagement, et les conflits brisent les liens de solidarité.

  • La quantité et la qualité de la bienveillance au sein d’une structure dépendent directement de son organisation de travail

Ce n’est plus un secret depuis bien longtemps : les structures où il y a de la souffrance ont des politiques managériales dégueulasses, et réciproquement, les pratiques managériales de mauvaise qualité provoquent inévitablement des maladies professionnelles.

C’est donc bel et bien sur l’organisation concrète et opérationnelle qu’il faut agir pour éviter de nuire à l’ambiance de travail, car si les affinités idéologiques et personnelles permettent de créer des liens forts, c’est l’entretien et la qualité de la relation qui permettent de concrétiser ces liens sur des projets aboutis.

Lorsque l’on vise des pratiques militantes bienveillantes, les actes ne valent pas uniquement par leurs intentions. Il est donc indispensable de penser toutes les décisions de manière politique, afin de rester cohérent avec les valeurs affichées de l’organisation. Parmi ces décisions, celles concernant les pratiques managériales (gestion des ressources humaines, gestion financière, organisation du travail) sont centrales, notamment celles à propos de la gestion de projet, puisqu’elles ont un impact direct sur la qualité des liens de solidarité et de confiance au sein d’une organisation.

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Du bon usage des médias sociaux : 5 conseils (2/2)

Temps de lecture : 3 minutes

On reproche beaucoup de maux aux médias sociaux : peu de contenu à valeur ajoutée, beaucoup de répétitions, course au like et au buzz contre-productive, chronophages, peuplés d’imbéciles ou encore sources d’angoisse et de stress. Pourtant, c’est un outil de communication formidable permettant de créer du lien social et de reprendre le contrôle sur l’information….à condition de s’en servir correctement.

  • Toujours préférer du contenu que l’on produit soi-même, ou alors apporter une valeur ajoutée à du contenu existant

Il est toujours appréciable de proposer une production originale ou de commenter un contenu déjà existant afin de l’enrichir et d’éviter les doublons inutiles.

  • S’abonner à des comptes qui produisent de l’information de qualité, et masquer les autres

L’idéal serait de ne pas se contenter des gros comptes d’influenceurs ou de médias classiques, mais de consommer des médias alternatifs indépendants (Bastamag, Streetpress etc mais aussi des blogs comme celui de Joao ou celui de Valérie CG) pour avoir des informations complètes, ainsi que de ne pas se contenter d’une seule ligne éditoriale ou d’un seul type de contenu (sachant que chaque type de média comporte ses limites).

Pour éviter la « pollution » des réseaux sociaux faite à partir de fake news, titres racoleurs ou liens stériles, vous pouvez retirer les comptes qui en partagent trop souvent de vos listes ou vous désabonner. Si vous souhaitez éviter cette solution, vous avez la possibilité de masquer les comptes vous posant problème.

Enfin, pour que votre fil d’actualité vous présente en priorité les contenus que vous préférez, il est judicieux d’interagir et de réagir régulièrement aux publications qui vous intéressent. Vous pouvez aussi cocher l’option « voir en premier » sur vos pages Facebook favorites.

  • Echanger en privé et concrétiser par des rencontres IRL autour d’événements et d’engagement associatif

Ces échanges sont essentiels pour renforcer les luttes sur le long terme, car ils permettent de créer de la confiance, de la solidarité et de l’engagement ! C’est en effet le moyen le plus efficace de mettre en place un « bouche-à-oreille numérique ».

Il y a cependant des règles à respecter : inutile d’encombrer les boîtes de réception de vos contacts avec du contenu non susceptibles de les intéresser, surtout vous ne les connaissez que très peu. Le ciblage est très important : il est une preuve d’empathie à l’égard de vos contacts, et vous permet de devancer les attentes de votre audience.

Il est également important de préciser ses attentes (retour, avis, commentaire, partage) ainsi que de donner des informations nécessaires à la compréhension de son message pour que l’échange soit fructueux.

  • Veiller à la pertinence de ses productions lors d’interactions publiques

Il est également possible de cibler son audience publiquement, via les tags et les identifications. Là encore, mieux vaut s’assurer avant que vos contacts concernés soient d’accord avec le fait d’être mêlés à vos publications. D’où l’intérêt de construire en amont des liens en privé et de bien connaitre son audience.

Il faut aussi éviter de partager son contenu dans des lieux inadaptés, comme dans des commentaires hors sujet avec la publication de base, ou dans des groupes dédiés à des thèmes précis qui n’ont rien à voir avec votre production.

  • Savoir repérer les cas de cyberharcèlement

Le risque de cyberharcèlement constitue l’inconvénient majeur des réseaux sociaux. Il faut absolument en prendre conscience, car à la clé, le danger c’est de rompre des liens et de déshumaniser les autres.

Ainsi, il est évident qu’insultes, rumeurs malveillantes, critiques personnelles et injustifiées, flood permanent, sont des pratiques à bannir absolument.

 

Finalement, la puissance des médias sociaux ne se trouve pas dans la recherche de buzz (comme ce qui est trop souvent fait) mais bien dans la capacité à créer et construire des liens, chose essentielle dans l’engagement politique et associatif.          

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Pourquoi le nombre de likes et de partages publics sur les réseaux est en réalité insignifiant (1/2)

Temps de lecture : 3 minutes

On a souvent tendance à croire qu’un grand nombre de followers, de likes, de vues ou de partages publics sur les réseaux sociaux permet de créer un rapport de forces au niveau de l’opinion grâce à la visibilité qui en découle.

Or, non seulement la notoriété n’est pas synonyme d’influence, mais en plus elle peut renforcer un « statu quo » si elle n’est pas utilisée à bon escient. Nous verrons ici pourquoi.

  • La visibilité n’entraîne pas automatiquement un engagement sur son contenu, des interactions pertinentes ou une création de lien qualitatif

Outre la part de « haters » ou de curieux qui n’interagissent jamais pouvant se retrouver abonnés à votre compte par hasard, les personnes actives peuvent l’être pour diverses raisons.

On peut partager votre contenu pour le critiquer violemment, on peut venir commenter en vous dénigrant ou en vous insultant, ou alors une personne peut partager votre contenu en se l’appropriant et en détournant votre message d’origine, pour la simple raison que dès lors que votre contenu est public, il ne vous appartient plus vraiment.

Pour être certain.e que votre message ne sera pas détourné, il faut qu’il y ait un intérêt réciproque entre vous et votre communauté d’abonnés, et donc accepter que ces liens sont rares et difficiles à construire.

Les personnes qui vous soutiennent virtuellement ne pourront pas toujours vous soutenir concrètement ; soit parce qu’elles sont loin géographiquement, soit parce qu’elles n’en ont pas les moyens, soit parce qu’elles ne sont pas directement concernées par ce que vous proposez.

A noter qu’une personne de votre communauté peut être touchée ponctuellement par votre travail, mais ceci ne signifie pas qu’elle vous soutiendra régulièrement.

  • Les réseaux sociaux qui génèrent le plus d’adhésion et d’engagement sont ceux où les partages ne se font qu’en cercle restreint car les liens de confiance sont plus solides

Comme Instagram, réseau très populaire chez les plus jeunes générations, et qui n’autorise que les partages restreints en messages privés et en stories. Il y a également de plus en plus de personnes qui se politisent sur ce réseau, plus intuitif et plus serein car construit sur le partage d’images.

En effet, si le nombre de partages en messages privés ou en stories est a priori plus restreint (car il demande plus de manipulation), le partage en privé garantit un intérêt supérieur ou une véritable adhésion au contenu. Pour la simple raison qu’il existe plus souvent un lien de confiance entre la personne qui partage et celle qui reçoit le message, et qu’a priori les personnes interagissant en privé se connaissent un minimum, et sont donc renseignées sur les intérêts mutuels de leurs interlocuteurs. Ainsi, un contenu partagé en privé suscitant un réel engagement a plus de chance d’être repartagé derrière qu’un simple partage public dont on ignore la portée réelle.

 

Si la visibilité suscite l’intérêt des médias classiques et des annonceurs publicitaires, elle ne suffit pas pour créer une tendance dans l’opinion. Par exemple, l’influenceuse mode et beauté bien connue Kim Kardashian West ne s’est pas fait connaître uniquement sur son nombre d’abonnés ; c’est bien parce que de nombreuses femmes ont copié son style qu’il s’est propagé comme une nouvelle norme physique et vestimentaire. Par ailleurs, puisque la notoriété est un paramètre beaucoup trop aléatoire pour que l’on puisse avoir la main dessus, il est risqué de capitaliser dessus, d’autant plus si ce devient une fin plutôt qu’un moyen ; en effet, une visibilité érigée comme objectif est facilement récupérable, et peut être utilisée pour maintenir un ordre social au lieu de créer une nouvelle dynamique au niveau de l’opinion.

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Pourquoi la logique de monopole dans le milieu militant est totalement absurde

Temps de lecture : 4 minutes

Dans le milieu associatif, nous avons tous déjà fait le constat que les rapports de pouvoirs sont extrêmement tendus ; et plus une structure gagne en visibilité et en influence, plus ces tensions s’intensifient. Finalement, le combat pour obtenir plus de notoriété devient une fin, et non plus un moyen pour atteindre ses objectifs, mais pour exister au détriment des autres initiatives.

Pourtant cette logique nuit gravement à l’aboutissement de la lutte. Nous détaillerons ici les problèmes soulevés par ces méthodes de travail.

 

  • La charge de travail est bien trop importante pour reposer sur une seule structure ou une poignée d’individus

Et le travail, ce n’est pas ce qui manque !  Dans un contexte où les services publics sont saturés, abandonnés, et malheureusement parfois inefficaces, voire dangereux, à cause du manque de moyens, mais aussi du sexisme, de la LGBTQI-phobie et du racisme, le travail associatif sert de palliatif aux manquements des institutions classiques.

Accompagnement scolaire, assistance juridique ou médicale aux victimes de viols, de violences policières ou crimes racistes, accompagnement de personnes en situation de handicap, éducation populaire sur les questions de racisme, sexisme, géopolitique, médias…Partout, nous avons besoin de tous les acteurs de la société civile pour survivre d’abord, résister ensuite.

  • La surcharge de travail crée un climat favorable à des pratiques militantes violentes

Pour au moins deux raisons : mettre toutes les responsabilités sur les épaules d’une personne ou d’une structure, c’est à la fois lui donner trop de pouvoir dont elle est susceptible d’abuser, et la mettre en situation de vulnérabilité, car exposée aux rivalités intestines, au harcèlement, et aux calomnies. En effet, nous avons toutes et un tous un ou une militante dans notre entourage, qui a déjà été exposée à ce type de violences dans le cadre de son engagement, souvent bénévole.

Si la surcharge de travail ou les fortes responsabilités ne sont ni une excuse pour cautionner les violences ni une condition nécessaire pour qu’elles se produisent, on est forcé de constater que ce contexte permet de concentrer et de tendre les rapports de pouvoir.

  • La violence génère des conflits (en plus de la souffrance occasionnée) brisant les liens de solidarité

Lorsqu’il y a acte de violence, il y a automatiquement une prise de parti, que ce soit pour l’agresseur ou la victime. A noter que la « neutralité » n’existe pas dans ces cas de figure : ne pas prendre parti profite à l’agresseur, voire le protège.

En général, on se range plus facilement du côté de la personne qui a le plus d’influence, le plus de pouvoir ; ce sont donc souvent les agresseurs qui se trouvent du bon côté du rapport de forces. Dès lors que la victime parle, les clans se forment, avec d’un côté les rares personnes soutenant les victimes, de l’autre celles se rangeant du côté du plus fort pour préserver des intérêts. La victime se retrouve donc isolée du reste des militants, exclue de facto des structures où son agression a eu lieu, et où la place de son agresseur a été soigneusement préservée.

Ainsi, non seulement on se prive d’une partie des forces militantes, mais en plus on coupe des liens sociaux, et on interrompt des projets, parce que les divers « clans » sont dans l’incapacité totale de travailler ensemble.

 

  • Dans l’activisme, la cannibalisation des structures associatives et/ou politiques ne permet pas de meilleurs résultats

Si dans le monde des grandes entreprises, les fusions-acquisitions, OPA (Offres Publiques d’Achat) et les plans sociaux les accompagnant trop souvent, permettent d’obtenir de beaux résultats financiers, dans les organisations politiques et associatives, ces stratégies ne fonctionnent pas.  Pour la simple raison qu’ici, les enjeux et les objectifs ne sont pas les mêmes.

En effet, il ne s’agit pas de faire de l’argent et de s’enrichir, mais bien de prendre le pouvoir pour faire avancer un agenda politique, et défendre les intérêts des personnes les plus vulnérables. Dans ce contexte, il est préférable que les structures se multiplient, se coordonnent, et surtout, se soutiennent dans la mesure du possible.

  • La violence couplée aux stratégies de cannibalisation finit par détruire les organisations et broyer des personnes dans leurs parcours de vie

Pire encore, les stratégies de cannibalisation de certaines structures pour obtenir le monopole, finissent par en détruire d’autres, avec comme dommage collatéral, les personnes victimes de violence, broyées au passage dans leur parcours de vie.

Parce qu’il faut bien comprendre que non seulement la violence accompagne obligatoirement ces logiques de monopole, mais qu’en plus elle est entretenue par ces pratiques.

 

Finalement, les logiques de monopole ne servent aucune lutte, voire nous mènent tout droit vers la défaite. Il s’agit alors de choix politiques ; soit on préfère concentrer le pouvoir et les responsabilités pour préserver les intérêts d’une poignée d’individus, soit on élargit et on fait en sorte que tout le monde ait accès à l’engagement et aux luttes pour la dignité.

                D’où l’importance de garder en tête qu’une organisation cherchant à vous dissuader de créer la vôtre sous prétexte que ce serait de la « concurrence » qui nuirait à la lutte, ou que vous chercheriez à « diviser », cherche en réalité souvent à conserver son monopole. En effet, vous accuser de « casser l’unité » tout en étouffant la moindre tentative de faire émerger une diversité d’opinions ou de modes d’action, ce n’est en fait qu’une forme de chantage, permettant de concentrer toute l’attention sur soi. Ce n’est pas en étouffant l’altérité idéologique qu’on renforce les luttes, mais bien en la respectant et en construisant des liens qualitatifs enrichissant toutes les formes d’action.

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Comment choisir les structures où adhérer et/ou quels projets soutenir

Temps de lecture : 2 minutes

Nos fils d’actualité sont inondés de cagnottes pour des projets militants, artistiques, associatifs ou entrepreneuriaux. Pour de plus en plus de structures militantes, que ce soient des médias ou des associations, le crowdfunding (financement participatif en français) devient la norme, par souci d’indépendance par rapport aux subventions institutionnelles, par volonté d’appartenir à ses adhérents ou lecteurs, mais aussi par manque de financements pérennes. Or, si, comme on dit très souvent « l’argent est le nerf de la guerre », nos finances ne sont pas illimitées.  Ainsi, pour éviter les déceptions puis les ruptures de liens qui vont avec, il est important de savoir où placer son argent. Voici au moins 5 critères que vous pouvez évaluer avant d’investir, voire de vous engager.

  • Être en adéquation avec les valeurs et la vision du projet/de la structure

C’est la première chose à étudier avant de donner son argent, ou son temps. Vous n’êtes pas obligés de vous investir ou de vous engager, surtout si vous n’y croyez pas d’emblée.

  • S’assurer que les objectifs visés sont clairs

En plus d’y croire, vous devez savoir où ce projet vous  mène. Normalement, il incombe à la structure de présenter clairement ses buts, cependant, vous êtes en droit de demander des précisions si vous estimez que ce n’est pas clair.

  • Exiger un minimum de transparence sur l’utilisation des fonds

Vous devez également savoir comment votre temps, votre argent et votre énergie seront utilisés. Normalement, les campagnes de financement participatif correctement construites détaillent leur budget dans la description, si ce n’est pas fait, vous avez le droit de vous en méfier.

  • Vérifier que les pratiques managériales et ressources humaines sont conformes avec les valeurs affichées

Si ce n’est pas le cas, non seulement les raisons pour lesquelles vous avez investi au départ n’ont plus lieu d’exister, mais en plus vous risquez d’entretenir des pratiques violentes et une ambiance dangereuse qui pourraient exposer des militants à de la souffrance, voire à du harcèlement et des agressions, comme c’est malheureusement trop souvent le cas.

  • Privilégier les projets/structures qui portent une vision sur le long terme

C’est nécessaire pour obtenir des résultats dans votre engagement, et c’est aussi ce qui permet d’encourager d’autres personnes à s’investir dans un projet ou une structure. Il faut cependant faire preuve de patience, car le travail de long terme est souvent invisible au début, et n’attire pas vraiment la lumière.

Enfin, cette liste n’est pas exhaustive, mais elle donne des critères objectifs et importants avant d’investir de l’argent ou du temps à une structure ou un projet. Ce qui est important, c’est de ne pas se laisser tenter/séduire par des campagnes de communication alléchantes avant d’avoir obtenu un minimum d’information sur les personnes qui portent un projet et sur le fonctionnement d’une structure. Il faut également se méfier de toute injonction culpabilisante au soutien, et des structures qui fonctionnent dans un entre-soi sur la base de copinage. 

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De la construction sur le long terme

Temps de lecture : 3 minutes

Parfois, on a l’impression que notre agenda politique est calqué sur les réactions à l’actualité des médias classiques et autres buzz viraux. Bien sûr, ce n’est pas le cas, bien que les initiatives de long terme soient quand même souvent invisibilisées par ces mécanismes de réaction automatique et immédiate.

On sait aujourd’hui que rien ne se construit de manière solide sur le court terme, et que cette overdose d’actualité peut parfois mener à des « burn-out militants » qui affaiblissent nos combats. Or, le fait de constater que ces réactions sont souvent stériles et de condamner les personnes qui tombent encore naturellement dans ce piège (nous les premiers) ne nous aidera pas à construire non plus.

Ainsi, nous allons faire une liste ici (non exhaustive) des étapes pour qu’un projet militant soit pérenne dans la durée, et qu’il puisse peser dans la balance du rapport de forces.

  1. La question du modèle économique et de sa viabilité

La question du financement arrive très vite lorsqu’on se lance dans un projet de ce type (événements, association, ESS…). En effet, il est presque impossible de travailler dans la durée si il n’y a pas de possibilité d’investissement régulier.

En général, il y a 3 solutions : soit on fait en sorte de lier sa profession à ces projets militants, soit on utilise ses fonds personnels si on en a les moyens, soit on propose un service à la communauté ciblée afin que ce soit la communauté qui bénéficiera du projet qui le finance. Ces solutions ont chacune leurs limites, il convient donc de choisir la plus adéquate en fonction du contexte.

  1. Viser l’autonomie et l’indépendance

La question de l’indépendance est inévitable lorsqu’on cherche un modèle économique  car elle pose un véritable dilemme : dépendre d’un organisme ou d’une institution et ne pas toujours être libre en termes d’agenda et de ligne éditoriale car il y a conflit d’intérêts, ou se financer autrement, quitte à se retrouver en difficulté et ne pas pouvoir agir ?

Bien entendu, une autonomie totale est souhaitable, mais c’est aussi un idéal. Les solutions comme le financement participatif permet de s’émanciper des institutions classiques, or, elles ne garantissent ni une liberté totale en terme de choix politiques et éditoriaux (il faut aussi rendre des comptes aux contributeurs) ni des fonds suffisants (les finances des contributeurs ne sont pas illimitées en termes de montant et ne sont pas garanties sur la durée).

Il s’agit donc d’étudier la question selon les cas ; en effet, si le projet ne génère pas de conflit d’intérêts direct avec une institution, ou que les subventions proposées représentent un droit, il serait dommage de ne pas en profiter.

  1. Efficacité

Si on ne devait respecter qu’une règle pour être efficace, ce serait celle-ci : ne pas s’éparpiller dans des projets qui n’ont ni lien ni cohérence entre eux. Ou, si on le fait quand même car on s’est laissé emporter, ne pas communiquer dessus si on n’a pas encore établi de calendrier précis ou qu’on n’a pas la garantie de pouvoir s’y investir correctement.

L’autre idée pour atteindre ses objectifs, est de s’entourer de militants en qui on a confiance, et dont on connaît les pratiques (auxquelles on adhère évidemment). La confiance et la nature des pratiques sont encore plus importantes que les affinités idéologiques lorsqu’il y a un objectif et intérêt commun dans un projet, car ici il ne s’agit pas d’un débat d’idées, mais bien d’un projet que l’on veut inclusif, il est donc parfois nécessaire de dépasser et débloquer certains clivages pour obtenir de beaux résultats.

  1. Le plus important : la ligne de conduite

Afin de trouver des acteurs qui ont les mêmes pratiques que nous, il est essentiel de définir clairement ces dernières, en faisant attention à leur cohérence.

Si on vise l’inclusivité, il est primordial que tout ne repose pas sur les épaules d’une personne, afin d’éviter toute surcharge mentale, ou encore tout culte de la personnalité.

Si on ne veut pas être noyé par la trop grande quantité d’information que nous recevons, on limite les actions de communication immédiate qui ne sont que des réactions (rassemblements, manifestations, réactions sur les réseaux sociaux), et on n’utilise cette actualité que si elle n’a un intérêt direct avec notre travail afin de surfer dessus intelligemment.

Enfin, si on veut donner envie aux autres de s’investir dans notre projet, on commence par investir soi-même dedans et on donne un aperçu de notre travail déjà réalisé en amont avant de leur demander des efforts.

Aujourd’hui, il serait fort profitable à tout le monde que l’énergie déployée dans des projets de court terme soit transférée dans des initiatives moins exposées, mais qui ont une plus grande valeur ajoutée. Il est aussi désormais vital, afin que l’essoufflement des bonnes initiatives cesse, que les porteurs de projets militants inclusifs apprennent à saisir les opportunités et s’organisent pour réussir à atteindre leur cible.

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