Faut-il arrêter de privilégier les procédures aux résultats ? (1/3)

Temps de lecture : 3 minutes

En temps normal, la fiabilité d’un résultat (scientifique ou autre) dépend fortement de la rigueur avec laquelle une procédure est appliquée. Or, que faire et quoi penser, lorsque l’urgence nous empêche de mettre en œuvre toutes les étapes d’une procédure, ou que cette dernière, trop rigide, peut nous empêcher d’avancer ?

Prenons l’exemple de l’usage de la chloroquine comme traitement antiviral dans la pandémie du COVID-19. A ce jour, aucune étude aboutie ne prouve son efficacité. Pourtant, de nombreux médecins sur le terrain ont déjà établi un protocole de soins autour de cette molécule partout dans le monde. Faut-il les en blâmer, ou au contraire les féliciter ?

Pour répondre à ces questions, nous allons discuter ici de la pertinence des procédures selon le contexte, et montrer pourquoi dans tous les cas, la priorité, c’est la préservation de l’intégrité physique et morale des personnes.

  • Les procédures sont souvent une garantie de qualité des résultats….

…Lorsqu’elles sont exécutées en conditions normales ! Et c’est parce qu’elles ne sont pas forcément toutes conçues pour gérer l’imprévu qu’elles ne marchent pas à tous les coups. Si, dans l’idéal, le meilleur moyen de prévoir l’imprévisible, est de prévoir un maximum de choses, ce n’est malheureusement pas toujours possible.

Alors, à moins que les procédures ne prennent en compte toutes les éventualités, il faut parfois les modifier ou les accélérer lorsqu’il y a urgence.

  • Elles peuvent servir d’outils d’exclusion et de discrimination

Il faut aussi prendre en compte le fait que les procédures peuvent être utilisées pour exclure, voire discriminer n’importe quelle personne tentée de les remettre en question.

L’exemple le plus parlant ce sont les procédures pour délivrer des titres et des diplômes dans les écoles et les universités les plus prestigieuses et les plus reconnues. Ces titres peuvent être utilisés comme biais de manipulation, comme l’explique Robert Cialdini dans son ouvrage « Influence et Manipulation ». En effet, les titres peuvent être utilisés pour intimider toute personne qui n’en possèderait pas d’équivalent, afin de la discréditer, ou de la dissuader d’agir. C’est donc pour cette raison que des jeunes à haut potentiel se retrouvent en échec scolaire ; on confond leur inaptitude à un système avec un manque de compétences ou de connaissances.

  • L’urgence n’est jamais un prétexte valable pour mettre en danger des vies humaines

Cependant, même dans l’urgence, trop négliger les procédures (qui restent une référence et un filet de sécurité, quoiqu’on en pense) peut s’avérer dangereux. On n’a pas le droit de mettre en danger des vies, sous prétexte qu’une procédure serait trop longue et complexe.

On peut tout de même la modifier en l’adaptant au contexte d’urgence ; mais toujours en respectant un minimum de précautions.

 

Pour conclure, ce qu’il faut questionner avant tout, c’est la façon dont sont construites les procédures, et pas forcément leur existence. En effet, les procédures permettent de rassurer. Mais pour qu’elles soient valables dans n’importe quel contexte (social), il est important de les tester dans toutes les circonstances (et de vérifier qu’elles y sont adaptées) avant de les privilégier en tout temps. Si ce n’est pas le cas, il faut avoir l’humilité de les remettre en cause, surtout lorsqu’elles excluent de manière injuste, ou ne donnent pas les résultats espérés parce que trop lentes ou inadaptées, en temps de crise, par exemple.

Pour revenir à la crise sanitaire actuelle, il y a assez de recul sur l’usage de la chloroquine dans d’autres circonstances, mais aucun sur la dose préconisée pour baisser la charge virale du COVID-19. Les patients qui en ont reçu se sentent mieux, mais nous ne savons pas à quel prix, et nous ne savons pas encore si ces résultats apparemment prometteurs seront confirmés sur du plus long terme. La question d’administrer ce traitement ne doit revenir donc qu’aux médecins seuls, et à ce jour, elle est plus d’ordre éthique, que de rigueur scientifique ; faut-il administrer ce traitement sans visibilité sur les effets secondaires, ou prendre le risque de perdre encore plus de patients (qui varie entre 1 et 3%, ce qui est faible en taux de pourcentage, mais conséquent en nombre de vies humaines à l’échelle d’un pays) ?

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Ce que la crise sanitaire (et le confinement l’accompagnant) révèle de nous et de notre société

Temps de lecture : 4 minutes

La pandémie désormais mondiale de COVID-19 exacerbe toutes les réalités sociales de manière plus ou moins surprenante. Voici une liste (non-exhaustive) de faits vérifiés par les conséquences de cette crise.

  • Notre système économique est à bout de souffle

Car c’est à la fois ce système qui a créé cette pandémie comme les autres (conséquence de la consommation d’animaux sauvages ou élevés de manière industrielle), et ce même système qui nous empêche de sortir de cette crise sanitaire (conséquence d’un manque de moyens couplé à une mauvaise gestion du service public de la santé).

  • Les métiers les moins valorisés financièrement sont aussi ceux les plus indispensables à notre vie quotidienne

Les personnels soignants, les salariés des fournisseurs d’énergie et de télécommunication, les chauffeurs routiers, les livreurs, les salariés de la grande distribution, les agents d’entretien nous permettent d’assouvir les besoins les plus vitaux, ceux qui sont à la base de la pyramide de Maslow. Pourtant, ce sont aussi les métiers les plus précaires, et les moins rémunérés.          Ensuite, les services de sécurité, d’information, d’éducation et de transport sont également indispensables : ils peuvent être mieux rémunérés, mais la norme reste la précarité et la paupérisation.

Enfin, tous les métiers de représentation, et ceux qui permettent l’enrichissement d’une minorité de personnes ou l’optimisation financière peuvent rapporter gros, même si la finalité n’est pas explicite.

  • Le confinement cumulé à la crise sanitaire révèle toutes les disparités sociales, sans exception

En partant des personnes qui peuvent se permettre de rester confinées, par rapport à celles contraintes de prendre des risques de contamination au service des premières et celles qui n’ont même pas les moyens de l’être, jusqu’à celles qui sont confinées dans des manoirs ou appartements vastes et luxueux, contrairement à celles obligées de squatter dans des logements exigus, voire insalubres.

En passant par les personnes confinées avec d’autres dangereuses, comme les femmes victimes de violence conjugale ou les enfants victimes de maltraitance familiale.

A cela s’ajoute le reste des discriminations ; face à une pénurie de tests, de masques, et de lits dans les hôpitaux, il n’est pas difficile de deviner quelles vies seront préservées (les plus jeunes), et lesquelles seront  sacrifiées (les moins jeunes et…les moins désirables). Dans un climat anxiogène où une présence policière accrue est inévitable, le risque d’augmentation des abus policiers n’est aussi pas négligeable.

  • Le confinement expose également au grand jour les comportements toxiques des gens

Les situations d’urgence où se mêlent angoisse et instinct de survie permettent de mettre à nu les réelles intentions, et les réflexes de chacun et de chacune. Personne n’est à l’abri de se rendre coupable de comportements toxiques. En effet, ces comportements peuvent être également de bons indicateurs sur ses propres besoins, ceux des autres, et sur les ressentis qui en découlent.

  • Les querelles entre militants semblent désormais lointaines et absurdes

Parce que le risque sanitaire face à l’infiniment petit qui nous expose inévitablement et de manière universelle malgré les inégalités sociales permet de nous concentrer sur le consensus à propos du constat des injustices. Les différences de stratégies couplées à un mauvais entretien du lien social entre militants semblent alors plus faciles à surmonter.

  • Les liens sociaux virtuels s’avèrent aussi précieux que les autres

Parce qu’en période de confinement, ils peuvent être les seuls existant pour les personnes isolées, mais également un moyen de préserver la vie de ses proches les plus fragiles, lorsqu’on évite d’être confinés sous le même toit.

On réalise alors que ces liens peuvent tout autant détruire, blesser, que réconforter. Et que le cyberharcèlement n’est pas un mythe, comme la solidarité existe bel et bien via les médias sociaux.

  • Il est possible de réduire notre empreinte carbone très rapidement

Et on a pu le constater en seulement quelques jours….Preuve que la course effrénée à l’activité que nous menons est directement responsable du réchauffement climatique et de la destruction des ressources naturelles.

  • Notre temps est une ressource bien plus précieuse que n’importe quel patrimoine économique

…Et c’est bien pour cette raison précise que les patrons achètent cette ressource en embauchant des salariés ! Lorsque nous nous retrouvons au chômage (qu’il soit partiel, complet ou technique), nous pouvons perdre de l’argent, mais nous récupérons notre temps. Notre avenir et notre condition ne dépend donc pas uniquement du montant sur notre compte bancaire ou des déterminisme sociaux, mais aussi de la façon dont nous choisissons de gérer notre ressource-temps.

  • Le confinement peut être une torture pour les personnes souffrant déjà de troubles mentaux (et elles sont plus nombreuses qu’on ne veut le croire)

Pour certaines personnes, les interactions sociales réelles et le contact extérieur sont indispensables à leur bien-être mental, mais aussi physique. C’est pour cette raison que si le confinement en France est aujourd’hui plus que nécessaire, et que la responsabilité est aussi individuelle que collective dans son bon déroulement, il est également important de faire preuve de bienveillance envers les personnes supportant mal le climat anxiogène généré par cette mesure.

  • D’autres façons de travailler sont possibles, au-delà de tout culte de la performance

Hier, on estimait que le télétravail n’était possible que pour certaines professions (sous des prétextes souvent validistes), aujourd’hui on essaie de le généraliser un maximum, faute de mieux. Là encore, le télétravail, bien que comportant des limites, permet aux travailleurs d’avoir une plus grande marge de manœuvre sur leur gestion du temps, et donne ainsi la possibilité de réfléchir à des fins plus qualitatives que quantitatives dans le monde de l’entreprise.

  • Tous les rites et codes d’apparence semblent aujourd’hui futiles

Se rendre à un bureau à des heures fixes quelle que soit la quantité de travail à effectuer, atteindre des cadences invraisemblables, se saluer par des bises ou des poignées de main, porter des vêtements inconfortables, remplir des standards physiques improbables, évaluer la qualité d’un travail sur sa forme et non sur le fond, multiplier les réunions interminables…Tout ceci semble bien inutile quand les enjeux prioritaires sont de survivre,  de se protéger mutuellement, et de sauver ainsi la vie et l’économie de son pays.

 

  • La solution de confinement n’était pas la seule pour gérer cette crise

En contrôlant efficacement les personnes provenant de foyers infectés, et en les confinant par précaution, le temps d’avoir du recul sur ce virus, on aurait pu éviter beaucoup de contaminations. En adoptant des règles de civisme, tout en testant un maximum de personnes, on aurait également pu éviter un confinement maximal, comme ceci a été le cas en Corée du Sud.

Finalement, le confinement, c’est déjà le quotidien des personnes oubliées habituellement. Le COVID-19 nous donne une claque collective : pas seulement parce qu’il remet en question entièrement nos comportements et modes de vie (individuels et collectifs), mais aussi parce qu’il nous plonge violemment et brusquement dans la réalité de celles et ceux oubliés par tous ; les personnes n’ayant pas les moyens de sortir de leur dimension de travailleur-consommateur, et toutes celles assignées à résidence par leur condition physique et/ou mentale. Cependant, cette période de confinement nous laisse une opportunité précieuse : celle de reprendre le contrôle de notre temps et de nos vies, pour agir dans la durée.

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La monétisation dans le milieu associatif : Quand, pourquoi et comment.

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A cause du tabou qui plane sur cette question épineuse, la gestion de l’argent dans les structures associatives peut s’avérer très opaque ; ce qui crée un contexte favorable au développement de tout type d’abus.

Seulement, nous verrons que dans beaucoup de cas, la monétisation devient vite nécessaire. Tous les enjeux résident donc dans le fait de pouvoir générer de l’argent sans entrer en contradiction avec les objectifs et valeurs de la structure.

 

 

  • Quand ?

 

    • Lorsqu’on monte un projet clairement défini qui nécessite des fonds

A noter qu’il est nécessaire de dessiner une stratégie pointue de gestion de projet en amont, afin d’y inclure précisément les fonds requis.

    • Lorsque la charge de travail (temporaire ou permanente) nécessite une forte disponibilité

Selon la nature des tâches, et la disponibilité requise pour ces dernières, arrive un moment où la charge mentale ne peut plus reposer uniquement sur du bénévolat. Si on a un besoin d’une tâche précise ponctuellement, on peut faire appel à des prestataires externes, si c’est une tâche de plus long terme, on peut embaucher à durée déterminée. Enfin, si la charge est permanente, il est nécessaire de créer un poste en CDI.

 

  • Pourquoi ?

 

    • Demander une contribution aux bénéficiaires de la structure renforce l’engagement de cette cible

Parce que contribuer à une structure en y adhérant ou en la soutenant financièrement quand on bénéficie de ses actions responsabilise. Les adhérents, militants et donateurs deviennent une partie prenante importante, et sont légitimes pour orienter la stratégie de l’association.

    • Impossible d’obtenir une disponibilité importante/une qualité professionnelle sans budget

…car c’est générateur de stress et de violences. Le bénévolat ne doit se faire que sur la base du volontariat, et il est primordial que ce travail soit valorisé et reconnu afin de bénéficier aux bénévoles.

 

  • Comment ?

 

    • Levée et utilisation des fonds transparentes à 100%

Là encore, il est nécessaire de tracer en amont une stratégie de gestion de projet, afin de connaitre précisément le budget alloué à chaque tâche. De cette manière, on est en mesure de présenter une campagne de financement transparente sur les montants requis et leur utilisation.

    • Vente de produits et de services répondant aux besoins de la population ciblée par la structure

Il est également possible de vendre des produits dérivés ou des services en lien avec la thématique de l’association, pour récolter des fonds supplémentaires, car si les associations loi 1901 sont à but non-lucratif, il est cependant toléré de générer des bénéfices.

    • Réinvestissement automatique des fonds

La condition nécessaire pour que les profits soient en adéquation avec les valeurs éthiques d’une structure c’est qu’ils soient réinvestis de manière pérenne ; projets à impact social positif, création d’emploi, matériel pour améliorer la qualité du travail de la structure….

 

La clé d’une gestion saine des ressources financières, c’est la transparence vis-à-vis des acteurices de la structure, mais aussi vis-à-vis de ses bénéficiaires. En effet, à partir du moment où les règles de gestion sont clairement établies et connues de tous.tes, il n’y a aucun problème à assumer le fait de générer de l’argent.

 

 

Développement personnel : savoir faire le tri entre levier de progrès social et manipulation

Temps de lecture : 2 minutes

Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies d’information et de communication (TIC), il y a une prolifération de « coachs » en tout genre (fitness, nutrition, psychologie etc…) se réclamant du « développement personnel » [terme problématique en soi si on vise une forme de progrès social puisqu’il évoque une approche individualiste].

Cependant, parmi une horde de gourous peu crédibles, voire dangereux, il existe des créateurs de contenu à haute valeur ajoutée, avec un potentiel impact social positif. Voici quelques indicateurs à évaluer pour reconnaître ces derniers.

  • Utilisation d’éléments de langage flous

Prudence lorsqu’on parle de « sortir de sa zone de confort », « prendre des risques » ou de « sortir de ses croyances limitantes », surtout si ces expressions ne sont pas clairement illustrées par des exemples concrets : il y a une nuance entre oser faire certaines choses utiles à son épanouissement, et se mettre en danger.

  • Évacuation totale ou presque des questions sociales et politiques

Un coach qui ne prend pas en compte les inégalités de genre, la question raciale ou votre situation économique ne pourra jamais vous conseiller efficacement, car il négligera une partie importante du contexte social dans lequel vous évoluez. Par exemple, vous inciter au « miracle morning » (pratique qui consiste à se réveiller beaucoup plus tôt le matin pour faire plus d’activités en une journée) alors que vous souffrez de n’importe quelle maladie chronique, ou que votre corps réclame du sommeil est une approche validiste. Les contenus visant la mise en place d’une routine peuvent générer de l’anxiété, voire des TOC (troubles obsessionnels compulsifs), à cause de l’augmentation de la charge mentale que vous pouvez vous infliger suite à la consommation de ce type de productions. Pareil pour les injonctions au « healthy lifestyle » (style de vie sain), qui peuvent perturber votre relation avec la nourriture, voire provoquer des troubles du comportement alimentaire (TCA).

  • Présence d’un discours culpabilisant

Les injonctions du type « quand on veut on peut » ou la variante « il faut se faire violence pour obtenir des résultats » peuvent vous pousser à des comportements addictifs dangereux pour votre santé physique et mentale.

  • Présentation des solutions proposées comme des alternatives à la spiritualité ou à la médecine classique

Un coach responsable est dans l’obligation morale de vous conseiller un avis médical et/ou de vous écouter en priorité lorsqu’il vous prodigue un conseil. Leurs prestations d’accompagnement peuvent éventuellement servir de complément à un traitement médical ou une introspection personnelle, mais jamais de substitut.

  • Présence d’un discours complotiste

Il y a danger également lorsque le discours tenu à propos des institutions classiques fait écho à des théories complotistes…souvent fausses.

  • Confusion entre retour d’expérience personnelle et vérité générale établie scientifiquement

Un coach honnête se doit de distinguer son retour d’expérience et une vérité scientifique, sauf s’il est en mesure d’appuyer son témoignage à partir de faits rigoureusement démontrés.

  • Promesse de miracle à partir de solutions « clé-en-main » et simplistes pour résoudre un problème complexe

Le rôle d’un coach est de vous accompagner dans une démarche que vous entreprenez individuellement, et non de répondre à votre place à vos questions ; ceux qui vous promettent des solutions « magiques » risquent de vous mettre en danger.

 

Finalement, les outils utilisés dans ce qu’on appelle le « développement personnel » (qui est en réalité un accompagnement complémentaire médical ou psychologique) peuvent contribuer à une empreinte sociale positive, à la seule condition d’être dans une démarche de travail politique et social de fond, sur le long terme, avec une vision à l’échelle collective.

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De l’intégrité à la bienveillance

Temps de lecture : < 1 minute

Lorsque l’ont s’engage sincèrement, on est très souvent intègre. Seulement, si on vise des pratiques militantes saines, l’intégrité est loin d’être suffisante, s’auto-proclamer « bienveillant » ne signifie pas qu’on l’est dans les faits. Quels outils peut-on déployer pour l’être ou le devenir ?

  • Poser des limites et respecter celles des autres

C’est en connaissant ses propres limites, et en les communiquant aux autres clairement dans un premier temps qu’on est en mesure de respecter celles des autres. En effet, il est inutile de vouloir aider la terre entière si vous acceptez qu’on introduise votre espace vital, et que vous répercutez les retombées (souvent négatives) de cette intrusion autour de vous.

  • Faire usage d’une communication non-violente

La communication non-violente est un outil formidable pour apprendre à exprimer clairement ses besoins aux autres sans jamais être dans une imposition verticale. Ceci est important dans un contexte où le travail bénévole est encore la norme, et où les liens de subordination informels voire les situations de harcèlement se prolifèrent.

  • Apprendre à [vraiment] écouter

Il s’agit de la partie difficile lors de la création de liens. Parce que cela nécessite de se décentrer, mais aussi de se mettre à la place de l’autre, pour comprendre l’expression de ses besoins.

 

Si la bienveillance est un indicateur important de pérennité d’une structure, il ne faut jamais effacer la notion de politique au nom d’elle. En effet, l’obsession du  « safe » peut s’avérer contre-productive, et entraver le calendrier politique d’une organisation.

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Reconnaître les signes d’une omerta au sein d’une structure

Temps de lecture : < 1 minute

Lorsque nous constatons une situation de violence, bien souvent, la loi appliquée est celle du silence. La première étape pour en sortir serait donc logiquement d’identifier les éléments qui nous empêchent de parler, afin de les débloquer.  

  • Les oppresseurs prennent garde à ne pas laisser de traces écrites des échanges problématiques

Cette pratique permet de limiter les preuves de malveillance, et de décrédibiliser la parole d’éventuelles victimes.

  • Vous recevez des menaces, des pressions et vous subissez du chantage dans le but de vous empêcher de parler

Il s’agit de méthodes d’intimidation, voire de harcèlement si ces actes sont répétés.

  • On vous demande de vous taire pour « l’intérêt de la lutte »

Il s’agit d’une forme de chantage affectif, qui vise à vous culpabiliser dans l’échec du combat mené dans la structure. Cet argument est bien entendu faux. Aucune lutte ne vaut la peine pour que des militant.e.s soient maltraité.e.s. C’est même tout le contraire : aucun combat ne peut être mené correctement si des personnes sont laissées sur le bas-côté.

  • Il y a une inertie face aux violences

Cette inaction peut être due à un lien de dépendance au niveau de la structure, ou à la protection d’intérêts personnels.

  • Des stratégies sont construites pour rendre toute prise de parole impossible

Dans ce cas, il est certain que les intérêts des personnes qui commettent des violences sont protégés.

 

Lorsque tous les espaces sont cloisonnés au sein d’une structure pour témoigner de violences, il faut impérativement en trouver d’autres à l’extérieur. Il peut s’agir de personnes de confiance dans un premier temps, puis dans des espaces plus collectifs.

Du dilemme entre justice et posture militante

Temps de lecture : < 1 minute

La politique n’a rien de pur. Nous finissons tous par le réaliser tout au long de la durée de notre engagement. Même si beaucoup aiment se voiler la face et se raconter des histoires en se prenant pour des justiciers. Parfois, nous devons choisir entre nos convictions et la recherche de la vérité. Et souvent, nous sommes amenés à nous salir les mains….Toujours pour la bonne cause.

  • Certaines postures sont indispensables à la construction d’un rapport de forces…

Elles deviennent donc prioritaires et indispensables à préserver : pour lutter contre les violences sexuelles par exemple. Dans ce cas précis, un contexte hors institutions où la charge de la preuve est inversée est prioritaire, devant la recherche de vérité.

  • D’autres, sont en revanche, un moyen pour conserver des privilèges

Comme la posture qui consiste à organiser son impunité lorsqu’on est coupable d’agression pour exercer une emprise sur l’ensemble de la communauté militante, entretenir une logique de monopole pour capter toute l’attention et toute l’énergie militante (par conséquent, empêcher ou étouffer toute forme d’initiative), ou encore exiger que tout conflit se règle en interne, ce qui développe une certaine omerta.

  • Ces postures ne peuvent servir de prétexte à l’abandon de toute forme de justice

Dans tous les cas, il faudra, tôt ou tard, faire le travail d’investigation qui mènera à la vérité pour prendre des décisions.

Il convient d’étudier l’origine de chaque posture avant de porter un jugement sur elles, et de comprendre que tous les intérêts n’ont pas forcément vocation à converger. Mais il est également important de se baser sur des principes éthiques et une ligne de conduite transparente sur les pratiques militantes, afin de garantir une certaine traçabilité.

Sortir du lien de subordination du salariat : l’angle mort de la gauche radicale (3/3)

Temps de lecture : 2 minutes

Aujourd’hui, le prix à payer pour une sécurité de l’emploi et la stabilité financière qui l’accompagne, c’est le lien de subordination, malgré toute la souffrance qu’il peut engendrer.

S’il existe des revendications au sein de la gauche radicale qui vont vers son atténuation (réduction du temps de travail, augmentation des salaires, ergonomie des postes de travail…), il n’y a pour l’instant aucune alternative de crédible, l’entreprenariat étant une solution trop précaire pour la majorité des salariés actuels.

Ainsi, les enjeux de cette question résident dans les compromis possibles entre un travail salarié contraignant et pénible et un entreprenariat risqué, voire dangereux.

  • Permettre la sortie du salariat en offrant un minimum de sécurité

Parce qu’on ne peut pas exiger une flexibilité extrême à des travailleurs si on ne leur offre pas un minimum de garantie et de confort ; en effet, selon le WEF, la flexibilité des travailleurs dépend de leur capacité à s’adapter à un environnement nouveau, et ceci demande un investissement considérable, notamment en termes de formation et de santé.

  • Sortir de l’injonction au travail lucratif

Aujourd’hui, le travail valorisé et visible est celui perçu comme rentable financièrement, ou du moins, comme gagne-pain. A côté, le travail bénévole ou domestique, pourtant utile socialement, n’est pas reconnu comme tel, car on est obligé d’avoir un travail rémunéré pour vivre décemment, mais aussi pour exister socialement, même si ce travail (salarié ou non) n’a aucun sens, est exercé dans de mauvaises conditions, fait souffrir celles et ceux qui l’exercent ou a un impact négatif sur la société.

Lutter contre les mauvaises conditions de travail, la souffrance au travail, pour la réduction du temps de travail et l’augmentation des salaires est bénéfique, mais c’est loin d’être suffisant.

  • Valoriser et permettre les vocations avec un impact social positif, encore trop peu visibles

Si on veut favoriser le travail bénévole, il faut faire en sorte de mettre en place les moyens nécessaires pour que ce travail ne soit pas pénalisant pour celles et ceux qui souhaitent l’exécuter. Et si on veut attirer des candidatures vers les métiers utiles socialement (comme ceux de l’enseignement ou de l’entretien), il est nécessaire d’offrir un cadre et une reconnaissance à la hauteur de l’apport sociétal de ces activités.

L’intelligence artificielle ayant une forte incidence sur nos façons de travailler dans une période de mutation économique, il devient urgent d’à la fois repenser la question du travail en dehors du contexte du salariat, mais aussi de protéger les entrepreneurs de la précarité, du travail dissimulé et de l’exploitation.

Également, dans un souci d’efficience, mais aussi de lutte contre le gaspillage et l’hyperconsommation, il est important de favoriser l’émergence d’un entreprenariat social et solidaire à forte valeur ajoutée.

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Pourquoi travailler plus ne fait pas (vraiment) gagner plus (2/3)

Temps de lecture : 2 minutes

La formule « travailler plus pour gagner plus » a rendu Nicolas Sarkozy populaire pendant sa première campagne présidentielle, et sa mesure de défiscalisation des heures supplémentaires a été bien accueillie par les salariés qui en ont bénéficié, car ils ont gagné en pouvoir d’achat.

Or, cette solution n’est qu’un pansement sur l’hémorragie ; non seulement elle pose d’autres problèmes (surcharge de travail, suppressions de postes, licenciements économiques), mais en plus, elle permet aux salariés seulement de récupérer les miettes que les dirigeants d’entreprises veulent bien leur accorder. Explications.

  • Travailler plus, c’est à la fois prendre le risque de réduire sa productivité et de ruiner sa santé sur le long terme

D’une part parce que la productivité se mesure en calculant le rapport entre le nombre d’unités produites sur le temps passé à les produire, et mathématiquement, ce nombre diminue lorsqu’on allonge le temps de travail. D’autre part, parce que l’allongement du temps de travail provoque de l’épuisement professionnel, coûteux sur le long terme, en plus du préjudice subi par les travailleurs.

  • Le travail salarié requiert une disponibilité constante, mais rapporte peu d’argent dans la plupart des cas, malgré la sécurité de l’emploi

Si un salaire fixe permet une sécurité financière relative, le lien de subordination qui l’accompagne peut aussi faire perdre au travailleur une bonne partie de son autonomie, notamment en termes de temps de travail.

En effet, les heures supplémentaires ne sont pas forcément rémunérées (Cf. les modalités du forfait jour), et mêmes lorsqu’elles le sont, les bénéfices obtenus ne sont pas toujours supérieurs aux risques pris.

  • Les personnes au meilleur pouvoir d’achat sont celles qui savent où investir leur temps et leur argent

Contrairement à ce que l’idéologie dominante voudrait nous faire croire, ce n’est pas le nombre d’heures de travail qui permet une meilleure rémunération, mais bien une gestion intelligente et efficiente des ressources humaines, horaires et financières.

 

Si un bon salaire en début de carrière permet d’épargner, sur le long terme, ce n’est pas ce qui rapporte le plus. Ce qui fait réellement gagner plus d’argent c’est de savoir où investir son temps et son argent, tout en faisant travailler d’autres pour soi afin de se consacrer à ce qui est le plus rentable.

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Pourquoi l’injonction au salariat est une entourloupe (1/3)

Temps de lecture : 2 minutes

A cause de la généralisation de l’intérim et des contrats précaires, le CDI est perçu à juste titre comme la perle rare qu’il faudrait poursuivre à tout prix.

Seulement, la stabilité financière qu’offrent ces contrats a un prix non négligeable : le lien de subordination et le manque d’autonomie qui souvent l’accompagne.

Ainsi, il n’est pas toujours judicieux de courir après ces contrats si on ne sait pas dans quoi on s’engage.

  • L’offre de salariat se raréfie à cause de la transition économique

Parce qu’aujourd’hui le travail s’automatise et « s’ubérise », le travail salarié est de moins en moins adapté, voire plus du tout pertinent dans ce contexte : c’est d’ailleurs pour ces raisons que désormais la norme de recrutement n’est plus celle du CDI.

Nous sommes donc souvent contraints à la précarité, faute d’alternative crédible, et poursuivre l’opportunité d’un travail salarié stable devient de plus en plus complexe.

  • Les conditions du travail salarié se dégradent

Ainsi, avec la baisse de travailleurs salariés, la charge de travail s’intensifie et repose sur ceux qui le sont encore. En effet, comme l’offre de travail salarié se raréfie, le rapport de forces est de plus en plus tendu au niveau du climat social au sein des entreprises, ce qui détériore fortement l’environnement de travail.

  • Le salariat peut être une forme de contrôle social visant à bloquer les initiatives innovantes

Parce que le lien de subordination conditionnant le travail salarié entrave l’autonomie de manière plus ou moins importante, les travailleurs les plus créatifs peuvent se retrouver limités au niveau de leur épanouissement, dès lors que leurs idées dépassent le cadre du système de valeurs instauré dans une entreprise.

 

Si aujourd’hui le salariat ressemble de moins en moins à une option de sécurité, l’option de l’entreprenariat n’est pas forcément plus rassurante. En effet, aujourd’hui il existe une nouvelle forme de prolétariat, appelée aussi « précariat », proliférant en partie à cause du statut d’auto-entrepreneur : statut dont les employeurs abusent pour faire l’économie de cotisations sociales dues pour tout travail salarié. L’injonction à l’entreprenariat, surtout dans ce contexte incertain, est donc loin d’être meilleure que celle au salariat. La seule issue pour sortir à la fois de la précarité et du lien de subordination, serait de favoriser un entreprenariat comprenant une intelligence du marché, avec une réelle valeur ajoutée, et une prise en compte de l’empreinte sociale.

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