Où commence l’islamophobie ?

Temps de lecture : 6 minutes

Les rares fois où l’on entend parler d’islamophobie, c’est pour évoquer des agressions sur des femmes voilées. Car oui, même si on commence à en parler, les infos à ce sujet sont encore trop peu diffusées. Sujet tabou. Trop sensible. Tellement gênant, que l’on préfère se voiler à la face en parlant pudiquement de « racisme anti-musulmans » à défaut de pouvoir découvrir [dans tous les sens du termes] le dessein de ces femmes , et plus largement, de tous ceux qui, de manière revendiquée ou non, se trouvent être de culture, ou de confession musulmane.

Bien sûr, ce qu’on omettra de vous préciser, c’est que ces agressions, dont le nombre croît de manière effroyable, ne sont que la partie visible de l’iceberg. Or si la partie immergée n’est pas la plus sanglante, elle n’en reste pas moins sournoise.

Ainsi, dans la liste qui suit, on constatera que la violence de l’islamophobie ne se traduit pas seulement par des histoires de coups et de blessures, ou de vandalisme ; c’est aussi l’accumulation de remarques, actions, paroles, idées [assumées ou refoulées] qui de manière insidieuse envahit notre quotidien depuis désormais plusieurs décennies. Et c’est bien ici que commence le problème.

En effet, ne vous en déplaise, l’islamophobie, c’est aussi :

  • Quand une collégienne se voit privée de cours, rejetée par les profs et les élèves à cause de bandeaux sur la tête et de jupes trop longues et qu’elle est sous anti-dépresseurs à l’âge de 15 ans (Cf. Premier chapitre de l’ouvrage « Islamophobie :Comment les élites fabriquent le problème musulman » par Marwan Mohammed et Abdellali Hajjat)

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  • Quand une collégienne (encore une !) n’a même pas le droit de mettre les pieds dans l’enceinte du collège alors qu’elle respecte la loi sur la « laïcité » en retirant son foulard à l’entrée, et ce sans le moindre avertissement ni conseil de discipline parce que sa jupe serait trop longue. Outre le ridicule de cette excuse (puisque la jupe en question est portée par de nombreuses clientes de Kiabi, toutes confessions confondues), il faut noter que le droit à l’éducation de cette enfant (qui n’a pas 16 ans) n’est pas respecté. Jules Ferry aurait adoré.

2

  • Quand la ministre de l’Éducation Nationale (pourtant de culture musulmane) soutient cette décision illégale sous couvert de « lutte contre le prosélytisme » sans aucune preuve tangible du supposé « comportement prosélyte » de la jeune fille.

3

  • Quand un directeur d’école dénonce un enfant de 8 ans pour « apologie du terrorisme » à la police défaut de remplir son rôle éducatif pour des propos malheureux

4

  • Quand la même ministre maquille la vérité sur cette affaire (Cf. Affaire Ahmed)

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  • Quand on minimise l’islamophobie par rapport à l’antisémitisme dans la lutte anti-raciste

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  • Quand le corps des femmes musulmanes appartient plus à la République qu’à elles-mêmes à cause de lois liberticides

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  • Quand on accuse un étudiant musulman pratiquant qui mange hallal de « faire chier » parce qu’on veut organiser un repas de promo dans un restaurant de grillades (alors que le mec veut quand même participer quitte à payer pour les autres sans manger lui-même)

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  • Quand un étudiant abruti engueule la secrétaire de l’école dans un mail envoyé à TOUT LE MONDE parce que cette dernière informe que la cafétéria propose des sandwichs à la dinde hallal en plus des sandwichs existants

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  • Quand le frère de ton amoureux lui demande si tu bois de l’alcool, si tu manges du porc et si tu acceptes les relations sexuelles pour vérifier que tu sois pas intégriste

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  • Quand on te pose des questions gênantes sur ta sexualité et/ou sur ta présupposée « virginité » parce que tu es une femme

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  • Quand on te pose toujours les mêmes questions reloues pendant le Ramadan alors que le jeûne temporaire est une méthode de nutrition aussi utilisée par des non-musulmans

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  • C’est aussi quand tu te sens obligée de mentir sur ta pause déjeuner pendant le Ramadan pour éviter les remarques stupides et désobligeantes

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  • …Ou quand tes voisins de chambre à l’internat trouvent marrant de foutre une tranche de jambon sous ton oreiller

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  • ou encore quand on te dit « c’est cool d’avoir un Sam sur qui compter » parce que t’es le seul à pas picoler

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  • Quand quelqu’un qui ne connaît absolument pas ta religion se permet de s’ériger en moufti parce que tu bois de l’alcool/manges du porc/fais ce que tu veux de tes fesses

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  • Quand on te colle une image de « nana qui veut pas s’intégrer » parce que tu refuses une invitation à une soirée étudiante où il y a plus de 200 personnes/trop d’alcool/des viols et que tu connais personne (et qu’en plus t’es jamais allée dans ce genre de soirées)

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  • Quand on te sort après ça que c’est parce que tu juges les agnostiques qui font la fête

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  • Puis qu’on te colle cette image aux yeux des profs qui finissent par te clasher pendant toute l’année scolaire

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  • Quand on te pose plusieurs fois la question « pourquoi tu ne portes pas le voile si tu es musulmane ? »

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  • Quand on te fait les yeux ronds lorsque tu dis que le mariage de tes parents n’a pas été arrangé par la famille. Ni celui de tes grands-parents d’ailleurs.

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  • Quand à la cantine on te fait une crise de jalousie par ce que tu as eu un cordon bleu/un steak/du poisson pané à la place du lard tout dégueulasse

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  • Quand des profs s’acharnent sur tes gosses parce que tu portes le voile et qu’ils ne s’imaginent pas que tu as toi aussi un bac +5

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Avec tous ces exemples d’islamophobie ordinaire (provenant de ce que moi et mes proches ont pu vivre), on aura compris que le responsable de ce phénomène ce n’est ni la gauche, ni la droite (extrême ou non) mais bel et bien l’ignorance. D’une part, les non-musulmans ne prennent pas la peine de se renseigner avant de donner leur avis sur l’Islam. D’autre part, une partie des musulmans encourage le repli sur soi sous prétexte de se protéger au lieu de s’ouvrir aux autres pour mieux vivre ensemble.

Outre le fait de combattre l’ignorance en ne fermant pas le dialogue pour cause de crispation identitaire, il serait aussi judicieux ne pas instrumentaliser les violences à caractère islamophobe dans le but de s’octroyer de la publicité sous couvert de militantisme. En effet, il n’y a rien de plus insupportable que de voir la dignité de ces victimes bafouée au nom de la lutte contre l’islamophobie.

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