Pourquoi nous sommes nombreux à ne plus faire confiance à la gauche

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Après la convergence de façade de la marche du 10 novembre 2019, les cadavres échoués de la division commencent à remonter à la surface, et les masques commencent à tomber. Parmi les nombreuses personnes lucides qui ont refusé de marcher pour ces raisons, encore trop peu osent témoigner des tromperies infligées au mouvement antiraciste par la gauche. Voici une liste non exhaustive des raisons pour lesquelles la gauche française séduit de moins en moins les populations non-blanches touchées de plus en plus violemment par le racisme ainsi que les habitant.e.s des quartiers populaires.

  • Il n’y a pas de lutte antiraciste concrète au sein de la gauche, ni réelle politique inclusive en interne

Les commissions antiracistes existent dans les organisations de gauche, mais n’ont pas forcément la main sur l’agenda prioritaire de leur structure. Leur pouvoir est donc fortement limité. De plus, ces commissions ne sont pas toujours en non-mixité, ni même tenues par des personnes concernées directement par le racisme, ce qui biaise d’emblée leurs orientations. D’ailleurs, même si les militants non-blancs sont présents en nombre suffisant dans ces organisations, ils sont rarement mis en avant et ont rarement des responsabilités. Les rares qui arrivent à être propulsés, sont souvent désavoués, voire sabotés, parfois publiquement.

  • L’antiracisme à gauche permet trop souvent de capitaliser au niveau électoral

Cependant, la gauche affiche souvent des campagnes antiracistes pour cibler les populations non-blanches. D’une part pour se donner bonne conscience (la fameuse white guilt), d’autre part, parce qu’elles ciblent un électorat non-blanc. Le problème c’est que cette capitalisation profite rarement à ceux qui subissent au quotidien le racisme systémique, mais plutôt à l’agenda politique de la gauche. A cela s’ajoute une vision fantasmée des personnes non-blanches et des victimes de racisme structurel, comme des personnes forcément trop vulnérables pour s’organiser politiquement de façon autonome, et dépendantes de la gauche blanche. L’antiracisme, existant principalement sous le prisme moral à gauche, disparaît d’ailleurs rapidement de leur calendrier politique dès lors que la victime en question ne répond pas à leurs carcans misérabilistes.

  • La gauche refuse encore aujourd’hui de reprendre les éléments de langage définis par les mouvements antiracistes autonomes

Et c’est également à cause de ce prisme moral que la question du racisme n’est pensée que trop rarement en des termes politiques au sein de la gauche. La preuve, même en ayant signé un appel à manifester ou en ayant manifesté avec des organisations antiracistes travaillant sur le terrain, la gauche continue à se distancier d’une manière ou d’une autre de ces structures pourtant légitimes. Au mieux ils désavouent publiquement les organisateurs et s’approprient les mots d’ordre pour qu’ils collent à leur idéologie, au pire ils apportent leur part de diffamation en hurlant avec les loups. Dans tous les cas, ils n’assument pas leur part de responsabilité dans l’islamophobie structurant la société française.En effet, récuser le terme d’islamophobie, c’est  se distancier des acteurs de terrain qui ont théorisé sur la question et parler de « guerre de religions » permet de nier les origines coloniales de ce racisme, et ainsi de ne pas prendre sa part de responsabilité.

  • L’étiquette de la gauche  dans les collectivités territoriales n’est pas une garantie de progrès social

Malgré une idéologie humaniste affichée, les problèmes de démocratie et de transparence existent aussi dans les municipalités de gauche, même radicale. Il y a également un manque d’éthique qui fait que les apparatchiks majoritairement blancs vivant de la politique, et profitant du système, ne sont pas dans des parcours de vie normaux qui leur permettraient de faire des choix et de prendre des décisions politiques ayant un impact social positif sur la population locale.

  • Les racistes sont protégés au sein de leurs organisations

L’exemple flagrant est celui d’Henri Peña-Ruiz qui déclarait lors de la récente université d’été de LFI qu’on avait « le droit d’être islamophobe », défendu par Danielle Simonnet dans un long billet de blog, où elle récuse le terme d’islamophobie pour parler du racisme systémique qui vise les personnes de confession musulmane, réelle ou supposée. Cette dernière maintient son propos, quand bien même elle aurait participé à la marche du 10 novembre contre l’islamophobie ; ce qui lui permet donc de s’exonérer de toute forme de responsabilité dans le développement de l’islamophobie dans le pays, et ce, même après avoir défendu son camarade ayant tenu des propos islamophobes.

Avec tout ceci, nous avons des pistes de réflexions sur les raisons pour laquelle les personnes non-blanches ne font plus forcément confiance à la gauche, même radicale, et également les preuves qu’elle n’est pas une alliée naturelle de l’antiracisme. Les seules alliances possibles avec le champ politique blanc, c’est quand il y a convergence ponctuelle d’intérêts, et surtout lorsqu’il y a reconnaissance totale de la responsabilité de la classe politique française dans son ensemble dans le fait colonial. Sans cette étape nous resterons dans le déni, et toute manœuvre antiraciste émanant de la gauche demeurera une manœuvre de récupération.

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