L’enjeu des questions raciales dans les affaires de viol (5/5)

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Si les affaires de viol sont déjà extrêmement complexes à résoudre, elles deviennent un véritable calvaire (notamment pour les victimes) lorsque la question raciale est en jeu. Surtout lorsque le suspect est un homme noir ou arabe, ainsi que la ou les victimes présumées.

« C’est ainsi que nous deviendrons un champ de bataille. Nous serons malmenées, écartelées. Soumises pour les uns, traîtres pour les autres. » Voici comment Houria Bouteldja décrit la condition des femmes indigènes en France, dans « Les Blancs, les Juifs et nous ». Car dans un système où le racisme encourage le patriarcat blanc, sans détruire le patriarcat indigène, la femme indigène est toujours perdante. Ici, « les uns » désignent les hommes blancs, et « les autres », les hommes indigènes. Ces phrases démontrent assez justement que les femmes indigènes en France se retrouvent dans un étau à la fois raciste et sexiste, et qu’elles sont sans cesse confrontées au dilemme qui est de se protéger du racisme, ou du sexisme quand elles ne peuvent pas se protéger des deux.

Et justement, lorsqu’un homme arabe et noir est suspecté de viol sur une victime noire ou arabe, non seulement l’homme arabe ou noir est confronté à un traitement d’exception indéniablement raciste, mais aussi, la victime se retrouve confrontée au difficile choix qui est de se sacrifier pour éviter qu’un homme noir et arabe se retrouve confronté au système judiciaire et carcéral raciste, ou de dénoncer son violeur, et donc accepter d’être « sauvée » par une justice raciste. C’est ce que décrit Houria Bouteldja dans « Les Blancs, les Juifs et nous » , quand elle relaye le témoignage d’une femme noire victime de viol par un homme noir, qui dit : « je n’ai jamais porté plainte parce que je voulais vous protéger. Je ne pouvais pas supporter de voir un autre homme noir en prison. »

C’est pourquoi on est obligé de se poser les questions suivantes : est-il nécessaire de forcément sacrifier les victimes de viols par des hommes indigènes lorsqu’on combat le racisme systémique ? Peut-on condamner les victimes qui se résignent à être défendues par un système raciste ?

En effet, s’il est primordial de questionner le système judiciaire et carcéral qui est profondément raciste, on ne peut pas exiger une solidarité inconditionnelle des femmes indigènes, s’il n’existe pas de cellule les protégeant du patriarcat indigène, indépendamment du féminisme blanc, bien entendu. D’une part il faut éviter au maximum le recours à la justice raciste, d’autre part il est impératif de construire un rapport de forces favorable aux femmes indigènes au sein même des mouvements se réclamant de l’antiracisme politique. Sans cela, on ne peut pas reprocher à des femmes indigènes d’avoir recours à une justice raciste, car c’est le seul et unique recours qui leur reste.

Concrètement, dans un système raciste où il n’existe pas de justice antiraciste et où la seule réponse au viol est la sanction carcérale, il est nécessaire de penser à d’autres formes de sanctions envers les violeurs, applicables au sein même des mouvements antiracistes, comme le fait d’empêcher les violeurs présumés d’avoir accès à des positions de pouvoir, et d’être confronté à des victimes potentielles.

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