50 Shades of Bassem

Temps de lecture : 3 minutes

36656591_10156399087439356_855274103421009920_nLe nom et « l’oeuvre » de Bassem ne m’évoquent que des œuvres d’art contemporain, toutes plus choquantes et absurdes les unes que les autres.

« Between shit and artchitecture», by Anish Kapoor. Parce que Bassem, c’est un monument à lui tout seul, construit à base de merde.

« Le Plein du Vide », by Xu Yi, parce que c’est impressionnant de réussir à occuper autant d’espace, tout en ne se basant sur rien.

Bassem, c’est ça ; un être aussi fascinant qu’affligeant, qui nous fait autant rêver, rire, que pleurer. Bassem, c’est le mec qui réussit à avoir son portrait dans Le Parisien, sur BFM TV, et même dans le NY Times tout en se clashant sur Snapchat avec des jeunes de 15 ans alors qu’il en a 45. Bassem, c’est le mec qu’on adore détester, mais aussi qu’on déteste adorer.

Parce qu’avouons-le, si Bassem est une drôle de caricature faite à base d’un conglomérat plutôt infâme mêlant sexisme et racisme, il a le mérite de faire rire avec son sens de la formule maladroit et sa ponctuation à base d’insultes en dialecte tunisien. Bassem, c’est un peu notre plaisir coupable, qu’on kiffe en privé, mais qu’on peine à avouer en public, nous les militants des causes humanistes. Un peu comme nos idoles et nos tenues datant de nos années collège.

Seulement, Bassem, c’est bien plus qu’un guilty pleasure sans conséquence. En effet, si le ridicule du personnage ne tue pas, son instrumentalisation est néfaste pour les citoyens musulmans de ce pays surprenant qu’est la France.

Et oui, Bassem, c’est un n-ième idiot utile qui permet à la société française de taper joyeusement sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un musulman ou à un jeune des quartiers populaires. Et dans un pays qui a une fâcheuse tendance à ériger des ânes en représentants des minorités sociales et qui a beaucoup trop besoin de nous imposer des représentants pour nous essentialiser, (on se souvient tous et toutes de « l’imam » Chalghoumi désolé pour Charles, le pauvre), Bassem comme représentant, c’est d’abord un PROBLÈME.

En effet, on savait déjà que le racisme structurel était friand des représentations maghrébines promptes à taper sur les leurs lorsqu’il s’agit de laver le linge sale en public concernant la délinquance et le sexisme. On en a bouffé jusqu’à l’écœurement des Lydia Guirous, des Fadela Amara, des Malek Boutih, j’en passe et des meilleures. On a appris à les combattre, ces cautions toxiques, en se construisant politiquement de manière indépendante, tout en respectant notre éthique et notre diversité, même si le travail est loin d’être terminé.

Sauf que le cas Bassem nous court-circuite. Parce que pendant que des frères et des sœurs luttent contre le racisme, Bassem réduit leur résistance à des questions purement identitaires. Pendant que nos sœurs se font salir, Bassem enfonce le clou en les salissant de plus belle en leur faisant la morale de manière malveillante au lieu de les protéger ; même si lui ne semble pas souffrir de dissonance cognitive lorsqu’il s’adonne lui-même à ce qu’il critique chez les femmes maghrébines. Pendant que nous tentons de faire front avec les Noirs et les Roms face au racisme, Bassem vomit sa négrophobie et sa romophobie, dans le plus grand des calmes, et avec la bienveillance de tout le monde (ceux qui estiment par pur paternalisme que critiquer un musulman est inutile, et ceux qui adorent avoir une raison pour taper sur les musulmans/jeunes de banlieues).

Ainsi, d’une manière terrifiante, Bassem réussit le tour de maître d’être à la fois la caution pour taper sur les autres musulmans et jeunes de quartiers populaires, et le combo orientaliste des pires clichés sur les hommes maghrébins et musulmans (violents, sexistes et peu instruits). C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que son influence est audible, jusque dans les plus grands médias, quand d’autres hommes musulmans qui sont d’honnêtes militants, travailleurs, intellectuels peinent à faire entendre leur voix plus légitime, et plus représentative. Soyons clairs, Bassem, avec ses outrances, ne dérange absolument pas la classe politique dominante ; en effet, comme il clame haut et fort aimer et respecter la République, il peut se permettre son sexisme et son racisme envers d’autres minorités raciales, quand bien même son comportement haineux servirait de prétexte au racisme envers les arabes et les musulmans.

L’enjeu est donc de poser les limites de l’amour révolutionnaire dans la lutte antiraciste, et de se poser la question si cet amour est vraiment sain lorsqu’il est inconditionnel, malgré la violence qu’il peut procurer, comme dans le cas de Bassem.

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