Témoignage abstention. « Ce qui peut me faire revenir vers les urnes, ce sont les listes citoyennes, comme celle montée pour les régionales en Ile-de-France. Des candidats qui viennent du terrain, qui ne jouent pas sur le buzz. »

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Imane, assistante sociale, 31 ans

« Je suis assistante sociale à l’hôpital. Je suis chargée de la protection de l’enfance et de l’accès aux soins pour les plus démunis : réfugiés, personnes âgées avec peu de ressources, victimes d’attentats…

J’ai eu mon bac facilement, mais je ne savais pas quoi faire. J’ai fait donc une année de fac d’histoire pour prendre le temps de réfléchir à mon orientation. Je savais que je voulais faire quelque chose d’utile. J’ai pensé à une carrière dans le domaine du droit ou du journalisme. On m’a proposé de passé le concours pour être assistante sociale, et je l’ai eu du premier coup. J’exerce ce métier depuis 10 ans maintenant. Le métier est passionnant mais difficile psychologiquement, c’est pourquoi je me fais muter tous les 5 ans. En effet, je me sens souvent impuissante lorsque je me vois refuser des dispositifs à des gens parce qu’ils ne rentrent pas dans la bonne case alors que je suis convaincue qu’on pourrait aider plus. Le pire, c’est que souvent dans les cas que je prends en charge, la détresse médicale s’ajoute à la détresse sociale.

Je n’ai jamais milité pour des associations ou des partis politiques. J’aide ponctuellement quand je le peux, mais mon engagement est déjà très présent au niveau de mon travail qui me prend beaucoup d’énergie. Je trouve que dans ces organisations, il y a aussi beaucoup de communication mais peu de fédérations ou d’actions concrètes, voire de la concurrence malsaine.

En 2012, j’ai voté Hollande aux 2  tours. C’était la seule alternative crédible pour combler le manque de moyens publics de façon pragmatique, je croyais encore au « vote utile ».

Finalement, la seule mesure de son programme qui a été appliquée a été le mariage pour tous. Je ne suis pas contre, mais c’est une mesure symbolique qui ne règle pas forcément la question de l’homophobie sur le fond et en plus ne concerne qu’une minorité de citoyens.

Depuis, j’ai arrêté de voter. Les campagnes ne portaient pas sur nos problèmes mais sur le conflit avec les adversaires politiques. Je préfère m’abstenir plutôt que de voter blanc, car on parle plus des abstentionnistes que des votes blancs. J’espère qu’un jour les grands médias se poseront les bonnes questions. En attendant, je m’informe via les médias alternatifs que l’on trouve sur les réseaux sociaux.

Ce qui peut me faire revenir vers les urnes, ce sont les listes citoyennes, comme celle montée pour les régionales en Ile-de-France. Des candidats qui viennent du terrain, qui ne jouent pas sur le buzz. J’ai d’ailleurs voté pour eux au premier tour des régionales. Ils n’ont fait que 0,23 % mais pour une fois, j’ai eu le sentiment de voter en adéquation avec mes convictions. Je me suis évidemment abstenue au second tour.

Pour moi, la politique est avant tout une affaire de conviction. Je trouve tellement triste qu’il y ait des gens qui marchent dans le piège du clientélisme électoral, et qui votent pour que leur dossier de logement se trouve en haut de la pile et pas pour un programme.

Je ne marche plus dans le chantage qui consiste à faire « barrage au FN » parce que pour moi la gauche aujourd’hui fait le jeu du FN en appliquant une partie de son programme avec la déchéance de nationalité par exemple. Le haut score du FN n’est pas dû à leurs adhérents, mais bien à tous ceux qui ont préparé le terrain pour qu’il atteigne ce niveau.

Je trouve le système électoral complètement injuste. Aujourd’hui, les petites listes n’ont pas les mêmes moyens financiers que les grand partis et ça se voit dans les bureaux de vote, où il n’y a pas assez de bulletins de vote car l’impression est très chère et qu’il faut faire 5% minimum pour être remboursé de ses frais de campagne. Peut-être que le vote électronique serait une bonne solution pour limiter l’abstention et permettre à toutes les listes d’avoir les mêmes chances de remporter un scrutin. Ce qui doit aussi changer selon moi, ce sont les grands médias qui doivent renouer avec leur mission d’informer le peuple sur les différentes alternatives durant les élections, et non servir de contre-pouvoir comme c’est le cas aujourd’hui. »

 

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